jeudi 17 janvier 2008

La violence des parents trop gentils


Ils est toujours étonnants de recevoir en consultation en enfant ou un adolescent dont les parents se plaignent de ses comportements agressifs voire violents à leur égard et/ou à l'égard de l'extérieur de la famille.

Ses parents sont aimants, dévoués, prêts à tout et préviennent à l'avance toutes les demandes possibles de leur enfant.

Alors me direz vous d'où vient cette violence ? Du tempérament ? Ce qui voudrait dire que la violence est ancrée en soi génétiquement. De la personnalité ? Ce qui voudrait dire qu'en plus des aspects génétiques, l'environnement, l'éducation, le milieu et d'expérience de la vie s'en mêlent.

Et si tout simplement cela venait d'un déficit dans les relations entre l'enfant et les parents.

Mais ils sont super gentils !

Oui, justement.

Pourquoi donc sont-ils si gentils ? Pourquoi ne disent-ils jamais non ? Pourquoi l'enfant n'est jamais confronté à la frustration ?

D'ailleurs pourquoi des parents devraient-ils être totalement dévoués à leurs enfants ? Certes l'enfant reste la priorité. Mais lorsqu'il devient le centre d'intérêt, le centre de vie des parents on peut se demander pourquoi et surtout à quoi répond inconsciemment cet enfant dans l'attente des parents.

Car certains parents ont des attentes. Certes tous les parents rêvent que leur enfant soit bon à l'école, qu'il fasse de grandes études, qu'il fasse le métier de son rêve surtout s'il est lucratif, qu'il fasse mieux qu'eux... Après tout c'est normal d'avoir envie que son enfant réussissent à la fois dans la vie et sa vie.

Mais pour certains parents, l'enfant doit réussir LEUR vie. Et ça, cela relève de relations pathologiques.

Trop gentils. Mais pourquoi ? Par désir d'emprise sur l'enfant ? Par besoin de répondre à son propre besoin de domination sur l'autre ? Après tout, l'enfant n'a rien demandé si ce n'est lorsqu'il est bébé de répondre aux besoins essentiels de nourriture et de relation, puis d'amour via la relation. Il va se construire au travers du regard de l'autre. Ce sont les parents, et surtout la mère au début, qui vont faire de lui ce qu'il est.

Il existe et se sait exister parce que l'autre le lui dit et le lui montre.
Si l'autre (le parent) l'ignore, ignore ses demandes, ignore ses besoins, l'enfant n'existe pas. Ni pour ses parents, ni pour lui-même.

Alors se besoin d'être reconnu, d'exister il va aller le chercher.
De force.
Par la violence.

Cette violence répond à la violence des parents, violence de refuser à l'autre le droit d'Etre, le droit d'avoir une place.
Violence des parents répondant à un besoin d'affirmation de Soi.
Car comment reconnaître l'autre lorsqu'on n'a pas une représentation valorisante de Soi ?
Alors ses parents vont utiliser l'enfant, le manipuler, le posséder jusqu'à le détruire pour se regarder eux-mêmes dans ses yeux. Afin de savoir qu'ils peuvent être aimés.
La mère n'a pas regardé son bébé, elle s'est regardé elle. Plus tard, ce bébé devenu enfant, adolescent puis adulte passera son temps à se prouver qu'il existe. Ce qui n'a pas été donné devra être pris de force, juste revanche sur une violence maternelle et/ou parentale.

On veut aujourd'hui des enfants autonomes de bonne heure. Il faudrait aller à à la crèche dès la naissance, à l'école à 2 ans, à 7 ans savoir organiser son temps... Que de maltraitances pour certains enfants ! Quelle joie, quelle fierté pour certains parents ! Fierté de l'enfant qui renvoie à une image valorisante de Soi.

Les parents se construisant dans le regard de l'enfant ne peuvent se permettre de le perdre. Ils deviennent dépendants de leur enfant. Que d'angoisse en perspective ! Et s'il ne réussissait pas ? Et s'il partait ? Et s'il ne les aimait plus ? Il faut s'y accrocher quitte à l'aliéner. Indifférence aux besoins et aux envies de l'enfant, indifférence à l'autre.

Que de violence relationnelle chez des parents aimants ! Jamais agressifs, jamais interventionnistes, jamais négatifs, jamais limitatifs. Ces parents si "mauvais" à l'intérieur qu'ils se doivent de chercher dans le regard de l'autre qu'ils ne le sont pas pour exister. C'est nier aussi que l'on puisse avoir des pensées négatives, agressives. Le nier chez Soi pour ne le voir que chez les autres. S'assurer qu'on n'est pas comme l'autre. Etre des parents parfaits, gentils, bons. L'enfant étant mauvais, agressifs, violent. Enfant ignoré, abandonné à sa souffrance, abandonné tout court face à des parents dont il va falloir se protéger, parents qu'il va falloir fuir.

Ces processus insconscients sont très destructifs. Ils sont mis en oeuvre par certains parents vers leurs enfants, mais on peut aussi les retrouver dans les cas de violence conjugale.


(image : Boule et Bill de Jean Roba)

8 commentaires:

  1. C'est tellement difficile d'etre parent. Etre maman n'a pas été facile pour moi. J'ai appris grâce à un pédopsy que je ne serai jamais parfaite et que je n'avais pas à l'etre vis à vis de mon fils.
    Je cadre selon mes principes, selon ce que je pense que mon fils doit au moins acquérir : le respect, la politesse.
    Ensuite je l'avoue, des frustrations il en connait peu.
    Mais j'évite d'etre intrusive. Je le laisse gérer son temps et ses envies mais il doit respecter les règles de la maisonnée.
    Merci pour ce billet.

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  2. Peut être devrais-je songer à imprimer ton texte pour le fournir à ma mère ...

    Mais j'ai comme un doute ... en saisira-t-elle toutes les implications ?

    Et surtout, quelle serait sa réaction en comprenant ce que tu expliques, les réponses aux questions que tu lances ?

    Désespoir d'avoir "perdu" un fils, et peut être bientôt un autre.
    Heureusement pour elle que celui du milieu est un bon mouton parmi les autres.

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  3. Fran : Il n'est pas simple d'être parent car il n'y a pas vraiment de modèle. Ce qui sera bien pour un enfant dans un certain contexte ne le sera pas pour un autre avec une autre personnalité et un autre contexte.

    Mais être parent c'est avoir donner la vie à un être qui n'est pas nous et qui ne le sera jamais. Le lire, le dire est facile, l'intégrer est difficile, le mettre en oeuvre est tout autre.

    L'enfant a besoin d'un cadre pour se construire. Le cadre c'est le regard de sa mère, les limites qu'on lui pose. Un enfant sans frustration ne sera pas préparé aux difficultés de la vie, il ne comprendra pas lorsqu'il sera confronté aux échecs et espèrera toujours que ses parents le sortent de ses propres difficultés. C'est un enfant à vie, pour le bien-être psychique de ses parents, par pour le sien.

    Vinz : tu peux imprimer mon article si tu le veux et s'il tu penses qu'il peut être utile. Portera t il les fruits que tu attends ? Surtout que crains tu qu'elle ne comprennre pas ou qu'elle comprenne ?
    Les "mauvais" fils sont perdus à jamais ! LOL
    Pourtant avec tout ce qu'elle a fait pour eux n'est-ce pas ?
    Fils qui lui font payer d'avoir donné tout ce qu'elle pouvait sauf son regard maternel et maternant.
    Mais les 3 fils souffrent autant. Non ?

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  4. Merci Ma Belle. J'avoue que mon fils sait lire dans mon regard : ma fierté, ma colère, mes limites.
    Je m'adapte à lui et lui à moi et on tente de faire fonctionner la machine avec nos rires, nos joies et nos colères.

    J'espère que j'arriverai à l'aider dans sa vie et non pas faire sa vie pour la mienne. De toute façon, il n'a pas besoin de me prouver quoique ce soit, je suis déjà fière de lui pour tout que qu'il réalise tous les jours.

    J'avoue que j'aimerai que son père s'en rende compte. En attendant je compense avec mon compagnon. On forme sa famille tout de même :))

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  5. Ce genre d'histoire m'a toujours fait pensé aux propriétaires de chien ^_^" ils le dressent pas vraiment, permettant aux chiens de faire se qu'ils veulent dans la maison (monté sur le fauteuil, lit et tout) et aprés quand le proprio le pousse un peu du fauteuil ou hausse le ton, le chien se rebif et aprés c'est "mais j'ai pas compris" ben ouais mais bon! Trop de liberté et le chien marque son territoire partout... Il doit toujours y avoir la relation dominant-dominer...

    Hein quoi? Les gosses sont pas des animaux? :o
    Ben vi mais le gosse cherchera toujours ces limites...
    Aprés dur dur pour les parents d'aujourd'hui de connaitre ou mettre des limites, souvent ils veulent pas reproduir le schéma, ne veulent pas etre aussi sévére que leur parent et donc autorise tout...
    On peu le voir rien qu'au cadeau de noël, d'anniversaire ou autre... Comme si que le gosse de 6-7ans avait besoin d'une télé dans sa chambre, avec play 3 attention faut les derniére sortit...Plus lecteur dvd et autre...
    Et les enfants roi ca viens d'où? Ben de la! ils font leur caca nerveux, leur petit caprice, hurle dans les magasins ou a la maison...Les parents en ont marre et pour qu'il se taise céde a son caprice, l'enfant comprend super vite aprés...
    Aprés beaucoup de parents pensent que pour reussir sa vie il faut faire des etudes et autre... Mais si le gosse est plus manuel qu'intelect ? Il peut trés bien reussir sa vie et être heureux dans le domaine qu'il a choisi... Mais non! Les parents comprennent pas ..
    Enfin il y en a quand meme des comprehensif

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  6. Mouai mouai chère consoeur,

    Ce que vous dites est charmant et sans doute "un peu" vrai. Mais je trouve curieux que vous fassiez l'impasse sur les gènes.

    Attribuer les comportements à la seule éducation et relations parents-enfants, me semble purement spéculatif et remis en cause par une branche plus scientifique de la psychologie.

    Sinon lisez :
    "Pourquoi nos enfants deviennent ce qu'ils sont"
    Judith Harris chez Press Pocket

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  7. Hello Philippe,
    non je n'en fais pas l'impasse, je le cite d'ailleurs rapidement dans mon article.
    Cet article est court et n'est en rien un article que je cherche à faire paraître dans une qqconque revue.
    A titre personnel, je trouve que la psychobiologie tend à s'incruster un peu vite aujourd'hui dans nos pratiques. St Anne ne jure plus que par ça et fait d'ailleurs de plus en plus l'impasse sur la psychologie cognitive et comportementale au point de ne plus proposer de suivi à leurs patients.
    Tout serait génétique ? Pourquoi pas ? Les assureurs s'y enfournent à pied joints et commanditent des études à la pelle.
    Votre envie de fumer dans les lieux publics serait donc en grande partie attribuable à vos gènes ? Un pour l'envie de fumer, l'autre pour les lieux publics.
    Ne vous inquiétez pas la thérapie génique va vous soigner, au point que vous n'aurez même plus envie d'entrer dans un endroit public. Ca s'appellera encore une phobie vous croyez ? Lol
    On ne peut nier les aspects génétiques pour les prédispositions certes. Mais il me semble que l'expression des gènes, si elle peut être planifiée là encore génétiquement, cette expression est aussi liée au milieu, aux traumas, aux conditions de vie ...
    Mais comme toujours, ce que j'écris ici n'engage que moi.

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  8. Ce que vous dites là (notamment dans vos commentaires) me semble très juste et me fait penser à un passage du conte Le Mendiant et le Milliardaire :

    « L’éducation, c’est « guider, conduire hors de » ce qui suppose, premièrement d’être présent et, deuxièmement, de considérer l’enfance et l’adolescence comme des étapes d’immaturités qu’il convient de dépasser. Si l’enfant était vraiment l’exemple à suivre, comme on l’entend trop souvent, quel serait donc l’intérêt de grandir ? L’éducation, c’est donner à l’enfant des repères, baliser le sentier qui le conduira à l’état d’adulte libre et responsable.
    – Vaste programme !
    – Ce n’est pas un programme mais un horizon. Les parents, via leurs qualités et leurs défauts, leurs exemples et contre-exemples, procurent une vague carte à l’enfant mais c’est à ce dernier que revient la responsabilité de marcher, de découvrir le territoire, de contourner les obstacles. S’il tombe, les parents pourront l’aider à se relever. S’il s’égare, les parents pourront lui indiquer une direction. Mais il ne serait pas sain de lui tenir la main tout au long du parcours, de l’équiper d’un GPS ou de toujours ménager son petit ego. Il est bénéfique de remettre ponctuellement les enfants à leurs places afin qu’ils aient justement envie de les quitter ! »

    On pourrait ajouter à ce listing que ce n’est pas non plus d’attendre des enfants qu’ils comblent nos vides.

    « Qui veut faire l’ange fait la bête » a écrit Pascal. Cela s’applique également aux enfants et il n’y a rien de génétique là dedans !

    Frat’airnellement,

    Le Mendiant

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