lundi 22 mars 2010

Les schémas comportementaux

Je lisais un article dans lequel on proposait (aux femmes) de ne plus se comporter en victimes.
Victimes au sens large : victimes des autres, des manipulateurs surtout.
On nous expliquait que ces vilains pervers (hommes ou femmes) avaient tendance à nous obliger à nous comporter selon certains schémas comportementaux qui nous replaçaient dans une situation peu agréable.

Ainsi nous donnait-on l'exemple d'une jeune femme qui ne se sentait jamais bien lorsqu'elle rencontrait une certaine amie. Jusqu'au moment où elle a compris qu'elle l'avait rencontré lorsqu'elle était en dépression et que sa copine continuait à la traiter en dépressive bien qu'elle en soit sortie.

On ne peut nier que certaines personnes, voire certaines situations, nous ramènent à des relations déjà vécues.
Ainsi, un enfant élevé par un père autoritaire peut devant toute personne en situation perçue de "supériorité" se remettre à utiliser un vocabulaire et à se tenir de la même façon qu'il le faisait lorsqu'il était devant son père.
C'est ce qu'on appelle des schémas comportementaux appris.
Et la thérapie cognitivo-comportementale sert à en prendre conscience et à s'en défaire en leur substituant des comportements plus adaptés et plus en accord avec ce que l'on est.

Mais je pense qu'il est faux de dire que vilains manipulateurs nous remettent dans ses schémas.
Il me parait évident que lorsqu'on a recours à certains schémas on cherche les personnes qui vont nous permettre de les (ré)exprimer.

Prenons l'exemple d'une charmante jeune femme qui est incapable de stabiliser ses relations de coeur.
A chaque fois, les scènes sont les mêmes, les relations, les déchirures, les arguments.
Et elle choisit à chaque fois le même type (psychologique et parfois physique) d'homme.
Nous seulement elle les choisit mais elle les attire.
Plusieurs questions s'ouvrent en consultation :
- pourquoi se comporte-t-elle toujours de la même façon avec ses compagnons ?
- pourquoi les choisit-elle toujours sur le même modèle ?
- qu'est-ce qui chez elle attire (ou fait qu'elle ne voit que) ce type d'hommes ?

L'aspect cognitif est quasi analytique.
Car en général il faut remonter loin.
Le modèle des parents bien sur, les relations au père, mais aussi à la mère, aux frères et soeur et mêmes aux amis.
Car on s'aperçoit souvent que ce type de schémas comportementaux sont appris depuis l'enfance.
Et qu'ils étaient mis en place dans la cour de récréation !
Tel patient passe son temps à faire "tampon" entre ses collègues. 
Il n'aime pas les cris, les disputes. 
Prend parti pour le plus "faible".
Et fini par se faire "taper sur les doigts" parce qu'on ne lui a rien demandé et parce que c'est lui qui a négocié et que donc le résultat est de sa faute.
Mais déjà à l'école primaire, il se souvient avoir réagit de la même façon.
Et surtout depuis sa plus tendre enfance il a passé son temps à se mettre entre ses parents afin qu'ils limitent leurs disputes et que cessent les cris.
Et qu'il finissait par se faire disputer par celui pour lequel il n'avait pas pris parti.
Mon patient s'aperçoit aussi qu'il cherche ses situations.
Dès qu'il sent qu'il existe un conflit latent, une dispute à venir, paf il y va.
Mais les autres le savent aussi. Dès qu'un conflit est sous-jacent, qui vient-on voir pour en parler ?
Et à qui croyez vous qu'on fait la gueule après ?

Les schémas comportementaux fonctionnent en boucle.
"Je me comporte de telle façon parce que j'ai appris à le faire.
Mais comme j'ai appris à le faire (et que ça parait adapté aux autres) je continue et je répète.
Et comme les autres le voient j'attire ceux à qui ce type de comportements parait adapté.
Et du coup je me retrouve uniquement entouré de personnes qui me replongent dans mes schémas comportementaux."

Ce n'est pas être une victime de manipulateurs, c'est être coincé dans une réponse comportementale apprise.
Lorsqu'on en prend conscience, lorsque cela devient génant, il faut en sortir.
Et on peut tout à fait en sortir.
Ne rien faire pour en sortir et continuer à se plaindre, ça c'est être une victime.




2 commentaires:

  1. Je trouve que cet exposé remet vraiment les choses à leur place. Si on abordait les problèmes par cet aspect là (SA propre remise en question et SA propre responsabilité) on aurait certainement beaucoup moins de témoignages de victimes de soit disant pervers. Mais c'est moins confortable aussi.
    Et hop, un blog de plus dans ma liste de favoris.

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  2. C'est dérangeant, mais incroyablement véridique aussi. Ou alors véridique donc dérangeant.
    Le plus dur doit être de s'en rendre compte, c'est comme tout, le fait d'en prendre conscience permet de modifier certains comportements.
    Encore faut-il vouloir en prendre conscience et ne pas se mettre des oeuillères parce que finalement c'est bien trop embêtant de remettre sa façon de se comporter en question.
    Mais j'imagine que ce genre de schémas est souvent difficilement remarquables, ils sont souvent ancrés chez une personne et c'est généralement une personne extérieure qui, par le biais d'une remarque anodine, peut faire prendre conscience de la situation.

    Très intéressant comme article, faut le savoir ^^.

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