lundi 5 avril 2010

Les autres. Et moi, et moi ?

Pour illustrer la conclusion de mon pénultième article, je voulais vous parler d'une de mes patientes.


Victime dans son jeune âge d'abus sexuels aggravés par un ami de la famille, elle a, à 38 ans, grâce en partie à la thérapie, trouvé la force d'en parler à ses parents et de déposer plainte contre son agresseur.

Il y a bien sur prescription, mais néanmoins la police a pris sa plainte car elle a eu la chance de tomber sur des capitaines de police ouverts à la reconstruction des victimes. Ce qui a permis de s'apercevoir qu'il existait un dossier assez épais sur cette personne mais qu'aucune victime n'ayant jamais osé déposer plainte ces comportements en étaient restés à des suspicions.

Ma patiente, bien qu'adulte, ressent un fort besoin de l'appui de ses parents.
Soutien psychologique, renfort lors des déplacements au commissariat (sans compter la confrontation avec son agresseur qui risque de venir), mais aussi compréhension de ses propres comportements infantiles mais aussi adultes, de sa détresse, de son mal être caché sous une tendance clownesque et d'un fort besoin d'être rassurée quant à la validité de sa démarche.

Contre toute attente, si ses parents l'ont bien assuré verbalement de leur soutien, il s'est avéré qu'ils ne lui demandent jamais de ses nouvelles et ne s'enquièrent jamais de l'avancée de l'enquête.

Je ne suis guère surprise car d'après ce qu'elle m'a raconté, il est clair que personne ne sait communiquer dans cette famille. Et même si on s'y aime beaucoup, il ne faut pas déranger un fonctionnement bien huilé.
Elle a une vision très idyllique de ses parents et de la fratrie.

Je lui propose de faire un test la prochaine fois qu'elle irait passé le week-end en famille.

Je l'a revoit alors et m"informe qu'elle est passé diner chez ses parents en même temps que ses frères et soeurs étaient là. 
Elle a accepté de jouer le rôle que je lui ai donné.
Et grosse surprise, elle s'aperçoit que personne n'a rien à dire, qu'il règne un ennui lourd et que le diner se traîne. Aucune communication. En plus personne n'aborde le sujet de l'enquête.

Elle prend conscience de sa place dans sa famille mais aussi des schémas de fonctionnement.
En fait, elles les connaissaient mais se refusaient à les voir.
Cette confrontation lui permet de prendre conscience qu'en fait elle cherche depuis longtemps à faire changer ses parents, ses frères et soeur, pour que tous la reconnaissent pour ce qu'elle et non pas pour le rôle qu'on lui a donné.
Elle comprend qu'en fait sa vie n'est pas de changer les autres ni même d'en attendre quoi que ce soit.
Certes ils s'aiment tous, chacun à leur manière.
Elle adore ses parents et elle a décidé de les accepter tels qu'ils sont avec leurs "bons" côtés mais aussi avec leurs "mauvais" côtés.
Elle accepte désormais qu'ils ne lui demandent pas comment elle va ou si elle aurait besoin d'eux.
Elle sait que si elle doit communiquer avec eux c'est à elle de faire le premier pas, bien que cela ne garantisse pas la disponibilité de ses parents.
Elle aurait souhaité que ses parents lui apportent le soutien dont elle avait manqué dans son enfance. Mais c'est raté.
Elle a compris désormais qu'elle doit se prendre en main seule.
Elle peut leur parler certes.
Elle sait qu'ils l'aiment.
Pas comme elle l'aimerait elle, mais le plus important est de se savoir aimé.

Ils ont leur vie.
Elle a la sienne.
Elle a compris que ce n'est pas à elle de changer les autres, mais qu'il faut tout simplement les accepter (ou pas d'ailleurs) tels qu'ils sont.
Chacun sa vie.
Chacun son chemin.


3 commentaires:

  1. C'est triste je trouve.
    Enfin, c'est tout ce que ça m'évoque.
    Et je ne saurais pas expliquer vraiment pourquoi non plus.
    C'est pas vraiment l'histoire en elle-même, mais c'est la fin, comment ça se termine, la prise de conscience qu'elle a eu si on peut dire.

    D'ailleurs, par curiosité, quel était ce test que vous lui aviez proposé ?

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  2. Ce qui est triste c'est qu'elle n'a pu trouver le soutien qu'elle voulait.
    Mais les autres se doivent ils de répondre à notre volonté ?
    Elle a trouvé plus de force en elle. C'est son combat.

    Tsss tss, est-ce que les prestidigitateurs dévoilent leurs tours ?

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  3. Hum, oui. Certes, c'est vrai.
    Il n'empêche qu'il y avait une sorte de désillusion, de résignation dans les mots que vous employez.
    D'où l'impression de "triste" sûrement.

    Je ne savais pas que vous vous assimilez à un prestidigitateur ^_^ (tous des charlatans bouh !)

    L'essentiel c'est que ça a fonctionné apparemment.

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