mercredi 21 avril 2010

Les psychoses infantiles

Un internaute averti est arrivé sur mon site en posant une question intéressante : "un enfant peut-il guérir d'une psychose infantile ?"

Bonne question.



Tout d'abord soyons clairs.
L'expression "psychose infantile" est à la fois large et restrictive.
Nous verrons ci-dessous qu'on peut y mettre beaucoup de chose, mais une en est exclue c'est l'autisme.
L'autisme se présente sous bien des formes, on devrait d'ailleurs parler "des autismes", donc les formes extrêmes ressemblent à s'y méprendre à une psychose.
Si les limites entre autisme et psychose sont donc floues, il n'empêche que pour les classifications psychiatriques autisme et psychoses infantiles composent deux catégories bien séparées.

Je m'en tiendrai donc ici aux psychoses infantiles.

Pour rappel, il y a d'un côtés les troubles du comportements (dits "névroses") qui relèvent purement de la psychologie et les maladies mentales (dites "psychoses") qui relèvent de la psychiatrie.

Les psychoses reposent sur deux constats :
- l'aspect neurologique. La psychose aurait une cause génétique. Qui ne nous intéresse pas ici.
- l'aspect psycho-affectif. La structuration psychique de l'enfant et ses relations à son environnement sont atypiques.

Avant d'établir un diagnostic psychiatrique, il est évident qu'il faut établir un diagnostic médical général. Ainsi une surdité totale non dépistée et non traitée peut entraîner les mêmes symptômes réactionnels qu'une psychose.

De même une évaluation psychologique doit être envisagée, car par exemple une séparation longue d'avec le milieu familial ou une carence affective peuvent entraîner des troubles du comportements réactionnels qui ressemblent fortement à des troubles psychotiques.

Les psychoses infantiles sont de deux types :

- précoces et déficitaires :
Il existe un retard mental chez l'enfant qui est soit la base soit la cause de la psychose, sans qu'on sache aujourd'hui qui des deux est le déclencheur de l'autre.
Sur cette base, s'ajoutent des difficultés de communication avec l'environnement, des angoisses et des troubles du comportements (agressivité envers soi et envers les autres).
- les dysharmonies psychotiques :
Elles sont très variables d'un enfant à l'autre et peuvent varier dans le temps pour un même enfant.
Elles sont dysharmonieuses parce que si elles touchent bien toutes les structures de développement de l'enfant, elles ne le font pas au même moment. Parfois c'est la sphére cognitive qui est touchée, parfois la sphère affective, parfois l'élément moteur. Toutes les combinaisons étant possibles.
De ce fait, ces enfants sont en ruptures avec la réalité, la représentation du Soi est morcelée, les idées débordent sur les autres déclenchant des sentiments permanents d'insécurité, d'agression et d'angoisse.

D'un point de vue psychanalytique, les psychoses s'appuient sur la théorie que l'enfant ne peut pas et ne veut pas se séparer de la mère. Il fusionne et ne veut faire qu'un.  Or toute activité de pensée, de symbolisation et de représentation qui servent à séparer mère et enfant, est donc rejetée. L'enfant va donc lutter contre ses pensées. Il n'y a pas de refoulement, il y a contournement et rejet.

Le diagnostic de psychose peut être posé dès l'âge de 2 ans, mais certains signes chez le nourrison doivent alerter tels que :
dès les 6 premiers mois de vie 
- pas d'absence d'échanges avec la mère
- indifférence aux sons
- enfant trop calme ou trop agité
- enfant très "mou" d'un point de vue moteur
- insomnies graves
- pas de vocalisation
- absence d'apparition du sourire

entre les 6ème et 12ème mois 
- les mêmes troubles que précédemment qui persistent
- intérêt compulsif pour un objet
- pas de contact avec les personnes
- pas d'imitation
- pas d'angoisse de séparation ou de l'étranger

Durant la 2ème année de vie
- confirmation des signes de mois précédents
- n'utilise pas son doigt pour pointer les objets ou les personnes
- ne joue pas et ne sait pas jouer "à faire semblant"
- troubles du langage (pas de "je" par exemple)
- troubles de la marche
- phobies
- autoagressivité

C'est un ensemble de signes qui va permettre de placer le diagnostic et en aucun cas un signe pris isolément.

Un enfant peut il guérir d'une psychose ?
Non. Mais...
L'évolution positive de la psychose dépend de beaucoup de facteurs : l'enfant lui même bien sur (s'il n'a pas de retard mental par exemple, s'il arrive à parler avant 5 ans, si les troubles sont apparus tardivement) et de son environnement (précocité de la prise en charge, coopération de la famille)...

La prise en charge psychothérapeutique va servir à aider l'enfant à se construire suffisamment solidement pour qu'il réussise à entretenir des contacts sociaux de qualité.

Il n'existe aucun traitement par les médicaments, mais des anxiolytiques peuvent être parfois prescrits pour diminuer les angoisses de l'enfant.


Environ 20 % des enfants psychotiques pourront s'intégrer dans une vie sociale et professionnelle normales.
Certains seront autonomes sur certains axes et pas sur d'autres.
D'autres atteindront peu d'autonomie.
Et un faible pourcentage évolueront vers une schizophrénie adulte.



6 commentaires:

  1. Certains signes ressemblent beaucoup a l'autisme.

    Par contre une question. Quand le patient a plus de 40ans on parle encore de psychose infantile? Ou c'est juste le dossier et diagnostique qui n'a pas été revu (refait) ?

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  2. O O
    I
    O

    Sérieux pour le dossier ?
    La psychose infantile s'arrête à l'ado. Puisqu'en moyenne la schizo précoce apparait vers 17 ans.

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  3. lol!
    Ok c'est ce que je pensais. Parce que oui c'est serieux, j'ai vu pas mal de dossier avec comme diagnostique ou motif d'hospit' "psychose infantile" heu oui bien sur sauf que la il a 40ans passé...
    En gros une fois adulte si c'est pas une schizophrénie on passe alors dans une psychose adulte si on peu dire ^^
    Au moins ca m'evitera de dire une grosse connerie si je repasse une MSP en psy... Jme vois bien allé voir le psy "heu monsieur la ya un soucis" ^-^'

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  4. N'oublie pas de vérifier s'ils ne voulaient pas l'écrire dans les antécédents...

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  5. Bonjour,

    Ça plaît : tant mieux. Ça ne plaît pas : tant pis.

    http://en-quete-de-declics.fr/index.php?declic=quete&autisme=Mon-bebe-n-est-pas-comme-les-autres-bebes

    Bien cordialement,
    Une personne autiste.

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    1. Bonjour
      L autisme fait désormais partie des troubles envahissants de la personnalité.
      Il ne s agit pas tant de savoir dans quelle case il faut mettre les personnes autistes que de se demander aujourd hui si l autisme est un trouble purement physiologique ou si des facteurs psychologiques et/ou environnementaux sont présents. Si oui cette notion de troubles envahissants n est pas adaptée, elle permet juste alors de limiter aux seuls médecins la prise en charge des autistes.

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