mercredi 23 juin 2010

Ces enfants insupportables


 
Les gamins insupportables on en a tous croisé. 
Parfois on en connaît bien.
Certains même en élèvent.

ils courent partout, crient, s'agitent, font des grands mouvements, parlent sans cesse, perturbent l'environnement, vrillent nos tympans...

Les parents, en rigolant, ne cessent de vous dire qu'ils veulent bien vous les prêter pour le week-end mais sans vous garantir que vous les supporterez tout ce temps.

Leurs parents les adorent, fascinés par leur énergie et leur niveau d'éveil.

Extérieurement ces enfants sont qualifiés d'agités ou de difficiles. 
Sont ils éveillés ? Ont ils besoin de se dépenser physiquement ? Ou sont ils atteints d'hyperactivité ?

L'hyperactivité touche surtout les petits garçons (mais je connais aussi quelques petites filles). Les études sont peu informatives. Selon les pays entre 3 et 11 % de la population enfantine serait touchée.

Mais où commence l'hyperactivité ?
Les médias nous surchargent d'articles sur les "enfants THADA" (Trouble de l'Hyperactivité Avec Déficit de l'Attention), ce qui est totalement inepte vu qu'on peut très bien être hyperactif sans trouble de l'attention et/ou sans trouble de concentration ou avoir des troubles de concentration/attention sans être hyperactif. Et puis le manque de concentration apparait il conjointement à l'hyperactivité ou est ce une conséquence ou un symptôme de plus ?

L'enfant ne se plaint jamais de ses comportements, ce sont les parents qui désirent consulter à ce sujet.
Parfois sur la pression de l'école, l'enseignant ne sachant pas/plus canalisé l'enfant et se plaignant d'un effet perturbateur pour la classe.

Parce qu'en fait le problème est là : ces enfants dérangent.
Comme m'a dit une enseignante "il ne rentre pas dans le moule".
Et une directrice d'école "on n'a pas été formés, on ne sait pas ce qu'on doit faire avec ces enfants".
Les parents, eux, sont débordés.
Et les enfants arrivent en consultation avec déjà sur le dos une grosse étiquette "hyperactif" alors qu'ils n'ont jamais été vus à ce sujet.

Agitation motrice ? Les médecins traitant ne s'y trompent pas toujours. 
Ils sont capables de dire aux parents que c'est normal à cet âge, que leur enfant à besoin de se défouler, qu'il faut qu'il fasse du sport au lieu de rester coller devant la télé (parce la télé "bloque" les comportements hyperactifs. L'hyperstimulation visuelle devient l'équivalent d'un médicament hyperstimulant et canalise le fonctionnement cérébral. Ce qui fait qu'un enfant agité est capable de passer 3 heures avachis devant l'écran sans bouger le petit doigt. C'est bien pratique pour certains parents).

Mais cela ne suffit pas aux parents.
Ceux ci exténués, sous la pression de l'école, finissent par voir dans leur chère tête blonde ou brune un malade qui s'ignore.
De l'agitation de l'enfance on passe à des troubles du comportements (et de l'attention).

Assez bizarrement les enfants hyperactifs sont plutôt calmes en consultation ou peuvent être canalisés facilement.
J'ai ainsi un petit garçon intenable avec ses parents et à l'école. Qui fort curieusement a tenté de se comporter avec moi de la même façon et qui a compris au bout de 3 séances que je n'allais pas le laisser faire et qui réussit à rester assis 30 minutes en réalisant une même activité. Lorsque la maman ou le papa revient, paf, il redevient hyperagité, attrape tout ce qui traîne, sort tous les livres. Grrr.

Certains psychologues et psychiatres ne parlent plus aujourd'hui d'enfants insupportables mais d'enfants "insupportés".

Le constat général est que l'enfant hyperactif est un enfant en colère.
L'hyperactivité n'est que le symptôme de cette colère.
Le tout étant ensuite de trouver contre quoi ou qui l'enfant est en colère.
Parfois il n'est pas capable lui même de l'exprimer ou surtout n'ose pas.
Dire qu'on est en colère contre la petite soeur qui serait plus choyée est interdit dans beaucoup de famille.
Dire qu'on est en colère contre le père qui, absent toute la semaine, (re)prend une place que l'enfant s'attribue le reste du temps, n'est pas facile à dire et à entendre pour les parents.

Vous aurez remarqué que ces enfants hyperagités font tout pour attirer l'attention.
On n'entend qu'eux, ils coupent la parole, on ne voit qu'eux... 
C'est un message "je suis là, ne m'oubliez pas !!"
Ils n'ont pas trouvé leur place ou leur place leur a échappé et ils n'ont pas encore retrouvé leur nouvelle place.
Encore faut il qu'on veuille bien leur en donner une.
Dans ce cas, il y a une forte angoisse d'anéantissement, de mort. 
Et ils luttent contre en montrant qu'ils sont vivants.

Certains parents pour qui les psychothérapies ne vont pas assez vite ou sont inenvisageables, font tout pour que leur psychiatre prescrive des stimulants chimiques tels la Ritaline.

Qui dit psychiatrie dit maladie mentale. Si les maladies mentales ne disparaissent pas et qu'on ne peut en être guérie, comment considérer l'hyperactivité, qui diminue fortement voire disparaît à l'adolescence, comme une maladie mentale ?

S'il est vrai qu'un enfant hyperactif peut rester un adulte hyperactif, ses agitations seront atténuées, canalisées et constructives.

Comme pour les surdoués, les hyperagités sont souvent surstimulés par les parents. Alors dans une Société où il faut aller vite, se mettre en avant,  être "différent", il est paradoxal que les parents des enfants hyperactifs fassent tout d'un côté pour stimuler leurs enfants et d'un autre côté pour les "réduire" à une vision plus normalisée.

Les psychanalystes et les psychologues sont majoritairement opposés au recours aux prescriptions médicales.


Par expérience personnelle, je constate que les consultations d'enfants hyperactifs nécessitent tout particulièrement des rencontres avec les parents. Il est absolument nécessaire de comprendre quelles sont les relations parentales, les relations aux enfants, les places de chacun. Si les parents d'hyperactifs arrivent en consultation avec pour but de "calmer" leurs enfants, ils ne sont pas tous partant pour une évaluation de leur organisation familiale et une compréhension des antécédents de chacun. Mettre en cause l'enfant oui, mettre en cause la famille non. Soigner l'enfant oui, soigner la famille non. Or le comportement de l'enfant est le symptôme du fonctionnement familial.

Les premières consultations ont parfois un effet catastrophiques.
On tente de tout remettre en place, on rappelle les places et rôle de chacun. Du coup l'enfant qui est déjà en colère contre un fonctionnement général qui ne lui convient pas mais auquel il s'est habité, voit sa colère s'accroître car assez rapidement des changements s'opèrent il lui faut le temps de (re)trouver sa place, qu'il l'accepte, qu'on l'y laisse, qu'il comprenne qu'il n'en n'aura pas d'autre et qu'on lui reconnaisse cette place.





7 commentaires:

  1. Hum.. question, tout les gosses insupportables, agités sont-ils hyperactifs ? Et qu'est-ce qui, du coup, permet d'établir la distinction ?

    Parce que sinon ça en fait une belle brochette quand même..

    Passé un moment il y avait eu une grande polémique autour de Ritaline justement, qui avait des effets secondaires pouvant être dangereux il me semble, si je ne me trompe pas de traitement.
    C'était un peu vu comme la solution de facilité, Ritaline et les parents sont tranquilles alors que certains gosses n'en avaient absolument pas besoin.

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  2. c'est très intéressant!
    mais il y a quand m^me une question que je me pose; n'y a t- il pas une place dans cette problématique pour la question suivante: et l'éducation dans tout ça?
    Parce que depuis quelque années on n'avais jamais vu autant d'enfants hyperactifs!!
    J'ai gardé des enfants il y a peu et comme par magie j'ai haussé le ton et tout est rentré dans l'ordre; plus tard j'ai appris qu'a 8 ans il était déja ss anti dépresseurs, anti hyper activité et j'en passe. Moi j'ai vu que les parents laissaient tout faire... oui hyper activité physiologique non a l'hyper activité due à un manque d'encadrement et d'éducation.
    Sans

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  3. ... Et voilà comment, avec les deux commentaires précédents, on revient à la problématique évoquée ici il y a quelques jours (sur l'éducation).
    (ce en quoi je suis plutôt d'accord)

    Sinon, n'ayant jamais côtoyé de cas, je n'ai pas vraiment d'avis. Par contre, j'imagine bien l'escalade : Enfants hyperactif, donc fatiquants, parents fatiqués donc énervés, donc cris et pédagogie réduite et au final la situation s'envenime...
    Rien de très médical là-dessus, comme tu l'exprime d'ailleurs.

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  4. Tous les enfants insupportables ne sont pas hyperactifs. Il existe des tests. Assez bizarrement ces tests questionnent l'entourage sur la présence de certains comportements et leur fréquence. Ainsi perso j'interroge les parents et l'enseignant. Cela me permet de voir si c'est corroboré ou si certains comportements ne sont présents que dans certaines situations. Si c'est le cas, ce n'est certainement pas de l'hyperactivité.

    La Ritaline a un effet secondaire principal, elle ralentie fortement la croissance. L'effet psy est présent aussi : l'enfant ne peut plus se passer de sa pilule... les parents non plus ! Or on a montré que la prise d'un placebo pouvait faire le même effet.

    Lorsque je dis que certains enfants sont hyperactifs avec leurs parents et pas avec d'autres personnes, cela sous entend les troubles présents dans la famille mais aussi les failles éducatives.

    On peut pour aller plus loin, dans certains cas, partir d'une éducation/psychologie défaillante vers une hyperactivité vers un énervement puis une fatigue familiale vers une défaillance éducative/psychologique chronique.

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  5. Souvenez-vous :On estimait que l'autisme trouvait son origine dans une relation de mauvaise qualité entre la mère et l'enfant. Les tentatives de traitement étaient donc exclusivement psychanalytiques, avec tous les insuccès que l'on connaît et, pour les parents rendus responsables du handicap de leur enfant, d'immenses dégâts psychologiques...Bientôt, VOUS COMPRENDREZ QUE VOUS VOUS ETES TROMPEE...à propos des enfants TDAH et leurs familles.

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    1. Ce n'est pas parce qu'il y a une problématique entre l'enfant et la mère que cela relève de la psychanalyse... Surtout chez un jeune enfant qui ne maîtrise pas ses émotions et qui n'a pas assez de vocabulaire pour exprimer son ressenti. C'était totalement aberrant.
      Après, il y a la théorie et les constats. Je fais des constats. D'autres font des théories.
      Je constate que... je fais des constats aussi dans l'entrée en schizophrénie.
      Maintenant je ne mets pas la pression sur les mères et j'attends de voir l'évolution de tout cela avec la prise en charge des enfants par les pères. On va voir si ça change la donne ou pas ou si se développe autre chose.
      Maintenant les familles, ça les arrange aussi de ne pas voir. Encore une fois, je le vois en thérapie, les parents veulent bien soigner leurs enfants, remettre en cause l'enfant mais surtout pas remettre en question l'organisation de la famille ou les problématiques individuelles des parents... C'est bien plus facile comme ça n'est-ce pas ?

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    2. Tiens je vais vous donner un exemple.
      Des parents m'amène leur fille ado. Troubles des comportements à l'école. Les parents la disent hyperactive. La gamine s'agite sans cesse. Mais je remarque qu'elle remue surtout lorsque la mère parle. Je leur annonce que leur fille n'est pas hyperactive mais en colère. Stupéfaction des parents. Grands sourires de la gamine. Est-ce qu'elle veut bien me dire pourquoi elle est en colère ? Oui mais pas devant les parents. Les parents sortent la gamine est hyper calme sauf lorsqu'on aborde les relations aux parents (et surtout à la mère qui je dois dire aurait bien besoin d'une psychothérapie). Les parents reviennent elles refait des bonds sur le canapé.
      Le père : on va faire des efforts. La mère : de toute façon, on va pas changer pour elle, elle doit s'adapter.
      Alea jacta est.

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