mardi 6 juillet 2010

La paternité




En général, lors d'un accouchement, on est sûr que la femme qui est allongée là, est la mère biologique de l'enfant.
Je dis bien en général, car aujourd'hui avec les possibilités de dons d'ovules, on peut être la mère "porteuse" mais pas la mère biologique.
La nuance est subtile et elle mériterait qu'on s'y arrête, mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui.


Donc, si on général on sait qui est la mère, pour le père en revanche....
La Loi française dit que l'époux (donc avec acte de mariage) est le père des enfants nés pendant la durée de ce mariage.
Si un couple n'est pas marié, l'enfant est réputé ne pas avoir de père, sauf si le "mâle" présent reconnaît l'enfant avant ou tout de suite après la naissance.

Ca c'est ce que dit la Loi. 
Pour ce qui est de la réalité biologique c'est parfois une autre histoire.
En effet, on considère qu'environ 20 % des enfants ne sont pas issus de leur "père" légal.
Lorsque c'est clair dès le début, chacun sait plus ou moins où il en est.
L'homme de la famille sait qu'il n'est pas le père.
L'enfant sait qu'il n'est pas l'enfant de cet homme (mais de qui est il donc le père ?)
Ca ne facilite pas spécialement les relations, mais on a le mérite de ne pas vivre avec un secret.

Et puis, il y a la vérité qui vous atterrit un beau matin en pleine face.
Au cours d'une grosse dispute, la femme balance "et puis ton fils, c'est pas ton fils, il n'est pas de toi".
Que répondre à ça ?

D'un point de vue psychologique, cela pose la question de savoir où et quand commence la notion de paternité pour celui qui apprend cela.

J'ai eu quelques patients comme ça.
Ils ont parfois de grands enfants.
Ce sont leurs enfants, ils les ont aimé, élevé, choyé.
Et en quelques mots tout bascule.

On pourrait se dire qu'après tout ça ne change rien.
Lorsqu'on a passé disons 16 ans a élevé un fils, savoir qu'il n'existe pas de lien biologique, ne devrait rien changer.
C'était déjà comme cela pendant 16 ans, l'enfant reste le même et il considère et aime toujours cet homme en face de lui comme un père, comme son père.

J'ai demandé à mes patients ce que ça changeait pour eux.
Les réponses restent totalement floues et uniquement situées dans le ressenti. En gros ça ne change rien... et tout.
L'enfant là, celui pour lequel il y a encore quelques heures, quelques jours ce père aurait donné sa vie, se sacrifiait en tentant de lui faire intégrer les meilleures écoles... cet enfant là, n'est plus l'enfant de cet homme.
Ce n'est plus le fils ou la fille.
Ce sont les enfants d'un étranger.
Ils sont aussi les enfants de la trahison, de la honte, du mensonge mais aussi de la colère.
Lorsque je demande à ces hommes s'ils vont cesser d'aimer cet enfant, la réponse est basée sur la honte, car ils ne l'aiment déjà plus.
Vont ils continuer à s'en occuper ?
Oui oui, mais le mieux serait qu'il reste avec sa mère. De loin donc.

La question principale de ses hommes est de savoir s'ils doivent vérifier les allégations de leur épouse.
Faut il faire un test génétique ?
Si le test démontre que cet homme est le père, l'épouse est un monstre. Quelle torture mentale elle a infligée à son mari et à son enfant qui en subit les conséquences.
L'homme sera rassuré sur sa paternité, sa virilité. Il saura que son couple n'était pas basé sur le mensonge et que sa femme ne l'a pas trahit, mais qui est en vérité cette femme qui utilise de tels arguments ? Il ne la reconnait pas. Mérite t elle qu'on reste avec elle ? Sur quoi va t elle mentir la prochaine fois ?

Si le test démontre que cet homme n'est pas le père, la réalité s'effondre.
Le couple était donc basé sur le mensonge. "Elle" savait mais a fait comme si de rien n'était, il n'a rien vu, elle a tellement  bien menti. Mais sur quoi d'autre a t elle menti ? Et les autres enfants de qui sont ils ?
La suspicion s'installe.
Et cet enfant qui était le sien, qui est il donc en fait ? 
Ses comportements positifs (réussir à l'école) comme négatifs (actes délinquants) sont ils dus à son éducation, sa personnalité ou à l'hérédité de son père biologique ?
A  qui ressemble t il ? 
L'homme ne se reconnait plus dans son enfant. Il lui a tout donné alors que ce n'était pas à lui de le faire mais à "l'autre".
L'enfant est mis de côté, isolé quasi immédiatement, c'est la seule façon que le psychisme de ces hommes trouve pour ne pas craquer.

Pourtant, socialement, on peut se dire que l'on se rapproche d'un enfant adopté.
Celui-ci n'est pas l'enfant biologique, mais il est aimé et choyé comme s'il l'était (encore que c'est à voir). 
Si l'enfant adopté est informé de son histoire, il a le choix entre décider de mettre une distance avec ses parents adoptifs et rechercher ses parents bio ou faire une croix sur son hérédité bio et décider que ses seuls parents sont ceux qui l'ont aimé et éduqué.

Mais ça c'est le point de vue de l'enfant. Et dans l'adoption les parents adoptifs font le choix d'avoir un enfant qui n'est pas le leur biologiquement. Ils décident et intègrent que l'amour n'est pas lié à la création biologique.

Mais là, ces hommes sont placés devant le fait accomplis.
Ils ont cru que l'enfant était le leur biologiquement.
Ils ont donc été trompés.
Si on leur avait placé chez eux un enfant sans lien bio et sans leur demander leur avis, ils n'auraient pas acceptés.
Ils veulent un enfant à eux, de eux, un enfant des deux parents aussi. L'enfant de l'amour psychique et physique, l'enfant comme symbole d'une réussite conjugale.
Cet enfant là, qui ne leur correspond plus génétiquement, n'est plus le représentant de cet amour conjugale. 

Le couple, désormais basée sur le trahison et le mensonge, se meurre.
Il sera désarticulé, rejeté et mis au placard.
L'enfant qui devient le représentant de ce couple, suivra le même chemin dans le psychisme du "père".

Si il est difficile de répondre à la réalité biologique du sentiment de paternité, il est évident qu'avant tout la paternité est une représentation psychique d'une réussite de construction de notions de couple et de famille.

Qu'en pensez-vous ?


2 commentaires:

  1. C'est la question que je me pose aussi pour les pères qui font des tests de paternité...

    Quand ils apprennent qu'ils ne sont pas le père biologique, souvent, ils ne savent pas quoi faire avec cette information désastreuse, puisqu'ils aiment leur enfant et probablement, leur enfant restera leur enfant.

    Je crois que, dans beaucoup de cas, ils souhaiteraient revenir en arrière et "désapprendre" cette information...

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  2. Il n'est pas sur justement que l'enfant reste "leur" enfant. Mais je suis d'accord sur le fait que parfois il ne vaut mieux pas savoir et rester avec ses doutes.

    Par contre, juste en passant, cher anonyme, il te faut prendre un pseudo pour parapitre ici, n'importe lequel. En temps normal je n'accepte pas les com anonymes, même lorsqu'ils sont constructifs et font avancer le débat. Il ne serait pas logique que j'en censure certains et pas d'autres. De plus cela permet aux autres lecteurs d'identifier une ligne de pensée et aussi de répondre plus individuellement. Merci pour la prochaine fois.

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