vendredi 27 août 2010

Inceste petite fille / grand père

Je me permets de revenir sur ce délicat sujet car depuis quelques semaines plusieurs personnes sont arrivés sur mon blog en effectuant cette requête.

Ce schéma incestueux pose un épineux problème : comment se fait il que le grand-père s'en prenne à sa petite fille ?

Alors bien sur je pourrais vous parler des théories psychiatriques et criminologiques sur les motivations qui poussent à l'inceste.

Mais je pense sincèrement que cela soulève une autre question :

- si le grand-père s'en prend à sa petite fille, s'en était il pris à sa fille ?

Je n'ai bien sur pas la réponse pour tous les cas. Mais dans ma pratique personnelle, je dirais clairement que oui le grand-père avait sûrement incesté sa fille.

Alors me demanderez vous, comment à la lumière de cette inceste, la mère peut-elle laisser son enfant en présence de cet individu ?

Bonne question.

Qui peut présenter plusieurs réponses. Et je ne les ai certainement pas toutes.

1. la mère a occulté ses souvenirs.
L'esprit étant puissant et l'inconscient étant une censure extrême, certains traumas sont occultés. Non, ils ne sont pas oublié. Ils sont là tapis quelque part. Mais les envisager est impensable. Ce serait mener la victime vers le gouffre de la souffrance.
Ces souvenirs traumatiques referont un jour surface. Certainement à la naissance de l'enfant ont-il tenté de revenir, ce qui peut expliquer parfois les cauchemars pendant la grossesse et après l'accouchement. Mais le contenu réél des cauchemars est tellement bien torturé que le conscient n'arrive pas (ou ne veut pas) à interpréter ce qui y est énoncé.
Parfois seulement lorsque la petite fille dira quelque chose et reviendront alors les souvenirs.

2. la mère a occulté ses souvenirs mais suit une psychothérapie
Aie aie. Lorsqu'elle arrive en thérapie, cette jeune maman ne va pas bien. Elle ne sait pas pourquoi. Elle peut juste dire que cela a commencé à la naissance de sa fille. 
Le travail thérapeutique va faire remonter les souvenirs traumatiques afin qu'ils soient enfin intégrés, mais lorsque cela arrive il est malheureusement parfois trop tard, le grand-père a eu le temps de se livrer à ses exactions.

3. La maman sait mais pense que sa fille n'est pas concernée
Ces mamans là pensent que l'inceste consommé ne peut toucher que le père et ses enfants. Jamais elle ne penserait que son père va s'intéresser à sa petite fille. 
L'enfant est donc confié en toute sécurité.

4. La maman ne se résoud pas à s'opposer à son père
J'ai souvent rencontré cela.
S'opposer au père, c'est dire "non" à la demande des grands-parents de voir leur petite fille. Comment l'expliquer ? La nouvelle maman se voit mal priver sa propre mère du plaisir d'être grand-mère. Priver les grands-parents sous-tend de donner une explication. Or l'explication c'est de dire que le père à été incestueux. Bien des mamans se disent que leur mère n'y résistera pas "elle qui est déjà si fragile". Se libérer soi en faisant souffrir l'autre est inaceptable pour la maman. Aussi, elle se résoud à confier son enfant aux grands-parents, en croisant les doigts que cela ne passe pas une génération.

C'est faire soi la croyance que la mère ne sait pas. 
Or on sait aujourd'hui que dans la majorité des cas la mère sait.
Elle n'a pas vu, pas entendu, mais elle sait.
Et ne s'est pas opposée.
Et même que dans certains cas ça l'a bien arrangé.

5. La mère qui sait, qui ne s'oppose pas et qui est plus ou moins complice
C'est un cas tabou, car la mère devient complice du père.
Elle sait ce qui lui est arrivé à elle, elle sait que cela risque fortement d'arriver à sa propre fille.
Elle ne veut pas en parler mais l'envisage.
En fait, la mère est encore sous l'emprise de son père.
C'est sa victimisation même qui la rend complice.
"Après tout" vous dira-t-elle "moi je m'en suis bien sortie".
Elle ne sait pas dire non et l'enfant est livré en pâture.
C'est comme un espèce de rituel familial qui doit se faire. L'enfant est offert en sacrifice au père tout puissant.

La mère et la grand-mère partent faire du shopping. Elle laisse la petite fille au grand-père. Lorsqu'elles reviennent "ça s'est passé ton après midi ma petite chérie ?" "oui" répond une toute petite voix.
Grand-mère et mère savent. 
Ca a arrangé la grand-mère que le vieux couche avec sa fille (de toute façon les liens familiaux n'étaient plus dans le bon ordre), ça arrange la mère qu'il couche avec la sienne (au moins elle est sûre qu'il ne s'en prendra plus à elle).

On pourrait presque y voir une vengeance. 
"Je l'ai subit, y a pas de raison qu'elle ne subisse pas aussi".
En fait la mère est comme anesthésiée. Ca n'a plus d'importance.

Vu de l'esprit, comme ça, on se dit mais comment peut-on penser comme ça ?
Eh bien lorsque le trauma est trop fort, la rationalisation n'est plus là.
La victime est "blindée" émotionnellement. Plus rien ne la touche (j'utilise cette expression volontairement car vous y comprenez le lien entre physique et psychologique).

Et pour finir envisageons un dernier cas. Rare.

6. La petite fille est l'enfant issu de l'inceste père/fille
Cela existe.
On est en présence d'un vrai couple. La mère a été totalement éjectée du système familial. La fille a pris la place de l'épouse, le père en est très certainement éperdument amoureux et bien sur -j'oserai dire logiquement- lorsqu'il y a amour entre un homme et sa "compagne" il y a parfois naissance d'un enfant.
Et comme c'est cette petite fille est aussi sa fille, la boucle est bouclée.
Il existe des cas aussi où le gran-père n'avait pas incesté sa fille. 
Pour certaines raisons, il dira avoir été excité en changeant la couche par exemple.
On peut avoir aussi à un pédophile non incestueux.
Les rapports sexuels avec sa fille ne lui étaient même pas concevables, mais là ce n'est plus sa fille, c'est une petite fille issue d'un autre homme et ce sont les pédophiliques qui se mettent en place.

Une de mes patientes avait été victime de son père pendant plusieurs années.
Elle avait tout occulté. Tout est revenu lorsqu'elle a eu un désir d'enfant.
Elle a donc entrepris une psychothérapie parce que lors de ses rapports sexuels elle revoyait le visage de son père. 
Et surtout elle avait très peur d'avoir un enfant et que son père recommence.
La psychothérapie l'a énormément aidé.
Elle s'est refusé à déposé plainte car elle ne voulait pas informer officiellement sa mère, même si certains signes montraient qu'elle se doutait de quelque chose, mais ma patiente  mise à la place de l'épouse avait relégué sa propre mère à un état infantile, dépressif et suicidaire et elle craignait une réaction excessive.
Au bout de 4 mois ma patiente a trouvé le courage d'aller voir son père en face à face.
Elle lui a mis les "points sur les i", un truc dans le style "je me souviens de ce que tu as fais,  je ne déposerait pas plainte contre toi, mais je peux le faire. Je suis enceinte, toi et maman vous verrez votre petit enfant, mais si jamais tu y touches, je dépose plainte et tu es mort".
La première réaction du père a été "ne fais pas cela, ça tuerait ta mère".
Emprise psychique et culpabilisation de sa fille jusqu'au bout.
Ma patiente a accouché il y a un certain temps maintenant, elle surveille son père et refuse toutes les situations qui placerait son enfant seul avec lui.
Allez savoir pourquoi, y a comme un froid. LOL


(pour ceux qui lisent le Figaro en ligne vous aurez trouvé ce jeudi un interview de votre bloggeuse préférée sur les hommes victimes de violences conjugales)

19 commentaires:

  1. "Elle n'a pas vu, pas entendu, mais elle sait.
    Et ne s'est pas opposée.
    Et même que dans certains cas ça l'a bien arrangé"

    Je ne comprend pas pourquoi ça l'a arrangée. Pour ne pas avoir de relations sexuelles avec le père qui trouve ainsi un exutoire à ses pulsions ?

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  2. 7/ Le grand père de la petite fille était le père du père, ce qui était le cas pour Monique dans "La Conspiration des oreilles bouchées" de Carole Roussopoulos:
    http://viols-par-inceste.blogspot.com/2009/12/la-conspiration-des-oreilles-bouchees.html

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  3. emmanuel : oui, on a affaire à une femme qui n'apprécie pas la sexualité ou qui ne sent pas apte à répondre aux demandes de son conjoint.
    De plus très vite les rôles familiaux étant chamboulés, la femme est infantilisée. La petite fille qu'elle redevient ne peut concevoir la sexualité qu'elle délègue à sa fille devenue l'épouse.

    Auteure : oui tout à fait. Merci beaucoup pour cet ajout. On a affaire dans ce cas à une organisation familiale différente. Si il y avait des soeurs il ya de grands risques qu'elles aient été incestées. Sinon l'apparition de la petite fille permet la reviviscence des pulsions.

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  4. et le cas de figure que vous avez oublié:
    7) le grand-père est le père du père qui ne sait rien d'inceste

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  5. Réaction probable de la mère: ce n'est pas vrai, tu mens.

    Je constate que, très souvent, les personnes ayant subi des abus sexuels à l'intérieur de la famille sont rejetés en bloc par toute la famille, surtout par les plus proches, dès qu'ils en parlent. ("arrête tes sornettes ou nous ne voulons plus te voir").

    Dans ces situations, on a besoin de structures fortes à l'extérieur de la famille, car ce rejet peut vous couler tout à fait.

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  6. foui : faut lire les autres com, ça déjà été proposé et j'ai déjà commenté. lol

    En effet, je ne dirai pas que les proches rejettent, mais qu'ils évitent. Cela leur est difficile d'admettre qu'ils n'ont pas vu (ou qu'ils ont préféré ne pas voir), cela remet aussi en cause toutes les explications des comportements passés de l'enfant.
    Il est exact que certains parents n'y croient pas. C'est un sacré coup. Cela obligera en psychothérapie à faire le deuil de la famille.

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  7. Si la mére a été abusé j'ai du mal a comprendre comment elle peu dire a sa fille qu'elle ment...

    Sinon une autre hypothése: le grand pére est trop âgé pour avoir encore une vie sexuelle.

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  8. Lymphe : parce que la mère ne veut pas rouvrir ses propres souffrances via les souffrances de sa fille.
    Parce que aussi elle n'est elle même pas sûre d'avoir subit. N'était-ce pas un simple cauchemar ? Certaines patientes finissent par se demander si elles n'ont pas inventé tout cela.

    les hommes, hors pathologie médicale, sont rarement trop âgés pour avoir une vie sexuelle. Leur femme si par contre.Le taux de testostérone des hommes leur permet en tout cas de fantasmer sexuellement jusqu'à la fin de la vie. Mais la sexualité ne ce n'est pas qu'une affaire d'organes sexuels. La pénétration chez les enfants est aussi pratiquée avec les doigts, la main,des objets...

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  9. Lymphe : je repasse juste parce que ton com me semble partir du principe qu'un grand père est un homme âgé. Il faut bien se rendre compte qu'on peut être grand-père à 30 ans.

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  10. Qu'entendez-vous par "faire le deuil de ses parents"?

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  11. Témoignage "contre-exemple" : abusée par mon grand-père, alors que mère ne fut pas abusée.

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  12. Ano : possible, mais ton cas n'est pas la majorité. Et puis entre ce qui est dit et ce qui a été vécu, il y a parfois un abîme.
    La notion d'abus est aussi flexible. Un attouchement sur une enfant peut ne pas être perçu comme un abus, parce qu'il va être isolé, mais les prémices sont toujours là.

    Je ne sais plus si je l'ai écris, mais ce qui peut se passer dans ce cas c'est que le grand-père n'est pas incestueux il est pédophile. Pour rien au monde il ne toucherait à sa fille. Mais toi, tu n'es pas sa fille. Et dans ce cas, le lien de "sang" n'est pas perçu suffisamment fort et permet le passage à l'acte

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  13. Foui ; je ferai un article là dessus la semaine prochaine parce que ça fait plusieurs fois qu'on me demande ce qu'on entend par "deuil" en psychologie.

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  14. Je réagis peut être un peu tard (très, trop) mais tanpis, je viens juste de découvrir votre blog que je trouve génial ! je vais me faire tous les articles et commentaires ! bref/

    8) Le grand-père est le père du père, qui savait pour l'inceste comme ça femme et le trois quart de la famille, mais pensé l'homme "soigné", "clean" et faire assez attention, protéger suffisamment.

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  15. Il n'est jamais trop tard pour réagir sur ce blog.
    Merci pour le compliment.
    Merci à vous de prendre désormais un pseudo pour commenter.

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  16. Si je puis me permettre de proposer une analyse politique féministe - Nous vivons dans un système patriarcal phallocrate viriarque qui donne place éminente au père idéalisé. On finirait par croire que le père n'est pas un homme.

    Bien que tous les groupes humains s'entendent dans l'ensemble à confier les soins d'hygiène physique de la petite fille aux femmes, mères en particulier, l'on constate que le tabou de l'inceste n'a pas grand poids, voire pas de poids du tout dans un certain nombre de cas.

    En fait, le tabou de l'inceste fait pour les adultes mais ne semble pas protéger l'enfant, alors que c'est un inceste aggravé au point que le langage aujourd'hui appelle directement inceste tout viol de petite fille par son père, alors qu'il s'agit en premier lieu de féminicide, et ensuite de pédocriminalité.
    http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/definitions-feminicides.html

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    1. Ce n'est en rien une analyse féministe mais bien une analyse matriarcale. Nous ne vivons absolument pas dans un système patriarcal, ça c'est le discours de quelques courants féministes extrémistes qui justifient ainsi de faire passer les femmes pour des victimes-nées. Ce qui est absolument inadmissible. Les femmes ne naissent pas victimes pas plus que les hommes ne naissent agresseurs.
      Non le père n'est pas un homme. C'est d'abord un géniteur puis un symbole de la Loi, rien d'autre. Jamais l'enfant n'envisage que le père (et la mère) puissent avoir une sexualité. Ils ne sont pas homme ni femme, ils sont père et mère, chacun avec ses apports.

      Si les enfants sont confiés principalement aux mères c'est que pendant longtemps on a cru les mères protectrices et educatrices. Les études de ces 40 dernières années, grâce au développement du féminisme d'ailleurs, ont permis de montrer que l'instinct maternel n'existait pas, que l'éducation des mères laissait plutôt aller, que leur emprise psychologique créait des traumas et qu'elles exerçaient souvent de la violence sur leur progéniture (inceste, infanticide, maltraitance, négligence...) que les psys passent leur temps à régler. Ce qui fait qu'aujourd'hui la remise systématique des enfants à la mère est totalement remise en cause, par les pères bien sur, mais aussi par tous les professionnels de santé. Les juristes ayant encore de grands progrès à faire sur leur conception et stéréotypes.

      Il n'y a aucun féminicide dans l'inceste car le père est amoureux de sa fille en général. Bien au contraire il l'a met sur un piédestal, l'aime que dis-je l'adore, plus que sa compagne (à laquelle cela convient très bien et qui est en général totalement au courant de ce que subit sa fille). La fille est magnifiée dans son rôle de femme, alors que ce n'est pas de son âge. Ce qui est niée c'est le pouvoir du parent incestueux sur l'enfant, le parent incestueux abusant de sa toute puissance symbolique pour faire croire que tout cela est normal. D'ailleurs beaucoup de victimes d'inceste féminines garderont leur capacité à copuler et à se reproduire, leur rôle féminin étant conservé, au prix de beaucoup de souffrance parfois il est vrai. Encore une fois, c'est nier l'inceste maternel, en général mère/fils. Je rencontre beaucoup de ses cas, ces hommes qui jamais n'ont osé dire, déposer plainte... Cela passe à la trappe... Ils s'en remettent difficilement et prennent lentement conscience d'avoir été des victimes. Je pourrai vous parler aussi de l'inceste mère/fille que je rencontre de plus en plus souvent. C'est assez étonnant. Dans l'inceste, il y a une porte qui n'est jamais ouverte à l'étude c'est lorsque c'est l'enfant, l'ado devrais-je dire, qui abuse sexuellement du parent. Cela se rencontre dans les couples monoparentaux, lorsque la mère vit avec son fils, qui devient son "compagnon" de substitution. Ou lorsque la mère en faiblesse subit les assauts de sa fille, parce que c'est amusant et que c'est un moyen de détruire de miroir parental...

      Mais par pitié arrêtez vos stéréotypes pseudo féministes. Si les hommes ont donné l'illusion d'avoir le pouvoir dans la Société, il n'en n'a jamais rien été au domicile où la femme a été et est dans la majorité des cas toute puissante...

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  17. Il y a encore une autre raison pour laquelle une mère peut laisser ses enfants à son père incestueux: la mère est menacée de procès par son père qui dit qu'il a le droit de voir ses petits enfants (sans présence des parents). S'il y a effectivement procès, le père gagnera: les faits d'inceste avec sa fille sont anciens, il n'y a pas de preuves, il y a prescription, la fille n'en a parlé à personne à l'époque... Il verra alors ses petits enfants plus que si la mère "cède" au compte goutte pour qu'il les voie un peu seul à seul. Bien sûr dans ces cas là c'est l'angoisse permanente, jusqu'à la nausée, on prie pour qu'il n'arrive rien, et on se sent coincée. Si vous avez une solution, je suis preneuse.

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    1. L article a été écrit avant que les droits des grands parents n aient été reconnus par légifération.
      Il faut déposer plainte malgré la prescription et demander à passer une expertise psychologique si votre père entame une procédure. Je vs conseille de prendre contact avec un avocat spécialiste du droit des enfants qui saura vs orienter.

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