lundi 16 août 2010

La communication paradoxale

Un paradoxe c'est une idée qui va l'encontre de ce qu'on en attendrait.
Par extension, c'est devenu une idée qui est en contradiction avec elle-même.

C'est sur cette base qu'est née la notion de communication paradoxale, particulièrement génératrice de stress psychique.

La communication paradoxale, du fait même de la présence du terme "communication", sous-tend la présence d'un Autre qui communique de façon illogique.

Prenons un exemple simple.
Un gosse fait une bêtise. Un des parents s'exprime en faisant la tête "ah génial !".
Normalement "génial" se rapporte à quelque chose de rare et de bien. Ici cela prend le sens de hors du commun mais en y juxtaposant la moue du parent, cela veut dire quelque chose d'exceptionnel dans le sens négatif.
Il y a donc un paradoxe entre les termes utilisés et ce qu'exprime le parent.
L'enfant voit bien l'expression du parent, mais ce les termes utilisés le laissent perplexe.
C'est bien ou pas alors ?
C'est par expérience ou par explication des expressions utilisées par les adultes que l'enfant va comprendre qu'on peut utiliser des expressions qui disent l'inverse de ce qu'on veut dire pour exprimer l'inverse de ce que cela veut dire....
Paradoxal, je vous dis.

La communication paradoxale en psychologie est symbolisée par le "syndrome de la sentinelle".
Dans un fort, du haut de son mirador, la sentinelle doit avertir s'il se passe quelque chose dehors.
Si elle ne le fait pas, elle sera fusillée.
Si elle le fait alors que ce n'était pas important, elle sera fusillée.
Prévenir/ne pas prévenir ? Quand prévenir ? Quelle limite entre ce qui est important et pas important ?
La sentinelle devient dingue.

La communication paradoxale rend fou.

C'est souvent ce qu'on retrouve dans le harcèlement moral.
Par exemple, un directeur en présence de son assistante va dire "en passant"de façon négative : "ce courrier n'a pas été enregistré". Alors son assistante enregistre le courrier. le directeur le constatant dit "mais je ne vous ai jamais demandé de l'enregistrer".
A la fin, l'assistante ne sait plus ce qu'elle doit faire ou pas, ce qui est bien ou pas.
La dépression et le burn out la guette.

La psychanalyse suppose que l'autisme serait basée sur une communication paradoxale entre la mère et l'enfant.
"Je t'aime" dit verbalement et un "je ne t'aime pas" émis physiquement.
L'enfant "coincé" entre amour et rejet, entre le fait de faire un pas vers la mère et être rejeté ou de ne pas en faire et de se le voir reproché, deviendrait autiste, incapable désormais de déceler comment il faut communiquer, de démêler le vrai du faux, de séparer l'amour de l'agressivité.

La communication paradoxale pourrait se résumer à :
si ceci est vrai là, mais est faux ici, où est la limite ?
 
Et à force de chercher la limite, le psychisme tourne en rond, se torture et n'en peut plus.
On pourrait postuler qu'il n'est pas nécessaire de chercher des limites, mais c'est mal connaître le psychisme qui passe son temps à réduire, classe, catégoriser, étiqueter.
Porter à l'extrême, on entre dans ce qu'on appelle "la double contrainte".
C'est à dire qu'on est en présence de deux obligations qui se contredisent ce qui va rendre la solution impossible à trouver.
Par exemple, dans une situation de divorce, chaque parent va demander à l'enfant de n'aimer que lui.
Ce qui est insoluble, aimer l'un obligerait à ne pas aimer l'autre, ce qui est contraire à ce que demande l'autre justement.

La personne prise dans la double contrainte, serait contrainte au silence (il n'existe pas de réponse) et au retrait (se renfermer tant qu'on n'a pas la réponse).

En psychiatrie, on pense que la schizophrénie serait la résultante de l'existence d'une communication paradoxale à double contrainte au sein de la famille. En effet, seule la dissociation de personnalité permettrait de répondre aux deux obligations.

Au sein d'une entreprise, un brutal turn-over dans un service ou une épidémie d'absentéisme ou de dépression, doivent faire penser à la possible existence d'un individu qui communique paradoxalement. Ce qui nécessite une évaluation du service et une formation à la communication... bien sur lorsque ce recours n'est pas volontaire pour pousser les gens à la démission !

Lorsqu'on est présence d'une communication paradoxale au sein d'une famille, il est nécessaire d'envisager des séances de thérapie familiale afin de prendre conscience du mode de communication en place et tenter de rétablir une communication normale.



18 commentaires:

  1. ça rend fou!!!
    Utilisé en permanence, effectivement ça doit pas être terrible. Pour ma part, j'avoue qu'il m'arrive d'être parfois un peu ironique avec mes enfants mais effectivement c'est un concept qu'ils ont du mal à appréhender. Même à 7 ans ma plus jeune et alors qu'elle est plutôt douée à besoin que je lui confirme le fond de ma pensée aprés une remarque de ce type.
    Je pense que c'est une "manie" familliale mais j'ai pour ma part pleinement conscience que ce n'est vraiment pas une bonne chose si on n'est pas pleinement en phase avec la personne à laquelle on s'adresse, une personne qui saura systématiquement décrypter correctement.
    J'ai par le passé eu un responsable, excellent à bien des égards mais il avait tendance lui aussi à lancer de petites piques ironiques pour plaisanter. Sur la même longueur d'onde, pour moi c'était un bon moyen de mettre un peu de bonne humeur dans le service, et je trouvais ça très sympa, mais j'ai découvert que certains de mes collègues sans doute moins habitués à ce mode de communication s'en trouvaient assez destabilisés.

    RépondreSupprimer
  2. Intéressant.. mais que veut dire la première phrase de ton article? j'ai l'impression qu'il manque un truc, nan?

    RépondreSupprimer
  3. non il ne manque rien. Ma dernière phrase veut tout simplement dire que dans les membres d'une famille ne se rendent pas toujours compte de leur mode de communication. Ou s'ils le savent ils ne voient pas comment en sortir. La thérapie familiale va les aider à prendre conscience et à exprimer ce qui ne veut être dit dans la com paradoxale (par exemple si un enfant "gonfle" sa mère par moment, il vaut mieux que ce soit clair plutôt que d'opter pour une com amour/rejet super destructrice).

    RépondreSupprimer
  4. Paradoxalement j'ai tout compris

    RépondreSupprimer
  5. Le commentaire précédent est vrai. Comment tout ce qui est écrit dans ce blog.

    RépondreSupprimer
  6. Heu.. merci pour ces explications mais je parlais de la "première phrase"
    "Un paradoxe c'est une idée qui va l'encontre de ce attendrait."

    et non la dernière

    c'était juste pour que tu complètes les manque.. sinon je crois bien avoir tout comprit ;)

    RépondreSupprimer
  7. Droufn : j'ai eu un mal fou à tilter sur ce que tu avais écris. Etrange. Mais c'est certainement parce que je n'ai pas l'habitude de me planter dès la 1ère phrase et comme je ne me relis pas...

    RépondreSupprimer
  8. Désolé.. c'était pour titiller un peu. Tout va bien :)

    RépondreSupprimer
  9. J'ai lu tout votre blog !
    (Applaudissements)

    Je ne trouve pas que les articles soient trop longs, sauf ceux qui parlent de la Star Ac ou des sacs à mains (mais je vous encourage dans votre quète pour la suprèm-superficialité, c'est quelquechose de très important pour être une femme accomplie) (lol)
    J'ai souvent eu envie de commenter mais j'avais surtout envie de continuer mes lectures (impatiente !)
    Bon alors ce que je voudrais vous dire, si j'arrive à formuler ma pensée ...

    Vos écrits psychologique me font énormément cogiter (c'est bien le but je crois !) mais parfois de façon négative, et je me demande si c'est une bonne chose de lire de la psychologie seul sans soutien sans qqn de neutre pour nous guider dans la réflexion. Vous allez me dire "go chez le psy !", oui oui. Je parle de "façon négative", j'entends par là que ça me fait déprimer, quand je me reconnais à certains endroits, et c'est peut-être pour ça que les gens préfèrent les articles superficiels, c'est moins douloureux quand on ne se remet pas en question, ou qu'on ne remet pas les autres en question. Je ne critique pas, j'ai eu le même problème en lisant des livres de psycho, c'est juste une constatation, et pour moi ça explique que des blogs BD (exemple) aient beaucoup plus de commentaires.

    Autre chose, depuis que je vous lis je vous compare à mon propre psy, j'ai la sensation que vous vous occupez très bien de vos patients, que vous savez les mettre en confiance, les détendre, les rassurer, ce que ne fais pas trop le mien. Je me demande si c'est juste parce que vous vous décrivez comme la psy parfaite =) ou si d'autres personnes ont fait comme moi (comparer les méthodes de travail avec peu d'outil pour comparer, et dépourvu d'objectivité). Du coup je me retrouve un peu dans un gros doute, à ne pas savoir si je me fais de fausses idées à son sujet, si je dois en parler à mon psy (lui dire que j'aimerais qu'il soit un peu plus bavard par exemple (mais peut-être que pour mon cas il applique une bonne méthode et c'est là le problème je n'en sais rien puisque je dois m'auto-juger et c'est super dur !) je me perds dans mes parenthèses) BREF, je me retrouve un peu à ne plus trop savoir quoi penser (peut-être que je devrais juste constater le résultat : il me fait du bien). Je ne veux pas parler de moi mais je finis toujours par me prendre en exemple sorry.

    En clair (si j'y arrive) j'ai l'impression qu'à partir du moment où on vous lit, on finit par aller chez le psy (à moins d'être déjà soigné peut-être). Ou bien on vous parle de ses problèmes personnels. Ca ne vous ennuie pas qu'on essaye d'obtenir de vous des infos gratuitement ? A partir de quel moment vous êtes d'accord pour aider les gens à la réflexion sans pour autant les aider personnellement ? C'est complexe !

    Parce que je trouve ça compliqué de commenter sans vouloir parler de soi. Je ne sais pas comment vous faites pour rester si objective, car vous écrivez énormement, sans jamais parler de vous (ou si peu et avec humour). C'est probablement voulu, mais je constate que c'est super bien maitrisé, et peu de gens y parviennent (je crois).

    J'arrête ma réflexion ici pour aujourd'hui !

    Merci encore pour votre blog !

    RépondreSupprimer
  10. J'ai lu tout votre blog !
    (Applaudissements)

    Je ne trouve pas que les articles soient trop longs, sauf ceux qui parlent de la Star Ac ou des sacs à mains (mais je vous encourage dans votre quête pour la suprèm-superficialité, c'est quelque chose de très important pour être une femme accomplie) (lol)
    J'ai souvent eu envie de commenter mais j'avais surtout envie de continuer mes lectures (impatiente !)
    Bon alors ce que je voudrais vous dire, si j'arrive à formuler ma pensée ...

    Vos écrits psychologique me font énormément cogiter (c'est bien le but je crois !) mais parfois de façon négative, et je me demande si c'est une bonne chose de lire de la psychologie seul sans soutien sans qqn de neutre pour nous guider dans la réflexion. Vous allez me dire "go chez le psy !", oui oui. Je parle de "façon négative", j'entends par là que ça me fait déprimer, quand je me reconnais à certains endroits, et c'est peut-être pour ça que les gens préfèrent les articles superficiels, c'est moins douloureux quand on ne se remet pas en question, ou qu'on ne remet pas les autres en question. Je ne critique pas, j'ai eu le même problème en lisant des livres de psycho, c'est juste une constatation, et pour moi ça explique que des blogs BD (exemple) aient beaucoup plus de commentaires.

    RépondreSupprimer
  11. Autre chose, depuis que je vous lis je vous compare à mon propre psy, j'ai la sensation que vous vous occupez très bien de vos patients, que vous savez les mettre en confiance, les détendre, les rassurer, ce que ne fais pas trop le mien. Je me demande si c'est juste parce que vous vous décrivez comme la psy parfaite =) ou si d'autres personnes ont fait comme moi (comparer les méthodes de travail avec peu d'outil pour comparer, et dépourvu d'objectivité). Du coup je me retrouve un peu dans un gros doute, à ne pas savoir si je me fais de fausses idées à son sujet, si je dois en parler à mon psy (lui dire que j'aimerais qu'il soit un peu plus bavard par exemple (mais peut-être que pour mon cas il applique une bonne méthode et c'est là le problème je n'en sais rien puisque je dois m'auto-juger et c'est super dur !) je me perds dans mes parenthèses) BREF, je me retrouve un peu à ne plus trop savoir quoi penser (peut-être que je devrais juste constater le résultat : il me fait du bien). Je ne veux pas parler de moi mais je finis toujours par me prendre en exemple sorry.

    En clair (si j'y arrive) j'ai l'impression qu'à partir du moment où on vous lit, on finit par aller chez le psy (à moins d'être déjà soigné peut-être). Ou bien on vous parle de ses problèmes personnels. Ca ne vous ennuie pas qu'on essaye d'obtenir de vous des infos gratuitement ? A partir de quel moment vous êtes d'accord pour aider les gens à la réflexion sans pour autant les aider personnellement ? C'est complexe !

    Parce que je trouve ça compliqué de commenter sans vouloir parler de soi. Je ne sais pas comment vous faites pour rester si objective, car vous écrivez énormément, sans jamais parler de vous (ou si peu et avec humour). C'est probablement voulu, mais je constate que c'est super bien maitrisé, et peu de gens y parviennent (je crois).

    J'arrête ma réflexion ici pour aujourd'hui !

    Merci encore pour votre blog !

    RépondreSupprimer
  12. Aphone : je n'écris pas pour parler de moi mais de ce qui m'intéresse ou de ce qui m'interpelle.
    Quant à vos réflexions "négatives", je ne suis pas étonnée. C'est comme lorsqu'on étudie la psychologie au début, on est persuadé qu'on a toutes les pathologies !

    je sais par le retour de mes patients que ce qu'ils apprécient c'est que je leur parle, leur explique, ne les laisse pas avec leur unique vision des choses. Perso, des fois je me dis que je parle trop. Je n'ai pas peur du silence, je sais même l'utiliser et même l'imposer s'il faut, mais je crois que je parle autant que j'écris parce que je réfléchis tout haut, ce qui permet aussi d'évoquer le contre transfert.
    Le temps de la consultation est aussi dédié au patient. Je ne pense pas à mes courses, à ma vie, je pense à ce qu'on me dit.
    Mes patients ont souvent du mal à me "quitter", c'est moi qui les mets dehors lol.

    Si votre thérapeute vous fait du bien , c'est le plus important. Vous n'y allez pas pour avoir une relation parfaite, ce n'est pas votre ami, votre parent, votre amant, c'est votre psy. En fait ce n'est pas lui qui vous fait du bien, c'est vous même en faisant votre travail. N"anmoins votre relation à votre thérapeute me parait très sexualisée.

    RépondreSupprimer
  13. Mince ... Je crois que de manière générale j'ai du mal à ne pas "sexualiser" mes relations, mais ça m'embête vraiment de le faire, ça me gène.

    Vous ne m'avez pas dit : vous blogger pour parler de ce qui vous intéresse, mais vous attendez des réactions, et comme les gens savent que vous êtes psy ils ont tendance à parler d'eux pour avoir des conseils non ? Ca ne vous dérange pas ?

    Par exemple pour cet article sur la communication paradoxale, je ne sais pas trop comment commenter sans parler de moi : "c'est fou ma mère me faisait ça ! Je comprends mieux maintenant !" lol

    Est-ce que pour vous c'est intéressant ? Finalement vous offrez beaucoup mais qu'est-ce que ça vous apporte ??

    RépondreSupprimer
  14. non je n'attends pas de réactions. Mais je les apprécie c'est vrai.
    Même lorsque les gens ne parlent pas d'eux, ils le font quand même... On n'écrit pas ce qu'on écrit par hasard, on n'écrit pas de la façon dont on écrit par hasard non plus... Donc on parle toujours de soi.

    Je n'offre rien ! J'écris de ce qui m'intéresse, les gens viennent... ou pas. y a des "abonnés" (je vous vois !) et beaucoup de passages du monde entier. Ca m'apporte... la fait de faire réfléchir certaines personnes, moi en premier. C'est déjà beaucoup.

    RépondreSupprimer
  15. Sourire...En parlant du mot "sexualisé".. votre fond d'écran en est un bel exemple!

    A bon entendeur.

    RépondreSupprimer
  16. Pour celui que vous avez vu, c'est évident. Le fond d'écran change souvent maintenant mais je croies que ça reste d'une façon générale plutôt libidinal !

    RépondreSupprimer

Stats