lundi 9 août 2010

Pourquoi les patients ne viennent pas à leur consultation



Nous avions déjà vu les raisons pour lesquelles un patient qui ne vient pas à sa consultation doit néanmoins la régler (ICI).

Mais qu'en est-il des raisons des patients ? Créons quelques catégories.

- les "forces majeures" :
Bien sur il y a des raisons sérieuses de non consultation et dans ce cas la consultation n'est pas due (ça arrive tout le monde... même a psy)
- la maladie
- un enfant malade
- un décès familial...
Bref, tous les cas de force majeure qui peuvent être "validés" et justifiés. Ceci dit ça marche une fois dans l'année, pas deux. 

- les "overbookés"
"J'ai beaucoup de travail ce jour là". Là je n'accepte plus.
Lorsqu'on a mal aux dents, on passe le dentiste avant le travail. Lorsqu'on a mal au psychisme, on fait passer le psy avant le travail. La consultation est due. Et bizarrement, lorsqu'on leur rappelle, ils arrivent souvent à se libérer pour venir.
Combien de patients m'ont dit "en fait, vous passez en dernier !".
Merci pour la considération.
Il y a bien sur d'autres choses parfois sous cette expression, mais ce n'est pas le sujet.

- les "angoissés immatures" :
Il y a les patients qui flippent.
Ils flippent pour leur première consultation.
Après tout allez chez le psy, ça veut encore dire pour beaucoup qu'on est fou ou plus légèrement qu'on arrive pas à gérer sa vie tout seul.
Ils flippent aussi en cours de suivi psy.
Parce que le psy demande du "travail" qui ne peut être fait ou qui ne peut être abordé en consultation. Alors plutôt que d'avouer qu'on n'arrive pas à réaliser ce qui a été demandé, les patients réagissent de façon immature comme face à un prof, ils éludent et fuit la consultation. 
Ceux là annulent à la dernière minute, en se trompant de jour, d'horaire. De psy (ça m'est arrivé)
Ils doivent la consultation. Mais lorsqu'on leur rappelle que la consultation sera due, en général, ils arrivent... en retard !

- les "bénéficiaires pervers"
surtout lors de la première consultation, y a ceux qui flippent.
Pas les même que ceux du paragraphe au dessus. Non.
Ceux qui savent quelque part en eux que leurs symptômes sont du flan.
Ceux qui disent souffrir, ne pas allez bien, avoir tel symptôme, mais qui en tirent un bénéfice.
Par exemple, la considération de leurs proches ou le fait qu'on accepte plus facilement certaines "dérives" de leur part.
Ceux là viennent pour que cessent leur symptôme, mais en fait ils ne veulent pas.
Ceux là savent quelque part que c'est de la simulation et le psy risque de s'en rendre compte.
Alors, me demanderez vous, pourquoi veulent ils consulter ?
Parce que le psy joue un rôle de renforcement. En effet, si le psy joue le jeu du patient et dit que tout ça est avéré, c'est que leur "maladie" existe vraiment et que leurs comportements sont justifiés.
C'est une façon d'instrumentaliser le psy.
Y a ceux aussi qui sont vraiment génés par leurs symptôme ou leur mal-être, qui voudraient bien que ça cesse, mais qui se rendent compte que si ça disparaît ils vont perdre des bénéfices (comme être chouchoutés ou pardonnés ou avoir le droit de ne pas travailler).
La consultation est due. Il ne peut y avoir que des bénéfices à leur situation.

- les "résilients"
Il existe un petite catégorie de patients qui, rien que du fait d'avoir pris rendez-vous, vont mieux.
Le fait d'entamer une démarche thérapeutique met chez eux en route le processus d'intégration des traumas. Ceux là n'annulent même pas la consultation ou alors par un vague SMS à l'heure où il aurait du entrer en consultation. 
Ca ne sert à rien de leur réclamer la consultation, on n'aura plus jamais de leur nouvelle.

- les "pas prêts dit aussi "à reculons""
Ils appellent, prennent rendez vous, se morfondent d'avoir pris ce RDV, n'osent pas appeler, appellent ou envoie un SMS à la dernière minute tout en se torturant mentalement. Ils ont pris RDV parce qu'ils ont des copains ou des copines en thérapie à qui ça a fait du bien. En fait, ils ne se sentent pas capables d'entamer un suivi psy. Ils ont peur de ce qu'ils vont trouver, entendre. En fait ils savent déjà, mais entrouvrir la porte est inacceptable psychiquement. Ca fait trop peur. Ces patients là appelleront plusieurs psys sur un court laps de temps sans jamais être capables de franchir symboliquement la porte d'un cabinet.

Les "pas prêts" on les reconnait aussi au fait qu'ils ne sont jamais dispo aux horaires du psys. "Vous n'auriez pas une place autour de 22h00 ou avant 7h30 ?" "Non, je vous propose 15h30" "ah mais je ne peux pas je travaille, j'ai des horaires". Moi aussi, c'est drôle. Si leur généraliste avait dit 15h30, ça n'aurait pas poser de problème, mais le psy...

Cette catégorie passe de psy en psy, ne trouvant jamais le bon. Ils annulent en général dans les temps.

- les "je cherche un ami"
Cas surtout présent chez les personnes âgées.
Isolées, s'ennuyant avec les autres "vieux", ces personnes se cherchent une personne qui les écoute, qui compatisse à leur vécu. Alors ces personnes appellent un psy qui fait des consultations à domicile. Ce sont des consultations agréables avec thé et petit four. On a le droit aux photos de famille, de vacances. Mais rien sur le récit personnel. Et dès qu'on commence à entrer dans le "jeu psy" (raconter son enfance, ses traumas, ses problèmes et/ou donner des "devoirs"), paf la personne met fin aux consultations. Là en général, on est prévenu quelques jours à l'avance avec beaucoup de chaleur dans la voix et des regrets exprimés. On ne revoit pas la personne.

- les "je suis maso et je cherche un Maître (ou une Maîtresse)"
Ce phénomène présent chez les hommes comme chez les femmes, est surtout présents chez des patients qui sont incapables de se reconnaître comme maso et comme recherchant du plaisir dans une relation domination/soumission. En plus un psy ça coûte moins cher qu'une domina ou un Maître. On peut parfois y ajouter des troubles de l'orientation sexuelle. Le psy étant par nature le plus neutre possible, ne joue pas dans le jeu du patient. Lorsque celui-ci comprend qu'il n'aura rien et surtout, Ô horreur, que le psy peut l'amener à comprendre ce fonctionnement, le patient se dépêche de mettre fin aux consultations. A la dernière minute en général,  avec agressivité et dans un processus de "rupture amoureuse", histoire de montrer au psy qui commande réellement.
Si on leur réclame le montant de la consultation, en général ils paient.

- les "je perds mon temps"
Ce sont des résistants. Ces patients là ne disent rien pendant les consultations ou répondent juste par "oui/non". On se demande pourquoi ils sont là. Viennent plusieurs fois en consultation, finissent par dire qu'ils ont l'impression de ne pas avancer ou qu'ils perdent leur temps (version 2 : qu'ils font perdre son temps au psy). Ceux là partent brutalement en vacances et proposent de rappeler après pour reprendre RDV. Ils ne reviennent pas.

- les "je me fous de mon psy"
Catégorie sur-représentée chez les ados. Comme ce ne sont pas eux qui sortent l'argent de leur poche (même si symboliquement c'est eux qui doivent me payer), certains ratent allègrement leur consultation. "je ne me suis pas réveillé(e)", "j'ai trop fait la teuf hier soir", "nooon, lààààààà je peeeuuuux pââââ" (d'une voix pâteuse et canabisée), "je vous ai oublié" (d'accord y a pas que moi dans sa vie), "j'avais rien à vous dire", "j'suis à Beaubourg, y a une copine qui m'a demandé de l'accompagner pour son piercing". J'apprécie tout particulièrement lorsque je viens de traverser Paris. Je conseille alors fortement aux parents que ce soit l'ado qui paye avec son argent de poche, ce qu'ils font en général. Cest marrant comme ça ramène dans la réalité. (je me sens détestée après, allez savoir pourquoi).

Il y aurait certainement d'autres catégories à créer. Vous vous êtes reconnu(e) ou vous faites partie d'une autre catégorie, faites m'en part que j'enrichisse mon expérience.

Lorsqu'un patient utilise un alibi bidon, il est nécessaire de lui en parler. Que fuyait-il ? Que ne voulait-il pas dire ? De quoi avait-il peur ? Il faut souvent faire un rappel sur le fait que le psy ne juge pas. Le patient n'a pas fait son "devoir" ? Après tout c'est son travail, pas celui du psy. C'est la patient qui stagne pas le psy. Et qu'il y a t il donc de si difficile dans ce devoir pour que ça nécessite de ne pas le faire et/ou de ne pas en parler au psy ? D'où le fait que ces consultations annulées soient dues car elles font pleinement parties du processus de travail psychologique.

D'une façon générale, lorsqu'un patient commence à trouver un alibi bidon et s'il ne fait pas l'effort de venir à la consultation malgré qu'elle soit due, on sait qu'il y a peu de chance qu'il revienne. Et si on prend un autre RDV, il ne vient pas et finit par dire (par SMS, surtout pas en face à face ou au téléphone) qu'il ne reviendra pas.

Y a aussi du cas par cas c'est évident. D'abord le psy a besoin de garder ses clients. Ensuite, même si je suis consciente que certains patients ne viennent pas parce que ça implique trop de choses psychiquement, j'accepte que "l'oubli" (hum hum) arrive une fois. Tout va dépendre de l'implication qu'a montré jusqu'à là ce patient dans son travail mais aussi de la façon dont c'est dit, de si le patient semble vraiment désolé... 

Un constat, les patients motivés et impliqués ratent au maxi 1 consultation sur une année. Et c'est pour une bonne raison (maladie, décès...). Si des raisons moins valides (mariage d'un ami, vacances imprévues) sont exprimées, ces patients préviennent bien à l'avance.



13 commentaires:

  1. C'est drôle toutes ces catégories, je ne pensais pas qu'il y en aurait autant, et vu sous cet angle ça doit être particulièrement intéressant à observer.
    J'ai fuis pas mal de fois les rdv psy, sous des prétextes bidons la plupart du temps, le "mieux" que j'ai fais c'est assurer à la psy que j'allais la rappeler pour reprendre rdv (forcément c'était du face à face) tout en sachant que je ne le ferais jamais. Je me souviens avoir souris en sortant de son cabinet comme si c'était une victoire. Victoire contre quoi j'en sais rien mais je me suis sentie incroyablement soulagée.

    Pour la catégorie "je me fous de mon psy", ça peut être aussi du au fait que ce sont des ados qui ont été poussé par les parents à consulter et qui n'ont de ce fait pas forcément le même entrain que quelqu'un qui s'y rend de sa propre initiative.
    Bonne idée sinon, le fait de faire payer l'ado ^_^

    RépondreSupprimer
  2. perso ça fait un an presue que j'y vais et pas encore un seul rdv manqué
    je dois être une très bonne patiente (ironique)
    Mais bon a vaincre sans péril on triompe sans gloire si je vais ma voir c'est parce que justement moi je devrai apprendre à ne as toujours respecter les regles; cherchez l'erreur ;-)
    Sans

    RépondreSupprimer
  3. Chucky : je demande toujours aux parents si l'ado est OK pour consulter. S'il a au moins 15 ans, je demande aux parents que l'ado me rappelle en personne afin qu'on voit s'il veut vraiment venir et si il existe une demande de sa part. Dans le cas contraire, je refuse de le recevoir.

    Une psychothérapie c'est toujours "motivation + implication", s'il manque 1 des 2 conditions, ça ne sert à rien.

    Sans : j'ai une patient comme ça, "trop" structurée. Elle respecte les consultations, mais maintenant elle se permet d'arriver en retard ! Ce qui pour elle est une grande découverte et un soulagement. Et comme je m'en fous (c'est son temps à elle), cela la satisfait pleinement.

    RépondreSupprimer
  4. J'aimerai rajouté une petite chose à propos des bénéficiaires pervers. Je n'ai jamais consulté chez un psy, mais il m'arrive bien souvent de vouloir annuler un RDV chez le médecin par exemple. La raison est assez proche de celle du bénéficiaires pervers : dans mon cas ce n'est pas exactement le fait d'être chouchoutée ou excusée qui m'intéresse au plus au lieu mais plus l'impression que le trouble que je pourrais avoir (prenons par exemple le cas de la migraine) fait partie de mon identité et que si ce trouble est guérie, je perdrai une partie de moi.

    RépondreSupprimer
  5. Celine : je connnais plein de gens "comme vous" ! lol
    Je suis étonnée parfois d'entendre les gens. Ils se présentent classiquement en tendant la main ou en faisant la bise, vous donnent leur nom/prénom et brutalement vous sortent "je suis migraineuse" ou "je suis témoin de jehovah"...
    Je leur fait remarqué que je trouve étrange qu'après leur identité familiale, ils se sentent obligés d'ajouter "je suis ceci ou cela". Comme s'ils ressentaient le besoin de se différencier immédiatement des autres mais surtout comme si cette caractéristique leur était aussi propre et essentielle que leurs nom et prénom.

    Perso, à chaque fois qu'on me fait le coup, non seulement je leur fait remarquer, mais aussi je leur demande ce que ça change que je sois au courant. Cela veut il dire que ces personnes ne vivent qu'au travers de cette étiquette ? Cherchent elle à modifier mes comportements ? Veulent elles contrôler leur image ? Cherchent elles à faire du tri rapidement dans leurs relations ? parce que se présenter comme tel n'a pas que des avantages, bien au contraire. les gens vont fuir les personnes malades ou appartenant à telle religion/secte. Elles font donc le vide autour d'elle ces personnes.

    Je constate que ce sont souvent des personnes avec une faible estime d'elles mêmes, qui recherchent l'approbation des autres, qui ont du mal à prendre des décisions et qui sont donc manipulables (d'autant facilement qu'elles fournissent leur point faible d'office). Comme si la seule chose qui reste de leur identité propre c'est "ce" critère.

    RépondreSupprimer
  6. Ceci dit, je ne me reconnais pas du tout dans la description que vous faites.

    RépondreSupprimer
  7. Alors tant mieux, car la généralité ne s'applique pas à tous.
    Ensuite, y a le conscient qu'on veut bien admettre et l'inconscient qu'on ne veut pas entendre.. lol

    RépondreSupprimer
  8. Le manque de moyen de transport peut aussi être une excuse.

    Ca m'est arrivé plus d'une fois de ne pas y allé sans prevenir mais j'étais forcer d'y allé... Donc je m'en foutais pas mal.
    Une excuse bidon une fois... C'été pas pour raté le RDV mais a un changement de psy ca collait vraiment pas et plutot que de lui dire j'ai juste dis que j'étais pas inspiré pour reprndre un RDV et rappelerais plus tard...

    Sinon dans le nord j'ai rarement annulé un RDV avec une excuse bidon. La plupart du temps c'était cause de soucis d'horraire. Quand j'étais prevenu a la derniére minute en stage...
    Une fois je voulais pas y allé sans raison apparente... Juste la fléme de faire le trajet en vélo aprés une journée de boulot... Mais je m'étais quand meme motivé a la derniére minute et suis arrivé en retard sans cherché d'excuse bidon je lui ai dis que je voulais pas venir...

    RépondreSupprimer
  9. Moi, j'ai raté mon premier rendez-vous chez mon psy actuel mais ce n'était vraiment pas voulu. Je l'ai mal noté dans mon agenda et me suis retrouvé devant sa porte le jour suivant. Comme il n'était pas là, je l'ai appelé et il m'a indiqué que nous avions rdv la veille. J'en ai été vraiment désolé. Eest-ce ce que l'on appelle un acte manqué ?

    RépondreSupprimer
  10. Ca oui c'est un sacré acte manqué ! La question est donc de savoir qu'est-ce que tu avais tellement peur de lui dire ou de découvrir ?

    RépondreSupprimer
  11. Je trouve cette analyse des plus intéressants, elle s'adapte très certainement à de nombreuses activités thérapeutiques...

    Personnellement, mon expérience d'hypnothérapeute s'avère des plus enrichissantes et m'a permis entre autres choses de développer un excellent capital "patience".

    Comme quoi, en ne faisant pas travailler les autres quand ils ne viennent pas, on peut toujours travailler sur soi ^^

    RépondreSupprimer
  12. Bonjour Vergibération,

    J'ai lu votre post avec beaucoup d'intérêt. Merci d'excuser l'anonymat mais j'ai des blogs sur le Web.
    Je fais une thérapie avec le même psy depuis maintenant environ cinq années.
    J'aimais bien mon psychiatre, mais serait-ce l'usure ? quand j'entre dans son cabinet il faut que je me force à parler car, une fois sur deux, j'entre contrariée. D'avoir vu sa patiente précédente. A présent, toutes ses autres patientes me gênent. Et ce qui me vient à l'esprit, c'est "harem", défilé de mannequins, etc". Je prends énormément sur moi pour ne pas partir avant que le psy n'ouvre sa porte pour venir me chercher.
    De la jalousie ? Je suis pourtant très consciente qu'il est médecin. C'est extrêmement frustrant pourtant jusqu'à maintenant j'avais fait du bon travail mais avant il me semblait que je le voyais avec plus de plaisir et moins de griefs et surtout moins ses patientes ! L'endroit est assez exigu ce qui est peut être le problème.

    Je lui en ai déjà parlé, bien sûr il ne répond rien de concret, je suis parfaitement consciente que je ne suis pas la seule dans son cabinet qu'il a le droit de travailler. Seulement, je n'arrive plus à faire la part des choses, c'est plus fort que moi, je ressens à présent comme une haine, à présent le lendemain de la séance je veux l'appeler pour arrêter la thérapie, mais au dernier moment je me raisonne. Pourtant la fois d'après ça recommence, en fait je suis bloquée et quand je m'assied en face de lui, je n'ai plus aucune envie de lui parler et je me demande bien ce que je fais là.

    Je ne sais pas en tant que psy ce que vous souffle mon attitude que je reconnais être complètement ridicule mais contre laquelle il m'est impossible de lutter.

    Je sais que je ne suis pas en consultation mais une réponse de votre part m'intéresserait beaucoup, j'aime beaucoup le ton de vos posts.
    Bien cordialement.
    Iris

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C est du transfert !
      Vs ne supportez pas de le partager avec d autres ou plutôt vv ne supportez pas que les autres puissent bénéficier de son intérêt.
      Bref un Oedipe mal résolu.

      Supprimer

Stats