lundi 2 août 2010

Revenir en arrière

Ceci est le 500ème article de ce blog.


Une jeune femme m'appelle un jour pour prendre RDV.
"je ne sais pas ce qui ne va pas, je ne me sens pas bien..."
J'aurai pu l'orienter vers un rhinolaryngologiste, mais "OK, prenons RDV" lui ai-je dis.

"Bon qu'est-ce qui vous amène un si beau jour ?"
(beau pour moi bien sur)
"Je ne sais pas".
On va pas aller loin comme ça. Elle résiste, mais je l'aurai un jour, je l'aurai.
"Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Je ne sais pas, mais je ressens comme un mal être, j'ai l'impression de ne plus avancer dans ma vie".
Ciel, la voila donc accrocher on ne sait où, à on ne sait quoi, ce qui l'empêche de continuer sa vie.
Une grosse trace de frein quoi.


Alors, après avoir réussit à la dénouer, elle me raconte son enfance.
Une enfance pas simple, dans laquelle elle à dû s'occuper de sa mère, sans père, se débrouiller toute seule et j'en passe.


Aujourd'hui elle a 28 ans, elle est mariée, a un bon job, un appart.
Mais non ça va pas.
Elle a l'impression qu'elle ne mérite pas tout ça.

Alors elle s'efforce à tout détruire.
Pas de peau (lisse), tout le monde s'en fout autour d'elle. Elle continue à être aimée, appréciée, parce que toute le monde le dit, elle agit en petite fille et ça son mari son côté "petite fille immature à protéger" il aime bien.

Ma patiente communique peu verbalement mais par le non verbal qu'est-ce qu'elle cause !!Elle a parfois les larmes aux yeux, mais ne dit rien.
Mais fort heureusement pour elle, elle est tombée sur un Cal Lightman au féminin, ce qui me permet de décrypter ses réponses et de tester des hypothèses.

Nous tombons d'accord sur le fait qu'elle a grandit trop vite.
Ouf une bonne chose de faite.


Et je lui balance "sa" vérité.
Faut vous dire que chaque patient à "sa" vérité.


"Alors" lui dis-je d'un ton enjoué "comme ça, vous avez grandit trop vite et vous tentez de rattraper le temps perdu. Mais je vais vous dire un secret (pause, je prends mon air le plus sérieux). Ecoutez bien : le temps il est perdu à jamais, on ne revient jamais en arrière. On avance vers le bout c'est tout".


Je crois qu'elle n'a jamais autant pleuré sur mon canapé (oui mon canapé est tout détrempé depuis le temps, ça lui donne un look vintage).


Elle m'a dit après vidé ma boîte de mouchoirs : "Vous avez touché mon point sensible. Je n'avais vu les choses comme cela. Je pensais, j'espérais que je pourrais revenir en arrière et changer mon enfance, ma mère, mon père, tout quoi.  Et là, c'est comme une grande vérité qui éclate."

"Ce qu'il y a de bien" lui ai-je répondu "c'est que si on ne peut pas changé le passé, on peut modifier le présent pour décider de ce que sera le futur, alors, là sur mon canapé, vous êtes en train de décider de ce que vous allez faire de ce passé pour devenir ce que vous avez envie d'être".

La vie est un immense livre dont vous écrivez une page chaque jour sans avoir la possibilité de relire toutes les pages précédemment écrites. Seule l'appel à votre mémoire vous permet de savoir à peu près ce qui a été écrit, mais jamais il ne sera possible de relire ou modifier ce qui est.

C'est vachement philo la psycho non ?

5 commentaires:

  1. Tout ça en une séance ?

    La psycho est une branche de la philo à la base, je crois.

    Revenir en arrière est souvent très tentant. Et au final avec cette attitude on ne gagne qu'à stagner dans le présent, et à regretter le présent qui défile sans que l'on puisse réagir, bref, cercle sans fin.

    Vous n'avez jamais souhaité revenir en arrière ?

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  2. Non en 4 séances.

    Non je n'ai pas envie de revenir en arrière. Juste le regret parfois de n'avoir pas dit ou fait plus tôt.
    Mais ne dit-on pas "si jeunesse savait, si vieillesse pouvait"...

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  3. Au delà de l'aspect "philo" c'est simplement très beau ce que vous avez dit et écrit. Mais si on ne peut pas revenir en arrière, on peut toute fois revenir sur un passé douloureux, essayer d'identifier ce qui a fait souffrir, l'identifier et tenter de le "ranger" pour continuer d'avancer sereinement n'est-ce pas ?

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  4. Anonyme : je sens beaucoup d'angoisse dans cette question. Bien sur qu'il faut travailler son passé, faire parfois resurgir des choses "mal rangées" pour mieux les classer. Mais ça ne les change en rien. C'est une façon de les accepter et de leur donner leur vrai statut : des souvenirs lointains.

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