mardi 14 septembre 2010

La retraite à 75 ans



Ma vie est passionnante. Il y a deux jours, j'ai croisé dans l'ascenseur commun, un de mes voisins d'immeuble.
Un homme auquel j'ai du mal à donner un âge, mais qui je dois bien le reconnaître a pris un sacré coup de vieux en très peu de temps.

Je l'ai connu il y a peu encore grand, très grand, très élancé, brun, portant beau, parlant peu mais avec un bel accent chantant.
C'est maintenant un homme courbé, le cheveux très blanc mais néanmoins toujours très soigné et bien plus ouvert au monde.

Pour diverses raisons, j'ai sympathisé avec lui et sa femme.
Le croisant, donc, dans l'ascenseur, et le trouvant l'air las, je lui demande des nouvelles de sa santé.
Il me répond "oh, pas super".
Et il ajoute "ne vous mettez jamais à la retraite, c'est une catastrophe".
"Ah bon ?" lui dis-je (tout en étant plutôt d'accord avec lui).
"Oui, depuis que je suis à la retraite, je ne vais pas bien. Les 6 premiers mois, c'est fantastique, ce sont comme des vacances, mais après c'est la dépression".
Sa femme continue à travailler.
"Alors vous n'allez pas conseiller à votre femme de partir à la retraite afin d'être plus avec vous ?"
"Non, surtout pas. Suivez mon conseil, travaillez le plus longtemps possible, surtout si vous avez un travail qui vous plaît, vous resterez active et ne tomberez pas en dépression".

Merci du conseil.

Lorsque je vois aujourd'hui les gens descendre dans la rue parce qu'on veut les faire travailler jusqu'à 62 ans, j'ai parfois du mal à comprendre.
Je suis d'accord pour certaine professions très physique ou mettant en contact avec un environnement particulier, mais bon pour les autres j'ai des doutes.
Ne croyez pas que je sois contre une Société de loisirs, bien au contraire.
Qui n'aimerait pas rester chez lui à toucher son salaire, s'il peut en faire ce qu'il veut et s'il peut occuper son temps comme il veut ?

C'est à l'époque de Mitterand que la retraite est repassée à 60 ans, puisque pour rappel, elle était à 65 ans avant pour les hommes (et 60 ans pour les femmes) avant son avènement.

Des gens à la retraite, nous en avons tous autour de nous.
Vous, je ne sais pas, mais moi je constate que la retraite n'est pas toujours le temps paradisiaque auquel s'attendaient les gens.
D'abord, il faut avoir les moyens.
C'est pas le tout d'être à la retraite, mais si de votre actif vous touchiez un bas salaire, c'est pas avec ce que vous allez toucher à la retraite que vous allez pouvoir vous payer des participations à des ateliers créatifs ou des voyages à Rome.
Vous aurez au moins le plaisir de siroter votre bière en passant votre temps devant les programmes télévisuels de l'après-midi (si si, vous finirez par apprécier Derrick vous verrez).

Ensuite, faut il encore être en bonne santé.
Parce que, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il existe une tendance parmi les retraités à tomber malades dans l'année qui suit le départ à la retraite.
Vacherie de vieux !
Augmenter le trou de le Sécul alors qu'ils profitent de leur temps libre... tss tss, tous à l'abattoir.

Sans compter ceux qui meurrent dans les 12 à 18 mois.
C'était bien la peine que les collègues restés au taf fassent une collecte pour payer une jolie montre.
Bon, ça sera tout de même une retraite en moins à payer, c'est toujours ça de pris.
Et puis en général, la femme suit dans les 2 ans.
Donc en 5 ans, paf, deux retraités en moins.
Ca fait de la place pour les nouveaux-nés.

Sérieusement, si on peut être sérieux dans ce blog, les gens à la retraite sont rarement heureux de leur nouvelle situation.

A moins d'avoir conservé un réseau d'amis (ne pas confondre collègues de travail et amis, car à la retraite les collègues amis redeviennent souvent simplement des ex collègues) et un niveau de vie intéressant, la retraite ne semble n'être qu'une longue agonie.

Bien sur, j'ai connu des personnes qui n'en pouvaient plus de leur travail dans lequel elles étaient victimes de harcèlement, des crises d'angoisse du supérieur hiérarchique, de la fainéantise ou de la méchanceté des collègues, des mises au placard et qui rêvaient de la retraite, eldorado bien mérité.
Le jour de la retraite a fini par sonner. 
Et puis sont revenus les fantômes du travail : "Je me souviens de celle-là qui foutait rien de la journée", "Et l'autre là, qui était toujours sur mon dos"....
Et que je te revis le temps du travail.
C'est bien la peine d'être à la retraite pour passer son temps à revivre ses années de travail.
Et puis y a ceux qui ont enfin quitté le monde du travail et qui pour des raisons inattendues passent leur temps à y revenir "pour revoir un collègue sympa", "pour aller chercher tel papier"...
Pour vérifier surtout qu'ils n'ont pas été déjà oublié.
C'est souvent la grosse claque.
Car si la vie de travail du retraité s'arrête lorsqu'il part, pour ceux qui restent la vie continue. Et que j'oublie les anciens et que j'accueille les petits nouveaux et que je découvre -parfois- qu'ils sont plus sympas que les anciens.
Tout un monde qui s'écroule
Et puis y a celui pour qui le travail était la "colonne vertébrale", comme me disent certains patients.
Moyens ou pas moyens, la retraite est une mise au rancard. 
Ils pensent n'avoir pas été reconnus à leur juste valeur ou à leur juste engagement (sinon on ne les aurait pas mis dehors).
Ils découvrent qu'en fait l'entreprise n'avait pas besoin d'eux, enfin plutôt que eux ou un autre, c'est pareil. Eux qui se croyaient indispensables découvrent qu'ils sont interchangeables.
Ceux là "s'éclataient" dans leur travail, ils étaient passionnés parfois.
Au point d'avoir oublié comment c'était "sans".
Alors la retraite et redécouvrir les temps vides, le fait que personne n'a besoin de vous, que si vous n'allez pas vers les autres vous restez enfermer entre vos murs, que personne ne vous rappelle pour vous demander comment vous faisiez, le fait de se "coltiner" le ou la partenaire pendant 24 heures alors qu'on ne voyait que 3 heures par jour (et encore à table et devant la télé) depuis 40 ans.... 
Quelle claque.
Ayons une pensée émue aussi pour nos actuels smicards qui partiront à la retraite et devenus incapables de payer leur loyer, iront en villégiature ensoleillé dans une maison de retraite au doux nom de "Au mouroir de Provence".
Petit déj 6h30, repas 11h00, diner 18h30.
Entre les 3, scrabble ou regards par fenetre, au choix tous les jours.
Pas sur, qu'ils avaient vu les choses comme ça.
 
Bref, rêver qu'on va enfin pouvoir s'occuper de son jardin est une utopie.
Parce que franchement 1. s'occuper vraiment d'un jardin c'est très dur physiquement, 2. ça va 5 minutes.

La retraite est une rupture énorme.
C'est d'abord une rupture d'activités,
C'est ensuite une rupture des liens sociaux,
C'est aussi une rupture avec Soi.

Ce temps de vie pour Soi peut très vite devenir un temps de mort de Soi.

Ceux qui n'arrivent pas à se remettre en question, à se trouver des activités de substitutions et à conserver des contacts réguliers ne seraient-ce que familiaux, ceux là seront désespérés lors de leur retraite.
Et ils sont bien plus nombreux qu'on ne le croit.
L'heure de la retraite, je pense que c'est un temps qui devrait être individualisé et évalué sur des critères valides.

Certains ne devraient jamais travailler (pensons aux psychopathes), d'autres devraient finir leur vie au travail (pensons aux chercheurs encore en possession de leurs moyens psychiques), d'autres devraient être poussés dehors (lorsqu'ils perdent leurs compétences) et d'autres devraient pouvoir demander à partir (lorsqu'ils perdent leur motivation).

Parions que beaucoup resteraient bien après 65 ans.



10 commentaires:

  1. Bien votre vision, enfin de l'objectivité sur le sujet. La société reste bien à revoir en fonction de nombreux critères, la notion de travail à toujours été culturellement une forme de punition et la retraite une forme de libération de la prison, il faudrait plus revoir nos activités comme des actes necessaires à la vie et non comme un système. Mais le système reste économique et les hmmes secondaires, des pions, ils suivent, et ensuite, échec et mat...

    Une porte de sortie pour votre info, beaucoup de retraités préparent leurs départs vers des pays étrangers ou avec une simple retraite ils découvrent qu'ils peuvent continuer à vivre bien mieux...

    Je vous dis cela car je suis au Maroc, qui se prépare à acceuillir nombre de retraités étrangers chaque année, déja depuis des années....

    Salutations

    http://legroupement-agadir.com

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  2. Je suis bien de ton avis. Perso, je travaille en suisse et l'age de la retraite est 65ans( 64 pour les femmes).Certes je gagne bien ma vie( environs 2 fois le salaire français) mais j'ai des contraintes aussi. Et je ne me plains pas au contraire!!
    On ne peut pas tout avoir

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  3. Philippus : z'êtes un gros malin pour vous faire de la pub ! ;-)
    Ceci dit vous avez parfaitement raison, j'en connais qui pour les mêmes raisons partent au Brésil. Avec une retraite moyenne en France ce sont des "rois" là-bas...

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  4. Très juste. A de rares exceptions, j'ai vu beaucoup de personne littéralement décrépir quasi immédiatement.
    A côté de ça je connais des personnes de plus de 80 ans qui travaillent encore et qui sont en pleine forme.
    En fait, le problème des retraites, est un faux problème. Il n'existe que parce que l'état s'en mêle. Pour quoi ne pas revenir à un système de retraite par capitalisation plutôt que par répartition?
    Ça résoudrait simultanément le problème de l'âge légal et du financement des retraites.

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  5. Alexis : pour la capitalisation, je suis d'accord sur le principe. Dans les faits... avec un petit salaire, un couple et 2 enfants, je vois mal ce qu'on peut capitaliser...En plus on aurait de sacrées inégalités, quelqu'un capable de capitaliser beaucoup et vite partirait rapidement du marché, une personne ne pouvant pas capitaliser resterait le maxi au taf. Au bout de quelques années, on aurait plus des gens peu qualifiés et peu rémunérés qui travaillent et les autres qui vivraient de leurs rentes et de leur dividendes... Pire qu'à la Sécu !

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  6. Une des raisons pour laquelle un petit salaire ou un couple avec deux enfants ne peut pas capitaliser actuellement, c'est parce que l'état lui prend plus que ce qui ne serait nécessaire à se constituer une pension...Pour ce qui est de partir vite du marché, rien n'est moins sur. Je connais des tas de personnes qui pouvaient arrêter de bosser à 45 ans voir avant, et qui à plus de 70 sont toujours actives.

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  7. Eh oui ! Le problème de la France, c'est qu'à force de vouloir l'égalité, elle crée des inégalités... La retraite par répartition, c'est effectivement le seul système possible pour les salaires les plus bas. Pour les autres, à eux de capitaliser. Personnellement, ça me scie le moral de payer la retraite de mes prédécesseurs qui ont capitalisé (et/ou planqué des sous) tant qu'ils pouvaient, alors que les revenus de la profession ont chuté ces dernières années. On nous avait dit, à la sortie des études : commencez tout de suite : cotisations, assurance-vie, et achat du lieu de travail.

    Pour en revenir à l'aspect psychologique du travail, je suis d'accord. J'ai plein d'amis qui n'avaient pas envie de s'arrêter. D'autres, pourtant dans des métiers valorisants, tellement usés qu'ils ont tenu à peine 6 mois avant la crise cardiaque, le cancer ou l'AVC. C'est un phénomène de décompensation classique chez les professions libérales qui tiennent "avec les nerfs". Sans compter le tête à tête brutal avec le conjoint. Une retraite, ça se prépare intellectuellement : vie associative, voyages, petits-enfants, sport, musique... Il faut pouvoir prendre le relais de l'activité professionnelle.
    On décrit chez le chien une dépression consécutive à l'arrêt de l'activité. C'est le cas des chiens de gendarmerie, des chiens de traîneau, des chiens de chasse. La mise au rencart est délétère. Moralité : le cerveau a besoin d'une régularité dans la stimulation. Trop, c'est le crâmage. Pas assez, c'est la déprime.

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  8. Zygielle : la retraite ça se prépare ! Je sais,mais comment faire comprendre à une personne qui a 25 ans et qui a du mal à se projeter à 10 ans qu'elle doit prévoir pour la fin de sa vie (ce qui oblige à penser à sa propre mort, à la mort des proches...). Et puis ça devient triste d'être toujours obligé de planifier, d'organiser.
    Et pour se qui est des activités en retraite (comme tu le proposes : sports, voyages, musique...), il faut en avoir les moyens et puis ceux qui ont une petite retraite seront majoritairement ceux eux-mêmes issus de familles défavorisées dans lesquelles l'accès à la culture n'a jamais été une priorité. Du coup, après le travail, il n'y a rien.

    Alexis : Bon alors du coup on se retrouverait avec une Société remplies de cadres sup occupant des jobs passionnants ou valorisants qui feraient le choix de rester au travail alors qu'ils pourraient s'arrêter et des ouvriers/employés qui resteraient parce qu'ils n'ont pas le choix alors qu'ils voudraient s'arrêter. Du coup, si ceux qui peuvent s'arrêter ne le font pas, ils capitalisent alors qu'ils en auront peu besoin et les autres ne capitalisent pas parce qu'ils ne peuvent pas et qu'ils en auraient besoin. N'est-ce pas justement ce que notre système actuel essaie d'éviter ?

    D'accord sur le fait que l'Etat prend trop aux revenus faibles et moyens (et investir dans l'art avec 900 euros par mois, c'est pas facile). C'est le grand paradoxe entre l'Etat trop pesant et l'Etat trop assistant.

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  9. Ce n'est pas tout le monde qui bosse dans un commerce de couvèrture de la mafia ;-)

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  10. Ouf, l'anonyme a des informations que je n'ai pas. Des noms, des noms !!!!

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