jeudi 30 septembre 2010

Porno : des ados sous influence ?

Ca on le sait et on le constate,  l'accès aux contenus pornographiques s'est fortement banalisé.
Ainsi, dans les foyers abonnés à Canal +, 11 % des enfants de 4 à 11 ans ont déjà visionné au moins une minute de film X, selon le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). 

Et ils sont plus nombreux encore à tomber, volontairement ou non, sur de telles images en surfant sur le Net.

La tendance devrait s'amplifier : on peut d'ores et déjà consulter des sites en ligne depuis son téléphone portable, télécharger et visionner des "vidéos adultes". Dès qu'un nouveau média apparaît, l'industrie du sexe l'envahit. Difficile de soustraire nos enfants à l'immense toile d'araignée pornographique !


Les ados y sont, et y seront, de plus en plus confrontés. Or, cette exposition n'est pas sans influence.
Si l'on en croit l'enquête Espad (étude européenne menée en 2003 auprès de 16 000 élèves), les filles seraient plus "traumatisées" que les garçons.
Ainsi 56 % d'entre elles disent que ces images les dégoûtent, 28 % qu'elles les mettent mal à l'aise et 26 % qu'elles les choquent.
Alors que 54 % des garçons se déclarent amusés, 34 % avouent même que cela leur plaît et 16 % que cela leur est utile.

Pour reprendre les constats de l'étude dans l'ordre, on pourra quand même objecté que les "effets" ne sont pas les mêmes sur un enfant de 4 ans. Si vous lui demandez ce qu'il a vu, il répond en général "un monsieur et une dame" et "ils étaient tout nu". S'y ajoute en général "dis pourquoi ils étaient tout nu ? Et pourquoi la dame elle crie ?". On peut toujours raconter alors une belle histoire et ce sera vite oublié.
(mais on image sans peine lors du prochain dîner familial. Le gamin : "l'autre fois j'ai vu à la télé des gens tout nu !". "Ah bon ?" "ben oui le monsieur il arrêtait pas de cogner les fesses e de la dame et la dame elle criait tout plein". Ca risque d'avoir son petit effet).

Pour ce qui est du net, deux choses :
- les parents doivent contrôler ce que les enfants et les ados voient sur le net. Leur apprendre à trier les spams, les sites signalés comme néfastes, à repérer les noms des sites et ça ils y arrivent très bien très tôt. Mais même s'ils y arrivent ce n'est pas une raison pour les laisser naviguer seuls. C'est encore moins une raison pour leur mettre l'ordinateur à dispo dans la chambre.

- ensuite il existe des filtres. Microsoft en a intégrer dans Windows qui ne marchent pas si mal, même si certains sites ou certaines images arrivent à passer il est vrai. Encore que si le filtre est à son niveau maxi, il y a vraiment peu de chose qui passent. Mais souvent les parents ont la flemme parce qu'après lorsqu'ils veulent surfer, il faut débloquer le système, valider, recommencer la requête, bref préfèrent confronter leur gosse à des images particulières plutôt que de perdre 2 minutes.

Pour ce qui est du téléphone portable.
Bon, dans la majorité des cas on n'a pas encore bien compris à quoi servait le portable chez les ados. On se demande comment faisait les générations précédentes... Les forfaits bloqués ça existe. On n'est pas obligé de donner un accès internet. Normalement les gosses se voient toute la journée, alors ils ne devraient plus rien avoir à se dire après l'école (ils testent tous, mais si ils ont compris que ça ne marchait pas ils laissent vite tomber).

En ce qui concerne les résultats de l'étude, on n'est guère étonné.
En effet, comment les filles pourraient elles ne pas être dégoutées par ce qu'elles voient puisque dans la majorité des films porno (regardés par les frères, les copains, le père), les femmes y sont représentés soumises, acceptant tout et n'importe quoi avec une annihilation complète de leur statut d'être humain (dire "non" mais ne pas être entendue par exemple). De plus, la pénétration étant en soi un acte de domination/soumission par sa nature, en rajouter une couche sur cet aspect ne les aide pas à s'abandonner à la pénétration.

On remarquera qu'aucun résultat ne vient conclure que cela "est utile" aux filles.
Alors que les garçons y voient l'équivalent de l'éducation sexuelle. (c'est vrai c'est vachement difficile de savoir ce qu'on bien faire d'un "bâton" face à un "trou"...). Mais cela leur permet par contre de déjouer leur angoisse de castration et de se rendre compte que pénétrer une femme ce n'est pas perdre sa virilité (non il n'y a pas de dents dans la vagin).

Reprenons les chiffres à l'envers.
(parce qu'on leur fait dire aussi ce qu'on veut aux chiffres).
L'étude dit donc :

Ainsi 56 % des filles disent que ces images les dégoûtent, 28 % qu'elles les mettent mal à l'aise et 26 % qu'elles les choquent.
Alors que 54 % des garçons se déclarent amusés, 34 % avouent même que cela leur plaît et 16 % que cela leur est utile.

Il y a donc 44 % des filles qui ne sont pas dégoûtées, 62 % que cela ne met pas mal à l'aise et 64 % qui ne sont pas choquées.
Il y a donc 46 % des garçons qui ne sont pas amusés, 56 % auxquels cela ne plaît pas et 84 % auxquels ce n'est pas utile.

Si en gros on peut dire qu'une petite majorité des filles sont dégoûtées et qu'une grande minorité des garçons sont amusés, les autres s'en foutent royalement.
Et on se demande pourquoi ils regardent alors ??



Un modèle unique
La curiosité sexuelle est normale à cet âge. Pour les spécialistes, le vrai problème est ailleurs. "La constitution de la sexualité se fait par le biais de l'imaginaire, explique un psychiatre. Des scénarios s'échafaudent, influencés par l'image de nos parents et celle de leur couple (que l'on soit dans l'imitation ou dans le contre-pied). Le risque principal de la pornographie, c'est que des images extérieures viennent prendre la place de cet imaginaire. Elles ne permettent pas à chacun de développer sa propre représentation, mais exposent un modèle unique, dans lequel l'affectif n'a aucune place : juste des faits crus, des femmes soumises, des partenaires réduits à l'état d'objet... "

Les garçons reconnaissent cependant que ces représentations ne sont pas respectueuses vis-à-vis des femmes. Mais, du coup, ils ont tendance à classer les filles en deux catégories : les "faciles", avec lesquelles on peut accomplir de tels actes, et les autres, auxquelles, éventuellement, on s'attache sentimentalement.

Par ailleurs, l'intrusion de la pornographie dès l'enfance a-t-elle des retombées sur les débuts de la vie sexuelle ? Une enquête américaine concluait que les jeunes les plus exposés à de telles images dans les médias avaient deux fois plus de chances de démarrer leur vie sexuelle précocement, entre 14 et 16 ans.

Pourtant, en Europe, l'âge du premier rapport ne change guère (17,2 ans pour les hommes, 17,6 ans pour les femmes, selon l'enquête de la Confédération syndicale des familles publiée en mars 2007). (rappelons que c'est une moyenne car il y a dans les milieux défavorisés la sexualité commence autour de 14 ans chez les filles et autour de 19 ans dans les classes supérieures).

Toutefois, les jeunes expérimentent de plus en plus tôt des pratiques "crues" comme la fellation, la sodomie, ou les rapports à plusieurs. Pour reproduire la pornographie ou parce qu'ils le désirent vraiment ?

Si la vague pornographique induit de nouvelles expérimentations, plus "libérées", elle peut aussi renforcer l'angoisse de performance des débutants. Celui qui recherche ces images pour savoir "comment ça marche" a d'autant plus peur de ne pas être à la hauteur.

L'adolescent se trouve confronté à une réalité plus complexe que la vision simpliste véhiculée par la pornographie. Et c'est tant mieux, car ce décalage avec son vécu intime permet de réintroduire la dimension de la rencontre avec l'autre. "Dans la pornographie, l'affect n'intervient pas : l'amour est réduit à l'état d'objet de consommation. Or une sexualité épanouie se découvre à deux, dans la relation avec l'autre." A nous, adultes, d'aider nos enfants à comprendre que la relation amoureuse, ce n'est pas que ça ; de remettre des valeurs, de la poésie.."

Bref, ils faut que les parents jouent leur rôle de parents....

8 commentaires:

  1. Tiens, un article sans titre. c'est étrange, ça, non ?
    Surtout quee tu aurais pu aisément trouver un titre racoleur pour doper ton chalandage !... Ah oui, pardon, tu ne travailles pas sur TF1.

    Bref... Sinon, sur le sujet, je pense qu'il ne faut pas tout mettre sur le dos de la pornographie ostensible. Quand j'étais adolescent, point de Net ou de chaine pour adulte. pourtant, je t'assure que nous, garçons, avions tous envie très tôt de découvrir ce qu'étaient fellation, sodomie ou partouzes.
    ... En fait, je pense que c'est plus sur les jeunes filles que la pression est la plus forte. Je ne nie pas que l'imagerie du sexe est de plus en plus omniprésente. Et je pense que les jeunes filles sont amenées à essayer ces pratiques "crues" plus tôt, même si au fond d'elles est n'en ont pas encore envie, car la pression "sociale" est là.

    RépondreSupprimer
  2. Euh, c'est surtout que cet article ne devait pas paraître aujourd'hui parce qu'il n'est pas finalisé !
    Il était paramétré pour lundi prochain !! Blogger a souvent ce type de bug...
    Bon avant de lire ton commentaire en entier, je vais retoucher l'article !

    RépondreSupprimer
  3. Voila j'ai refais l'article.
    La différences c'est que vous aviez envie de découvrir. Tout est là : l'envie, le désir et ... le secret. C'était très initiatique la première fois. Aujourd'hui, les jeunes veulent que ça se passe comme dans les films...

    La sodomie est un truc qui m'a toujours étonnée chez les mecs. Ca reste un fantasme exprimé assez nouveau. Ca doit tenir au fait que les femmes sont soit frigides et donc la pénétration vaginale est difficile soit qu'elles sont trop à l'aise et du coup, les mecs "flottent" (Siffredi lui même s'y perdait). La sodomie reste donc un moyen de toucher "les bords" pour les mecs et d'accéder au plaisir. Je ne crois plus à l'interdit, car aujourd'hui ça n'en n'est plus un.
    Mais ça pose aussi une autre question. Tout comme la "levrette" a longtemps fait fantasmer les hommes, la sodomie suppose elle aussi un rapport sans regard. Levrette et sodomie sont des postures chosifiantes, dominantes. Pas de regard, pas de frôlements, pas d'amour.

    La sodomie serait donc le reflet de ce à quoi rêve les hommes : des relations sexuelles sans affectif. Après tout c'est très archaïque, on se reproduit et hop on disparait. C'est tout juste si la femme sait qui était là (n'oublions pas qu'à part un plaisir qui peut être lié à la transgression d'un tabou, la femme n'a aucun plaisir dans la sodomie).

    Je pense que c'est une pratique qui fait la différence entre la "fille facile" et celle avec laquelle on fera sa vie (qui a d'ailleurs été la "fille facile" d'un autre...).

    Bon bref, je ne sais plus où je voulais en venir... C'est tout moi !

    RépondreSupprimer
  4. Tout comme Nakito je trouve que la pornographie à bon dos...

    J'ai vu mon premier porno vaguement par hasard vers 14-15 ans, j'ai arrêté au bout des premières minutes tant je trouvais ça.. ridicule, ennuyeux, prévisible. Il n'y a aucun jeu de regard, aucun mystère, c'est basique, cru, vulgaire.
    Que certains prennent leur pied là-dessus libre à eux, pour ce qui est des jeunes ados un filtrage ou un contrôle parentale permet en règle générale d'éviter les mauvaises surprises.
    Les moyens sont certes plus diversifiés à notre époque, mais avant c'était les magazines qui circulaient et les cassettes vidéo que le père de X personne planqué au milieu des autres cassettes.

    RépondreSupprimer
  5. Bonjour,

    Juste une remarque, une anecdote : entendu dans la rue, une jeune femme (20 ans? 25 ans?) à son compagnon (qui l'agaçait) "si tu continues comme ça, ce soir tu ne me défonses pas"
    J'ai bêtement été choquée par le vocabulaire et l'absence de respect d'elle-meme que cette femme affichait. Comme c'est vraiment le vocabulaire du porno, il me semblait que cela démontrait à quel point elle avait intériosisé cette "culture"...

    RépondreSupprimer
  6. Ca pour avoir intériorisée elle a intériorisé ! lol
    Ca montre deux autres choses :
    - ce n'est pas une relation d'amour. Elle parle d'acte et pas de sentiment.
    - chantage au sexe. Elle est dans une relation menaçante face à son compagnon.
    Je serais lui, je partirai en courant, elle finira par lui mettre une baffe.

    RépondreSupprimer
  7. Ah ben zut, j'avais laissé un long commentaire ici en deuxième lecture et il a disparu !

    RépondreSupprimer
  8. That's very educational post.

    RépondreSupprimer

Stats