samedi 4 septembre 2010

Le choix du prénom (2)

Vous vous souvenez sûrement de l'immensément fantatsique article que j'avais rédigé sur le choix -pas anodin- du prénom d'un enfant et sur les éventuelles répercussions de ce choix. Pour ceux qui ne l'auraient pas lu, je vous pardonne exceptionnellement, c'est par là.



Comme vous le savez aussi si vous suivez ce blog, Vergibération n'est jamais en retard sur l'info et sur les pistes de réflexion.

Hier est paru une info sur le net, qui assez étrangement (hum) a disparu aussi vite qu'elle avait été publiée.
Mais je l'ai vu.
Et même lu.
Et je m'en vais vous en faire un court résumé.

En gros, on nous annonçait que dans les années 90 plein de parents avaient eu la bonne idée de refourguer à leurs gosses un prénom anglo-saxon, souvent issu d'un regard assidu et attentif d'une ménagère de moins de 50 ans, procréatrice en herbe, devant quelques séries débilitantes américaines diffusées entre 14 et 16h. 

Episode n° 3278
"Oh Kevin je vous aime".
"Oh Deborah, mais rien n'est possible entre nous, j'ai un secret à vous avouer". (se sert un verre de whisky)
"Ooooooooooooh Kevin je suis prête à tout entendre, vous êtes l'homme de ma vie".
"Deborah... (se reservant un verre)... je suis gay".
"Oh Kevin  ? (se pâmant, la main sur le front) Que vais-je devenir sans vous ?"
"Oh Debbie, ma chérie (la prenant dans ses bras),  vous êtes si forte, je sais que vous trouverez quelqu'un qui saura vous aimer"
Et il l'embrasse langoureusement une dernière fois avant de la laisser choir sur le canapé et de se partir bras dessus bras dessous avec Jack, le chauffeur de la dame.
Quasi simultanément, dans un déhanché suggestif, le t-shirt déchiré et les muscles saillants huilés de la transpiration du juste, apparait à la porte Jason, le jeune jardinier, innocence affolée et manche de pioche à la main.
"M'dame Deborah, Cassie est coincée dans l'arbre. Vous pourriez me tenir le manche le temps que j'attrape la chatte ?"
Deborah ouvre la bouche pour répondre. 
Fin de l'épisode.
Découvrez enfin si Deborah a tenu le manche de Jason en regardant les épisodes 3279 à 3283.

(j'aurai pu être une excellente dialoguiste et scénariste de soap opera non ?)

Bref, c'est comme ça qu'on s'est retrouvé avec une floppée de Jason, de Deborah et de Kevin.

Bon en soi, ce n'est pas génant. Ce n'est pas la première fois que la télé ou un actualité quelconque fait des émules.
Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on s'aperçoit que les gamins auxquels on a attribué des prénoms anglo-saxons à partir des années 85 ont moins bien réussit à l'école et ont aujourd'hui des difficultés à trouver du travail.
Leur prénom a été un handicap scolaire : moins bien perçus par les profs, ils étaient moins bien notés à travail équivalent.
Leur prénom est un handicap dans le monde du travail : jobs moins qualifiés, mais surtout grosses difficultés à se faire recruter.

En effet, le constat est que les prénom anglo-saxons ont surtout été attribués dans des familles issues d'un milieu social défavorisé, avec difficultés d'intégration sociale et dans lesquelles la violences ou la délinquance étaient plus présentes. Le suivi scolaire était parfois difficile pour les parents.
Alors les recruteurs préfèrent ne pas embaucher les personnes considérées comme étant potentiellement "à problèmes".

Du coup, s'appeler Scott, Kevin, Ashley ou Chelsea, c'est comme avoir une étiquette collée sur le CV  : "milieu social défavorisé, difficultés scolaires, délinquance".

Face à cette stigmatisation sociale, on comprendra mieux pourquoi l'article sur ce sujet a brutalement disparu des infos sur le net.



Mais ne nous arrêtons pas là. Allons un cran plus loin.

Une université américaine a fait paraître en début d'années les résultats d'une étude montrant qu'avoir un prénom rare prédisposait à la commission d'actes délictuels chez les adolescents.

Les chercheurs ont comparé les prénoms des garçons ados dans la population générale aux prénoms des garçons ados délinquants sur je ne sais plus quelle durée, fabricant un "indice de popularité" allant de 1 à 100 pour cette période.

Michael avait un indice 100. Sur la période donnée, c'était donc le prénom masculin le plus attribué.
David, a un indice de 50.
Alec, Ernest, Ivan, Kareem, et Malcolm présentent indice de 1.
(nous sommes aux USA ne l'oublions pas).

Les délinquants juvéniles (quelque soit leur ethnie d'origine) portent les prénoms les plus rares.
Bien sur, s'empressent les auteurs de préciser, ce ne sont pas les prénoms qui poussent au crime.
C'est simplement que les prénoms sont représentatifs du milieu social d'origine. Lorsqu'on a prénom rare ont est donc plutôt issu d'un environnement social difficile, d'une catégorie sociale à difficultés économiques et d'une famille monoparentale.

On constate aussi que les enfants à prénoms rares sont moins bien considérés par les autres, ce qui ne ferait que renforcer certains comportements. De même, l'hypothèse est émise que c'est peut être parce qu'ils n'aiment pas leur prénom que ces adolescents se livrent à des comportements délinquants. (Lisez ou relisez les "Cavernes d'acier" d'Isaac Asimov et penchez vous sur le cas de Jezabel, épouse du héros)

Les américains, qui n'y vont pas de main morte, comme d'hab, proposent d'orienter tout spécialement les actes de prévention envers les ados portant des prénoms rares car considérés comme à haut risque de délinquance.


M'enfin tout ça n'a pas empêché un certain Barack de devenir Président...
Comme quoi la délinquance est partout.


(C'est l'histoire d'une petite vieille très chic et très snob qui prend le métro pour la première fois et qui se demande si son chien peut y être accepté.
Elle prend le risque, valide sont ticket, passe le portillon et attend sagement sur le quai son toutou sous le bras.
Le train arrive.
Elle se dirige d'un pas élégant mais décidé vers le conducteur.
"Môôsieur le conducteur, excusez moâââ de vous déranger, mais pensez vous que Messin puisse monter dans le métro ?"
"Ben oui M'dame, y a pas de raison" répond le conducteur "moi j'y monte bien avec mes couilles !".)

Je sors.

3 commentaires:

  1. J'ai un petit problème de compréhension avec l'histoire des prénoms rares : cela signifie-t-il qu'aux Etats-unis, les familles socialement défavorisées auraient plus tendance à donner un prénom rare à leurs enfants que les familles de milieux favorisés ?
    Il me semble qu'en France, on a le constat inverse, avec une recherche d'originalité précisément dans les milieux de classe moyenne +, où on va trouver des Tugdual, Enguerrand, Marie-Liesse, Marguerite, Ulysse... Mais ceci est le fruit de ma réflexion, qui n'est pas dûment statistique.

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  2. Argh quel horreur mes 2 enfants portent des prénoms américains, mais qui existent en France aussi depuis plusieurs générations ainsi qu'en Espagne et en Italie ;-) J'avoue que je n'avais pas du tout songé à cet aspect là en choisissant leur prénom mais c'est une facilité de plus dont je me réjouie. Par contre je ne sais pas si cela en fera plus souvent des délinquant mais je plains sincèrement la dernière génération avec tous les prénoms inventés de toute pièce ou à l'orthographe torturée qui sont légions depuis que cela a été autorisé.

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  3. Cleanette : je plains aussi les gosses qui vont devoir passer leur vie à épeler leur prénom juste parce que la graphie est inattendue.

    Zygielle : les USA et nous, différons un peu. Une réalité, les personnes portant des prénoms rares sont moins bien perçus par les autres, quelque soit l'âge. Ils sont plus souvent mis à l'écart, perçus comme moins agréables. Ce qui en feedback induit de fait des comportements soit de repli soit agressifs.

    Pour les USA, en effet, les familles défavorisées tendent à plus donner des prénoms rares. En France, dans les familles défavorisées, ont a plus tendance à attribuer des prénoms d'origine étrangère.

    Dans les classes sup, les prénoms que vous citez ne sont pas rares (chez les aristo beaucoup de prénom d'origine grecque ou latine pour les filles et latine ou celte pour les garçons). Ils se reconnaissent "entre eux". Ce qui les obligent d'ailleurs à former une "caste" afin d'être bien perçus (puisque si ces prénoms sortent de leur milieu ils sont mal perçus) d'où enfants en école privée, fréquentation de clubs de sport "fermés"...
    On sait par ailleurs que dans les milieux sup, la délinquance existe aussi, elle est différente puisqu'elle touche principalement la drogue.
    Maintenant, comme je le disais dans mon premiers articles, les prénoms sont souvent représentatifs d'une classe sociale ou d'une appartenance. Les prénoms les plus donnés par les classes moyennes à moyenne sup (par exemple pour les filles : Marie, Charlotte, Salomé) le sont parce qu'ils s'ancrent dans une appartenance à la fois territoriale et religieuse, ce qui permet de "situer" les origines familiales de la personne qui porte ce prénom.
    Les prénoms d'origine étrangère le font tout autant lorsqu'ils sont en rapport avec l'histoire familiale (s'appeler Soren dans une famille ou la grand-mère est suédoise). Lorsque le prénom ne l'est plus (par exemple dans une famille musulmane appeler son fils avec un prénom anglo-saxon), il y a une volonté inconsciente de rejeter son histoire et de s'approprier celle d'une culture perçue comme plus valorisante/dominante. Mais socialement l'effet est inverse.

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