mercredi 13 octobre 2010

L'identification à l'agresseur

L'identification à l'agresseur concerne les adultes qui ont été abusés enfants. Ce qu'on en connaît concerne surtout les filles.

Lors d'un abus sexuel très traumatique la personnalité de l'enfant n'est pas encore fixée.
Elle ne peut mettre en place des mécanismes de défense "classique".
Alors elle n'a pas le choix : elle se morcèle.

D'où souvent le développement d'une double personnalité.
Celle "de base", la vraie, qui est perçue comme "morte, anéantie, annihilée" et l'autre forte, celle qui résiste et prend le dessus. 
Ce n'est pas l'enfant tout en étant une partie de lui.




Mais pendant la commission du trauma, comme je viens de l'écrire, la personnalité, la vraie, explose.
Elle est détruite, l'enfant se veut mort (tout en souhaitant vivre, ce qui créé des pensées paradoxales).
Mourir c'est ne plus subir, ne plus souffrir.
Mais la mort n'intervient pas.
Pas physiquement.
Et en partie psychiquement.
Etre une chose, un objet, ne plus exister en tant qu'être humain, faire le vide. Ne plus penser, ne plus pouvoir. 
Vide.
Or la vide n'existe pas.
Cette partie psychique anéantie doit être remplacée.
Le vide doit être rempli.
Or comme on est dans une situation d'abus, lorsque la personnalité s'annihile, celle de l'agresseur prend sa place.
C'est comme si l'enfant était un trou béant dans lequel l'agresseur met ce qu'il est lui.
Comme si chaque coup de sexe enfonce la personnalité de l'agresseur un peu plus profondément dans l'enfant.

L'enfant se retrouve avec une partie de la personnalité de l'agresseur : ses pulsions mais aussi ses hontes, ses peurs et son agressivité.
L'enfant comprend, sans être d'accord, alors il se soumet, accepte les abus.
L'enfant va alors se construire avec cette nouvelle personnalité.
Il y a le "double", qui prend la forme d'une toute autre personnalité très forte, combattive.
Et la "vraie" personnalité qui est devenue l'agresseur est donc devenue agressive.
La haine de l'autre a été intégrée.
La haine est liée au plaisir (plaisir de l'agresseur à agresser l'enfant) et le plaisir devient difficile à concevoir sans la haine.

L'enfant plus tard peut donc se livrer à une imitation de l'agresseur.
Et s'il ne s'y livre pas, il redoute de passer à l'acte.
Peur de lui, sans se douter qu'en fait il a peur de l'autre. 
Il n'a plus confiance en lui car il a peur de ce qu'il est.
Il n'a plus confiance dans les autres car il a peur de ce qu'ils pourraient être.
Et de ce qu'il pourrait leur faire.

Le monstre n'est plus dehors, il est en dedans.
Il me hait, je le hait. Je les hait tous.
Ce qui donne consciemment : cet homme m'a abusé et à la fois m'a aimé et détesté, je le hait pour cela et je voudrais lui faire mal. J'ai peur que tous les hommes soient comme lui, je les hait tous et je voudrais leur faire mal. Mais je veux être aimée et du coup je vais les détester et leur faire mal. 
Je n'ai donc pas le droit d'aimée car je vais faire mal.
Je n'ai pas le droit d'être aimée, car je ne le mérite pas car je ne sais que faire le mal.
Alors je n'aime personne, je ne me fais aimée de personne. 
Surtout pas de moi.

Et le seul qui m'a vraiment aimé, c'est l'agresseur.

Interdit de penser, interdit de parler, interdit de dénoncer.
Plus de désir physique.
Que de l'agressivité.


Jusqu'au jour où....
L'enfant ou l'enfant devenu adulte parle.
Cela fait sauter tous les interdits.
Mais lorsque l'identification à l'agresseur est identifiée et acceptée, elle s'en va.
Et laisse le trou à nouveau béant.
Et que mettre à sa place ?


11 commentaires:

  1. Je ne sais pas ! Qu'est-ce qu'il faut mettre ??

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  2. Lol ce n'était pas une question au commentateurs, mais une question existentielle.

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  3. Peut y mettre de l'amour le vrai. Très bon article, bien expliqué. Merci

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  4. Eh oui, c'est ce que je dis aussi.
    Mais c'est facile à dire et pas à faire quand on ne sait plus ce que c'est.

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  5. J'ai été agressée sexuellement quand j'étais petite.
    Oui, j'ai voulu tuer l'enfant souillé que j'ai été, mais non, je n'ai jamais haït l'autre.
    J'ai généreusement mutilé, puni et abîmé mon corps.

    Aujourd'hui je suis mère, et mon fils m'a remplacé dans les cauchemars que je faisais, à l'adolescence. L'agresseur n'a pas de visage.

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  6. Pourquoi était il plus simple de se haïr soi que de haïr l'autre ? La peur est la réponse. Car pour l'enfant qui reste meurtri qui reste tapi dans l'ado ou dans l'adulte, il n'est pas possible de s'en prendre à l'agresseur qui est bien trop fort. L'automutilation c'est aussi se punir de ne pas avoir su dire non, de n'avoir pas su résister, comme si un enfant pouvait résister à un adulte...
    Mais il se passe aussi que l'agresseur ne peut pas totalement être haï car il fait partie de l'enfant abusé. il a laissé son empreinte, il est dans l'enfant. Se faire mal, c'est continuer à faire ce que faisais l'agresseur. C'est un renforcement, l'agresseur continue encore et encore et encore.
    Un fils ne remplace pas sa mère. Lui n'a rien vécu de tout cela. L'agresseur continue, il se transmet et agresse ton fils comme il l'a fait avec toi.

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  7. Je continue : tu n'as jamais haï ton agresseur, car tu l'as aimé. Mais c'était impossible, comment aimer quelqu'un qui fait mal ? Contre toute attente cet agresseur a pris la place de tes parents qui n'ont pas pu/su te défendre.
    Ces "pensées" paradoxales mènent à la souffrance psychique.

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  8. Bonne question, on met quoi alors dans ce vide, dans cette envie de mourir, de dormir, de n'être rien ???

    Autodestruction sous toutes ses formes et puis après ? Au bout d'un moment, après maintes et maintes TS, si on n'est tjr pas mortes, c'est que l'instinct de survie reste le plus fort (consciemment ou pas), et si on est en vie, bin faut bien avancer...

    On pousse bancal, mais on pousse quand même...

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  9. Les TS n'ont jamais été des envies de mort mais de envie de tout recommencer à zéro. Mourir et se réveiller dans une autre vie, plus conforme à celle voulue. Le problème c'est que c'est une illusion. On meurt, point. Ou on se prend par la main et on essaye de mieux faire "coller" notre vie à nos attentes.

    Mourir n'est pas n'être rien. N'être rien ce serait déjà être quelque chose. Or mourir c'est le néant, le vide. N'être rien c'est exister en décidant qu'on n'a aucune valeur. C'est très différent.
    Mourir ce n'est pas dormir. Dormir c'est être vivant et se ressourcer. Mourir ne ressource pas et on ne se réveille pas. Il n'y a pas rien, il n'y a pas.

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  10. Madame Pourquoi12 août 2012 à 17:21

    D'où ma question: peut-on vraiment soigner un traumatisme? (concept de résilience?)

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    1. Oui on peut soigner un traumatisme mais pas le guérir. Il a existé, il existera toujours. Par contre le concept de résilience n'a rien à voir. La résilience n'est pas accessible à tous, même avec beaucoup de bonne volonté, puisque pour qu'il y ait résilience il faut la présence de plusieurs facteurs favorables. Ce qui est rarement le cas.

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