lundi 18 octobre 2010

Syndrome de Munchausen psychologique maternel et schizophrénie adolescente

Il y a des constats étonnants dans la vie du psy.
Bien sur, le psychologue connaît ses classifications et les troubles de la personnalité.
Il connaît aussi les maladies mentales.
Il n'y en n'a pas 36.

La principale est la schizophrénie.
Normalement, c'est une maladie qui se développe à la fin de la l'adolescence (et qui peut alors être guérie) ou après 35 ans (et là on n'y peut plus rien).



C'est une maladie dont on connaît mal les causes de l'apparition de la schizo chez les ados.
Génétique, sûrement, car là où il y a schizo dans une famille, on en retrouve quelques autres parmi les ascendants.
Environnementale, sociale, éducative, le tout mélangé... voui voui très certainement.

Mais je me demande parfois si la schizo n'est pas "créée".
Ce n'est pas la première fois que je constate chez un ado la mise en place de traits schizophréniques en présence d'une mère "sauveuse" et très présente, présentant elle même des troubles évidents de la personnalité.

Je vais essayer d'être plus claire.
Certaines mères ont une emprise sur leurs enfants.
Elles sont très présentes. Trop même.
Elles sont tout le temps en train de surveiller par le visuel, le téléphone, la parole, ce que fait l'ado, où il est, comment il fait...
Elles surgissent partout.
Soi-disant parce qu'elles s'inquiètent pour leur ado.
Ado qui ne semble pas aller bien il est vrai.
Ado renfermé, enfermé même sur lui même.
Dans une rumination psychique constante, une remise en question exacerbée de leur place dans le monde. Un goût pour la philosophie extrême.
Des ados qui semblent surdoués d'ailleurs.
Mais déconnectés du monde.
En retrait.
Avec parfois des discours délirants, des hallucinations et même des dissociations (impressions de sortir de son corps, ne pas se reconnaître dans un miroir...).

Plus l'ado va mal, plus la mère est présente.
On ne sait pas trop où est le père d'ailleurs.
Soit il n'est plus là, soit il est présent mais absent psychiquement. La mère ne lui laissant aucune place, le père peut même être en retrait, malade ou suicidaire exprimant ouvertement qu'il est de "trop" dans la famille.

La mère est très collante.
Mais très attentionnée.
Le moindre bobo de l'ado ? hop, au toubib !
Le moindre problème lié à l'adolescence ? hop, chez le psy.

Mais.
Parce qu'il y a un mais.
On a fortement l'impression que ces mères ne veulent pas que leur ado aillent mieux.
Il s'agit de se positionner en mère "sauveuse", parfaite, attentionnée.
Avec une volonté farouche de surtout ça ne s'arrange pas ou que ça empire.

Bien sur cet aspect fait penser à de la perversion.
La mère manipule son monde. Fait croire que...
Mais cela ressemble fortement à un syndrôme de Munchausen par procuration.
Un syndrôme qui ne s'exprime plus en faisant souffrir physiquement l'enfant, mais en le faisant souffrir psychiquement.

Je constate que l'enfant symbolise ou véhicule les symptômes du mal-être familial.
Tant que l'ado va mal, les parents vont à peu près bien, le couple tient plus ou moins, la famille reste plus ou moins stable.
Dès que l'ado va mieux, les parents vont mal, le couple explose.

Que l'ado aille mieux ? C'est intolérable pour la mère.
Et la voila qui sous un prétexte bidon met fin aux consultations.
"comment ça, vous acceptez que ma fille/mon fils pense que je suis une mauvaise mère ? C'est inadmissible !"
Ce qu'elle oublie de dire que pour avoir cette info, elle a harcelé son gosse pendant toute la soirée pour savoir ce qu'il avait dit au psy.

Le gosse se renferme, se sent épié, fait des cauchemars, a le sentiment de ne pas avoir d'intimité ni de secret. Sa mère veut tout savoir : ce qu'il fait, ce qu'il dit mais aussi ce qu'il pense.
Les pensées négatives, méchantes, agressives sont interdites.
L'ado est persuadé qu'on peut lire dans ses pensées.
Ce sont souvent des ados mutiques sur eux-mêmes, mais très bavards sur la philosophie de la vie.

La mère a une emprise totale. Elle contrôle tout, n'importe où.
Dans la chambre, dans la salle de bain...

Le profil de la mère est facilement reconnaissable.
Communément on dirait qu'elles sont "nerveuses", "speed".
Elles sont hyperactives. Beaucoup de phobies. Très angoissées. Beaucoup de contrôle perpétuel. Une agressivité toujours présente dans le discours. Une volonté de se positionner comme dominante. Ce sont toujours les autres qui ne vont pas bien.
Elles se disent suivi par un psy, mais j'ai parfois des doutes ou en tout cas si une psychothérapie est entamée elle n'est pas poursuivie.


Par contre l'ado est poussée dans toutes les consultations possibles.
Au lycée, les ados sont poussés au tutorat.
La mère rencontre sans cesse les profs (car l'ado a des notes pas super élevées sauf en philo...) pour les défendre.
Elle demande des attestations à tout va à tous les médecins, psys... afin de démontrer que son ado ne va pas si mal et qu'il faut lui donner sa chance.
Rien ne fonctionne alors la mère amène paniquée son ado chez le psychologue.
L'ado ne voulait pas venir, mais la mère l'a forcé à prendre rendez-vous et à dire qu'il était partant.

L'ado est en plein "spleen", sombre, renfermé, n'a rien à dire.
Il ne peut rien dire sur ses parents, les idées négatives ne peuvent être verbalisées ni même pensées ("je n'ai pas le droit de penser comme ça").
Il culpabilise de plein de choses, sans que ce soit clair.
Alors, on parle de tout, du monde, de la philo, de politique... mais de rien de "constructif".

Au fur et à mesure néanmoins la confiance s'installe et l'ado va se mettre à expliquer le fonctionnement familial.
Là où la mère voit une situation claire (couple déjà séparé ou un couple stable), l'ado décrit un couple qui ne s'est jamais entendu et qui reste ou vit une situation de conflits. La faute est toujours au père... et à l'ado.

Les retours vers la mère font alors apparaître un discours ambivalent.
Très inquiète pour son ado en crise, d'un autre côté elle n'hésite pa à l'enfoncer en le mettant mine de rien en cause dans la situation familiale ("toute petite, elle a raconté que (abus non avérés par exemple)..., et ça a modifié les rapports entre elle et son père mais aussi entre son père et moi. Mais lui je l'ai toujours soutenu et elle je n'ai cessé de lui rappeler que ce n'était pas grave...").

Autre exemple, considérer sa fille de 13 ans comme une petite fille, la cadrer, l'entourer, mais la déposer tous les samedis soirs en jupe courte à des soirées où il y a des ados et des adultes et où la mère ne connaît personne.
Et ensuite ne pas comprendre pourquoi sa fille a été abusée.
Et y trouver une bonne raison pour renforcer son contrôle en l'emmenant chez les médecins, les psys et lui serrer encore plus la vis la semaine..
Ou considérer que son fils de 12 ans est encore un bébé mais le laisser régler les conflits à l'école tout seul même lorsque ça dégénère.
Et ensuite ne pas comprendre pourquoi son fils, ce grand,  n'a pas été capable de se défendre dans la rue lorsqu'il a été agressé par 3 ados de 17 ans qui lui ont volé son portable.

Et c'est pour tout comme cela.

D'un côté sauver l'ado, mais d'un autre le détruire.
Et plus il est détruit, plus il faut le sauver.
Ce qui justifie les aspects intrusifs, l'emprise, les consultations à tout va.
Les toubibs disent à la mère "il faut lui lacher la grappe et ça ira mieux".
Ce que la mère ne peut entendre.
Son ado vient de faire ou subir une bêtise comment pourrait elle détendre son contrôle ?
Bien au contraire, il faut le renforcer !

Le pire c'est qu'à tout le monde la mère dénonce la méchanceté de ceux qui s'en sont pris à son enfant.
Mais avec son enfant, elle minimise ("Le temps fera son oeuvre", "il faut passer à autre chose"...) voire elle le culpabilise ("il/elle aurait du se défendre").

Et puis, vient le temps où l'ado va mieux.
Eh oui la psychothérapie sert à quelque chose.
Le problème c'est que quand l'ado va mieux, il refuse de n'être que le symptôme du mal-être familial et maternel.
Alors il se met à se rebeller, à refuser certaines choses (comme le fait d'être surveillé à la sortie du lycée).
Et il se passe une chose étrange.
L'ado n'est plus l'objet qui éponge et absorbe le mal-être général.
Alors la mal-être familial devient patent. Il explose.
Le couple (défait ou fait) est en grand conflit. S'il était encore là, le couple se déchire.
La véritable personnalité de la mère prend le dessus.
Elle se met à reprocher continuellement des choses au père, elle le rabaisse, elle l'accuse d'être responsable de tous ses maux. Le père fuit ou devient suicidaire.

Mais le mal-être familial est intolérable.
Car les réactions du père et l'échec du couple renvoie systématiquement la responsabilité vers la mère.
C'est inacceptable.
Alors on repasse à la patate chaude...
A qui à votre avis ?
Mais à l'ado bien sur.
Qui se remet à aller mal et sur lequel la mère peut décupler son emprise.
Plongé dans cette communication paradoxale systématique depuis l'enfance, l'enfant se met à présenter des troubles évidents du comportements.
Les agressions qu'il subit, sont recherchées par la mère afin de surjouer son rôle de "sauveuse".
Et à l'adolescence bien des symptômes de la schizophrénie sont présents.

En général, lorsque l'ado commence à aller mieux la mère met brutalement fin à la psychothérapie de son ado pour une broutille et en ressortant un truc que le psy a/aurait dit à l'ado.
Prétexte bidon pour mettre fin à une situation non prévue : que l'ado aille mieux.

Il ne faut pas qu'il aille mieux.
Il faut qu'il aille mal.
En l'entraînant dans la spirale des consultations et des entretiens, elle pourra montrer au monde combien elle est une bonne mère.
Et qu'elle mérite d'être aimée.
Elle.


Si cela est de la perversion, le fonctionnement ressemble fort à un syndrôme de Munchausen par procuration ("Munchausen by proxy") mais de nature psychologique.

9 commentaires:

  1. Le fait d'être constamment pris dans des doubles contraintes est à lui seul un gros facteur explicatif de l'apparition des psychoses. C'est une des principales "découvertes" de la systémique. Le facteur "héréditaire" est très probable, bien qu'il soit difficile à cerner, parce que la famille ce n'est pas que les gènes, c'est aussi le milieu "éducatif". Et si la double contrainte fait partie de la "culture" familiale, il est difficile de scinder le culturel de l'héréditaire.
    Dans mes propres observations, j'ai pu voir des cas extrêmement dévastateurs de ce phénomène. Pas plus tard que hier, encore, avec une TS à la clé.

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  2. je ne suis pas étonnée. Dans les cas que j'ai rencontré, les ados sont souvent suicidaires. Comme d'hab, ce n'est en aucun cas une volonté de mourir, ils le disent eux mêmes, ce qu'ils veulent c'est échapper à la situation familiale. Ils pensent aussi qu'ils sont responsables, mourir ce seraient une façon de libérer le parent qui leur fait porter le fardeau.

    La schizo du coup devient "héréditaire", mais pas au sens du génome mais bien d'un point de vue psychique. La communication paradoxale, les doubles contraintes deviennent une culture familiale qui se transmet.

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  3. Sans être aussi pointu qu'Alexis sur le sujet, contrairement au post précédent ou le cheminement intellectuel me paraissait obscur (sous-entendu : je n'arrive pas à le comprendre et encore moins l'imaginer, sans remettre en cause ce que tu dis), ici, l'enchainement psychique de la même me semble très simple à comprendre. Pour rester ultra terre à terre (c'est mon credo, j'assume !), un parent se sent souvent valorisé lorsqu'il doit gérer une situation ou difficile pour son enfant (moi le premier, je l'admet maintenant). j'imagine donc aisément les dérives qui peuvent survenir lorsque le parent en question n'est pas très stable psychologiquement (ce qui n'est pas mon cas, ouf !)

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  4. Hum, d'un côté je comprends que régler une situation, que ce soit pour soi ou pour un autre, soit valorisant. Mais d'un autre côté, à force d'être valorisé d'aider son enfant, il est très facile de glisser dans le fait qu'une des façons d'être valorisé est d'aider son enfant et qu'il faut se débrouiller pour placer son enfant dans des situations difficiles afin de montrer son "pouvoir" à l'en sortir. C'est sans fin.
    A quel moment passe t on de la stabilité à l'instabilité psychique dans cette situation ? C'est en regardant l'enfant qu'on le voit. S'il va bien, Ok. S'il ne va pas bien (surtout pour le parent concerné), c'est que le "glissement" comme tu dis à eu lieu.

    Cela se passe aussi au détriment du père, qui dans ces couples est devenu dépressif. Ce n'est pas donc seulement lié au rôle de "mère". C'est la personnalité même qui est destructrice et aucune remise en question, car ce sont les autres (le mari, l'enfant qui ne vont pas bien). C'est en cela que se pose la question de la perversion.

    Comment ça mon article précédent était obscur ??
    Assez étrangement, je me suis rendue compte que mes articles devenaient plus psychanalytiques et psychologiques. Ceci expliquant sans doute cela.
    Ou peut être qu'ils sont trop longs...

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  5. coucou, (oui oui je suis encore envie...depuis tout ce temps)

    Est-ce qu´une forme de schizophrenie peut se developper si les roles sont inversés.. c´est à dire que le pere est trop présent?

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  6. A quelques détails près, c'est exactement ce que j'ai vécu. De là à dire que les circonstances m'ont rendus schizophrène, je l'ignore, non conforme aux attentes de votre société c'est certain. Mais comme je n'ai passé qu'une heure "de bruit blanc" chez un psychiatre et pour cause (votre article circonstancié est parfait) je ne le saurai probablement jamais et à vrai dire c'est apparemment trop tard puisque j'ai passé le cap des 40.
    Je crois avoir converti tout mes défaut en qualité par pur résistance et certainement aussi par jeu, cela fait de moi quelqu'un de certes rare, mais c'est moi et je m'apprécie comme ça. La contrepartie étant d'avoir œuvré pour confronter ma mère à ses démons et la confronter à un public nombreux en total désarrois face à ses élucubrations et philosophies en marge (elle aussi) des attentes de la société.

    J'ai toujours eu du mal a écrire mes pensées, comme si son flux était supérieur à la vitesse de ma main ou plutôt que d'écrire dans les pensées d'un autre était un manquement total à notre évolution, donc si je suis mal compris, il s'avèrerait que c'est logique. Merveilleux n'est-ce pas !?!

    Donc si vergibération voulait un récit complet de mon adolescence, il n'a qu'à demander, mais je crains que ce blog n'y suffise pas. Si vous souhaitez expérimenter sur ma personne vos connaissances je m'y soustrairai sans problème, c'est mon côté ludique expressément lorsqu'il s'agit du travail d'un autre.

    Cela m'a fais plaisir de relire mon adolescence, décrite de façon si exhaustive et surtout de constater à mon grand étonnement que mon adolescence fut commune à bon nombre de personnes, ce qui en soit est une forme de conformité non négligeable.

    Je m'étais jusqu'alors toujours positionné en spectateur de ce zoo eidétique que l'on nomme société, j'avoue être comblé de savoir qu'il y a d'autres barreaux dans mon dos que ceux que j'ai l'habitude d'observer et au travers desquels évolue un monde très attachant.

    Merci

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  7. Un dernier mot.

    Vous aborder la génétique et comme je m'y intéresse à mes temps perdus, il serait sage, je le crois, de vous apporter une petite précision utile.

    En génétique, on parle souvent du génotype mais beaucoup moins du phénotype, qui est indissociable du premier et est même primordial. Le phénotype inclus tous les agents externe à notre organisme (notre environnement pour simplifier) contrairement au précédent.

    les mutations génétiques apparaissant au cours de l'évolution sont en grandes parties liés à notre environnement, les pygmées sont un bon exemple des mutations alléliques de notre génotype par l'emprise environnementale (le phénotype).

    Donc, en tant que spécialiste de l'esprit et de ses déboires vous pouvez envisager plus sereinement votre approche génétique du cas schizophrénique ou de tout autre, puisque fondamentalement le phénotype aura de lourdes conséquences sur nos gènes.

    J'imagine que des études ont été perpétrées dans ce domaine, mais je ne m'y suis pas encore intéressé. Cependant je ne préfère pas penser à quels mots clefs scabreux les "reviewers" ont pensés pour classifier de telles publications. Courage !

    Un autodidacte à ses limites que seul un psychiatre se doit de surpasser.

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  8. Dommage qu'il ne soit pas aisé de vous contacter via votre blog: je pense que mes dossiers psychiatriques pourraient tout particulièrement vous intéresser, vu le contenu de cette page.

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    1. Bonjour
      Mais il est très facile de me joindre à vergiberation[@]gmail.com (pensez à enlever les crochets !)
      A bientôt peut être

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