vendredi 5 novembre 2010

Dépistage précoce des futurs délinquants

L'actualité fait remonter un dossier vieux de quelques années sur le dépistage précoce des futurs délinquants.
Sarkozy l'avait déjà proposé, ça avait fait un tollé général dans la population "psy" française avec mise en place d'une pétition contre ce procédé jugé à la fois stigmatisant et traumatisant.

J'avoue qu'au premier abord l'idée m'a aussi fait réagir.
Comment pouvait-on prévoir l'évolution comportementale et le devenir d'un individu dans son éventuelle violence chez un très jeune enfant ?

 sale gosse ou futur délinquant ?

Les américains et les canadiens, comme toujours, ne nous ont pas attendu pour mettre en place une évaluation psychologique auprès des enfants de 3 ans.
il s'agit chez eux de n'évaluer que les enfants qui présentent des troubles du comportement en classe afin de cerner la psychologie de l'enfant.
Les américains, là encore toujours doués dans la surenchère, se font fort de détecter de potentiels tueurs en série afin de les prendre en charge précocement et ainsi protéger la Société américaine des exactions de ces dangereux criminels.
Les canadiens, plus prosaïques, proposent eux de comprendre la psychologie de l'enfant présentant des troubles du comportement afin de lui apporter une aide extérieure plus "cadrante".
Et le tout englobé dans une approche familiale avec la mise en place obligatoire d'une espèce de tutelle parentale comprenant à la fois une éducation à la fonction parentale et une surveillance du milieu de l'enfant.


Fort étrangement cette dernière partie avait été zappée en 2001 et 2005.
Aujourd'hui encore, la propositon de Bockel sur le "dépistage précoce des délinquants", comme le dénomme les médias, ne fait la part belle qu'à l'évaluation des enfants.

Il faut dire que les messages véhiculés par le gouvernement sont des plus flous et démagogiques possibles.
OK évaluons les enfants et dépistons les futurs délinquants.
Mais quels enfants seront dépistés ? Tous ? Seulement ceux présentant des troubles du comportement ? Rien à ce sujet.
Et l'environnement familial ? Rien à ce sujet. 

Sauf à dire que si les parents ne "tiennent" pas leur gosse, on retirera les allocs'. 
Comme si tous les parents de délinquants touchaient les allocs' !!
Si certes la délinquance est plus présente chez les enfants issus de familles désoeuvrées, émigrées et monoparentales, il ne faudrait peut être pas oublier que la délinquance touche toutes les catégories sociales, sauf que la délinquance n'y est pas la même et est parfois moins voyante.

Parce que dans notre pays, il est plus facile de dire "les parents qui ne tiennent pas leur rôle seront punis" que de dire "il existe des personnes qui ne savent pas être parents et il faudrait peut être leur expliquer ce que cela veut dire".

C'est tout le problème de l'éducation parentale.
j'en ai fait, j'en fait encore, je sais ce que c'est.
Les gens partent du principe qu'ils savent être parents.
Ce qui est totalement débile.
Certes les humains n'ont pas attendus le XXIème siècle et les psy pour faire des gosses.
Certes les humains savent élever leur enfant puisque la majorité arrivent vivants à l'âge adulte.
Mais j'ai bien écrit "élèvent" pas "éduquent".
Eduquer son enfant c'est déjà avoir eu soi même un modèle d'éducation auquel se fier et que l'on peut imiter.
Lorsque le modèle est faussé (un des parent est absent, les parents sont maltraitants,...) qui doit-on imiter ?
Ensuite il existe aussi un problème de niveau culturel.
Il ne faut pas rêver si vous n'avez pas des parents bien insérés tels que des parents ayant quitté l'école très tôt et des parents sans emploi, il est clair que pour ce qui est la connaissance et l'intégration des règles sociales c'est un peu raté. Et ces règles qu'ils ne connaissent pas ils ne peuvent pas les transmettre.

Sans compter l'aspect monoparental. 
Si on sait aujourd'hui que les familles reconstituées sont sources de délinquances, le pire ce sont les "familles" monoparentales. Tout ce qui est instable est destructurant pour l'enfant.

J'en entends qui vont me dire "oui mais moi..."... Ce qui est vrai pour 1 ne l'est pas pour 10.
Dans certaines familles c'est la grand-mère ou un oncle par exemple qui va faire office de pilier pour l'enfant et sur lequel l'enfant va pouvoir se construire.

J'en vois qui vont me dire que la délinquance est présente aussi dans les familles aristocratiques. C'est VRAI. Elle concerne plutôt le trafic de toxiques plutôt que les atteintes aux biens et aux personnes.

J'en entends qui vont me dire que les psychopathes ne choisissent pas le milieu social dans lequel ils naissent. Et cela ce n'est pas vrai. Aucun tueur en série n'est issu d'une catégorie socio-culturelle supérieure. Car si dans ces familles, les parents sont parfois maltraitants, négligents ou absents, il y a très souvent quelqu'un pour faire relai. Et lorsque psychopathe il y a, il ira s'épanouir en harcelant ses collègues en entreprise.

J'en connais aussi, et je le dirai aussi, que ce n'est parce que qu'on a des parents pauvres, immigrés, sans emploi et que soi même on a des difficultés scolaires qu'on doit devenir (ou qu'on devient) délinquant.
C'est VRAI.

C'est donc que chez certains enfants il existe une fragilité psychologique qui font que l'accumulation de facteurs négatifs vont les pousser dans la déliquance alors qu'au contraire à d'autres cela va leur donner la hargne d'en sortir.

Et c'est cette fragilité qu'il faut dépister.
D'où l'évaluation psychologique précoce des enfants présentant des troubles du comportement.

Pour résumé : fragilité psy + milieu non structurant = délinquance/criminalité potentielle
Il faut donc jouer sur soit la fragilité psychologique de l'enfant soit sur le milieu parental.
Traditionnellement, comme il est difficile de s'immiscer dans le milieu familial en France,  "nous" faisons le choix de choisir le dépistage des fragilités chez l'enfant.

CQFD ?


15 commentaires:

  1. Je dirais plutôt: comme il est par choix politique difficile d'apporter des réponses efficaces à un milieu non structurants…
    Depuis 20 ans il y a une hausse de la criminalité des jeunes, depuis 20 ans le chomage va de mal en pis, obligeant de plus en plus les familles à s'éloigner(plus possibilité de recourir facilement aux grands-parents, oncles et tantes etc…), obligeant les parents à travailler de plus en plus loin de leur domicile donc moins présents auprès de leurs enfants, avec des boulots toujours plus stressant (pressions des supérieurs pour une quête perpétuelle de productivité) et lorsqu'au chômage, ils sont d'un coups plus présent c'est rongé d'angoisse à l'idée de ne pas retrouver d'emploi et de mettre la famille en difficulté bref toujours peu disponible psychologiquement.
    Bref la société actuelle n'aide vraiment pas les parents à se retrouver dans les dispositions idéales à l'éducation des enfants. Et je ne parle pas de l'idée que le travail si jamais on parvient tout de même à en trouver un n'est plus la panacée que cela fut durant de longues années. Menant encore plus facilement les jeunes à la "réussite" par d'autres moyens qui leurs semble plus efficaces.

    Enfin de toute façon ce "beau projet" me semble avant tout là pour faire croire aux crédules que le gouvernement "traite" le sujet. J'attends encore les résultats improbables dans les écoles: classes à effectifs réduits ou a groupes de niveau pour se permettre aux instits de se mettre d'avantages à l'écoute des particularités et des affects de chacun .

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  2. Si on l'expliquait de cette façon en montrant les bienfaits d'une psychothérapie structurante chez le jeune enfant fragilisé, on n'aurait pas ces amalgames débiles : "dépisteurs de fous" "fachos qui fliquent tout le monde" etc...
    j'aurais été contente petite fille d'avoir une personne extérieure au cercle familial à qui confier mes angoisses ou qui dise à mes parents que leur attitude me portait préjudice (à mes soeurs aussi d'ailleurs ).

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  3. les femmes ont réclamé, à juste titre d'ailleurs, le droit d'aller au travail. Ca faisait donc déjà deux fois plus de personnes en demande d'emploi qu'avant. Mais dès les années 50 il a bien fallut constater que si papa et maman sont au travail, ils ne sont pas auprès de leur enfant. je ne remets absolument pas en cause le travail des femmes ou le fait que les hommes ne s'arrêtent pas pour élever les enfants (ce qui est encore difficile socialement), mais à vouloir tout avoir (famille, stabilité, enfant, travail, réussite sociale), il y a obligatoirement au moins un des versants qui fonctionne moins bien. Depuis plusieurs année maintenant, les familles ont fait le choix d'abandonner les enfants et de garder leur travail. La crise en cela n'arrange rien car c'est devenu une obligation de travailler à deux pour se nourrir et payer le loyer. Les enfants donnent des responsabilités, donc pour bien les nourrir, les couvrir, les éduquer il faut travailler plus. Le problème c'est que dans ce schéma rien n'est plus prévu pour l'éducation parentale. Je le constate tous les jours, les parents s'appuient de plus en plus sur l'école pour tenir le rôle éducatif (règles sociales, politesse, moralité...). Certes ça s'appelle "éducation nationale", il faudrait finir par changer le nom.
    Comme toujours c'est facile d'accuser la Société, parce que la Société, il ne faut pas l'oublier, c'est nous.
    La réussite sociale chacun en fait ce qu'il veut. Dans certaine famille c'est d'avoir de l'argent, dans d'autre d'avoir fait Polytechnique, dans d'autres de garder la particule, dans d'autres de devenir un caïd. Et cette notion de réussite est liée à l'environnement et pas à la Société.

    Mais je suis d'accord, il s'agit aujourd'hui de jouer sur le faire-semblant de traiter le problème. En fait, ils n'ont pas tort mais ne veulent pas nommer le fond du problème : la famille.

    Je ne crois absolument pas aux effectifs réduits et je ne pense pas que le rôle des instits soient de materner les élèves. Par constat là aussi, si les parents sont derrière les enfants en les aidant, les valorisant et en leur donnant des rêves, le enfants bossent et réussissent qu'ils soit 15 ou 35 en classe.
    A la fac on est 600 dans un amphi et 60 en TD ça n'empêche pas de travailler... si on en a envie et si on a appris que ça faisait partie des valeurs de réussite.

    Après tout, nous pourrions tous choisir de dealer de la drogue eu de devenir proxénète, c'est facile et ça rapporte beaucoup. Si nous ne le faisons pas c'est parce que quelque chose nous retient. Et c'est ce quelque chose qui manque à tout un pan de jeunesse actuelle.

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  4. Stephanie : le problème là encore est de réussir à "entrer" dans les familles. Pour avoir fait et faire de l'éducation parentale, les parents ne comprennent pas pourquoi on vient leur apprendre leur "boulot" alors qu'ils considèrent que cela fait des milliers d'années que l'on sait faire cela et que parfois ils ont déjà élevé 5 autres enfants qui paraissent sans problème (d'après eux). On me l'a dit "de quel droit venez vous chez moi me dire comment je dois me comporter avec mes enfants ?". Du droit, de comportements incestueux qui paraissaient tout à fait normal à un pervers qui descendait brutalement de son trône. Il savait, je savais.

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  5. Evidemment je n'ai pas précisé que le projet de loi actuel est bien mal conçu et mal exprimé, qu'il faudrait faire de la prévention avec des moyens adaptés et des personnes qualifiées pour ça, ce qui ne sera pas le cas !
    Et c'est vrai qu'avoir un droit de critiquer le fonctionnement d'une famille est très délicat parce que, comme toujours, où est la limite ?
    Pour certains elle est atteinte dès qu'on dit au petit dernier "tu me gonfles aujourd'hui avec tes caprices !" et pour d'autres il n'y en a pas puisque leurs gosses sont des choses qui leur appartiennent pour toujours : exutoire nerveux, sexuel et autres horreurs.
    Alors j'avoue que je ne sais pas prendre position sur cette question, surtout qu'en temps normal je suis contre le flicage, mais les enfants ne savent pas ce qui est moral ou pas, donc les protéger, donc on tourne en rond...

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  6. En termes de dépistage, as-tu vu "bien venue à Gattaca"?

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  7. Encore un article génial.

    Je me pose une question : est-ce qu'il ne serait pas plutôt nécessaire de faire un contrôle psy sur des personnes qui souhaitent faire des enfants ? Disons, comme quand une jeune fille veut avorter et qu'elle doit en expliquer les raisons, ou quand une personne veut changer de sexe, etc ... si on s'assurait, avant la naissance, que les futurs parents sont capables d'être des parents (financièrement, affectivement ...), est-ce que tout n'irait pas mieux ? Ou est-ce trop, est-ce que ça serait privé de liberté les humains ... on ne peut pas interdire les gens de se reproduire, mais parfois j'aimerais vraiment que ça soit possible, pour limiter le nombre d'enfants malheureux et désorientés ...

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  8. Alexis : oui. Et c'est une évolution normale liée à la science. L'être humain de part ses capacités fait évoluer sa race sans tenir compte de Darwin et Lamarck. Qui s'en plaint lorsqu'on dit qu'on va éviter la myopie ou la maladie de Parkinson en bidouillant les gènes du foetus ?
    Mais la violence est elle une affaire de gène ? C'est la question.

    Et puis, tout ça est démagogique. Notre Société ne peut surtout pas se passer de la délinquance et de la criminalité. Tiens je vais faire un article là dessus.

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  9. Aphone : c'est tout le problème ! C'est bien pour cela que les institutions ne veulent pas aborder l'éducation parentale. Pour adopter, il faut prouver qu'on est un "bon" parent, c'est à dire qu'on est équilibré psychologiquement, que le désir d'enfant n'est pas lié à la reconstruction personnel, qu'on connait les valeurs sociales, qu'on sait ce qu'on veut transmettre à l'enfant. Pour devenir parent bio... bof, aucune importance.
    Les associations pour l'adoption tentent de faire sauter la procédure de l'évaluation psychologique pour être "comme les autres" alors qu'on en vient justement à proposer des solutions d'évaluation psy des parents bio...

    On n'a jamais ce qu'on veut ! lol

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  10. "Pour devenir parent bio... bof, aucune importance."
    lol !
    Il faudrait plus de psychologue en politique !

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  11. aucun tueur en série n'est issu des classes sociales supérieures...Enfin aucun tueur en série découvert et arrêté à ce jour, n'est-ce pas...
    Et des méchants pédophiles, des agresseurs, maltraitants femmes et môme avec les poings ou avec les mots...Y'en a issus de diverses classes sociales, dont les supérieures. Sauf que plus ils viennent des classes supérieurs, plus facilement ils se protègent, et la parole d'un notable reconnu a plus de poids face à une victime que si cette même victime disait qu'elle avait été agressée par le rmi-ste poivrot du coin...
    Combien de témoignage j'ai lu de cas d'inceste où les parents de la victime étaient médecins, avocats, flics !
    Le milieu familial peut-être structurant, mais ça peut-êtres les restes du milieu grand-parental, lui non-structurant; et ayant fait des dégâts sur le parent, qui fait à terme des dégâts sur l'enfant, qui lui mettre en pratique toute cette violence génerationnelle refoulée, et ira vers la délinquance...
    Je ne sais pas si j'ai été super claire...

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  12. Pti caillou : Hola, faut pas tout mélanger !
    Pour les tueurs en série psychopathes, il est vrai qu'on ne connaît l'origine sociale que de ceux qui ont été arrêté. Ce qui tendrait à montrer que ceux issus d'une origine sociale "inférieure" (je ne sais quel mot mettre), seraient donc plus bêtes que les ceux issus d'une origine sociale "supérieure". Certains avaient des QI supérieurs à 140, ça laisse débitatif quant aux autres... Je crois que c'est juste une question d'intégration professionnelle. Un psychopathe qui a fait des études ira massacrer un service complet dans une grosse boîte, voire la diriger et passer pour un homme à poigne. Il sera valorisé et super bien intégré. Chacun trouve une échappatoire en fonction de son environnement et de son cursus...

    Les autre que tu cites, violeurs, maltraitants et surtout pédophiles, ne sont jamais psychopathes. Et en effet, on les trouve dans toutes les catégories sociales. Et je n'ai jamais rien écrit d'autre.

    Pour ce qui est des transferts entre génération, tout à fait d'accord sauf... qu'un enfant qui a vécu dans une famille déstructurante ne saura pas construire une famille structuré. Donc la famille structurante, issue d'une famille déstructurante ça n'existe pas. Ou alors, il faut que chacun ait fait une psychothérapie à long terme. On en trouve (heureusement !), mais ça reste rare, car les familles destructurées n'admettent pas qu'elles le sont.

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  13. oui ^^ je crois que j'ai un peu tout mélangé en effet :)
    merci pour ce commentaire clarifiant (tel un baume pour peau jeune éliminant tout trace du vilain sebum laissé par mon commentaire brouillon).

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  14. Ouille, donc moi-même issue d'une famille déstructurée, j'offre à mon fils une famille monoparentale et donc déstructurée... Et si je trouve un charmant monsieur issu d'une famille structurée, avec qui reconstruire une nouvelle famille, y'a une chance pour moi de construire quelquechose de structuré et de sécurisant pour mon fils et le prochain enfant ???

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  15. Tout dépend des relations que tu laisses entre ton fils et son père. Un garçon a besoin d'un modèle masculin, il doit résoudre son Oedipe. Tu peux aussi avoir un ami ou un proche que ton fils voit souvent et qui peut servir de modèle/miroir masculin.

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