mardi 23 novembre 2010

Le mensonge et les enfants

Certains parents s'évertuent à dire à leur enfant que ce n'est pas bien de mentir et qu'il ne faut pas le faire.
Comme si les adultes ne mentaient jamais !
Ce que l'enfant ne manquera pas de balancer à ses parents à la première incartade d'ailleurs.

Il serait plus judicieux d'expliquer aux enfants que se mentir c'est d'une façon générale risquer de rompre la confiance.
Mais surtout faire comprendre à l'enfant que parfois le mensonge est mieux qu'une vérité.
Ce n'est pas possible souvent avant 5 ans, le temps que l'enfant arrive à comprendre que les relations ne sont pas juste "j'aime/j'aime pas", mais qu'il existe des "milieux" différents en fonction des circonstances, des personnes, du temps... Et pourra alors comprendre que parfois vérité "arrangée" vaut mieux que vérité "crue".
Est-ce mentir ? 
C'est une bonne question.

D'un autre côté, on constate que les enfants mentent facilement.
On se demande où ils apprennent cela... lol
Le problème avec le mensonge de l'enfant c'est que justement le problème n'est pas toujours là où on le croit.
D'abord mentir jusqu'à un certain âge celapeut être dire la vérité.
En effet, l'enfant confond parfois la réalité et son imaginaire. Les deux se mêlent. L'enfant se persuade et est persuadé que ce qu'il a rêvé ou pensé ou joué est la réalité.
Regardez un enfant lorsqu'il joue à des jeux de "faire semblant", il y est, il y croît. C'est en train de se passer, c'est donc la vérité. 
Lorsqu'il racontera ce qu'il a fait, il aura tendance à inclure ce qui s'est passé dans le jeu et le mettra au même niveau que ce qu'il a "réellement fait". Jeu et vie ne font qu'un.

L'enfant comprend aussi très vite parfois qu'il existe des sujets à ne pas aborder.
Oh, ce n'est pas pour mentir, pour se protéger lui.
Mais pour protéger ses parents.
Ainsi certains enfants, sachant leurs parents sensibles à certains sujets, vont systématiquement éviter de prononcer certains mots, de raconter certaines choses juste pour ne pas rendre les parents tristes.
Mentir, c'est protéger. C'est vivre.

Et puis, d'un autre côté, il y a des parents qui disent à leurs enfants qu'ils ne faut pas mentir et qui sanctionnent verbalement ou par une punition le mensonge, alors qu'eux mêmes s'y livrent allègrement en évitant de raconter certaines choses ou en faisant semblant que tout va bien ou en mentant parce que l'enfant "n'est pas en âge de comprendre".

Alors bien sur la parentalité, ce n'est pas les parents d'un côté et les enfants de l'autre. 
Ce sont les intéractions entre les deux parties.
Or lorsqu'un enfant actif, imaginatif rencontre des parents sceptiques car eux mêmes dans le mensonge, le doute s'installe.



Tenez, j'ai eu un petit patient de 4 ans 1/2.
Je le croisais souvent dans la rue car je passe parfois devant les écoles à l'heure des entrées ou des sorties.
J'avais remarqué cet enfant espiègle et souriant qui faisait "tourner en bourrique" une maman qui me semblait épuisée et débordée.

Un mercredi après-midi, je les retrouve en consultations.
Pour moi il existe de nombreux non dits dans cette famille et de toute évidence les relations père/mère ne me semblent pas au beau fixe bien que la mère verbalise le contraire.
Il y a un petit frère, tout aussi "excité".
En fait, le petit garçon qui m'est amené est consultation ne tient pas en place en classe. L'enseignante s'en plaint.
Je reste avec le gamin, lui fait mine de rien passer quelques "tests" et de toute évidence j'ai devant moi un précoce (haut potentiel).
Mais émotionnellement, il a 2 ans.

Je ne le vois pas trop souvent car de toute évidence il a aussi besoin d'acquérir de la maturité au contact des autres, ce qui se passe d'ailleurs en quelques mois.
Mais il rencontre les problèmes de enfants précoces, il est mal intégré en classe et n'a quasi pas de copain.
Un jour que nous travaillons sur l'intégration des différences en classe au cours d'un jeu de rôle, il me joue une scène inattendue et spontanée : sa maîtresse le bat.
Je suis surprise, d'autant que j'ai déjà rencontré son enseignante afin de faire le point et qu'elle m'a paru très enthousiaste à l'égard de ce petit garçon qu'elle trouve surprenant mais très remuant.
Il me dit que SA maîtresse tape aussi sur d'autres enfants.
Nous en discutons mine de rien, il m'explique comment, combien de fois.....

La maman revient chercher l'enfant.
Après avoir demandé à l'enfant si je pouvais parler à la maman de ce qu'il m'avait raconté et qu'il ait dit oui, j'explique à la mère qu'il avait été frappé par sa maîtresse.
Effondrement de la mère.
Elle attrape son p'tit gars et lui sort "c'est vrai ça, tu es sûr ?".
Le gosse est rigide et le regard éploré de la mère n'est pas facile à soutenir.
Il dit que oui, mais la mère persiste en me disant que son gamin est plein d'imagination et que parfois il mélange les dessins animés et la réalité.
Elle me sort "vous le croyez vous ?"
"Bien sur, je n'ai aucune raison de ne pas le croire".
Le gamin part des bras de sa mère et retourne jouer avec un puzzle.
La mère étant HS, le gamin et moi m'étons au point une stratégie afin qu'il vive mieux son entrée dans la classe et surtout je lui explique que parfois les adultes ont besoin d'un peu de temps pour pouvoir agir.
La mère se ressaisit et le rassure sur le fait qu'elle va s'en occuper, surveiller, etc...

La maman me rappelle affolée le lendemain.
Elle s'est livrée à un interrogatoire poussé du gamin.
"Qu'est-ce que je fais de cette information ? Vous pensez vraiment que ce qu'il dit est possible ? Non parce que vous savez il a fini par me dire que c'était pour jouer, mais il m'a demandé si sa maîtresse allait avoir des problèmes, vous pensez que c'est pour ça ?"
Je réitère que je ne mets pas la parole de l'enfant en doute.
Et que s'il se rétracte c'est justement parce qu'il a peur que sa maîtresse soit punie à cause de lui.
Et surtout il voit l'effet que ça produit sur sa maman de raconter tout ça, donc sans doute préfère t il revenir en arrière.
Il semblerait que les actes de la maîtresse ne se soient pas reproduits.
A moins que tout ça ne sorte de l'imagination de l'enfant.
Mais c'est aussi une question de perception, une petite tape d'un adulte peut être vécu ecomme une véritable agression lorsqu'un enfant fait confiance à cet adulte, d'autant que cet adulte est intégré comme ne pouvant pas taper.
Ensuite, l'important n'est pas de savoir si l'enfant a été frappé ou pas, c'est de l'avoir cru.
Lorsque j'ai recroisé entre deux consultations ce gamin dans la rue, il m'a littéralement sauté au cou.
Sa mère m'a dit qu'il était plus détendu pour aller en classe.
Quelqu'un lui avait fait confiance et il avait appris qu'il existe des adultes sur lesquels on peut s'appuyer c'est le plus important.
J'aurai bien sur préféré qu'il comprenne cela de ses parents, mais, après discussion avec eux, je crois qu'ils ont bien repris leur rôle là-dessus ensuite.
Si il y avait mensonge, c'est peut là qu'il voulait mener, vers des comportemets de réassurance par les parents.

Alors mensonge, mensonge et demi ?



1 commentaire:

  1. Si il y a bien une phrase qui me hérisse c'est "la vérité sort de la bouche des enfants".
    Je n'ai heureusement jamais été mise en porte à faux par les dires de mes enfants qui contrairement à de nombreux enfants n'ont jamais trop fabulé. Mais leur réalité n'est pas toujours la notre et ils ont effectivement parfois besoin de sortir des "énormités" sans réaliser le moins du monde les conséquences.
    J'ai pendant une période navigué à vue pour obtenir de fiston qu'il ait suffisement confiance en moi pour oser me dire ses bétises ou ses peurs.

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