mercredi 29 décembre 2010

La prostitution volontaire

Traditionnellement la prostitution fait partie du combat des féministes (on n'entend jamais parler de la prostitution masculine).
La prostitution est par nature avilissante physiquement et psychiquement. Elle est aussi privation de liberté.
Et c'est ainsi qu'on nous la "vend" depuis des décennies.
Et pour tout vous dire, je pense que dans bien des cas, c'est la réalité.
Etre mise au "tapin" à 12 ans, être sous l'emprise de la drogue, devoir verser l'argent à son mac et se faire 45 clients par jour, n'a rien d'une sinécure et surtout d'un choix.

Pourtant, la prostitution "volontaire" existe.

Je sais que certains y préfère l'expression de "prostitution libre" partant du principe que si la femme est "indépendante" (pas de mac), qu'elle garde l'argent pour elle et qu'elle reste libre de choisir ses clients, elle reste néanmoins soumise aux plaisirs sexuels de l'autre et est donc une victime.

C'est une conception.

Assez étrangement, on veut absolument que le fait de "vendre" son corps fasse de la femme (ou de l'homme d'ailleurs) une victime.
Pourquoi donc serait on victime parce qu'on accepte les relations sexuelles d'un autre alors qu'on n'en n'a pas très envie ?
Certaines épouses, quoique bien mariées, pourraient légitimement se poser quelques questions lorsqu'elles acceptent le "retour du guerrier" alors qu'elles préfèreraient aller dormir. Mais bon après tout, l'amour c'est aussi faire plaisir à l'autre en s'oubliant soi même. Surtout lorsque cet autre paye le loyer et la bouffe. Ce n'est sans doute pas de la prostitution volontaire mais ça y ressemble étrangement.

Ensuite, pourquoi avoir des relations sexuelles avec un inconnu sous couvert d'échange d'argent serait "vendre" son corps. Le corps n'appartient pas à l'autre, la prostitué en reste la maîtresse car elle décide de qu'elle veut en faire, de ce qu'elle accepte et de comment le faire. Ensuite elle en reste la propriétaire, mais si il existe pendant quelques minutes un locataire, ça n'enlève rien à la propriété.
Puis, en quoi avoir des relations sexuelles avec un inconnu serait avilissant ? Y'en a plein qui, bourrées à la sortie d'une soirée, s'offre au premier mec qu'elles ont trouvé mignon (attention au réveil). Est-ce que ça fait d'elles des prostituées ?
Légalement non, puisqu'il n'y a pas échange d'argent (encore que parfois je me demande si le fait de se faire payer le restau puis le ciné ne revient pas au même).

Soyons clairs, encore une fois, je ne parle pas de la prostitution que j'appellerai "forcée".

Mais pourquoi certaines femmes n'aimeraient-elles pas coucher avec des inconnus à partir du moment où cela reste clair, propre et serein ?
Parce que, ne croyez pas que ça n'existe pas, certaines femmes apprécient de se prostituer.
Pour elles c'est un boulot comme un autre. Elles aiment le sexe, elles choisissent leurs clients, elles ne leur font que ce qu'elles acceptent de faire. Et parfois même elles jouissent d'avoir un si bel homme entre leur bras.

Certains me diront elles sont victimes des désirs des hommes. 
En plus, elles ne savent plus sortir du système. Ce sont donc des victimes.

Alors d'abord sortir du système. Oui, c'est vrai, une femme qui se prostitue volontairement arrête rarement. C'est une façon facile et rapide de gagner de l'argent.
Contre toute attente on trouve parfois des femmes avec un bon niveau culturel ou universitaire qui gagnent bien plus qu'elles ne gagneraient avec leur diplôme. Quittez cela est difficile.
Mais en regardant bien, vous qui me lisez, si vous avez fait des études et que votre boulot est en rapport avec ces études, vous savez combien il vous serait difficile de changer de voie même si vous le vouliez. Alors vous aussi vous êtes coincé(e).
Le désir des hommes. Ah, vaste débat. Pourquoi les hommes vont ils voir des prostituées ? Parce qu'ils n'ont pas ça à la maison ? Parce qu'ils peuvent lui demander des trucs qu'ils n'oseraient pas envisager avec leur compagne ? Parce que le fait qu'elle se prostitue les excite ? Parce qu'ils ne trouvent pas de femme (homme âgé, handicapé...) ? La prostitution n'existe que parce qu'il existe du désir.

Deux questions se posent : - si on supprime totalement la prostitution comment et où vont de défouler ces hommes ? - si on supprime le désir, que va devenir notre Société (de consommation qui ne vit que sur le fait de susciter le désir) ?
Mais me dira t on aussi, les femmes sont capables de réfreiner leurs désirs ! Que dalle oui. C'est parce que socialement on leur a appris qu'elles n'avaient pas le droit d'avoir du désir. Alors elles se "finissent" dans les toilettes en fantasmant sur le mâle viril ou soumis ou en s'achetant des godes car elles n'osent pas aller trouver un prostitué. Mais lorsque le désir des femmes sera accepté, quand les hommes comprendront que les femmes ont au moins autant de désir sexuel qu'eux, alors la prostitution masculine atteindra le niveau de la prostitution féminine.
Oh je vois poindre la critique. Si on a des godes pour les femmes et que ça ne permet pas le développement de la prostitution masculine, on a qu'à développer les substituts sexuels pour les hommes et la prostutition féminine disparaîtra. Comme si les femmes ne préfèreraient pas trouver un homme que d'être obligées de se taper un truc rosâtre gelatineux... Allons allons.

Et il ne vous viendrait pas à l'idée que ces prostituées volontaire ont elles mêmes de désirs ? Et que leurs clients peuvent être des moyens de les assouvir ?
Tenez, qu'en est il des actrices de films porno ? Sous prétexte qu'elles ont un contrat signé le fait d'avoir des relations sexuelles de façon tarifée ne fait bondir personne. On sait très bien aujourd'hui que sous certains de ces contrats se cachent des signatures forcées, mais ce n'est pas de la prostitution. On sait aujourd'hui aussi que certaines actrices porno sont arrivées au porno parce qu'elles aiment "ça". Je me souviens d'une jeune femme de 19 ans qui tournait des porno qui avouaient avoir été pendant longtemps la "salope" de son immeuble et qui avait trouvé dans le milieu porno un moyen d'avoir des relations sexuelles avec plein de mecs sans jugement négatif et même avec un certain regard valorisant par le "milieu". Certains diront que pour avoir tant de besoins sans doute présentait-elle quelques troubles... Certes c'est une façon de voir, mais elle ne ressentait aucune gène dans sa vie quotidienne.

On pourrait de plein de façon de prostitution volontaire encore. 
Dans une relation BDSM, la soumise qui verse son argent à son Maître sous prétexte d'humiliation et de signe de soumission, se prostitue-t-elle ? Elle ne le fait pas pour tarifer des relations sexuelles, elle le fait en signe de soumission, totalement volontaire là aussi. Son Maître est il un mac qui s'ignore (ou qui en profite) ? Question de point de vue et de circonstances.

S'exhiber à poil sur le net en acceptant de se livrer à toutes les acrobaties à caractère sexuel que suggèrent les internautes, juste pour leur faire plaisir et leur permettre de se masturber, qu'est-ce que c'est ?


LA QUESTION que ne manque pas de nous poser certaines associations est "rêveriez vous d'un emploi de prostituée pour votre fille ?".
Ah elle est facile celle là. Bien sur la première réponse serait de dire non. Mais nous parlons toujours de prostitution volontaire.
Et je renverrai la question "Si votre fille vous apprend qu'elle se prostitue volontairement la rejetteriez vous  pour autant ?"
La première réponse serait de dire non.
On apprend aux enfants qu'ils ont des droits sur leur corps et qu'ils doivent décider par eux-mêmes de ce qu'ils veulent en faire. S'ils veulent l'utiliser pour vivre comment s'y opposer ?
Une gogo danseuse ou une strip-teaseuse ne vend elle pas l'image de son corps ?
Après tout une mère porteuse ne loue-t-elle pas son corps et ses entrailles ?
C'est bien pour cela que la France freine des 4 fers parce que la liberté du corps ouvre la porte à une toute autre conception de la symbolique sociale du corps.

On ne peut donner son corps (à part à la science).
On peut vous le prendre (dans les cas d'abus sexuels).
Mais peut-on le prêter ou le louer.
La prostitution volontaire reste un tabou.
Et puisque c'est volontaire, est-ce avilissant ?



12 commentaires:

  1. J'ai l'impression que les femmes qui se prostituent (d'une manière ou d'une autre) sont celles qui ont vécu un abus dans le passé (surtout enfance/adolescence) et qui ne se rendent pas tellement compte que leur corps leur appartient, que ça n'est pas forcément un lieu public où n'importe qui peut séjourner comme il le souhaite.
    Mais bon, en fait mon avis n'est pas du tout arrêté, je ne sais pas trop quoi penser ... je n'ai pas l'impression que se prostituer est un acte réellement volontaire mais une nécessité de survie qui parait facile, pour celles qui y ont recours, mais qui n'est pas "sain", qui ne les rend pas heureuses.

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  2. Je suis en très grande partie d'accord avec tout ce que tu dis.
    Le problème, c'est qu'il est difficilement admis qu'un homme puisse énoncer que des prostituées fassent leur job "pour le plaisir".
    Pourtant, je ne dis pas que c'est la majorité, loin de là mais ça existe.
    Et je suis persuadé que la prostitution existera toujours, sous une forme ou une autre. alors le système germano-Hollandais ou la fille est reconnue comme une vraie "employée du sexe" me semble une meilleure fois que la marginalisation à la française.

    Mais, vaste, vaste sujet....

    Sur ces consiédrations romantiques... Très bonne fin d'année à toi :)

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  3. Aphone : j'ai pas mal de patientes abusées, certaines ont "abandonné" leur corps à leur agresseur, mais aucune n'a donné et ne donne dans la prostitution.
    Je pense, car je crois sincèrement qu'"on" nous balance des stéréotypes, que pas tant de prostituées que ça ont été abusées sexuellement. Maintenant, pour celles qui sont prostituées de force, il y a surtout des femmes qui veulent sortir de leur pauvreté et celle qui "oies blanches" ce sont laissées entrainées par un "amoureux". Combien de femmes ai-je croisé qui ont commencé à se prostituer "par amour" !

    Est-ce qu'au contraire il n'est pas plus facile de se prostituer volontairement lorsqu'on a conscience que l'on reste maîtresse/propriétaire de son corps ?

    Nakito : moi aussi, je n'affirme pas que la prostitution volontaire soit représentative de la majorité des cas, loin de là.
    Lorsqu'on pense prostitution, on pense tout de suite à la jeune femme droguée en jupe courte et bas résille qui attend frigorifiée dans la nuit qu'un mec libidinal passe se l'acheter. C'est très éloigné des "escort girls" ou des étudiantes qui financent leurs études comme cela ou des ados qui se "vendent" sur le net pour le dernier ipod.

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  4. Article est très intéressant. Il pose beaucoup d'questions. Moi, je pense que chaqu'un est libre de faire ce qu'il/elle veut, si ça ne contredit pas la loi! Voilà :)

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  5. Considérer la prostitution comme un mal, un fait inconsidéré est tout simplement pas naturel. Beaucoup de gens considère la prostitution comme un dernier recours. Ceci parce qu'on nous a appris que c'est mal d'user de son corps de cette manière.
    Comme l'opinion de la majorité fait la loi, la prostitution a été prohibée ou mis à l'écart.
    Il faut se décoincer!!! Je vous rapelle que le sexe est maître, sans cela il n'y aurait pas de vie.

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  6. La prostitution recouvre en général une contrainte. Obliger des jeunes filles (ou jeunes hommes) à se prostituer, c'est là que ce n'est pas normal. Les gens doivent pouvoir disposer de leur corps de la façon dont ils le veulent. Maintenant il existe une différence entre "se donner" à un nouveau partenaire chaque soir et le faire en échange d'argent. Le corps a t il le droit d'être un instrument de revenu ? Ca ouvre la porte aux questions relatives aux mères porteuses, aux donneurs d'organes de leur vivant....

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  7. Drôle de retomber sur cet article, je n'avais pas commenté à l'époque et pour cause je me suis donnée à la prostitution volontaire.
    Ca m'arrive parfois, de temps à autre, si pas vraiment d'autres choix pour avoir de l'argent facilement, rapidement. Je choisis mes clients, l'argent me revient intégralement, il n'y a pas de mac derrière, je fixe les limites et n'accepte pas tout, en revanche le client à le choix, s'il est sympa et qu'il demande une rallonge au niveau du temps j'accepte, qu'il ait 18 ou 75 ans je m'en fiche, les tarifs sont fixés au préalable, je ne marchande pas c'est à prendre ou à laisser. Bref, au final il n'y a aucun soucis, je suis contente de repartir avec l'argent, le client est ravi de s'être vidé les couilles, je ne vois pas où est le problème. La prostitution peut être un choix comme un autre. D'un point de vue éthique ça choque, d'un point de vue moral également tout le blabla sur le fait de vendre son corps alors que bon.. suffit de regarder une pochette de CD à la mode pour voir que se servir de son corps pour obtenir de l'argent n'est pas nouveau.

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  8. C'est même ce qui se vend le mieux. Je remarque quand même que tu écris "si pas vraiment d'autres choix", cela sous-entend que si tu avais le choix tu ne le ferais pas et quelque part se pose la question de la contrainte financière. Dans ce cas est-ce encore totalement volontaire ?

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  9. A mon sens oui, je pourrais choisir d'arrêter ou de ne pas le faire. Je n'ai personne qui me met la pression, je suis mon propre chef mais ça n'empêche pas qu'il arrive de tomber sur de drôles de types et que si avant je prenais un certain plaisir, à présent j'évite de le faire trop régulièrement.

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  10. Et en plus tu y prenais du plaisir !! LOL Tu as bien raison, mais fais gaffe à toi ce n'est pas parce que tu diminues le nombre de clients que ça élimine les dingues, un seul suffit. Soit prudente.

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  11. Maman solo qui vient de déménager, j'ai toujours quelque chose à faire dans mon nouvel appart. Lorque je rencontrais un homme, après quelques temps, je lui demandais un petit coup de main avec bcp de "s'il te plait". Une fois les travaux exécutés, mille mercis... et un sentiment de devoir quelque chose... Par ailleurs, pour plusieurs relations, je me suis franchement fait prendre pour une conne (il n'y a pas d'autre mot... pour une fois que je trouve la langue française pauvre !)
    Aujourd'hui j'inverse... Tu me fais ça et ensuite on couche ensemble. Le résultat est le même mais pas la démarche ! Maintenant ce sont eux qui sont en demande. Est-ce que c'est de la prostitution? Je pense. Est-ce que c'est moralement acceptable ? Je ne sais pas mais je le vis beaucoup mieux. Certains penseront que j'en veux aux hommes et que je veux leur faire payer d'une manière ou d'une autre... et ils n'auront pas tort!

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  12. Si pour plusieurs relations tu t'es fait avoir, ça n'a pas été le cas pour toutes, pourtant tu ns retiens que les négatives pour lesquelles tu fais "payer" ces messieurs. Pourtant tu es bien consciente que tu fais exactement la même chose, ils se font avoir avec toi. Et si les hommes avec lesquelles tu t'étais fait avoir étaient déjà tomber sur une nana comme toi et se vengeaient à leur tour ? Personne n'en sort, chacun règle ses comptes mais pas avec la bonne personne. C'est très immature comme fonctionnement s'en prendre à plus faibles plutôt qu'à la personne qui t'en a fait baver.
    Ca pose en effet aussi la question de la vision des hommes que tu as.
    Quant à savoir si c'est moralement acceptable, tout dépend. Si on parle morale chrétienne non, si on parle morale personnelle oui. Ce n'est pas tant une question de morale que de manipulation de l'autre, ce qui renvoit à la position que tu penses avoir face aux hommes, à savoir que tu tentes de prouver que tu es leur égale (l'ont-ils jamais nié ?) et que tu n'es pas si cloche que ça. Ton estime de toi même n'est pas au point.

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