vendredi 10 décembre 2010

Les néonaticides

Un néonaticide est un enfanticide qui consiste dans le fait de tuer un enfant dans les 24 heures qui suivent sa naissance.



Certaines associations féministes se sont emparés du phénomène pour proposer de mettre en place une stratégie de prévention.
Car c'est bien connu le néonaticide ne concerne que les femmes très jeunes, "pauvres", surtout issus de l'immigration et qui vivent dans un milieu violent.

Ceux qui gravitent un peu dans les milieux judiciaires savent que ce n'est pas le cas.
Même si, bizarrement, ce sont ces affaires là qui sont les plus médiatisées.
Après tout, on peut imaginer facilement qu'il est plus facile pour un journaliste de faire pleurer dans les chaumière avec une histoire d'assassinat d'enfant nouveau-né d'une ado de 14 ans, violée par son beau-père ou ayant eu une relation sexuelle avec un copain de classe, le tout emballé dans la rigueur morale d'une famille maghrébine émigrée dans un HLM du 93.
Ca arrange aussi certaines institutions et certains courants car cela permet de faire passer un message important : les jeunes femmes issus de l'immigration doivent absolument être protégées de leur famille castratrice et criminelle qui ont du mal à s'intégrer dans une Société féodale et masculine.

Bon, c'est pas tout ça, mais pour résumer rapidement (si si), une étude de l'INSERM vient de se pencher sur le néonaticides en France.
Et le constat est qu'il existe un énorme décalage entre les constats médicaux et les affaires judiciaires.
En gros, les médecins ne se posent pas tout de suite la question d'un éventuel assassinat lorsqu'il y a mort d'un très jeune enfant, mais l'enquête (obligatoire) montre qu'en fait il y a bien eu meurtre.

Ce n'est pas la première fois que ce décalage existe, on le connaît par exemple avec les jeux de strangulation (ou "jeu du foulard") où les médecins voient souvent un suicide alors que l'enquête et l'analyse comportementale démontre clairement un décès par "jeu" (autoérotique ou pas). Je ne critique pas les médecins, parce que leur job c'est juste de tenter de sauver des vies ou de constater la mort, pas de se demander pourquoi les gens meurrent.
Chacun son job.

Bon, alors ces néonaticides seraient en fait 5 fois plus importants que prévus.

Sans compter le chiffre "noir", on pourrait sans doute, comme pour tout acte délinquant ou criminel, multiplier les chiffres au moins par 3, mais, comme dirait l'autre, tant qu'on ne se fait pas prendre on n'a rien fait.
Si le nombre déclaré est d'environ une quizaine par an, les chercheurs estiment que le nombre de néonaticides s'élèverait à une centaine par an en France.

Dans leur étude ils se sont contentés de se pencher sur les néonaticides de 3 départements français sur une période de 5 ans. Soit 26 assassinats "seulement".
Du coup, il faut bien reconnaître que leurs résultats, même s'ils sont intéressants sont peu significatifs et qu'il faudra valider les conclusions en étendant l'étude dans le temps.
Pourquoi 3 départements me demanderez-vous (ou pas) ? Parce que ces chercheurs ont choisi les 3 départements à la plus stable et haute natalité.

Leur conclusion, bien que limitée donc, tend à montrer que la cible habituelle des axes de prévention n'est pas adaptée au profil réel des femmes pratiquant le néonaticide.
Contre toute attente, ce sont des femmes adultes (autour de 26 ans), qui ont déjà 3 enfants, qui sont mariées, ont un travail et sont bien intégrées socialement.
L'enfant est issu du mari. Elles n'ont recours à aucune contraception et la grossesse arrive à un moment considéré comme inadéquat.
La grossesse n'a pas été déclarée à la sécurité sociale ni à un médecin.
Le mari, la famille peuvent avoir été informés de façon indirecte et non claire. La grossesse est volontairement cachée à l'entourage et l'accouchement est réalisé lorsqu'elles sont seules.
Elles sont par contre immatures et fragiles psychologiquement, présentant une forte angoisse de séparation.  Ce qui rejoint toutes les études antérieures sur le sujet.

Mais je viendrai revenir sur ces résultats par le fait qu'il est fort probable qu'il existe plusieurs profils de femmes qui tuent leur bébé. Mais ces résultats permettent de venir nuancer les habituels stéréotypes.


(pour info, le "déni de grossesse" est un phénomène extrêmement rare. Aujourd'hui, et ce depuis peu, la notion de déni de grossesse est totalement remise en cause par les psychiatres qui n'y ont jamais vraiment cru et qui n'y croient plus du tout. La relecture des expertises et de la littérature montre que le déni total n'existe pas).


4 commentaires:

  1. Très intéressant! (et plus facilement accessible à mon esprit encore en formation! pour une fois; en cours on vu que ces assassinats touchaient (en belgique du moins) toutes les classes sociales et plus ou moins la même tranche d'age (mais ce n'était pas aussi précis be cause cours de droit)

    je pose juste une question: c'est quoi alors ce qu'on entend à la télé ou ce qu'on peu lire sur les déni (le femme qui ont toujours leurs règles, ne grossissent pas etc) Je croyais que c'était du déni ça? j'avoue ne pas trop comprendre...
    Kirikou

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  2. Bon d'abord remettons les choses en ordre.
    On peut très bien avoir ses règles en étant enceinte. C'est rare, car "illogique" comme dirait Spock. Mais ça arrive, c'est juste une question d'imprégnation hormonale déséquilibrée, je parle bien de règles (et plutôt même de "spotting") et pas d'hémorragie (je laisse les gynéco venir expliquer ça).
    On peut être dans le déni et avoir ses règles, mais on peut avoir ses règles et ne pas être dans le déni.

    Ensuite, on constate que ces femmes savent qu'elles sont enceintes mais elles ne veulent pas l'être. La nuance est dans la reconnaissance de l'existence au sens de l'état "d'être" du bébé. Ce bébé n'existe pas. Elles savent qu'il est là mais ne lui reconnaissent pas ce droit. Ce qui explique en partie certains néonaticides puisque l'enfant n'étant pas pendant la grossesse, il ne peut être dans la réalité, le supprimer n'est donc pas un problème car supprimer ce qui n'est pas n'existe pas.
    (je ne suis pas sûre d'être claire).

    Du coup le bébé se "planque". Il "sait" qu'il ne devrait pas être là, il "sait" qu'il court un risque à se montrer. L'accouchement se passe en général très bien, sans douleur, en tout facilité car le corps attend la dernière minute, une fois que tout est prêt. D'autant que la mère ne met pas de freins psychologiques à accoucher, puisqu'elle n'accouche de rien.

    Ces femmes laissent plein d'indices derrière elles. Indices de grossesse indirecte.
    Et comme dirait Zagury, que je rejoins totalement, c'est l'entourage qui est dans le déni de grossesse, pas la mère.

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  3. merci pour ces précisions... c'est assez effrayant néanmoins; comment pourrait-on prévenir de telles situations...
    Kirikou

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  4. Dans la majorité des cas, se posent encore la question de l'accès à la parentalité lorsqu'on n'est pas équilibré psychiquement.
    Ensuite, la question est sur l'acceptation de l'enfant. Ces femmes nie l'existence de ces enfants parce qu'ils n'arrivent pas au bon moment. Seule la contraception pourrait régler ce problème, mais si ces femmes ne prennent pas la contraception alors que le fait de tomber enceinte est malvenu c'est que quelque part elles souhaitent soit être enceinte soit avoir un enfant (ce sont 2 situations différentes). Il y a conflit entre le désir profond et le principe de réalité.
    Maintenant, peut -on, et d'ailleurs faut il, à tout prix prévenir ? A force de vouloir tout prévoir, empêcher, on finit avec des tonnes de lois inapplicables et castratrices. Or plus on contraint, plus les individus cherchent à contrer les contraintes. C'est un cercle vicieux.

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