lundi 10 janvier 2011

Champix ou comment arrêter -définitivement- de fumer


Il y a un certains nombres d'année, je suis passée dans un grand labo pharmaceutique.
Service épidémiologie.
Le but était d'étudier des maladies afin de voir si elles étaient porteuses de bénéfices.
Plus une maladie (ou un trouble comportemental) touchait de personnes, plus il était intéressant de développer une molécule susceptible de la traiter.

Le traitement contre le tabac était à l'époque déjà une manne céleste.
Il faut bien voir que contrairement à ce que semble verbaliser nos amis fumeurs en réunion, la cigarette ne rend pas heureux et ils présentent une demande d'arrêt de fumer très très importante.
Ils pourraient bien sur passer par la psychothérapie, ce qui est très efficace.
Le problème c'est que c'est long et cher.
Alors que prendre une petite pilule pendant quelques mois, ça vaut le coût financièrement parlant.
Et c'est très efficace aussi.

D'ailleurs c'est tellement efficace que lorsque le labo a fait une étude sur les régimes et les comportements des français face à la nourriture, ils se sont aperçus qu'il y avait là un sacré marché.
Et que, fort étrangement, vouloir arrêter de fumer et vouloir maigrir, répondent au même système économique.
Psychothérapie: très efficace + lent + cher
traitement pharmaceutique : très efficace + rapide + bon marché

Avec une grande grande différence.
A l'arrêt de la psychothérapie, le problème est réglé, ça a pris du temps mais son psychisme et son corps ne font plus qu'un, en accord qui plus est, donc plus besoin de fumer et plus besoin de maigrir (ni de grossir en fait).

A l'arrêt du traitement pharmaceutique, le patient regrossi ou se remet à fumer comme un pompier.
Le traitement doit donc être pris à très long terme. 
Beaucoup plus longtemps qu'une psychothérapie en fait.

Mais allez vous me dire (si si je le sens), quel rapport entre le tabac et la bouffe ?
Et bien figurez vous, que le labo c'était aperçu que le traitement anti-tabac était très efficace comme coupe-faim.

Et que donc on pouvait utiliser la même molécule pour qu'une personne arrête de fumer et pour qu'une autre n'ait plus faim.

Au premier abord, on se dit y a un truc non ?
Cigarette / bouffe, où est le lien ?

Non ? Toujours pas ?
Et bien, tabac et bouffe sont des compulsions, des envies difficiles à réprimer.
Des "ENVIES".
Si on supprime l'envie chez un patient, il n'a plus envie de fumer. Beurk.
Il n'a plus envie de manger. Beurk.
Sauf qu'on en sait pas cibler les envies.
Je l'ai écrit, c'est la même molécule pour la nourriture ou pour la cigarette.
C'est aussi la même pour l'envie de vivre.
Fumer et hyper bouffer sont des mécanismes de défense.
Les deux passent par la bouche.
Les deux servent à combler un vide.
Les deux servent à combler un mal être.

Si vous supprimer tabac et/ou hyper nourriture chez ceux qui en ont besoin, ils se retrouvent face à quoi ?
Leur mal-être.
Leur dépression peut être.

Et comme la molécule qu'ils prennent pour éviter de fumer ou de manger, coupe les envies, je dis bien toute, elle coupe toutes les motivations. 
Même celle à vivre.

On a donc des personnes qui prennent une molécule qui les force à faire face à leur mal-être tout en leur coupant l'envie de se battre et de vivre.
A votre avis ça donne quoi ?
eh oui, des suicides !!

Ca le labo pour lequel j'intervenais, le savait.
C'était même le gros problème.
Ils avaient constaté que ceux qui prenait ce traitement arrêtait bien de fumer mais se mettaient à déprimer.
Mais le ratio bénéfice/perte penchait dans le bon sens.

Ils hésitaient donc à mettre sur le marché cette molécule comme coupe faim.
Mais je vous rassure l'hésitation n'a pas duré trop longtemps.

En fait ces médicaments agissent comme des "casseurs de désir".
Ce sont des molécule fourre-tout, qui ne servent à rien en fait. Elle ne soigne rien.
Elle coupe tout désir, toute envie, tout plaisir.
Plus envie de rien.

Plus rien ne donne du plaisir, ni la cigarette, ni la nourriture, ni l'amour...
Alors pourquoi continuer à vivre ?

C'est d'ailleurs exactement ce qui s'est passé avec le Mediator qui agit de la même façon.
Ca n'a jamais été un antidiabétique, au sens commun du terme.
C'est un "anorexigène", comme le Champix. Cela rend donc anorexique en coupant l'envie de manger. Donc le patient ne mangeant plus, même pas des aliments sucrés, sa glycémie diminue.
C'est la raison pour laquelle le Mediator était utilisé aussi comme coupe-faim.
Pour l'instant on ne s'occupe que des valvulopathies, mais j'attends avec impatience  la remontée des dépressions liées à l'utilisation du Mediator.


Le risque suicidaire des anorexigène est sur bien connu avant même la mise sur le marché et .. estimé financièrement avant la mise en vente du produit.
Alors faire les faussement étonnés lorsqu'on sait comment fonctionnent les laboratoires pharmaceutiques démontre le mépris avec lequel sont traités les patients.

Après tout, peut être n'ont ils pas tort, lorsqu'on est prêt à prendre n'importe quoi pour maigrir peut être faut-il être prêt aussi à en assumer les conséquences...



Géant ayant abusé du Champix...


6 commentaires:

  1. J'en ai déjà tellement entendu au sujet des labos que je ne suis même pas surprise. C'est affligeant et après les médias osent s'étonner des faibles taux de vaccinations contre la grippe: A force de s'entendre dire que les labos nous prennent pour la poule aux œufs d'or…

    Bon par contre ton article ne me donne pas beaucoup d'espoir quand à l'arrêt de la clope par mon mari. Il aurait bien 2 ou 3 comptes à régler en plus de sa compulsion à la cigarette mais il est farouchement opposé à toute forme de psychothérapie. J'imagine que ça ne marche pas bien par personne interposée?

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  2. LOL !! Non, la psychothérapie c'est comme le dépôt de plainte, c'est individuel et nominatif !

    La cigarette c'est très symbolique : on se cache derrière un écran de fumée... Mais qu'a t on donc à cacher, là est la question ?

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  3. Concernant les labos pahrmaceutiques, je n'ai ni chiffres ni contre-exemple donc je suis enclin à te faire confiance.

    Par contre, ta vision des fumeurs est très réductrice ! Loin de moi l'envie de faire l'apologie de la cigarette qui est surement le truc le plus con de mon existence, mais ça ne masque aucun mal-être ! Et je ne veux pas non plus me dissimuler derrière un écran de fumée... C'est juste une habitude commencée bien trop tôt, une accoutumance physique dure à faire passer, surtout quand on trouve que oui, dans certains moment comme après un bon repas, la cigarette, toute nocive qu'elle soit, reste un véritable moment de plaisir.
    Mais stop au clichés, quand même ! pas venant de toi :)

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  4. Quand on enlève la béquille d'un patient en médecine, en psycho ou en ostéo..il tombe! les médocs traitent le plus souvent les symptômes. "Il faut combattre la douleur!" (oui, le système d'alarme du corps)
    Un psychologue disait que les symptômes sont de merveilleuses portes qui nous permettant d'accéder à nous même. Comme les reviviscences qu'il ne faut pas combattre mais écouter. Bien sûr parfois les réactions de défenses du corps sont inappropriées, trop violentes ou deviennent inutiles, mais on ne doit pas les lever avant de les avoir comprises et entendues.
    Quand on sait écouter le patient (son corps ou sa psychés) nous donne toujours la réponse. (mais souvent au début on passe à côté! enfin moi surtout)

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  5. Mais bien sur que c'est un moment de plaisir ! C'est même pour cela qu'on utilise des anorexigène pour éviter d'avoir du désir/plaisir et d'être tenté.
    Maintenant si c'était une simple habitude, il suffirait de 15 jours pour arrêter de fumer (c'est sur cela que jouent les thérapies comportementales, ce qui permet de diminuer la consommation de moitié) avec de la motivation. Certains y arrivent du jours au lendemain, question de personnalité.
    Mais si tant de personnes n'arrivent pas à arrêter de fumer, c'est parce que ce n'est plus une habitude mais une addiction.

    Les fumeurs y sont d'ailleurs aidés par le contenu de la cigarette (divers additifs addictifs !). Or toute addiction cache une déprime voire une dépression et des angoisses.
    On peut légitimement se demander pourquoi ceux qui ont arrêté de fumer y reviennent si facilement lorsqu'ils ont une difficulté dans leur vie. C'est donc bien que la cigarette apporte autre chose. Un moment de détente bien sur, car encore une fois le contenu "addictif" fait l'effet d'un anesthésiant qui permet de ne pas penser à la difficulté et de (se) cacher la réalité.

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  6. J'ai arreter de fumé cette été. Sans même vouloir arreter, c'est juste que j'étais avec des non fumeur et je n'en avait pas envie. J'ai repris avant de refrenchir les grilles de l'IFSI ^^'
    Je pense aussi qu'on commence pas par hasard. Mais aprés X année c'est dur de se rappeler pourquoi on a commencer.

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