vendredi 4 février 2011

Les cartes du crime

Si vous suivez un peu l'actualité, vous avez certainement entendu parler des "cartes du crime" que nos amis les anglais viennent de mettre en ligne.

Il s'agit de cerner, pour une ville, un quartier, quels types de crimes y sont les plus survenus :
- les cambriolages
- les comportements anti-sociaux
- les vols
- les attaques aux véhicules
- les attaques violentes
- tous le reste (dont le trafic de drogue)

Si vous passez par une ville ou si vous y habitez, il est donc maintenant possible de savoir quels sont les risques que vous encourez.

Ainsi, par exemple, il ne fait pas bon habiter dans le quartier compris entre Covent Garden et "le" Strand, bref tout le côté gauche du Mall lorsque vous tournez le dos à Buckingham Palace. Là tout y est possible.

Ca a un intérêt, vous savez ce que vous devez protéger. Vous, votre véhicule ou votre appartement, selon les quartiers et même en fonction de certaines rues.

Ca a un inconvénient, c'est que ceux qui habitent là et qui n'avaient pas vraiment conscience de ce qui se passaient, vont partir ailleurs ou ceux qui voudraient déménager n'iront pas dans ces rues là.
Ce qui va modifier les mouvement de population entre rues, quartiers, villes, régions.

Ca peut aussi être perçu comme un façon de stigmatiser certains quartiers qui deviennent les lieux du stupre et de la délinquance. Mais bon, je pense franchement qu'en général, les habitants s'en doutent un peu.

Alors pourquoi ne fait-on pas ça en France ?

Pour tout vous dire cela a existé.
Même bien plus précis que cela.
Il y a encore une quinzaine d'années, la police traçait des cartes de crimes et délits.
Sur ces cartes apparaissaient, comme sur les cartes anglo-saxonnes, les lieux des faits constatés. On avait là aussi, les crimes, la vente de drogue, les vols de voiture, les attaques au personnes, les comportements non citoyens... 
Ca permettait de savoir où il fallait déployer les forces de police ou où on pouvait s'attendre à des exactions et coincer quelques délinquants.
Ca été très efficace.

Ensuite, il existait une autre série de cartes qui pouvaient venir se superposer sur les premières.
C'étaient celles des lieux d'habitation des commettants.
Ainsi, on pouvait dire que le délinquant (arrêté bien sur) qui avait cassé l'abri-bus rue untel, habitait à tel endroit.
Ca permettait de voir de quels quartiers venaient les délinquants / criminels.
On s'apercevait très vite que ceux qui réalisaient des attaques aux personnes ne venaient en général pas du même quartier que ceux qui réalisaient des cambriolages.
On constatait par exemple, que ceux qui volaient des voitures, habitaient tous dans tel quartier et venaient tous les voler dans telles rues, en général éloignées de leur lieu d'habitation du fait des différences de niveau social.
Mais que par contre, en ce qui concernait les attaques aux personnes, les délinquants / criminels n'hésitaient pas à s'en prendre à des gens de leur quartier, voire de leur rue. 

Ces cartes étaient bien sur informatisées et pouvaient être mises à jour tous les jours. 

C'était très intéressant socialement. C'était intéressant aussi pour comprendre comment lutter contre les inégalités entre quartiers. Ca l'était aussi pour comprendre comment contrôler les déplacements. Le Maire, les associations d'interventions, les bailleurs sociaux, tout le monde trouvait que ça facilitait le travail.

Mais plusieurs association s'en sont mêlées, puis la CNIL, qui montraient la stigmatisation de certains quartiers (pour ne pas dire de certains immeubles), le fait que les commettants étaients trops ciblés. Et que parfois, il est vrai, certaines dérives avaient été constatées, comme par exemple la construction d'un mur ou d'une route à grande circulation entre deux quartiers pour empêcher les "collusions". Le constat était aussi, que ces cartes, normalement non diffusées, finissaient par être connues et que certains quartiers étaient désertés et que les nouveaux venus ne voulaient surtout pas habiter dans certains quartiers. Les gens sont mesquins. lol

Bref, dès 1998, ces cartes ont été interdites afin de mieux respecter la mixité sociale et la non stigmatisation des délinquants.

Les anglo-saxons, eux, fonctionnent différemment. S'il est vrai qu'en Angleterre on est plus vidéo surveillé qu'en France, ils n'hésitent pas à mettre en ligne des fichiers sur les pédophiles, les criminels, les actes déviants. 

Est-ce bien ou pas ? Qu'en pensez-vous ?

(lien vers le site des cartes de crime)


9 commentaires:

  1. ah c'est donc pour ça qu'on avait permis le passage de cette "déviation" en plein milieu de la ville et qui séparait très nettement la "ville", des barres d'HLM.
    Bon ça n'empèche qu'on a toujours des sueurs à l'idée de garer sa voiture dans certains quartier ou même à les traverser la nuit. Pas besoin de carte pour ça il suffit de voire les carcasses de voitures brulées, sans pneus etc...

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  2. Comme on peut s'y attendre pour les attaques aux biens, ce n'est pas dans les quartiers dits "pauvres" ou "difficiles" que cela se passe. En effet, les biens convoités sont dans les quartiers les plus riches, surtout pour les véhicules. Mais les "riches" protègent leur maison/appart, difficile de piquer dedans. Alors ce sont les quartiers plus populeux qui subissent les cambriolages, il y a moins de biens de valeurs mais l'accès y est plus facile.

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  3. Ca ne me plait pas, les cartes du crime. Ca me fait penser aux guides touristiques : ils conseillent tel resto pour son ambiance de folie, et en y allant on tombe sur un truc complètement désert, on est les deux seuls dans le bar ... (ah, y se sont trompés on dirait). J'y crois pas vraiment, on ne peut pas dire que tel immeuble craint, que telle rue est dangereuse, ça bouge sans cesse. Ca peut décourager des gens à visiter tel quartier alors qu'en fait ils auraient adorer. Si j'avais écouter les personnes qui m'ont dit "Marseille c'est chaud et en plus ça pue les poubelles, j'te déconseille d'y aller" j'y serais jamais allée, alors que j'ai adoré Marseille, j'ai passé des soirées superbes à marcher dans les rues et à faire des belles rencontres. Et puis j'ai des amies qui se sont faites violer dans des quartiers de Paris qui sont très calmes et que je croyais "sûrs", ça m'a beaucoup choqué au début, moi qui me promenait de manière insouciante en pleine nuit en pensant que le 5ème était un endroit paisible. J'ai l'impression que ces cartes servent à faire peur, ou à rassurer certaines personnes qui souhaitent emménager dans une ville qu'ils ne connaissent pas. Mais ça me parait illusoire.
    Bref, je n'aime pas les cartes, c'est mon ressenti.

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  4. Aphone : tout dépend ce qu'on entend par quartier calme. Par exemple, le 5ème arrondissement de Paris est calme pour ce qui est du vol de voiture, mais pas pour les cambriolages ou les attaques aux personnes. Et ça, ça se voyait sur les cartes !
    Maintenant, Marseille, c'est comme Paris, y a des quartiers où on peut se balader en pleine nuit d'autres non. Mais le tout est de comprendre là encore que la notion de sécurité n'est pas la même partout. Mais il faut bien admettre aussi que se balader après minuit dans des rues mal éclairées mène plus souvent à se faire agresser surtout si on est une femme seule, de moins de 25 ans, qu'on est bourrée ou saoule et qu'on a une tenue "pratique" pour l'agresseur et cela quelque soit la ville et quelque soit la notion de liberté de circuler qu'on veuille bien revendiquer.

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  5. Oui.
    Mais comment faire pour répertorier toutes les agressions ? Les femmes vont rarement aux commissariats pour porter plaintes quand elles viennent d'être violée. Les chiffres ne peuvent pas être les bons. Et les violeurs ne sont pas arrêter pour autant. La carte du crime ne guérit pas du crime, elle sert à créer des quartiers "chauds", là où personne ne veut aller par peur d'être agressé et où les pauvres restent entre eux. Il serait plus juste de trouver les causes des agressions et faire en sorte qu'elles soit éviter, tenter de guérir les violeurs dès l'enfance et de limiter les écarts de richesses ... plutôt que de noter froidement les faits sur des cartes

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  6. Ecrire que les femmes vont rarement déposer plainte après un viol est un peu osé. On pense qu'environ 50 % de cas ne déposent pas plainte (et plus chez les hommes car le viol d'un homme est un sujet très tabou).
    Il est exact par contre que les violeurs se font difficilement arrêter. C'est très difficile d'attraper quelqu'un qui a peu de lien avec la victime.
    Les causes des agressions ont les connait ! Mais peut on / faut il enfermer tous ceux qui sont susceptibles de passer à l'acte tant qu'ils ne l'ont pas fait ?
    Eviter les agressions ? On sait faire en grande partie, mais les gens sont inconscients. Tu en es la preuve : pourquoi sortir la nuit, seule alors que tes chances de te faire agresser sont multiplier par 200 ? Lorsqu'on dit aux jeunes filles qui vont en boîte ne fumez pas de joints, ne portez pas de mini jupes, ça fait un tollé général sur la liberté individuelle. Ok c'est un discours qu'on veut bien entendre, mais ces comportements ont des éventuelles conséquences... Ce à quoi le public répond, à juste titre, que ce sont les potentielles victimes qui doivent faire attention plutôt que de chercher les potentiels agresseurs d'agir. Mais comment savoir qu'une personne va devenir un agresseur ? Pour certains on sait, mais pour la majorité il n'y a pas de prévention possible, ils ne sont pas fous, pas de troubles du comportements massifs, juste une envie brutale lié à un déclencheur (une engueulade, une frustration....). On fait comment pour empêcher cela ?
    Cela relance d'ailleurs le débat sur la prévention dès 3 ans et aussi sur le débat de l'évaluation psychologique des parents.
    Les écarts de richesse ? Belle rigolade, on sait depuis longtemps que ça n'a rien à voir. C'est un facteur, c'est vrai, mais à lui seul il ne suffit pas à déclencher les différentes délinquances.
    Je crois que les cartes n'ont qu'un seul problème, elle montre la réalité policière et pas la réalité sociale (les stats, comme tu l'écris, ne concerne que ceux qui déposent plainte et ceux qui sont pris). Alors du coup qu'en faire ? Faut il s'y fier ?

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  7. C'est vrai que je me base beaucoup sur mon expérience personnelle et mon ressenti. C'est en allant au commissariat pour poser une main courante suite au viol d'une amie que j'ai eu affaire à des policiers qui me disaient qu'il y aurait très peu de chance de retrouver le violeur, et que les femmes ne portaient pas suffisamment plainte, et j'en étais la preuve puisque mon amie ne voulait pas le faire d'elle-même. Mais 50% c'est déjà trop.
    Oui il ne faut pas sortir dans la rue le soir en jupe surtout si on a bu, mais quand on m'a posé ce genre de question au commissariat "votre amie était-elle en jupe ? est-ce qu'elle avait bu ?" j'ai trouvé ça injuste, j'avais l'impression qu'on l'accusait ELLE d'être responsable, comme quand une femme tombe enceinte de son père et qu'on la traite de trainée sous prétexte qu'elle aurait pu dire non, tout de même. Je sais que ça n'est pas vrai, et qu'il vaut mieux éviter de mettre une jupe par prévention, d'ailleurs depuis je ne marche jamais seule dans une ville la nuit, mais c'est dommage de se dire que c'est la femme, potentielle victime qui doit se protéger contre l'agresseur-homme en renonçant à sa liberté, celle de rentrer chez elle à pied et de mettre des jupes, même longues. C'est comme pour les femmes à qui l'on demande d'être voilées et de porter des tenues amples pour ne pas provoquer de désir chez l'homme, mais je pense surtout que c'est aux hommes de ne pas se conduire comme des animaux, et surtout de ne pas passer à l'acte. Je ne suis pas pro de l'habillage "pouffe" dont vous parliez dans un autre article, mais de là à ne pas pouvoir porter de jupe longue en été avec un débardeur, c'est triste. De toute façon j'ai l'impression que depuis Eve, la femme sera toujours un peu perçue comme fautive du mal de l'humanité, et qu'il faut vraiment du temps pour que cette image s'efface vraiment.

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  8. Je ne pense pas qu'il faut se fier aux cartes, car on porte plainte beaucoup plus volontiers pour un vol de voiture que pour un viol. Ca me semble logique que les vols de voitures soient réalisés par des gens qui n'ont pas les moyens d'avoir de voiture (d'où le pb des écarts de richesses qui provoque de la jalousie, de l'envie), et les viols, non cela n'a pas de rapport avec la classe sociale en effet.
    Mais même si on admet que ces cartes sont à peu près fiables au niveaux de la réalité des chiffres (plus ou moins), je trouve ça dommage que ça ne résolve pas d'avantage les pb de violence. On met en place des caméras partout, on est archi-surveillé et pourtant j'ai l'impression que ça ne sert à rien ! Je me suis fait volée mon ordinateur portable dans un tramway muni d'une caméra, et pourtant on me dit "non on ne peut pas regarder la vidéo pour tenter d'identifier la personne, désolée pour vous au revoir", les enregistrés servent juste à faire peur dans les reportages télé ? (car j'ai vu qu'ils passaient des séquences de caméra surveillance sur TF1 ou FR2). Une femme se fait violée et on lui dit "c'est bien gentil de porter plainte mais soyons réaliste, on ne retrouvera jamais le violeur" (le tact des commissariats comme vous en parliez une autre fois). C'est le côté vain de la chose qui m'exaspère, on porte plainte, cela aide à faire des cartes qui vont faire peur aux populations, et après ? On a conscience que telle rue est dangereuse mais on ne fait rien pour la rendre plus sûre ? Je trouve ça vraiment bizarre. Bien sûr ça n'est pas facile de prévenir une agression, ça relève de la science fiction (Minority report, un film où l'on peut voir à l'avance les meurtres). Je m'obstine à penser que cela vient des parents, et qu'il faudrait les évaluer psychologiquement ou leur enseigner les bases pour qu'ils sachent ce dont un enfant a essentiellement besoin. Ou bien, créer un cours en élémentaire et collège pour enseigner aux enfants les choses importantes, comme ce texte de Jacques Salomé, "J'aurais voulu être professeur de vie". Prendre le problème à la base, s'occuper des enfants tant qu'il est encore temps et veiller à ce qu'ils soient dans un bon environnement, aimés, afin de limiter les dégâts plus tard, et continuer de réaliser des cartes du crime pour voir si cela évolue dans le bon sens ou pas.

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  9. Les video ne servent à rien, on le sait, sauf dans les parkings. Il y a une étude qui l'a démontré. On sait que toutes le préventions ne servent que face aux gens peu motivés, mais face à quelqu'un de décider à agresser, voler, cambrioler, il n'y a rien qui arrête le passage à l'acte.

    En ce qui concerne les femmes, je suis d'accord sur le fond. C'est bien pour cela que je parlais des problèmes liés aux libertés individuelles face aux réalités de la vie. Il faut aussi sortir des préjugés. Demander si la femme était en jupe n'est pas un jugement (normalement, mais parfois le QI de certains policiers peuvent le laisser penser). Etre en jupe ne veut pas dire que la femme cherchait ni que l'agresseur va bénéficier de circonstances atténuantes, ca permet "juste" de comprendre ce qui "attire" les agresseurs. En fait on le sait. La jupe n'est pas 'attirante mais facilitante donc l'agresseur potentiel peut se dire "ca va être pratique et rapide". Mais, pour avoir essayer, lorsqu'on dit aux filles de ne pas se mettre en jupe lorsqu'elles sortent on se fait houspiller sur les choix individuels. C'est comme les barreaux au fenêtres... C'est la victime qui se barricade et se met en prison, face au cambrioleur potentiel qui ne craint rien. Le problème, c'est qu'on ne peut mettre tout le monde dans le même panier et comme d'habitude c'est la majorité qui "trinque" pour une minorités d'agresseurs potentiels. On ne peut contrôler tout le monde, on ne pas prévoir ce que quelqu'uns vont devenir. Mais même s'il n'en restait qu'un, le risque serait là. Soit on accepte le risque, soit pas. C'est un choix individuel qu'il faut respecter, mais à chaque choix ses conséquences.

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