jeudi 31 mars 2011

La sexualité des personnes handicapées

Parfaitement, c'est la fête aux handicapés ici cette semaine. Qu'on se le dise !! ;-)

Bon c'est un sujet tabou. Certains vont d'ailleurs peut être en parler dans leurs belles histoires (qu'ils doivent rendre ce soir à 23h59'59'' au plus tard).

J'ai plusieurs patient(e)s gravement handicapé(e)s. Lorsque je dis gravement, j'entends qu'ils ne peuvent plus bouger leurs jambes et leurs bras, que leur articulation est un peu défaillante et qu'ils sont totalement dépendants de leur entourage.

Néanmoins, ils pensent. Ils ressentent aussi.
Ne plus pouvoir bouger les jambes ne veut pas dire qu'elles sont insensibles, c'est parfois juste que les muscles ne répondent plus ou que le cerveau n'arrivent plus à faire parvenir ses instructions là où il faut.

Ils ressentent dans leur tête aussi. Ils apprécient, ils détestent, ils aiment aussi.

Qui dit sensations et sentiments, dit "amour" au sens de sexuel.

Il la drague. Mais le temps qu'il la sorte du fauteuil, qu'il la déshabille, qu'il voit sa couche et la minceur de ses jambes, vous croyez qu'il aura encore envie ?

Prenons un de mes patients.
Cet homme, pouvait encore il y a quelques moins bouger ses bras.
Il n'a personne dans sa vie.  Enfin si, il y a sa mère et sa soeur.
Pour la sexualité c'est pas top avouez.
Il y a bien la petite auxiliaire de vie le matin, mais bon les auxiliaires elles sont pas super sympa et puis c'est pas parce qu'on lave et habille une personne qu'on a envie de lui faire des gouzi gouzis.
Alors ce patient regardait des filles sur le net.
C'est pas bien ! lol
Nous en avons discuté un jour. Mais cela lui permettait encore de se masturber.

Et puis, petit à petit, il a perdu l'usage des ses bras et de ses mains.
Comment se masturber désormais ?
Il n'est plus assez souple pour se faire une auto fellation ! lol (et puis il risquerait de rester bloquer dans la position, ça la fout mal)
Pourtant, ce patient, il aimerait bien une petite gâterie.
Je sens bien que ça le tracasse (d'ailleurs la façon dont il me regarde commence à me mettre mal à l'aise). Alors je décide de faire juste une séance sur la sexualité.
Oh la, pas d'emballement. On parle bien de psychologie. Je suis restée très claire d'ailleurs avec lui sur ce sujet, je crois vraiment qu'il fallait une mise au point.
Mais en dehors de cela, j'ai essayé de trouver des solutions.
Bon y a bien la prostitution. Je pense que si je lui proposait, il ne dirait pas non. Mais je ne suis pas vraiment sûre que sa vieille mère soit d'accord.
Bon il existe des "aides sexuels", mais pas en France.
Alors je lui demande comment il fait maintenant (j'aime les détails graveleux).
Ben il fait plus.
Alors il regarde des trucs très hard, qui arrivent à le stimuler suffisamment pour que ça fasse effet.
Il est conscient là aussi que dans la vie y a des sentiments, que c'est pas comme ça, mais bon il ne lui reste que ça, on va pas lui enlever.
Et puis, ce patient, il ne sort plus beaucoup, alors faire des rencontres c'est difficile. Et puis les filles handicapées c'est pas son truc... Et puis, il ne lui reste pas trop longtemps à vivre... Alors trouver une copine, dur dur. Et satisfaire ces envies, n'y pensons plus.
C'est d'ailleurs ce qu'il fait.
Il a décidé qu'il n'y penserait plus. D'ailleurs à force ça ne le "travaille" quasi plus.
(ouf, je suis sauvée ! ;-)


Tenez, ma patiente de 40 ans.
Elle est clouée quasi au lit toute la journée, mais reste très jolie et avec un sacré caractère.
Sanglée -sous peine de tomber- dans son fauteuil roulant, elle ne peut plus utiliser sa souris depuis quelques années. 
Elle rêve de retravailler, de sortir... Mais tout le monde a finir par fuir cette femme dont l'esprit s'est arrêté il y a quelques années.
Le sexe ? Elle aimait ça.
Elle aimait "être dessus" dit-elle.
Elle aime toujours.
Mais bon, elle ne peut plus bouger.
Son mari, a des envies lui aussi, envies de ce souvenir de cette belle femme pleine d'esprit.
Mais si elle est "en-dessous" comme elle dit, elle ne ressent rien.
Alors il faut galérer pendant un temps certain pour réussir à la faire "grimper" sur son bonhomme. Qu'elle ne tombe pas puisqu'elle ne peut pas se tenir. 
C'est plus pareil, elle est obligée d'être passive. 
Elle aimerait bien essayer autre chose, mais elle n'ose pas en parler et puis déjà son mari fait des efforts (parce que pour lui c'est pas facile facile de rester concentrer sur son désir tout en tenant sa femme...).
Elle dit avoir de moins en moins de plaisir.
Et lui dit y arriver de moins en moins souvent.
Et faut bien avouer ce corps devenu totalement inerte devient moins tentant.

Fort bizarrement, pour tous mes patients handicapés, le sujet de la sexualité n'est jamais abordé par leur médecin. 
Les médecins leur parle de "poussées", d'interféron, d'anti-douleur, de neurones, de dégradation... mais de sexe jamais.
Même par le psy hospitalier ne leur parle que de leur rapport à la maladie, de leur moral et de leur vision du futur.
Le tout est de savoir si la sexualité des personnes handicapés restent inabordée parce que c'est inabordable pour parce qu'on ne sait pas quoi leur proposer pour l'améliorer ou l'envisager. L'envisager c'est poser une question et donc tenter de trouver une réponse. 

Or comme les réponses possibles ne conviennent pas à beaucoup de monde, on fait comme si les personnes atteintes d'un handicap n'avaient pas d'envies, pas de désir, pas de besoin. Bref, on annule une partie de leur personnalité.  Après tout diront certains la sexualité c'est aussi dans la tête or celle là elle est intacte.

Même les animaux ont une sexualité, même si elle ne sert parfois qu'à se reproduire.
Nier la sexualité des handicapés, n'est ce pas nier leur statut d'humain ?
Mais surtout ne serait-ce pas la peur qu'ils se reproduisent ?



mardi 29 mars 2011

Mouroir pour patients SLA ?

Un de mes patients atteint de SLA avait fortement besoin d'un "séjour de répit".
Besoin de s'éloigner de sa famille accompagnante. Pour lui. Pour eux.
(en passant je "remercie" le psy qui a réussi à ne pas être là alors que je l'avais prévenu de l'importance de sa présence et qui a délégué son temps d'écoute à l'assistante sociale)
Besoin aussi pour mon patient de commencer à envisager un accroissement sérieux des adaptations de l'environnement dans lequel il vit.



Mon patient SLA, comme la majorité d'ailleurs des patients SLA, a besoin de kiné tous les jours, ergothérapie et orthophonie au moins 2 fois par semaine.

L'assistante sociale l'envoie donc là où on accueille les patients SLA.

24 h avant la date prévue d'accueil, alors que tout est organisé, que le PAM (transport pour les personnes à mobilité réduite) est réservé, l'hopital appelle en disant que le lit ne sera pas libre, que le patient est décalé d'une journée. Ca arrive, mais ça désorganise tout. Surtout le PAM qui du coup n'est plus dispo... Ca commençait bien, comme des vacances quoi avec tout le tintouin qu'on peut imaginer.

Arrivé sur place, on le conduit dans une chambre classique d'hôpital si ce n'est que grâce à une télécommande (qu'il arrive encore à utiliser) il peut ouvrir/fermer son volet roulant et appeler l'ascenseur.
Sa chambre placée à proximité de la salle de "réunion" du personnel laisse passer tous les bruits et tous les commentaires sur les patients. Il apprendra ainsi qui est le crétin ou l'emmerdeur.

Ce ni moi, ni lui, ni son assistante sociale, ne savions que cet hôpital est depuis quelques années dédié à la gérontologie. Moins de 500 patients, tous de plus de 50 ans. 

Mon patient a 30 ans.

Ce que nous ne savions pas non plus, c'est qu'il a été décidé que cet hopital était appelé à fermer. 

D'où restriction de personnel. 
2 kiné et 1 orthophoniste pour tous les patients.

D'où aussi mouvement de grève.
Les kiné étaient en grève chacun leur tour.

Lorsque mon patient a demandé quand était prévues ses séances de kiné, et bien, rien n'était prévu en fait. Il réussira à en bénéficier la journée avant son départ. Soit 13 jours sans kiné.
Arrive enfin le jour tant attendu et hop le kiné est une psychomotricienne qui fait office de kiné, vu qu'en fait il n'y a personne d'autre.

Quant à l'orthophoniste il ne l'a jamais vu. Heureusement qu'il a beaucoup discuté à droite, à gauche et que cela lui a permis de conserver sa capacité à parler.
Pour la nourriture, comme beaucoup de patients SLA, il doit bénéficier d'une double ration de protéines. Prescription du médecin, préconisations de la nutritionniste, prescription du médecin hospitalier.... rien n'y fait, 2 fois sur 3 il n'a pas droit à sa double ration. Lors du passage du médecin (1 fois par semaine), mon patient se plaint. Le médecin téléphone aux cuisines devant lui et rappelle que la double ration est nécessaire. Le cuisinier lui répond gentiment "qu'il ne doit pas faire chier sinon il se met en grève" ! L'ambiance est bonne.

Mon patient devait bénéficier d'une salle d'ergothérapie (avec bien sur un ergothérapeute) dans laquelle il aurait pris connaissance des dernières techniques à la disposition des patients SLA (reconnaissance visuelle et vocale, claviers virtuels, aménagements des pièces,...). Blem, il n'y a plus de crédit, la salle est vide et l'ergothérapeute n'est plus présent dans l'hôpital.

Chaque matin et chaque soir au moment du changement d'équipe le personnel se réunit. Ceux qui partent et ceux qui arrivent pour passer les consignes. Tout le personnel. Plus personne dans les couloirs. Les patients peuvent sonner, appeler, tomber, rien n'y fait. Pendant 45 minutes, aucun soignant n'est dispo ni ne se déplace.
Pareil pendant les pauses cigarettes. Ils partent tous boire leur café, fumer leur clope en même temps et cela pendant 20 minutes.

On lui avait promis des promenades sans contrainte dans le parc.
Bon le parc n'est pas si grand que ça, mais bon c'est pas grave. Le problème c'est que les porte ne sont pas prévues pour le passage des fauteuils roulants. Soit il y a des marches devant soit des portes qui ne s'ouvrent automatiquement que de l'extérieur. De l'intérieur il faut appuyer sur un bouton à hauteur "classique". Dans un fauteuil on n'est pas à la même hauteur que lorsqu'on est debout et puis mon patient il y a fort longtemps qu'il ne peut plus appuyer sur un bouton. Alors il attendait patiemment que quelqu'un passe, un infirmier, un visiteur et lui ouvre gentiment la porte pour pouvoir aller prendre l'air.

En revenant de son "séjour de répit", mon patient a perdu la totalité de son autonomie des bras et des mains. Il n'a plus de forces pour se soulever. Il a fondu comme neige au soleil.

Je ne vous parlerai pas de son état psychique. Car il a finit par passer la seconde semaine enfermé dans sa chambre pour ne pas voir par toutes les portes ouvertes des autres chambres ces malades SLA totalement dépendants, trachéotomisés, s'étouffant, ne pouvant plus bouger que les yeux, le "crétin", "l'emmerdeur", totalement dépendant du personnel soignant.

Le fait de manquer de moyens justifie-t-il le manque d'humanité, d'humanisme.. ? Après tout, tout simplement, ces soignants un jour ils seront peut être à la place de ces patients. Je m'interroge.

Sarko a raison, il est temps de le fermer cet hosto...


Le site de SLA Québec, pour trouver des infos pertinentes sur la SLA


dimanche 27 mars 2011

mercredi 23 mars 2011

Les fuites nucléaires expliquées aux enfants

Une video Japonaise (mais sous titrée) pour expliquer aux jeunes enfants les problèmes de Fukushima et du nucléaire en général.

Je la trouve très judicieuse et très simple d'approche.





lundi 21 mars 2011

A vos plumes !!

Eh oui, je relance une session d'écriture.
Les productions de la dernière session étaient vraiment fantastiques et "mes" écrivains ont été inspirés.
Je sens qu'ils sont tous bien partis et que certains autres aimeraient bien se mêler à nous.

Je vous propose le thème suivant :

"les sujets tabous

Rien ici ne le sera justement.
C'est le moment d'écrire sur un sujet qui vous tient à coeur, qui vous met en colère, qui vous interpelle ou dont on ne parle pas par déni dans notre Société.
J'ai déjà une idée de mon texte.

Attention, il ne s'agit pas de valoriser ici des pratiques, des comportements, ou des faits, mais bien au contraire de les dénoncer en ce qu'ils n'ont pas le droit de citer dans notre environnement car trop dérangeants. Les tabous des uns n'étant pas les tabous des autres, question justement d'environnement, d'éducation et d'expérience, ce qui est important c'est ce que vous entendez vous par tabou. Et un tabou n'est pas uniquement un comportement déviant.

La longueur des textes est limitée encore une fois à 4000 caractères. 
N'en faites pas un fromage si vous dépassez un peu parce que l'inspiration vous aura transportée.

Par contre, cette fois je n'accepterai pas les retardataires.
Date limite de remise de vos textes : le 31 mars à minuit.
Les procrastinateurs et les excentriques, il faudra vous y faire.

N'oubliez pas de mettre le pseudo que vous souhaitez voir apparaître et le lien vers votre site si vous en avez un.

Envoyez vos textes à vergiberation @ gmail.com (enlevez les espaces)

Une question, un doute ? Laissez un commentaire ou contactez moi !

vendredi 18 mars 2011

Que dire aux enfants marqués par les images du tsunami ?

Je discute avec des parents en ce moment qui me disent combien leurs enfants -entre 6 et 10 ans- sont marqués par les images du Japon.



Et bien sur vient le problème qu'ils se sentent démunis face aux angoisses et questions des enfants. Ils me demandent ce qu'ils devraient dire.

Eh bien, ai-je répondu, vous allez d'abord leur dire de ne pas regarder les informations.

Quoi ? Me dit-on, mais ils les regardent tous les soirs ! D'ailleurs difficile de les décoller de la télé qui est allumée dès qu'ils rentrent de l'école.

Ben tiens. 

Ciel, je vous donne un scoop. Il y a un bouton sur la télécommande qui permet d'éteindre. 
Et que même c'est l'autorité parentale qui doit être plus forte que l'autoritarisme de l'enfant. Na.
Ah bon ?

Eh oui, ne vous est-il jamais venu à l'idée que les journaux télévisés étaient réservés aux adultes ?
Pour les enfants, il y a des jeux ou des dessins animés à la même heure.

Ah oui les Simpsons !

Eh non, les Simpsons c'est une animation pour les adultes pas pour les enfants. 

Ah c'est pour cela que cela me choque ce dessin animé ?

Et bien si ça vous choque vous, pourquoi laissez vous vos enfants devant ?

Mais parce qu'ils aiment bien !

Voila un peu les dialogues de sourd que j'ai entendu ces derniers jours.

Rappelons en effet que les journaux télévisés sont réservés aux ADULTES.
Le CSA ne voit pas la nécessité de mettre un "carré blanc" ou une limitation d'âge car cet organisme considère que les parents sont des personnes adultes et responsables qui sont capables de faire la part des choses entre ce qui est bien ou mal dans l'éducation de leurs enfants.

Les psys considèrent que les journaux télévisés peuvent être regardés seuls à partir de 16 ans.
Et que la visualisation en est possible à partir de 13 ans si les parents sont présents avec l'enfant. Ce qui ne veut pas dire présents assis à l'autre bout de la pièce, mais présents en terme d'explication, de débats, d'atténuation aussi.

Le problème avant 13 ans, nous l'avons vu avec le fait de revenir de l'école, c'est que l'enfant réagit 4 fois moins vite que l'adulte. Donc lorsqu'il se prend une image difficile de plein fouet le temps qu'il décide de verbaliser que cela le gène ou le perturbe, l'écran est passée à une autre image voire un autre sujet. Du coup, il n'a pas eu le temps de verbaliser et il reste avec son mal-être. Entre 13 et 16 ans, le temps de réaction n'est plus que le double de celui de l'adulte. Il faut atteindre entre 16 et 18 ans pour que les temps de réactions soient ceux d'un adulte. Le cerveau à besoin de temps de maturation pour ses différentes compétences et pour certaines c'est très très long.

Cela ne veut pas dire qu'avant 13 ans il ne faut pas qu'il ne soit pas au courant de ce qu'il se passe. 

On peut en parler devant lui et avec lui. On peut lui expliquer. On peut même lui montrer quelques images ou vidéos sur le net en prenant soin de choisir. Ainsi pour le Japon, les videos aériennes du raz de marée arrivant sur les villes sont peu marquantes. L'enfant regarde avec amusement l'eau emporter les voitures, mais comme on dirait des petites maquettes, le côté effrayant est effacé. De même, on va lui expliquer les résultats du raz de marée : des personnes qui n'ont plus de maison qui vont devoir aller ailleurs... Mais pas d'images de personnes blessées ou le regard hagard. 

Information ne veut pas dire choc.
D'ailleurs à force de choc des images, les adultes ne sont plus choqués par rien. C'est une des raisons pour lesquelles il devient si facile de passer à l'acte pour les nouvelles générations qui sont blindées dès le plus jeune âge devant des images horribles et saignantes. Le seuil de sensibilité devient tellement haut, qu'il faut des sensations extrêmes donc des agirs extrêmes pour éveiller un soupçon de sentiment.

Bon, une fois que le mal est fait et que les enfants ont vu les images cent fois rabâchées des journaux télévisés, que faire ?

En discuter bien sur !

Rationaliser dirais-je.

Devenir scientifique : voila ce que c'est un tsunami, un tremblement de terre, une faille.... ça plait toujours aux gosses. 

Expliquer aussi qu'en nos contrées de vieille Europe, les risques sont hyper faibles. En France, à moins que les volcans d'Auvergne n'explosent les risques d'éruptions sont quasi nuls, soyons réalistes (et puis on perdra Vulcania, ça on ne saurait s'en remettre ! LOL lol). Et si on doit perdre Nice du fait d'un séisme, ça ne se fera pas demain, la Méditerrannée sera fermée avant. 

On ne peut pas se plaindre que certains enfants soient marqués, car cela prouve en fait qu'ils sont encore accessibles à la peur, à la souffrance d'autrui.

En fait les images sont surtout marquantes parce qu'elle pose la question de la mort. De la mort brutale. Car du coup, l'enfant se dit qu'en fait ses proches peuvent mourir brutalement. Lui aussi d'ailleurs. Il ne peut pas contrôler la nature.
Un tsunami pourrait il survenir dans la nuit et emporter tous ceux qu'il aime ? Que deviendrait-il ? Devrait il errer lui aussi seul dans les décombres ?

Ces prises de conscience peuvent être lourdes de conséquences, car face à ses angoisses, il peut vouloir ensuite entrer dans le "contrôle" pour que rien ne lui échappe et diminuer les risques. Cela veut dire que la notion de perte et de mort ne sont pas préparées. Après les premières angoisses passées, il faudra faire l'effort d'en parler et de rappeler que cela fait partie de la vie. Et si, au contraire, l'enfant a déjà été confronté à la mort et qu'il a peur que cela recommence, il faut lui expliquer qu'il n'errera pas seul, que quelqu'un le prendra en charge et l'aimera.

Le discours doit être positif globalement et instructif car l'enfant doit réussir à evacuer ses angoisses, face aux incertitudes de la vie. C'est même après tout ce qui fait le charme de la vie. 

Faites le parler, écoutez bien ce qu'il dit et ne vous permettez pas de dire "je ne sais pas", ce n'est pas le bon moment. Soyez clairs et nets, car vous devez proposer une vision adulte donc protectrice, une vision de celui qui sait et qui éclaire le chemin de l'enfant.



mercredi 16 mars 2011

Pourquoi nous ne reviendrons pas au franc

Les économistes nous bassinent avec de belles théories mais rien n'est plus simple que la manipulation mentale.
On n'y peut rien, en mathématique une fraction parait toujours plus petite que le nombre qu'elle représente, pourtant c'est la même chose.

Eh bien entre le franc et l'euro, c'est pareil.

Soyons brefs, mais soyons clairs, voici pourquoi nous ne reviendrons pas au franc.

Désignation               1999       2000
                              (francs)   (euros)

1 café en terrasse       2,50        1,00
1 litre d'essence         5,50        1,10
1 baguette de pain     0,95        0,50
4 yaourts aux fruits    2,50        1,00
1 kilo de boeuf         39,95        7,50
1 paquet de café        3,50        1,25
péage jusqu'à Nice    45,00     15,00
1 glace 2 boules        1,60        1,00


En 2011, que sont devenus ces chiffres ? Et si on les convertissait en francs ? (du coup les colonnes sont inversées). J'arrondis à un taux de 1 euro = 6,56 francs

                               euros           francs

1 café en terrasse       2,50           16,40
1 litre d'essence         1,60           10,49
1 baguette pain         0,95             6,23
4 yaourts fruits          2,50           16,40
1 kilo de boeuf        30,00          196,80
1 paquet de café        3,70           24,27
péage jusqu'à Nice   71,80          471,00
1 glace 2 boules        2,60            17,05
Vous remarquerez qu'en 10 ans (mais en fait depuis 2002) les prix en euros sont devenus les mêmes que les anciens prix en francs. 
Les prix ont donc été multipliés entre 6 et 10 fois.

Psychologiquement, beaucoup de personnes se sont fait avoir les deux premières années de l'euros parce que les prix paraissaient diviser par 6. Du coup, tout semblait moins cher. Illusion perceptive.
A l'inverse si on devait reconvertir aujourd'hui en francs, tout paraitrait extrêmement cher (ce qui est une réalité) et donc en dehors des bien de consommation nécessaires plus personne ne consommerait tellement la population serait outrée de tels prix.

Salaire moyen en France en 1999 : 9000 francs (soit 1371,95 euros)
Salaire moyen en France en 2011 : 2000 euros (soit 13120 francs)
Le salaire moyen a été multiplié par 1,45.


L'illusion perceptive de la baisse des prix lors du passage à l'Euro a permis les augmentations assez brutales des prix. Refaire le chemin inverse au bout de plus de 10 ans, donnerait l'impression d'une augmentation des prix, même si la conversion était restée la même. On comprend pourquoi malgré la faillite économique de l'Europe et surtout de la France, rien ne sera fait pour rebasculer en francs. Ce serait trop mettre en avant les augmentations drastiques qui ont eu lieu ces dernières années.

Voila comment la psychologie permet l'installation et le maintien d'un système économique non équitable.
D'autres prix à proposer pour comparer ?

lundi 14 mars 2011

Petite histoire de psychologie - 7

Et bien voila, c'est la dernière des petites histoires de psychologie.
Et c'est la mienne.

Je crois que c'est Chucky qui avait proposé que j'en publie une aussi. C'était une bonne idée.

Votre regard sur la psychologie a été très différent pour chacun de vous. Le psychologue a beaucoup été le héros de certaines histoires, comme si psychologie ramenait obligatoirement au psychologue, plus proches certainement de vos vécus intimes. D'autres ce sont éloignés, ont "pris de la distance" comme on dit en racontant une histoire. 

Dans tous les cas, je pense que ces histoires nous ont ramené à la vision de la psychologie de chacun de ces écrivains d'un jour. Ainsi Droufn nous a parlé de la psychologie dans le quotidien, Nakito de sa résistance à la psychologie, Chucky du passé qui nous rattrape toujours, Chiwii et son besoin de tout recommencer, Léa, du transfert, Cessy-Loup de l'importance de la verbalisation... chacun sa vision personnelle.

Aujourd'hui je vous donne la mienne. Celle du trauma. Après tout je suis de  "l'autre côté" par rapport à vous.


Voici donc la nouvelle de Vergibération :



Il restait là allongé sur son lit. Les bras croisés sur la poitrine. En y réflechissant, c’était amusant, il s’imaginait se tenant comme un pharaon dans son sacorphage. Ramsès II c’était lui, la crosse dans une main, le fléau dans l’autre ! Il sourit dans les lumières de la ville qui éclairaient sa chambre.

Il tourna la tête pour regarder sa montre. 
Les aiguilles phosphorescentes annonçaient 3 h 10.

Cela faisait une semaine qu’il se réveillait chaque nuit.
Il ne se rendormait pas avant 5 heures.

Il tourna la tête de l’autre côté. Elle dormait tranquillement et profondément. Comme toute les nuits, elle s’était rapprochée de lui mine de rien pour profiter de sa chaleur. Du coup il n’avait plus beaucoup de place pour bouger. Mais il aimait la sentir là, son odeur, sa présence.

Ses deux enfants dormaient dans la chambre d’à côté. Par les portes respectives entrebaîllées, il pouvait les entendre se retourner dans leur lit. Ses petits bruits le rassuraient.

Il avait cherché à comprendre ce qui le réveillait toutes ces nuits. Au début, il pensait que c’était un problème quelconque. Il réfléchit à son travail, à son couple, à ses enfants. Rien de très marquant, ni préoccupant. Un repas trop copieux ? Non même pas. Il avait beau réfléchir il ne voyait rien. Mais plus il réfléchissait, plus il savait que ça l’empêchait de dormir. C’était un cercle vicieux. Cette nuit, il s’efforçait de penser à quelque chose de beau, une belle image, un souvenir agréable vers lesquels il aurait pu laissé son esprit vagabonder et dans lesquels il se serait endormi paisiblement. Mais impossible, à peine apparues, les images s’effaçaient, comme si elles n’avaient pas le droit d’être là.

Il sentait bien que quelque chose le tracassait. Mais quoi ?

3 h 13.

Il se tourna sur le côté gauche et s’abîma dans la contemplation des aiguilles de sa montre.

3 h 14.

3 h 15.

Brutalement, il se senti comme figé. Dans un brouillard, il se retourna lentement. Dans un temps qui lui sembla s’étirer dans une éternité, comme si tout était au ralenti. Il se retrouva sur le dos et son visage se tourna lentement, très lentement, vers la porte. Ses yeux se fixèrent sur l’entrebaîllement. Il ne pouvait plus respirer. Terrifié, il attendait…

Il attendait que la porte s’ouvre… Il a 6 ans là au fond de son lit. Le souffle bloqué, il entend les pas dans la chambre des parents. La porte qui s’ouvre. Les pas devant la porte de sa chambre puis dans le petit couloir. La porte des toilettes. Le bruit de l’urine qui coule. De nouveau la porte des toilettes. Des pas dans le petit couloir. Des pas devant sa porte de chambre. Puis plus rien. Il tourne son visage vers la porte. Il entrevoit la pendule située juste au-dessus. Il est  3h 15. La porte qui s’entrouvre, laisse passer le corps et se referme sans bruit. Les pas jusqu’au bord du lit. Juste à côté de lui. Le corps qui s’asseoit et s’enfonce lourdement sur le bord du lit. Une main qui le saisit par la veste de son pyjama. Un visage bien connu qui se penche au-dessus du sien puis qui s’approche de son oreille. Une voix qui murmure « tu n’es qu’un sale gosse, une sale pute. Je vais t’apprendre pourquoi tu n’es qu’une sale pute. Tu n’es bon qu’à cela ». Le ton est froid, déterminé. Tout a été murmuré, il n’est même pas sûr que ce qu’il vient d’entendre soit réel. Il se sent soulevé. Il est retourné brutalement, se retrouve sur le ventre. Son pantalon de pyjama glisse vers ses chevilles. « ouvre toi salopard. Je vais t’apprendre comme tu es une bonne salope de gosse ! ». Il le sent en lui. Il a mal, il voudrait pleurer mail il n’y arrive pas. Il voudrait crier mais il a trop peur. Alors il se laisse faire, après tout, ça ne va pas durer longtemps, il le sait, comme toutes les autres fois. Un cri rauque vient d’ailleurs déjà lui dire que c’est fini. Son pantalon de pyjama retrouve sa place comme par magie. Une poigne ferme le remet sur le dos. Il entend les pas qui glissent le long de son lit. Ouverture de la porte. La pendule indique 3 h25. Les pas dans la chambre des parents. Puis le silence de la nuit.

Il est sur le dos.
Elle est toujours là à côté de lui.

Il avait oublié. Oublié si longtemps. Son esprit crie : « Mais pourquoi maintenant ? Mes enfants, ma femme ! Pourquoi ? ».

Il est désolé pour elle. Pour eux… mais il doit dormir maintenant.

Alors il croise les bras comme un pharaon dans son sarcophage, la crosse dans une main et le fléau dans l’autre. Et il s’endort enfin…

… à jamais.







dimanche 13 mars 2011

mercredi 9 mars 2011

Pour quelle raison pourriez vous tuer quelqu'un ?




Glenn Beck, célèbre polémiste américain, donnait dans un livre "toutes les preuves que vous pouviez possiblement avoir besoin d'être violent"...

Tellement de précautions dans cette phrase qu'elle ne peut qu'être maladroitement traduite en français.

Néanmoins un homme y a vu l'appel de la vérité. 
Ebloui par cette révélation, il a pris les armes pour aller tuer ceux qui seraient sur son passage. 
Il a pu être arrêté avant de commettre ses crimes.
Pour lui, Beck est un professeur de la vie.

Au point que les théories de Beck on inspiré bien des annonceurs publicitaires aux USA, au point que lors de certains séminaires en interne la question suivante est posée :

"Tuer quelqu'un, pour ou contre ?"

 
Et vous, quelle serait votre réponse ?



lundi 7 mars 2011

Petite histoire de psychologie - 6


Aujourd'hui la dernière histoire de mes lecteurs. Celle de Léa.


Un cavalier assez particulier…

Le jour où je l’ai rencontré, j’ai été d’emblée conquise, son regard m’a transpercé et il s’est emparé de moi et de mon âme. Il m’a dénué de mes biens que je pensais jusqu’à présent les plus précieux : mon indépendance et mon sentiment illusoire de liberté. 

Semaine après semaine, mois après mois, je l’ai vu et revu, ai bu ses paroles et enregistré ses faits et gestes dans ma mémoire, pour ensuite me les remémorer si besoin est. Il me suit constamment, partout où je vais il m’accompagne. Il est toujours présent pour répondre à mes questions, soulager mes inquiétudes, diminuer mes craintes et mes doutes, me soutenir ou tout simplement être là, prés de moi, tel un hologramme que seule je verrais. 

Un jour, je l’aime, d’un amour démesuré et incommensurable. Il est destructeur et anéantit tout autour de lui. Il est créateur et insuffle une énergie nouvelle à chaque chose. 

Parfois, il est le père que je n’ai jamais eu. Ce père, bon et aimant, sensible au devenir de ses enfants, sachant les guider, les soutenir, être fier d’eux, les aider à se développer selon leurs propres personnalités et à se découvrir eux-mêmes, les encourager, leur offrir un foyer et un environnement sécurisant et tout simplement leur montrer leurs importances à ses yeux. 

A un autre moment, il est la mère que tout enfant devrait avoir, une mère suffisamment bonne comme disait Winnicott, protégeant ses enfants comme une louve ses petits (un peu cliché mais tellement vrai), sachant satisfaire leurs besoins fondamentaux, leur montrer son amour et la beauté du monde autour d’eux, leur donner confiance aux autres, en eux-mêmes et en l’avenir, les acceptant comme ils sont et n’essayant pas de les modeler à sa façon.

Un autre jour, il est le grand frère qui aurait dû rester à mes côtés, mon ami, mon ennemi parfois, mais surtout mon complice, celui qui savait tout mieux que personne et qui pouvait m’apprendre le meilleur comme le pire. 

D’autres fois, il est L’amant, celui dont on a toujours rêvé sans jamais vraiment y croire, celui qui vous emporte dans des endroits inimaginables même en rêve, qui vous transporte de sa voix, celui dont le frôlement, l’idée même du frôlement (je ne parle pas d’attouchement car là, on frôlerait l’hystérie) vous procure plus de plaisir que tout ce que vous avez connu jusqu’alors.
Par moment, il est également mon plus cher ami et tendre confident, avec qui je suis prête à partager mes pensées les plus intimes et les plus honteuses, qui ne me jugera jamais, tolérera mes petits défauts comme de très légères imperfections sans importance et même plutôt charmantes et qui saura me donner le sentiment d’être accepter entièrement et sans concession.

Comme vous l’aurez compris, il est rien et beaucoup à la fois. Création de mon esprit fragile et torturé et de mon imagination sans borne, universel et unique, il est mon être suprême, ma divinité intérieure : Dieu. Mais un dieu pour moi toute seule. Je ne partage pas.

Mais un jour, il n’est plus rien de tout ça, je le déteste, je veux qu’il sorte de ma tête, je le hais pour toutes les frustrations qu’il me fait subir, pour tout ce qu’il pourrait m’apporter mais qu’il ne veut me donner, pour des raisons totalement obscures à mon esprit dérangé. Comment peut-il ne pas éprouver les mêmes sentiments à mon égard ? Comment peut-il résister à cette attraction et fascination que je dois sans aucun doute exercer sur lui ? En raison d’un égoïsme monstrueux ou d’un sadisme sans borne ? Comment peut-il me faire souffrir ainsi ? Me laisser dans cet état dans la plus grande indifférence ? En fait, il ne vaut pas mieux que les autres. 

Que ce père qui était absent quand j’avais besoin de lui et qui m’ignorait quand j’avais peur et me sentais seule et incomprise. 

Que cette mère qui me critiquait sans cesse, ne savait voir que mes défauts et me décrivait le monde m’entourant de la façon la plus noire et effroyable. 

Que ce frère qui savait parfois me rabaisser et m’humilier comme personne pour se grandir lui-même et pour le plus grand plaisir de mes parents. 

A ce moment-là, comme vous l’aurez compris, il tombe un peu de son piédestal, on pourrait même dire qu’il se vautre lamentablement, d’un dieu omniprésent, il passe au néant le plus obscur. Il n’est plus rien, à peine plus grand qu’un lilliputien nain, aussi important qu’une bouse de vache dans un champs et aussi charmant qu’un crapaud gluant et boutonneux. Adorable, quoi.

Mais un autre jour, je me rendrais compte qu’en fait il n’est tout simplement qu’un homme, banal et imparfait, comme les autres. Un homme parfois petit, mesquin, étriqué, se donnant une contenance et une image plutôt flatteuse de sa personne mais, somme toute, bien peu réaliste. Personne n’est dupe, en fait, surtout pas lui-même. Il joue un personnage de fiction comme un acteur de théâtre, il répète son rôle inlassablement, jour après jour, il est dieu l’espace d’un instant et se plait parfois à y croire. Il se dit aider les autres et se satisfait et s’enorgueillit de contribuer au bien-être d’autrui. Il se sent aimé et reconnu par toutes ses pauvres âmes reconnaissantes qu’il aura, dans sa grande sollicitude, bien voulu guider. Il est tout simplement humain avec ses besoins et ses faiblesses comme tout un chacun, ni plus, ni moins. Ainsi, comme la plupart des gens, à la fin de sa journée de travail, il retournera à la maison retrouver sa famille ou sa petite vie solitaire et égoïste. Il fera le vide dans sa tête et oubliera cette journée fatigante et tous ces témoignages de souffrance, plus difficiles les uns que les autres certes, mais qu’il se doit de mettre de côté maintenant pour son propre bien-être. Il doit penser à sa famille, ses amis, sa petite personne et plus rien d’autre n’a d’importance et ne doit en avoir. Il fermera la porte de son bureau à côté de laquelle on peut voir gravé sur une plaque dorée : cabinet de psychiatrie et de psychothérapie, seulement sur rendez-vous. Il aura laissé ses patients, leurs témoignages, leurs souffrances, son empathie et sa neutralité bienveillante à l’intérieur ainsi que les kleenex posés sur la table jusqu’au prochain rendez-vous. Maintenant seulement, il a le droit de vivre et d’être soi-même tout simplement.



dimanche 6 mars 2011

Petite philosophie du dimanche


Un sage pose cette question à son élève :

"Tu as deux loups en toi. L'un est amour et gaieté, l'autre est haine et tristesse. 
Lequel est le plus fort ?"



Attention lecteur, ne te précipite pas sur la réponse beaucoup plus bas.
Prend le temps de réfléchir. 
Pour toi lequel est le plus fort ?

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la réponse est :
"C'est celui que tu nourris".

vendredi 4 mars 2011

Sclérose en plaque et UV

[Depuis que j'ai zappé à la télé sur le film Benjamin Gates et que j'ai appris que la statue de la Liberté de Paris se trouvait "dans le jardin du Luxembourg", je ne m'en suis pas encore remise]

[Ceux qui auront surfé sur le net mardi et amerrit sur le site Rue89 auront découvert un article sur SOS Hommes Battus et un -superbe (ça ne pouvait pas être autrement ! LOL)- interview de sa présidente !!]



La sclérose en plaque, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, est une malade de gens jeunes.
Les premiers symptômes apparaissent vers 30 ans.
Le problème est qu'il faut bien 1 an avant que le diagnostic soit réellement posé.
D'abord parce que c'est une maladie qui évolue par "crises" et donc parfois le patient ressent quelques troubles mais rien n'est très visible à l'IRM et il faut attendre que ça empire pour diagnostiquer correctement.
On ne voit pas grand chose aux examens et le patient ne ressent que quelques troubles qui peuvent être dus à beaucoup d'autres causes : un état grippal, un stress, une fatigue, sans compter des trucs comportementaux d'une banalité affligeante.

Ainsi le malade va d'abord se sentir fatigué puis aller mieux.
Parfois il oublie certains mots, ce que nous faisons tous.
Parfois il lâche brutalement certains objets, ce que nous faisons tous aussi.
Il peut perdre de la force dans une jambe, avoir des courbatures.....

C'est une maladie à évolution très individuelle.
Certains perdent de la coordination musculaire brutalement et la récupère en quelques jours ou semaines.
Ceux là à 50 ans peuvent encore travailler, être valides même avec des béquilles...
Ils font des poussées rares et faibles.
Et puis chez d'autres la coordination musculaire tombe brutalement et ne revient pas.
Les poussées arrivent souvent et sont très déficitaires.
Certains en moins de 5 ans se retrouvent sans l'usage de leurs jambes et de leur bras et ne peuvent plus manipuler un fauteuil roulant électrique.

En fait pour faire très simple, parce qu'ici ce n'est pas un site de spécialisation médicale, les axones de nos neurones sont recouverts de myéline. Cette "graisse" permet d'accélérer la transmission de l'influx nerveux du cerveau au muscle. C'est ce qui permet la coordination et le fait que pour bouger il suffit d'y "penser" moins de 250 millisecondes avant (oui parce qu'on pense aux mouvements qu'on fait mais c'est tellement rapide que c'est "masqué" par nos pensées).

Or chez les malades atteints de SEP (sclérose en plaque), la myéline est considéré comme un intrus et est attaquée par le système immunitaire.Il y a donc destruction comme s'il s'agissait d'une vulgaire bactérie. Or là où la gaine de myéline n'est plus, la conduction nerveuse (donc électrique) ne se fait plus à la même vitesse. Elle ralentie, voire ne passe plus. Problème c'est que si c'est ralenti, le temps que l'influx nerveux passe, le patient continue à penser à d'autres mouvements. Ca finit par se "cogner" et du coup le patient fait des mouvements brusques, incontrôlés et erratiques.




J'avais expliqué à une de mes patients qu'il fallait absolument qu'elle arrête de penser comme une personne non atteinte. Lorsqu'elle voulait attraper un verre, son cerveau pensait "attraper verre" et ça lançait toute la suite de contractions/décontractions musculaires nécessaires... Une vraie catastrophe car ça partait dans tous les sens les muscles n'agissant plus de pairs ou à contretemps. Je lui avais fait des cours sur la décomposition des gestes. Il fallait penser à chaque avancée dans le schéma musculaire. Ca prenait plus de temps, mais elle arrivait du coup à attraper son verre....

Je dis "ma patiente" car la SEP touche plutôt les femmes. Les hommes sont concernés mais un peu moins. On ne sait pas vraiment ce qui les protège mais on a une petite idée.

En effet, on a constaté depuis le temps qu'il existait une grosse différence de la prévalence de la SEP entre le nord et le sud. En France, tout simplement, les régions Nord sont plus touchées que les régions Sud. 

"Meu queu pourquoi ?" me demande Johnny...

Et bien parce qu'il existe une relation forte entre la prévalence de la SEP, la latitude et l’exposition aux UVB, avec une augmentation de la prévalence dans les régions faiblement ensoleillées. On a comparé la quantité moyenne d'UV sur certaines régions.

Mais il semblerait que ce ne sont pas les UV eux-mêmes qui font la différence, mais en fait la quantité en vitamine D que l'exposition solaire permet de générer (la vitamine D de synthèse étant peu efficace).

Alors vous allez me dire, car je sais que vous êtes intelligents, si on prend des hommes et des femmes de la même région on devrait avoir le même risque entre eux.

Ah que vous êtes malins. Franchement je n'y aurai pas pensé à cette question.

Et bien vous aurez sans doute remarqué depuis 2 décennies ont dit aux femmes que faire bronzette c'est pas bien, ça fait vieillir prématurément (et dans nos Sociétés où il faut rester juvéniles c'est dur dur) et que ça déclenche des cancers de la peau (ça tout le monde s'en fout).

Sur toute une année, les femmes s'exposent moins que les hommes. Plus de protection solaire (ne serait-ce que dans les crême de jour), moins de travail en milieu ensoleillé et plus de "couverture" vestimentaire (surtout en milieu rural où les hommes travaillent en manches courtes et les femmes couvertes jusqu'au cou).

Bref, j'ai toujours dit que je devrais aller vivre à Beaulieu sur Mer. 

Plus sérieusement mesdames des régions nord et est, il va vous falloir choisir entre cancer de la peau ou sclérose en plaque. Gageons que vous saurez trouver un juste milieu.


Et que nos amis hypocondriaques se rassurent. S'ils ne sont plus dans la tranche d'âge de déclenchement de la SEP leurs comportements d'oublis, de perte peuvent être dus à plein d'autres choses : un acte manqué, un mini orage électrique cérébral comme nous en avons tous à longueur de journée, un stress positif ou négatif important ou un début de SLA (sclérose amyotrophique latérale entre 25 et 35 ans), un début de psychose (vers 35 ans) ou un début d'alzheimer (après 60 ans). Allez tout n'est pas perdu !! lol

(Et je vais de ce pas boire mon café sur ma terrasse).


mercredi 2 mars 2011

Fantasme et perversion

Kirikou m'a contacté en me posant des questions intéressantes sur les notions de fantasmes et de perversité. Et comme il n'y a jamais de questions bêtes, bien au contraire, j'ai décidé d'y répondre ici car cela permettra d'éclaircir certaines notions pour tous.

Pour info, vous trouverez sur ce fabuleux site un autre article sur la perversion.

 

Kirikou m'epliquait qu'il y avait eu une émission sur les fantasmes, qu'elle a donc regardé (tss tss... lol) et certaines explications sont restées floues (c'est vrai quoi, une émission sur les fantasmes ils auraient pu faire l'effort d'être clairs et précise et faire des reconstitutions !) :

une sexologue disait vers la fin que à partir du moment ou le plaisir ne pouvait plus se faire que par la réalisation du fantasme c'était de la perversion.

La notion de plaisir est compliquée.
En fait si je comprends bien la situation on parle du fantasme dans le cadre de la sexualité. Or la sexualité, ne l'oublions pas, n'a qu'un seul but : la reproduction. Tout ce qui s'en éloigne, comme la recherche du plaisir, est une perversion (le but est perverti). Le terme de perversion est ici utilisé au sens "commun" du terme, dans le sens de déviance et non dans le sens psy.

Donc le plaisir n'est pas important, mais s'il existe il doit trouver son origine dans l'acte sexuel.


Le fantasme, qui est purement psychique, vient sur surajouter sur cette relation car le fantasme permet d'avoir du plaisir là où l'acte sexuel ne suffit pas/plus.
Pour certain(e)s, le seul moyen d'avoir du plaisir dans l'acte sexuel est d'y lier un fantasme. Il/elle s'imagine dans telle situation (situation "rêvée" mais pas désirée dans la vie, comme le viol chez la femme par exemple) et si ce fantasme ou un autre n'est pas présent, l'acte sexuel en lui seul n'apporte que peu de plaisir voire aucun. C'est donc en fait le fantasme qui permet le plaisir et pas la relation sexuelle.

En cela il y a perversion et cette fois au sens commun et au sens psy :

- le fantasme permet le plaisir alors que c'est l'acte sexuel qui devrait en donner et détourne donc de la reproduction. La sexualité peut ne plus être nécessaire ou réduite à son strict minimum car c'est le fantasme qui fait jouir (celui qui fantasme se suffit à lui même).

- celui/celle qui fantasme manipule l'autre et continuant à lui faire croire que c'est la relation qui est plaisante alors qu'en fait c'est son propre fantasme qui lui donne du plaisir. Il domine l'autre aussi car il peut décider de lui dire "tu ne m'apportes rien, c'est moi qui me donne du plaisir" et cela met l'autre en position de soumis.


Je me demandais si le fait déjà de vivre ses fantasmes faisait que ce n'en était plus( je ne sais pas si c'est encore très clair) Car pour moi le fantasme était quelque chose d'imaginé?

"Vivre ses fantasmes" ce ne sont plus en effet des fantasmes ! Le fantasme par nature est une image psychique, un désir qui ne doit pas être assouvit. Passer à l'acte c'est passer du psychique  (virtuel donc)  à la réalité au risque d'une grande déception (ça ne se passe pas comme prévu, ça ne donne pas tant de plaisir que ça, les "acteurs" ne correspondent pas...).  Une fois réalisé, il faudra donc trouver un autre fantasme pour accéder au plaisir, ce qui peut être compliqué... sans compter toutes les complications que ça a pu apporter dans le couple (les fantasmes de l'un n'étant pas nécessairement ceux de l'autre).

Et si perversion n'était pas un peu exagéré?

Si, si on se limite à "pervers" = "gros cochon" !!
Il est souvent, malheureusement, utilisé au sens de "déviance". C'est tout le problème entre le langage "toute venant", le langage (patois) professionnel et le langage que les pro utilisent pour vulgariser leurs explications. J'en suis la preuve vivante, j'essaie de faire simple et parfois ça se retourne contre moi parce que mes lecteurs ne savent plus si je parle "pro" ou "commun" ce qui entraîne un cafouillis dans la communication et nécessite une explication de texte.

Par exemple pourrait on imaginer un couple qui fait chaque fois le même scénario depuis 20 ans et que c'est pour eux le seul moyen de trouver du plaisir cela feraient- il d'eux des pervers?

Oui et non. Non, car si c'est le même scénario et qu'il tient 20 ans, c'est qu'ils sont dans quelque chose de simple qui se rapproche d'une sexualité à but de reproduction (avec l'âge, le sexe c'est comme les gâteaux, les gens ont essayé beaucoup de recettes et reviennent aux plus simples). Mais ouis, oui, oui, parce que de toute façon leur but n'est pas de se reproduire mais d'avoir du plaisir !

serions nous donc tous de potentiels pervers?

Pas de potentiels, mais de vrais pervers.

Freud déjà disait que l'enfant est un pervers polymorphe. Tout est bon pour arriver à la satisfaction de ses besoins (même la manipulation) mais en satisfaisant ses besoins il apprend que c'est bon et ça fait plaisir et il va manipuler pour n'obtenir ensuite que du plaisir (un exemple simple : l'enfant a besoin de manger, donc il mange des pâtes. Mais il mange aussi un dessert qui d'un point de vue nutritionnel n'a aucun intérêt à part donner du plaisir), l'enfant fait cela avec tout quitte à devenir tyrannique pour satisfaire son plaisir (domination).

Avec le temps et sa construction, on apprend à se fixer sur plutot telle ou telle recherche de plaisir, certains c'est le sexe, d'autres la nourriture, d'autre les études... en fonction de son environnement, de son éducation, les frustrations, de ce qui est valorisé dans la famille et tout simplement de ce qui "'fonctionne" ! C'est en cela que l'adulte n'est plus polymorphe.

Mais l'adulte reste un pervers au sens de manipulateur.

Mais attention, en fait dans cette "normalité" les pros n'utilisent pas ce terme, car là encore il faut différencier psychologie et psychiatrie. En psychiatrie, on tend à réserver le terme de "pervers" à ceux qui présentent des troubles de personnalité important.  Ceux qui manipulent/dominent chaque personne pour leur plaisir unique, sans aucune empathie et sans aucun remord de leurs conduites destructives pour les autres.

On est toujours dans la perversité mais il faut se représenter une échelle :
on met l'être humain "névrosé" dans la première moitié (en bas vers le moins) en psychologie et le pervers dans la seconde moitié (en haut vers le plus) en psychiatrie.

Toute recherche de plaisir est une perversion et le fait de s'imaginer la situation à l'avance (fantasme) en nous faisant saliver rien qu'à l'idée de la bonne sensation qu'on va avoir (plaisir par le fantasme) fait de nous des pervers (le conditionnement pavlovien n'est basé que là-dessus).


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