jeudi 31 mars 2011

La sexualité des personnes handicapées

Parfaitement, c'est la fête aux handicapés ici cette semaine. Qu'on se le dise !! ;-)

Bon c'est un sujet tabou. Certains vont d'ailleurs peut être en parler dans leurs belles histoires (qu'ils doivent rendre ce soir à 23h59'59'' au plus tard).

J'ai plusieurs patient(e)s gravement handicapé(e)s. Lorsque je dis gravement, j'entends qu'ils ne peuvent plus bouger leurs jambes et leurs bras, que leur articulation est un peu défaillante et qu'ils sont totalement dépendants de leur entourage.

Néanmoins, ils pensent. Ils ressentent aussi.
Ne plus pouvoir bouger les jambes ne veut pas dire qu'elles sont insensibles, c'est parfois juste que les muscles ne répondent plus ou que le cerveau n'arrivent plus à faire parvenir ses instructions là où il faut.

Ils ressentent dans leur tête aussi. Ils apprécient, ils détestent, ils aiment aussi.

Qui dit sensations et sentiments, dit "amour" au sens de sexuel.

Il la drague. Mais le temps qu'il la sorte du fauteuil, qu'il la déshabille, qu'il voit sa couche et la minceur de ses jambes, vous croyez qu'il aura encore envie ?

Prenons un de mes patients.
Cet homme, pouvait encore il y a quelques moins bouger ses bras.
Il n'a personne dans sa vie.  Enfin si, il y a sa mère et sa soeur.
Pour la sexualité c'est pas top avouez.
Il y a bien la petite auxiliaire de vie le matin, mais bon les auxiliaires elles sont pas super sympa et puis c'est pas parce qu'on lave et habille une personne qu'on a envie de lui faire des gouzi gouzis.
Alors ce patient regardait des filles sur le net.
C'est pas bien ! lol
Nous en avons discuté un jour. Mais cela lui permettait encore de se masturber.

Et puis, petit à petit, il a perdu l'usage des ses bras et de ses mains.
Comment se masturber désormais ?
Il n'est plus assez souple pour se faire une auto fellation ! lol (et puis il risquerait de rester bloquer dans la position, ça la fout mal)
Pourtant, ce patient, il aimerait bien une petite gâterie.
Je sens bien que ça le tracasse (d'ailleurs la façon dont il me regarde commence à me mettre mal à l'aise). Alors je décide de faire juste une séance sur la sexualité.
Oh la, pas d'emballement. On parle bien de psychologie. Je suis restée très claire d'ailleurs avec lui sur ce sujet, je crois vraiment qu'il fallait une mise au point.
Mais en dehors de cela, j'ai essayé de trouver des solutions.
Bon y a bien la prostitution. Je pense que si je lui proposait, il ne dirait pas non. Mais je ne suis pas vraiment sûre que sa vieille mère soit d'accord.
Bon il existe des "aides sexuels", mais pas en France.
Alors je lui demande comment il fait maintenant (j'aime les détails graveleux).
Ben il fait plus.
Alors il regarde des trucs très hard, qui arrivent à le stimuler suffisamment pour que ça fasse effet.
Il est conscient là aussi que dans la vie y a des sentiments, que c'est pas comme ça, mais bon il ne lui reste que ça, on va pas lui enlever.
Et puis, ce patient, il ne sort plus beaucoup, alors faire des rencontres c'est difficile. Et puis les filles handicapées c'est pas son truc... Et puis, il ne lui reste pas trop longtemps à vivre... Alors trouver une copine, dur dur. Et satisfaire ces envies, n'y pensons plus.
C'est d'ailleurs ce qu'il fait.
Il a décidé qu'il n'y penserait plus. D'ailleurs à force ça ne le "travaille" quasi plus.
(ouf, je suis sauvée ! ;-)


Tenez, ma patiente de 40 ans.
Elle est clouée quasi au lit toute la journée, mais reste très jolie et avec un sacré caractère.
Sanglée -sous peine de tomber- dans son fauteuil roulant, elle ne peut plus utiliser sa souris depuis quelques années. 
Elle rêve de retravailler, de sortir... Mais tout le monde a finir par fuir cette femme dont l'esprit s'est arrêté il y a quelques années.
Le sexe ? Elle aimait ça.
Elle aimait "être dessus" dit-elle.
Elle aime toujours.
Mais bon, elle ne peut plus bouger.
Son mari, a des envies lui aussi, envies de ce souvenir de cette belle femme pleine d'esprit.
Mais si elle est "en-dessous" comme elle dit, elle ne ressent rien.
Alors il faut galérer pendant un temps certain pour réussir à la faire "grimper" sur son bonhomme. Qu'elle ne tombe pas puisqu'elle ne peut pas se tenir. 
C'est plus pareil, elle est obligée d'être passive. 
Elle aimerait bien essayer autre chose, mais elle n'ose pas en parler et puis déjà son mari fait des efforts (parce que pour lui c'est pas facile facile de rester concentrer sur son désir tout en tenant sa femme...).
Elle dit avoir de moins en moins de plaisir.
Et lui dit y arriver de moins en moins souvent.
Et faut bien avouer ce corps devenu totalement inerte devient moins tentant.

Fort bizarrement, pour tous mes patients handicapés, le sujet de la sexualité n'est jamais abordé par leur médecin. 
Les médecins leur parle de "poussées", d'interféron, d'anti-douleur, de neurones, de dégradation... mais de sexe jamais.
Même par le psy hospitalier ne leur parle que de leur rapport à la maladie, de leur moral et de leur vision du futur.
Le tout est de savoir si la sexualité des personnes handicapés restent inabordée parce que c'est inabordable pour parce qu'on ne sait pas quoi leur proposer pour l'améliorer ou l'envisager. L'envisager c'est poser une question et donc tenter de trouver une réponse. 

Or comme les réponses possibles ne conviennent pas à beaucoup de monde, on fait comme si les personnes atteintes d'un handicap n'avaient pas d'envies, pas de désir, pas de besoin. Bref, on annule une partie de leur personnalité.  Après tout diront certains la sexualité c'est aussi dans la tête or celle là elle est intacte.

Même les animaux ont une sexualité, même si elle ne sert parfois qu'à se reproduire.
Nier la sexualité des handicapés, n'est ce pas nier leur statut d'humain ?
Mais surtout ne serait-ce pas la peur qu'ils se reproduisent ?



6 commentaires:

  1. C'est sur faut faire gaf c'est contagieux.
    De toute facon dans n'importe quel maladie le sexe ca reste tabou. Pas de sexe a l'hopital c'est comme ca, en dehor non plus d'ailleurs. Donc pas de rencontre dans l'hopital.
    Les handicapé physique facon ils bougent pas pourquoi ils auraient envies? Les fous, mon dieu ils sont fou facon c'est pas des sentiments réel qu'ils ont. Les vieux, nan mais heurk pas possible, facon sont trop vieux peuvent pas et puis beurk quoi... Quand aux handicapés mentaux qui se masturbe toute la journée ils savent faire que ca mais pas moyen d'avoir de rapport (facon c'est contagieux alors faut pas)...

    Facon ca fait pas partie des besoin fondamentaux, alors quel interet de s'en soucier??

    Enfin bon... Plus serieusement...
    Pour la plupart des gens c'est juste impensable que quelqu'un puisse etre handicapé et continuer (ou du moins essayé) d'avoir une vie normale.

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  2. La peur de la reproduction, même si elle est absurde pour les cas non héréditaires de même que la peur de la contagion ce n'est pas qu'une fable, mais ça n'est pas la seule excuse. Je pense que pour beaucoup les handicapés ne peuvent pas être désirable: l'idée qu'on puisse avoir une relation sexuelle avec un handicapé leur semble pire que la pire des perversions sexuelles. Beaucoup estiment qu'il faut soit être assez courageux pour dépasser le dégout que ça leur inspire, soit être dérangé pour en avoir envie.!!! Bon il y a des "dérangés": ceux qui n'aime que les handicapés(devotee): ça me semble un peu bizarre, mais ils ne sont heureusement pas les seuls à savoir dépasser le handicap.
    Bon par contre un point que je n'aime guère dans le discours sur les relations sexuelles des handicapés c'est que le discours affirme parfois que le sexe est un droit que l'on devrait accorder aux handi alors qu'il y a bien des personnes non handicapés qui ne pratiquent pas plus, parce qu'ils n'ont pas de partenaire, n'apprécient pas la masturbation et qui s'en accommodent.

    Pour info me situer un peu par rapport à ce sujet mon mari n'est "que" amputé d'une jambe.

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  3. Cleanette : Le sexe est un droit, mais pas un devoir ! Ne pas confondre. On a tous le droit d'avoir envie de sexualité, mais ce n'est pas ue obligation d'en avoir une.

    Lymphe : le sexe fait partie des besoins primaires... parce que normalement il concerne la reproduction. C'est le plaisir qui n'en fait pas partie.

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  4. En parlant des besoins fondamentaux je parlé des besoins de Virginia Anderson, qui parle des besoin de se nourir, de respirer et autre... Quoi que ca pourrait être mis dans le besoin de se récrée ^^ lol...
    Mais bon il faut avouer que le sexe n'est pas pris en compte dans la prise en charge des patients et que bien souvent dans les structure de vie (maison de retraite, MAS, foyer de vie...) ca pose un réel problème aux soignants... Mais meme lorsque se sont des personnes marié depuis X annnée, c'est juste impensable qu'ils puissent avoir envie.

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  5. as tu pensé à leur parler de sextoys? c'est peut être pas ce qu'ils aimeraient, mais ça peut plaire. les valides les utilisent bien. mais c'est vrai que sans l'usage des mains c'est pas fastoche à mettre en place. peut être avec l'aide d'un autre, ou une autre handicapée..

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  6. Droufn : oui, mais il fait bien constater que 1. ce qu'ils recherchent surtout ce sont les "contacts" physiques et que 2. demander à sextoy à sa mère ça la fout mal. Lol

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