lundi 7 mars 2011

Petite histoire de psychologie - 6


Aujourd'hui la dernière histoire de mes lecteurs. Celle de Léa.


Un cavalier assez particulier…

Le jour où je l’ai rencontré, j’ai été d’emblée conquise, son regard m’a transpercé et il s’est emparé de moi et de mon âme. Il m’a dénué de mes biens que je pensais jusqu’à présent les plus précieux : mon indépendance et mon sentiment illusoire de liberté. 

Semaine après semaine, mois après mois, je l’ai vu et revu, ai bu ses paroles et enregistré ses faits et gestes dans ma mémoire, pour ensuite me les remémorer si besoin est. Il me suit constamment, partout où je vais il m’accompagne. Il est toujours présent pour répondre à mes questions, soulager mes inquiétudes, diminuer mes craintes et mes doutes, me soutenir ou tout simplement être là, prés de moi, tel un hologramme que seule je verrais. 

Un jour, je l’aime, d’un amour démesuré et incommensurable. Il est destructeur et anéantit tout autour de lui. Il est créateur et insuffle une énergie nouvelle à chaque chose. 

Parfois, il est le père que je n’ai jamais eu. Ce père, bon et aimant, sensible au devenir de ses enfants, sachant les guider, les soutenir, être fier d’eux, les aider à se développer selon leurs propres personnalités et à se découvrir eux-mêmes, les encourager, leur offrir un foyer et un environnement sécurisant et tout simplement leur montrer leurs importances à ses yeux. 

A un autre moment, il est la mère que tout enfant devrait avoir, une mère suffisamment bonne comme disait Winnicott, protégeant ses enfants comme une louve ses petits (un peu cliché mais tellement vrai), sachant satisfaire leurs besoins fondamentaux, leur montrer son amour et la beauté du monde autour d’eux, leur donner confiance aux autres, en eux-mêmes et en l’avenir, les acceptant comme ils sont et n’essayant pas de les modeler à sa façon.

Un autre jour, il est le grand frère qui aurait dû rester à mes côtés, mon ami, mon ennemi parfois, mais surtout mon complice, celui qui savait tout mieux que personne et qui pouvait m’apprendre le meilleur comme le pire. 

D’autres fois, il est L’amant, celui dont on a toujours rêvé sans jamais vraiment y croire, celui qui vous emporte dans des endroits inimaginables même en rêve, qui vous transporte de sa voix, celui dont le frôlement, l’idée même du frôlement (je ne parle pas d’attouchement car là, on frôlerait l’hystérie) vous procure plus de plaisir que tout ce que vous avez connu jusqu’alors.
Par moment, il est également mon plus cher ami et tendre confident, avec qui je suis prête à partager mes pensées les plus intimes et les plus honteuses, qui ne me jugera jamais, tolérera mes petits défauts comme de très légères imperfections sans importance et même plutôt charmantes et qui saura me donner le sentiment d’être accepter entièrement et sans concession.

Comme vous l’aurez compris, il est rien et beaucoup à la fois. Création de mon esprit fragile et torturé et de mon imagination sans borne, universel et unique, il est mon être suprême, ma divinité intérieure : Dieu. Mais un dieu pour moi toute seule. Je ne partage pas.

Mais un jour, il n’est plus rien de tout ça, je le déteste, je veux qu’il sorte de ma tête, je le hais pour toutes les frustrations qu’il me fait subir, pour tout ce qu’il pourrait m’apporter mais qu’il ne veut me donner, pour des raisons totalement obscures à mon esprit dérangé. Comment peut-il ne pas éprouver les mêmes sentiments à mon égard ? Comment peut-il résister à cette attraction et fascination que je dois sans aucun doute exercer sur lui ? En raison d’un égoïsme monstrueux ou d’un sadisme sans borne ? Comment peut-il me faire souffrir ainsi ? Me laisser dans cet état dans la plus grande indifférence ? En fait, il ne vaut pas mieux que les autres. 

Que ce père qui était absent quand j’avais besoin de lui et qui m’ignorait quand j’avais peur et me sentais seule et incomprise. 

Que cette mère qui me critiquait sans cesse, ne savait voir que mes défauts et me décrivait le monde m’entourant de la façon la plus noire et effroyable. 

Que ce frère qui savait parfois me rabaisser et m’humilier comme personne pour se grandir lui-même et pour le plus grand plaisir de mes parents. 

A ce moment-là, comme vous l’aurez compris, il tombe un peu de son piédestal, on pourrait même dire qu’il se vautre lamentablement, d’un dieu omniprésent, il passe au néant le plus obscur. Il n’est plus rien, à peine plus grand qu’un lilliputien nain, aussi important qu’une bouse de vache dans un champs et aussi charmant qu’un crapaud gluant et boutonneux. Adorable, quoi.

Mais un autre jour, je me rendrais compte qu’en fait il n’est tout simplement qu’un homme, banal et imparfait, comme les autres. Un homme parfois petit, mesquin, étriqué, se donnant une contenance et une image plutôt flatteuse de sa personne mais, somme toute, bien peu réaliste. Personne n’est dupe, en fait, surtout pas lui-même. Il joue un personnage de fiction comme un acteur de théâtre, il répète son rôle inlassablement, jour après jour, il est dieu l’espace d’un instant et se plait parfois à y croire. Il se dit aider les autres et se satisfait et s’enorgueillit de contribuer au bien-être d’autrui. Il se sent aimé et reconnu par toutes ses pauvres âmes reconnaissantes qu’il aura, dans sa grande sollicitude, bien voulu guider. Il est tout simplement humain avec ses besoins et ses faiblesses comme tout un chacun, ni plus, ni moins. Ainsi, comme la plupart des gens, à la fin de sa journée de travail, il retournera à la maison retrouver sa famille ou sa petite vie solitaire et égoïste. Il fera le vide dans sa tête et oubliera cette journée fatigante et tous ces témoignages de souffrance, plus difficiles les uns que les autres certes, mais qu’il se doit de mettre de côté maintenant pour son propre bien-être. Il doit penser à sa famille, ses amis, sa petite personne et plus rien d’autre n’a d’importance et ne doit en avoir. Il fermera la porte de son bureau à côté de laquelle on peut voir gravé sur une plaque dorée : cabinet de psychiatrie et de psychothérapie, seulement sur rendez-vous. Il aura laissé ses patients, leurs témoignages, leurs souffrances, son empathie et sa neutralité bienveillante à l’intérieur ainsi que les kleenex posés sur la table jusqu’au prochain rendez-vous. Maintenant seulement, il a le droit de vivre et d’être soi-même tout simplement.



3 commentaires:

  1. Déjà la dernière?!
    J'aurais penser qu'il y en aurait eu beaucoup plus. Dommage c'était sympa de commencer la semaine avec des ptites histoires.
    Yaura une 2éme session?

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  2. Y aura la mienne la semaine prochaine !
    Ensuite je veux bien relancer un "concours" mais sur un autre thème. Mais faut il encore qu'il y ait des participants, on l'a vu les lecteurs écrivains ne se précipitant pas.

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  3. J'en aurait bien envoyer une mais j'avais plus le net a ce moment la et aprés j'ai dépasser la date ^^"

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