lundi 14 mars 2011

Petite histoire de psychologie - 7

Et bien voila, c'est la dernière des petites histoires de psychologie.
Et c'est la mienne.

Je crois que c'est Chucky qui avait proposé que j'en publie une aussi. C'était une bonne idée.

Votre regard sur la psychologie a été très différent pour chacun de vous. Le psychologue a beaucoup été le héros de certaines histoires, comme si psychologie ramenait obligatoirement au psychologue, plus proches certainement de vos vécus intimes. D'autres ce sont éloignés, ont "pris de la distance" comme on dit en racontant une histoire. 

Dans tous les cas, je pense que ces histoires nous ont ramené à la vision de la psychologie de chacun de ces écrivains d'un jour. Ainsi Droufn nous a parlé de la psychologie dans le quotidien, Nakito de sa résistance à la psychologie, Chucky du passé qui nous rattrape toujours, Chiwii et son besoin de tout recommencer, Léa, du transfert, Cessy-Loup de l'importance de la verbalisation... chacun sa vision personnelle.

Aujourd'hui je vous donne la mienne. Celle du trauma. Après tout je suis de  "l'autre côté" par rapport à vous.


Voici donc la nouvelle de Vergibération :



Il restait là allongé sur son lit. Les bras croisés sur la poitrine. En y réflechissant, c’était amusant, il s’imaginait se tenant comme un pharaon dans son sacorphage. Ramsès II c’était lui, la crosse dans une main, le fléau dans l’autre ! Il sourit dans les lumières de la ville qui éclairaient sa chambre.

Il tourna la tête pour regarder sa montre. 
Les aiguilles phosphorescentes annonçaient 3 h 10.

Cela faisait une semaine qu’il se réveillait chaque nuit.
Il ne se rendormait pas avant 5 heures.

Il tourna la tête de l’autre côté. Elle dormait tranquillement et profondément. Comme toute les nuits, elle s’était rapprochée de lui mine de rien pour profiter de sa chaleur. Du coup il n’avait plus beaucoup de place pour bouger. Mais il aimait la sentir là, son odeur, sa présence.

Ses deux enfants dormaient dans la chambre d’à côté. Par les portes respectives entrebaîllées, il pouvait les entendre se retourner dans leur lit. Ses petits bruits le rassuraient.

Il avait cherché à comprendre ce qui le réveillait toutes ces nuits. Au début, il pensait que c’était un problème quelconque. Il réfléchit à son travail, à son couple, à ses enfants. Rien de très marquant, ni préoccupant. Un repas trop copieux ? Non même pas. Il avait beau réfléchir il ne voyait rien. Mais plus il réfléchissait, plus il savait que ça l’empêchait de dormir. C’était un cercle vicieux. Cette nuit, il s’efforçait de penser à quelque chose de beau, une belle image, un souvenir agréable vers lesquels il aurait pu laissé son esprit vagabonder et dans lesquels il se serait endormi paisiblement. Mais impossible, à peine apparues, les images s’effaçaient, comme si elles n’avaient pas le droit d’être là.

Il sentait bien que quelque chose le tracassait. Mais quoi ?

3 h 13.

Il se tourna sur le côté gauche et s’abîma dans la contemplation des aiguilles de sa montre.

3 h 14.

3 h 15.

Brutalement, il se senti comme figé. Dans un brouillard, il se retourna lentement. Dans un temps qui lui sembla s’étirer dans une éternité, comme si tout était au ralenti. Il se retrouva sur le dos et son visage se tourna lentement, très lentement, vers la porte. Ses yeux se fixèrent sur l’entrebaîllement. Il ne pouvait plus respirer. Terrifié, il attendait…

Il attendait que la porte s’ouvre… Il a 6 ans là au fond de son lit. Le souffle bloqué, il entend les pas dans la chambre des parents. La porte qui s’ouvre. Les pas devant la porte de sa chambre puis dans le petit couloir. La porte des toilettes. Le bruit de l’urine qui coule. De nouveau la porte des toilettes. Des pas dans le petit couloir. Des pas devant sa porte de chambre. Puis plus rien. Il tourne son visage vers la porte. Il entrevoit la pendule située juste au-dessus. Il est  3h 15. La porte qui s’entrouvre, laisse passer le corps et se referme sans bruit. Les pas jusqu’au bord du lit. Juste à côté de lui. Le corps qui s’asseoit et s’enfonce lourdement sur le bord du lit. Une main qui le saisit par la veste de son pyjama. Un visage bien connu qui se penche au-dessus du sien puis qui s’approche de son oreille. Une voix qui murmure « tu n’es qu’un sale gosse, une sale pute. Je vais t’apprendre pourquoi tu n’es qu’une sale pute. Tu n’es bon qu’à cela ». Le ton est froid, déterminé. Tout a été murmuré, il n’est même pas sûr que ce qu’il vient d’entendre soit réel. Il se sent soulevé. Il est retourné brutalement, se retrouve sur le ventre. Son pantalon de pyjama glisse vers ses chevilles. « ouvre toi salopard. Je vais t’apprendre comme tu es une bonne salope de gosse ! ». Il le sent en lui. Il a mal, il voudrait pleurer mail il n’y arrive pas. Il voudrait crier mais il a trop peur. Alors il se laisse faire, après tout, ça ne va pas durer longtemps, il le sait, comme toutes les autres fois. Un cri rauque vient d’ailleurs déjà lui dire que c’est fini. Son pantalon de pyjama retrouve sa place comme par magie. Une poigne ferme le remet sur le dos. Il entend les pas qui glissent le long de son lit. Ouverture de la porte. La pendule indique 3 h25. Les pas dans la chambre des parents. Puis le silence de la nuit.

Il est sur le dos.
Elle est toujours là à côté de lui.

Il avait oublié. Oublié si longtemps. Son esprit crie : « Mais pourquoi maintenant ? Mes enfants, ma femme ! Pourquoi ? ».

Il est désolé pour elle. Pour eux… mais il doit dormir maintenant.

Alors il croise les bras comme un pharaon dans son sarcophage, la crosse dans une main et le fléau dans l’autre. Et il s’endort enfin…

… à jamais.







5 commentaires:

  1. Ton texte est dur, très dur, j'ai eu du mal à le lire. Il rend bien compte de l'horreur de la situation. Brrrrr!

    voilà un fond d'écran qu'il est ... intéressant :)

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  2. C'est hard, trés hard comme histoire. Au fur et à mesure qu'on la lit, on se dit, elle n'aura pas osé quand même... Et bien si, elle a osé. Comme dit Droufn : Brrrr!

    On est effectivement vraiment dans une autre dimension par rapport aux histoires précédentes. C'est à priori la différence avec les gens de "l'autre côté". Et je crois vouloir rester de mon côté, je suis contente de pouvoir encore voir la vie en rose de temps en temps...

    Mais même si cette histoire est trés dure, je reconnais qu'elle est trés bien menée par l'auteure. Pour ça, bravo.

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  3. Ca glace un peu le sang, tout est si rapide, en quelques mots. Très efficace. Les psy' savent bien dire l'essentiel en qqs mots j'ai l'impression !

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  4. J'aime vraiment. Ça ne m'a pas spécialement glacée, mais plutôt une sensation d'étrangeté tout le long du récit, d'irréalité, enfin, c'est superbement écrit je trouve, bravo !
    J'espère qu'on aura l'occasion de relire quelques uns de vos écrits, vous avez un style qui marque.

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  5. l'emprunt du Il....je ne pratique que ça dans mes textes ( donc j'adore)....ça touche car au fond il c'est nous...dans l'absolu.
    moi c'est la fin qui me laisse une drole d'impression : " et il s'endort enfin .... à jamais, l'idée de la mort (je sais interpretation)(mais je ne suis que lecteur)est ce une fin plein d'espoir ? soulagement ? ou autres ? pour l'auteur et pour les autres qu'est ce ?

    merci....

    RJ

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