vendredi 18 mars 2011

Que dire aux enfants marqués par les images du tsunami ?

Je discute avec des parents en ce moment qui me disent combien leurs enfants -entre 6 et 10 ans- sont marqués par les images du Japon.



Et bien sur vient le problème qu'ils se sentent démunis face aux angoisses et questions des enfants. Ils me demandent ce qu'ils devraient dire.

Eh bien, ai-je répondu, vous allez d'abord leur dire de ne pas regarder les informations.

Quoi ? Me dit-on, mais ils les regardent tous les soirs ! D'ailleurs difficile de les décoller de la télé qui est allumée dès qu'ils rentrent de l'école.

Ben tiens. 

Ciel, je vous donne un scoop. Il y a un bouton sur la télécommande qui permet d'éteindre. 
Et que même c'est l'autorité parentale qui doit être plus forte que l'autoritarisme de l'enfant. Na.
Ah bon ?

Eh oui, ne vous est-il jamais venu à l'idée que les journaux télévisés étaient réservés aux adultes ?
Pour les enfants, il y a des jeux ou des dessins animés à la même heure.

Ah oui les Simpsons !

Eh non, les Simpsons c'est une animation pour les adultes pas pour les enfants. 

Ah c'est pour cela que cela me choque ce dessin animé ?

Et bien si ça vous choque vous, pourquoi laissez vous vos enfants devant ?

Mais parce qu'ils aiment bien !

Voila un peu les dialogues de sourd que j'ai entendu ces derniers jours.

Rappelons en effet que les journaux télévisés sont réservés aux ADULTES.
Le CSA ne voit pas la nécessité de mettre un "carré blanc" ou une limitation d'âge car cet organisme considère que les parents sont des personnes adultes et responsables qui sont capables de faire la part des choses entre ce qui est bien ou mal dans l'éducation de leurs enfants.

Les psys considèrent que les journaux télévisés peuvent être regardés seuls à partir de 16 ans.
Et que la visualisation en est possible à partir de 13 ans si les parents sont présents avec l'enfant. Ce qui ne veut pas dire présents assis à l'autre bout de la pièce, mais présents en terme d'explication, de débats, d'atténuation aussi.

Le problème avant 13 ans, nous l'avons vu avec le fait de revenir de l'école, c'est que l'enfant réagit 4 fois moins vite que l'adulte. Donc lorsqu'il se prend une image difficile de plein fouet le temps qu'il décide de verbaliser que cela le gène ou le perturbe, l'écran est passée à une autre image voire un autre sujet. Du coup, il n'a pas eu le temps de verbaliser et il reste avec son mal-être. Entre 13 et 16 ans, le temps de réaction n'est plus que le double de celui de l'adulte. Il faut atteindre entre 16 et 18 ans pour que les temps de réactions soient ceux d'un adulte. Le cerveau à besoin de temps de maturation pour ses différentes compétences et pour certaines c'est très très long.

Cela ne veut pas dire qu'avant 13 ans il ne faut pas qu'il ne soit pas au courant de ce qu'il se passe. 

On peut en parler devant lui et avec lui. On peut lui expliquer. On peut même lui montrer quelques images ou vidéos sur le net en prenant soin de choisir. Ainsi pour le Japon, les videos aériennes du raz de marée arrivant sur les villes sont peu marquantes. L'enfant regarde avec amusement l'eau emporter les voitures, mais comme on dirait des petites maquettes, le côté effrayant est effacé. De même, on va lui expliquer les résultats du raz de marée : des personnes qui n'ont plus de maison qui vont devoir aller ailleurs... Mais pas d'images de personnes blessées ou le regard hagard. 

Information ne veut pas dire choc.
D'ailleurs à force de choc des images, les adultes ne sont plus choqués par rien. C'est une des raisons pour lesquelles il devient si facile de passer à l'acte pour les nouvelles générations qui sont blindées dès le plus jeune âge devant des images horribles et saignantes. Le seuil de sensibilité devient tellement haut, qu'il faut des sensations extrêmes donc des agirs extrêmes pour éveiller un soupçon de sentiment.

Bon, une fois que le mal est fait et que les enfants ont vu les images cent fois rabâchées des journaux télévisés, que faire ?

En discuter bien sur !

Rationaliser dirais-je.

Devenir scientifique : voila ce que c'est un tsunami, un tremblement de terre, une faille.... ça plait toujours aux gosses. 

Expliquer aussi qu'en nos contrées de vieille Europe, les risques sont hyper faibles. En France, à moins que les volcans d'Auvergne n'explosent les risques d'éruptions sont quasi nuls, soyons réalistes (et puis on perdra Vulcania, ça on ne saurait s'en remettre ! LOL lol). Et si on doit perdre Nice du fait d'un séisme, ça ne se fera pas demain, la Méditerrannée sera fermée avant. 

On ne peut pas se plaindre que certains enfants soient marqués, car cela prouve en fait qu'ils sont encore accessibles à la peur, à la souffrance d'autrui.

En fait les images sont surtout marquantes parce qu'elle pose la question de la mort. De la mort brutale. Car du coup, l'enfant se dit qu'en fait ses proches peuvent mourir brutalement. Lui aussi d'ailleurs. Il ne peut pas contrôler la nature.
Un tsunami pourrait il survenir dans la nuit et emporter tous ceux qu'il aime ? Que deviendrait-il ? Devrait il errer lui aussi seul dans les décombres ?

Ces prises de conscience peuvent être lourdes de conséquences, car face à ses angoisses, il peut vouloir ensuite entrer dans le "contrôle" pour que rien ne lui échappe et diminuer les risques. Cela veut dire que la notion de perte et de mort ne sont pas préparées. Après les premières angoisses passées, il faudra faire l'effort d'en parler et de rappeler que cela fait partie de la vie. Et si, au contraire, l'enfant a déjà été confronté à la mort et qu'il a peur que cela recommence, il faut lui expliquer qu'il n'errera pas seul, que quelqu'un le prendra en charge et l'aimera.

Le discours doit être positif globalement et instructif car l'enfant doit réussir à evacuer ses angoisses, face aux incertitudes de la vie. C'est même après tout ce qui fait le charme de la vie. 

Faites le parler, écoutez bien ce qu'il dit et ne vous permettez pas de dire "je ne sais pas", ce n'est pas le bon moment. Soyez clairs et nets, car vous devez proposer une vision adulte donc protectrice, une vision de celui qui sait et qui éclaire le chemin de l'enfant.



9 commentaires:

  1. J'aime les gens en général, même ceux qui fonctionne bizarement, j'aime les aider, pouvoir leur apporter des solutions surtout dans leur manière d'aborder les choses, la vie etc...
    Bref un peu le métier de psy, seulement je pense que je ne supporterais pas par exemple ceux qui ne se rendent pas compte de leur responsabilité.
    Je regarde les infos sur le Japon, j'aime bien ce pays. Je ne les impose pas aux enfants surtout pas en version longue, ils préfèrent les Simpsons, qu'on voit et revoit en boucle(il y a beaucoup de rediffusion). On a du coup l'occasion de décortiquer, revenir sur des points peu clair, déméler le vrai de l'éxagération éhontée. Très souvent les points choquants le sont pour nous adulte qui avons compris l'allusion alors que les enfants ne l'ont absolument pas relevée car il leur manque encore quelques clés.

    RépondreSupprimer
  2. j'adhere a 100%, cela fait du bien de lire un tel article,

    RépondreSupprimer
  3. Le problème c'est que les informations sont diffusées à des heures où les enfants sont susceptibles de regarder aisément la télévision et qu'ils peuvent être amenés à la regarder seul, que ce soit le matin avant d'aller en cours, le midi ou le soir.
    Les parents ne rentrent pas toujours le midi et l'enfant à partir d'un certain âge s'il a la possibilité de rentrer chez lui pour déjeuner, il le fera, et parfois avant 13 ans.
    Je me souviens que vers 11-12 ans lorsque je rentrais chez moi le midi et qu'il n'y avait pas mes parents, le premier réflexe était soit d'allumer la TV ou de mettre un CD. Mes parents ne pouvaient être au courant à moins d'installer des caméras ^_^
    Les parents ne peuvent pas tout contrôler quand bien même ils le voudraient et c'est bien aussi de laisser l'enfant se faire ses propres armes dans le sens où à trop vouloir le protéger ou le préserver, cela peut également être nocif dans son développement.

    Mais je vous rejoins sur l'importance d'expliquer aux enfants les informations qu'ils reçoivent.

    RépondreSupprimer
  4. Chucky : si tes parents n'étaient pas là le midi, on peut se demander pourquoi il te laissaient rentrer pour te laisser seule. Mais bon c'est du passé.

    Le matin avant d'aller en cours, normalement les parents sont là. Donc à eux de faire preuve de leur responsabilité en refusant que l'enfant regarde n'importe quoi voire en étaignant la télé, qui n'a pas à devenir une nounou ou un parent de remplacement.

    Le soir, si on est à table pendant l'heure des infos, eh bien on regarde autre chose ! Si le besoin d'info est si primordial pour les parents, ils peuvent très bien regarder le journal de 23h ou surfer sur le net. Encore une fois, si on désire devenir parent, on le fait en connaissance des responsabilités qui vont avec.

    Il ne s'agit pas de surprotéger l'enfant, mais bien de lui éviter des traumas. Quelles armes se font les enfants qui angoissent dans leur lit ou pleurent de peur ou qui pensent qu'ils risquent de se retrouver seuls ? Aucune. Je l'ai constaté encore dernièrement dans le cas d'une urgence qui est survenue dans une école de ma ville (et j'étais là, le hasard faisant bien les choses) : les gamins les plus autonomes sont ceux qui ont le plus craqués. Ceux qui sont encore accrochés à leurs parents ou dont les parents sont très présents ont super bien tenus le choc, ils ont même plaisanter.

    L'enfant n'a pas à se faire d'armes, c'est le rôle des parents de lui permettre de se dévélopper à son rythme dans un milieu sécure. A l'ado, par contre il faut qu'il commence à faire face pour qu'on puisse lui lacher la main plus tard.

    Laissons aux enfants leur temps d'enfance.

    RépondreSupprimer
  5. Pourtant c'est le lot de nombre de gamins, je n'étais pas la seule. Et je ne vois pas ce qu'il y a d'embêtant. J'habitais à quelques minutes de l'école, ma mère me préparait quelque chose à faire réchauffer et ça convenait à tout le monde.
    Il ne faut pas non plus diaboliser et tomber dans la psychose en voulant accompagner les moindres faits et gestes de son enfant, la surveillance excessive à un côté très oppressant/étouffant et doit être particulièrement fastidieux à réaliser dans le concret pour les parents.

    Après pour ce qui est de la télé, il me semble qu'il existe des contrôles parental bloquant l'accès selon les plages horaires définies par les parents au préalable, m'enfin ça reste tout de même relativement récent comme procédé, pas toujours très fiable, mais ça peut constituer un rempart si les parents n'ont pas l'occasion d'avoir les yeux derrière la tête ;)

    Je me souviens avoir complètement paniqué lorsque j'avais vu les images du World Trade Center en 2001, j'avais 9 ans, j'étais tombée dessus en rentrant des cours, le programme de dessin animé ayant été remplacé au profit des vidéo en boucle des deux tours. Dans ma tête c'était l'apocalypse, on allait tous mourir ou se faire bombarder la tronche. (et moi qui pensait regarder tranquillement "la double vie d'Eddie McDowd" j'ai été ravie) Les parents ne peuvent pas toujours être présents et prévoir que X dessin animé va être remplacé par des info pour cause d'événement exceptionnel Y.

    Les médias ne facilitent pas vraiment la tâche, mettre des info à 16h30, en dehors des chaines spécialisées c'est courir d'avance le risque qu'un gamin tombe dessus seul.

    RépondreSupprimer
  6. A mon avis selon l'age de l'enfant s'il allume la télé seul il sera plus tenter de regarder des dessins animé que les info.
    Les simpson ? Et pourquoi pas les mettre devant south park tant qu'a faire, c'est vachement educatif aussi ...

    Pour ce qui est de regarder les info a table...hmmm... Comme toute autre chose d'ailleurs, rien de mieux que d'allumer la télé pour tuer le temps du repas et empecher toute discussions.
    Pourquoi pas laisser le gosse bouffer sur le canapé tant qu'a faire, ou devant son ordi...

    C'est vrai que certains parents (beaucoup meme) ont aucune autorité sur leur enfant. Au moins ca laisse du boulot pour l'avenir :p

    RépondreSupprimer
  7. Joli mécanisme de défense. Dire qu'on n'est pas la seule et que c'est le lot de plein de gamins... Ben, d'ailleurs j'ai le plaisir de les retrouver à l'adolescence ou à l'âge adulte sur mon canapé. Ces enfants ne sont armés contre rien, puisque les parents n'étaient pas là pour leur apprendre. Ce qu'ils ont appris, ils l'ont appris d'eux mêmes, donc de façon inadaptée et en grandissant trop vite. L'enfant n'est pas un adulte miniature.

    je peux comprendre que parfois la vie réserve des mauvaises surprises qui font que pendant quelques temps, il ne soit pas facile de prendre en charge un enfant. Mais lorsque ça devient un choix de vie, il faut accepter l'idée que tout est mieux que de s'occuper de l'enfant. Le fuir à tout prix. Et le laisser se construire seul. Le laisser seul le matin, le midi, au goûter... Ca pose les questions de savoir pourquoi on nous met au monde, du rôle des parents et de ce qu'ils ont vécu eux mêmes comme modèle... Un enfant doit être encadré. Lui dire qu'il doit être autonome à 9 ans, c'est lui dire de se débrouiller et de se passer de ses parents. Ca mène à l'anorexie, aux crises de panique, à l'agoraphobie, au sentiment d'abandon....

    Maintenant on ne peut -heureusement- pas tout prévoir. Un enfant bien armé, ne resterait pas sur les infos, il changerait de chaîne et ce qu'il aurait vu il en parlerait avec ses parents...

    Contrôler l'environnement ce n'est pas contrôler l'enfant.

    RépondreSupprimer
  8. Je ne savais pas que les informations n'étaient pas pour les enfants... Aucune indication... On fait confiance aux parents ? lol
    Ma mère me laissait tout regarder, surtout les films après les infos, et si parfois j'avais peur elle me disait "mais c'est du faux, le sang c'est du ketchup, ahah mais pleure pas, c'est qu'un film". Comme si c'était moi l'abrutie. Bon bin résultat aujourd'hui je suis incapable de regarder un film d'horreur. Ma mère est toxique mais je m'en rends compte un peu plus chaque jour. Qu'elle aurait aussi du me protéger de la télé...
    En tout cas j'apprends toujours autant de choses grâce à votre blog, merci beaucoup. Même si parfois c'est douloureux, j'ai un psy...

    RépondreSupprimer
  9. Je pense aussi qu'il ne faut pas perdre de vue qu'aujourd'hui, les journaux télévisés sont surtout une course à l'audimat ! qui aura l'info ou l'image la plus spectaculaire ! Aujourd'hui si on se contente de regarder les journaux télévisé pour s'informer ... on peut penser qu'il ne se passe plus rien en Côte d'Ivoire par exemple. A la maison, lorsqu'il nous arrive de regarder le JT j'explique, de toute façon les questions fusent donc pas le choix ;-), mais je fais la même chose pour les pubs. Expliquer, rassurer mais aussi développer leur sens critique me semble essentiel.
    Plus largement, il y a quelques règles de vie à la maison et ne jamais allumer la télé le matin en est une et ma foi ... c'est tellement devenue une façon de vivre que personne ne le demande et se préparer en musique est beaucoup plus dynamique qu'être statique devant un écran.

    RépondreSupprimer

Stats