jeudi 5 mai 2011

Drame de Nantes (4) - la lettre

Xavier Dupont de Ligonnes a adressé une lettre à plusieurs personnes de sa famille.
J'ai eu la chance d'y avoir accès dans son intégralité.
Et miracle journalistique, vous pouvez la lire désormais ICI !

Quelques commentaires. Quelques parce qu'il n'y a pas grand chose à en dire.

La lettre aurait été écrite le 8 avril, date à laquelle tout le reste de la famille et les chiens étaient déjà morts.

Ce qui ne garantit en rien que ce courrier soit de cette date, tout laisse même sous entendre qu'il aurait été quelques temps plus tôt.

Quoi dire sur la forme :

Il est normal que la lettre soit tapée. Après tout 9 exemplaires ont été envoyés, c'est une lettre de 4 pages, on peut donc légitimement penser qu'il était plus rapide de la taper et de l'imprimer 9 fois, même avec quelques variantes.

Du coup qui dit informatique, dit correction grammaticale et orthographique, voire même la ponctuation. Ce qui rend la lettre dépersonnalisée.

La lettre est bien organisée.

Sur le fond :

La lettre est d'une étrange légèreté. On dirait que c'est écrit comme si tout cela n'était pas important. Comme si le fait d'être soi disant un témoin protégé et de devoir tout quitter pour témoigner à un procès important et de refaire sa vie à zéro n'était pas plus important que de passer 2 jours en Normandie ! Il y a un ton "carte postale" assez étonnant.

Ensuite, la première phrase qui retient l'attention est une qui porte sur le fait quie ce qui est écrit est contrôlé. Par qui ? Ne serait ce pas une façon de glisser qu'il écrit sous la contrainte ? Ou que c'est lui même qui glisse dans son mensonge dont il ne peut plus sortir ?

La phrase se rapportant aux gravats sous la terrasse à ne pas déplacer ni y faire attention est surprenante... a posteriori. En effet nous savons aujourd'hui que c'est sous la terrasse que les corps étaient enterrés et que normalement à la date de rédaction de la lettre les corps s'y trouvaient déjà. C'est écrit trop "légèrement", c'est noyé au milieu des autres phrases. Ca n'a pas plus d'importance que le reste. Ce qui tendrait à montrer qu'au moment où a été écrit la lettre les corps n'y étaient peut être pas encore.

Je remarque que dans la moitié de la lettre Xavier D de L parle de lui. Il utilise le "je" en précisant "Xavier" à chaque fois. Il explique que sa famille, sa femme, ses enfants, n'étaient pas au courant de sa "couverture". Or dans la seconde partie de cette lettre, il parle de "nous". Or on imagine facilement que si personne n'était au courant, leur dire brutalement qu'ils partent aux USA, laissent leurs amis, leur école, leurs contacts, leur famille, leurs prénoms ne doit pas être facile à comprendre et à accepter. On peut penser que la famille face à cette situation au contraire n'a pas accepté de suivre Xavier et qu'il a fallut supprimer tout le monde pour que le "rêve" continu.

Quelque chose ne colle pas en tout cas avec l'idée de protection de témoin par le gouvernement américain. Vous imaginez bien que si c'était le cas, Xavier D de L n'aurait eu besoin d'emprunter de l'argent à plein de personnes. Le gouvernement lui aurait versé de l'argent sous couverture afin qu'il réussisse sa mission.

Ensuite dans la lettre, tout est détaillé : la vente des voitures, le don des chiens, la répartition des meubles... Tout est prévu, précis. Belle préméditation.

Mais surtout beau mensonge.

J'avais parlé d'un dépressif qui décide de prendre sa vie en main. Je me rapprocherai plus aujourd'hui d'un mythomane.
Le mythomane se créé une vie rêvée (alors que le dépressif la rêve). Il construit autour de ce rêve et il est difficile de le prendre en défaut car chaque idée, chaque objection donne lieu à une continuité logique du mensonge.
Le mythomane créé sa réalité. Elle fait loi et personne ne peut s'y opposer.

Si le narcissique n'est pas nécessaire dangereux, à part pour ses proches qui lui barrent le chemin, pour le mythomane tout le monde est potentiellement dangereux car chaque personne peut être intégrée à la réalité de façon positive ou de façon négative en fonction de l'évolution de la construction virtuelle.



2 commentaires:

  1. Cette histoire est vraiment troublante. Le personnage a une psychologie assez particulière, difficile à cerner et encore plus de comprendre ses motivations profondes.

    Mais.. pourquoi pas dépressif mythomane ?

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  2. La dépression et la mythomanie ne sont pas loin, mais le fonctionnement psychique n'est pas le même. Le dépressif sait qu'elle est la réalité mais elle ne lui convient pas. Le mythomane ne voit plus la réalité, il est persuadé qu'il vit son mensonge.

    Il faut surtout rappeler, je ne cesse de le dire aux journalistes, que tout ça ne fait pas de lui le meurtrier. Le meurtrier, c'est évident, n'est pas un "pro". Mais de là à pouvoir dire que c'est lui on en est très loin.

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