lundi 2 mai 2011

Histoire de Tabou - 5



Cette semaine, nous retrouvons Chucky, pour cette nouvelle histoire de tabou.







Je ne m'en lasserais jamais, voir mes deux fabuleuses têtes blondes qui s'amusaient en riant aux éclats avait quelque chose de profondément apaisant. Si le bonheur devait avoir une définition celle-ci serait la mienne.

J'étais mère au foyer, et comme beaucoup de mère ayant des enfants en bas âges, le mercredi après-midi était souvent synonyme d'activité avec les enfants ou de casse-tête selon le niveau d'hyperactivité de ces petites boules d'énergie sur patte. Ma vie était d'une banalité absolue, j'étais divorcée depuis quelques années déjà, comme une femme sur deux, et j'élevais donc mes enfants seule avec l'aide de la pension versée par mon ex-mari. J'ai une vie à crever d'ennui que je passe entre la cuisinière, le jardin, et l'école. L'ennui est le fardeau de l'homme, seul animal à devoir s'accepter et se subir.

C'est ainsi que tout à commencer, par l'ennui.

J'avais déposé mes deux gamins à l'école, candides et insouciants et puis j'avais suivi cet homme. Père de famille divorcé, deux gamins à la charge une semaine sur deux, le schéma classique, le père un peu pressé qui se hâte de refourguer ses gosses à la maternelle pour pouvoir aller discuter chiffre dans une boite vendant du profit et du rêve à des consommateurs insatisfaits. Je me suis dit qu'il était de mon devoir d'enrayer la machine du capitalisme. J'ai donc attendu, patiemment, le moment propice, après avoir guetté des jours durant ses habitudes quotidiennes.

8h20, il dépose les gosses à l'école. Puis il rentre chez lui avant d'aller au travail à 9h. Je disposé donc d'une petite demi-heure pour procéder à son élimination.

La première fois que l'on ôte la vie à un humain on ressent un pouvoir incroyable, une jouissance supérieure à votre meilleure orgasme, un soulagement inégalable. Je l'avais copieusement balafré, il faut dire que je m'étais entrainé sur un melon la semaine dernière afin de trouver les coupures qui seraient les plus harmonieuses. Je dois avouer que cela paraissait plus jolie sur le melon. J'avais pris le grand couteau de sa cuisine, quel idiot, les médias le répètent pourtant suffisamment, jamais d'objets coupants à porter des enfants, quel père irresponsable, j'avais évité une catastrophe pour ces enfants. Je m'étais mis derrière lui, qui était assis sur sa chaise, afin d'éviter les projections, peine perdue. Il avait crié, suffisamment fort pour me persuader de  me hâter de l'achever. Puis j'avais fais le tour, pour mieux le voir, admirer le résultat comme on admire une oeuvre d'art unique, force est de constater que le résultat était décevant, trop de sang, les traces de couteau étaient noyés sous l'hémorragie. Moi qui croyait que les quatre ou cinq litres de sang que contenaient le corps humain était un mythe, je constatais avec perplexité que cela semblait finalement bien probable.

Lassée par ses hurlements qui tenaient davantage du beuglements à ce stade-là je me suis décidais à l'achever en lui enfonçant la lame dans la poitrine. Soudain ce fut le silence, le calme après la tempête, la pulsion incontrôlable qui m’animait été satisfaite, repue, c’était le feu qui me ravageait qui s’en était aller en même temps que le dernier râle du corps gisant à mes pieds, inanimé.

Je le savais, je le sentais en moi, bientôt, il m’en faudra plus.

Puis j'avais pris mon temps, pour nettoyer les divers indices que j'avais pu semer en cours de route, le corps en revanche je n'avais pas pris soin de m'en débarrasser, la police se ferait une joie de l'autopsier, son ex-femme une joie de découvrir son enflure de mari morte, et puis une oeuvre d'art pareille à celle-ci on ne l'a met pas négligemment dans un sac poubelle.

Après ça, je suis rentrée tranquillement chez moi, j'ai préparé le déjeuné pour mes enfants, tailler les rosiers et arracher la mauvaise herbe qui avait repris ses droits.

Dieu est un crime contre l'humanité. J'étais bien placée pour le savoir, j'allais à la messe tout les dimanche avec mes enfants, récitant la prière de notre Père avec application. La couverture idéale. Je suis comme vous. Je vote, je participe à des manifestations, je me rends à la bibliothèque, je vais faire mes courses au primeur chaque samedi matin, ma vie entière est un alibi offert à la vue de tous.
Je ne suis pas un monstre. Je suis comme vous.


Copyright Chucky - Reproduction et publication interdite sans autorisation de l'auteure.


5 commentaires:

  1. Ca me fait penser a un melange entre bree van de kamp et dexter.

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  2. Qui n'a jamais rêvé, pour une raison ou pour une autre, de trucider quelqu'un... De là à passer à l'acte c'est autre chose mais en pensée, on a certainement dû tous déjà le faire.

    Et là, c'est trés bien écrit ainsi que joliment et finement raconté. J'aime beaucoup le ton utilisé (comme dans ton histoire précédente d'ailleurs), je ne sais pas comment le qualifier exactement
    mais je trouve que tu sais donner de la profondeur à tes personnages et j'aime ce côté ironique que tu as.

    Belle histoire de tabou, bravo !

    Mais la question suivante me vient à l'esprit : fiction ou réalité ?!

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  3. Exactement comme Xe l'a dit, très prenant ton texte, bravo

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  4. Merci c'est gentil, en fait je suis à peu près incapable de faire quelque chose de totalement sérieux, ça me déprime, c'est pour cette raison que l'on retrouve une certaine légèreté perdue au milieu du reste par moment, voir tout le long ^_^

    Et fiction.. bien sûr ;).

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