lundi 16 mai 2011

Histoire de tabou - 7

Pour finir en beauté les publications de mes lecteurs, voici la vision taboue de Nakito... qui ne risque pas d'améliorer la réputation de ce blog j'en ai peur ! LOL




Je suis pétrifiée devant cette porte sombre qui me dévisage de son judas lubrique.

Machinalement, je m'accroche au bras de mon homme mais je suis comme une noyée qui s'agrippe à une ancre car mon homme est celui qui a réussi, je me demande encore comment, à m'amener là. Quand je dis là, je veux surtout dire de l'autre côté de la porte. Dans l'antre du vice, du stupre et de la fornication.

Une fois le cerbère apprivoisé, les gonds couinent et je pénètre à l'intérieur. Terrorisée, forcément. Moi dans une boite à partouze... Pardon, un club libertin, ça fait beaucoup plus chic. Casanova était libertin, Marc Dorcel est partouzeur.

Bien malgré moi et tandis que je maudis mon cavalier d’avoir réussi à me convaincre de ne pas mettre de culotte « car de toutes façons, tu l’aurais perdue », je ne peux réfréner un pensée incongrue pour ma mère. Que penserait-elle de moi en me voyant hagarde dans le vestibule de Sodome & Gomorrhe, pauvre petite Cosette égarée dans la forêt turgescente ? Ma pauvre mère qui s’agenouille bien plus souvent devant le grand punaisé du Golgotha que devant l’appendice caudal de son mari peut-elle seulement imaginer qu’un tel lieu puisse exister ? Elle pour qui…Non, Maman, s’il te plait, sort de ma tête, tu ne vas pas m’aider à me libérer !

Arrivée aux abords de la piste de danse, je suis tout d’abord contente de voir qu’elle existe, qu’on n’entre pas directement dans le vif du sujet. Ni dans le croupion des convives. Et je suis rassurée de voir qu’on s’ébroue sur la piste de façon somme toute anodine, que les gens ne jouent pas à Tétris en s’imbriquant les uns dans les autres. Néanmoins, un verre m’aidera à me désinhiber et je traverse la salle pour atteindre le bar et sa carte des consommations ostensiblement accrochée à un phallus géant qui trône au mur comme un trophée de chasse.

Là, le choc ! Manifestement, le tarif couple à l’entrée est pondéré par le prix exorbitant des consommations. Dans un lieu ou les gens sont censés prendre du plaisir en allant et venant entre mes reins, c’est tout de même dommage que je sois obligé d’en vendre un pour m’offrir un verre. Mais puisque c’est grâce à moi que Monsieur échappe au tarif « vieux pervers » réservé aux hommes seuls, pour ce qui du bar, il va cracher au bassinet !

Après trois cocktails en quinze minutes, je ne me débats plus beaucoup lorsque mon amant m’entraine sur la piste de danse, puis ne résiste guère plus lorsqu’au gré des rythmes il me caresse les fesses sans s’embarrasser de ma robe qu’il a négligemment roulée sur mes hanches. Ce n’est que lorsque mes restes de cours d’anatomie en cinquième m’aidèrent à trouver étrange la présence de trois mains sur mon corps que je compris que les choses s’accéléraient.

Les Mâles avaient négocié entre eux, sans un mot, juste par échange d’œillades complices. Ils avaient conclu une paix des braves mais je sentais que c’est moi qui devrais fumer le calumet. Même si l’inconnu restait pour l’instant raisonné, ça allait trop vite, trop loin. On a beau avoir une vie sexuelle épanouie, on ne se transforme pas en un claquement de doigts et deux claquements de string en reine des chaudasses prête à toutes les perversions.

Comprenant mon malaise, l’inconnu calme ses pulsions tactiles et je lui en sais gré. Mais concomitamment, une femme plutôt jeune, joli sourire, jupe toute en prestance qui couvrait tout ce qu’elle devait couvrir mais le téton qui baguenaude à hue et à dia, se rapproche de moi. Manifestement, c’est l’offrande de mon inconnu à mon homme… mais bordel, c’est quand que je peux décider quelque chose, moi ? Je n’ai pas le temps d’exprimer mon courroux que la femelle numéro 2 plonge en même temps sa langue dans ma bouche et sa main dans la braguette de mon Jules…

Je ne sais pas ce qui m’a le plus dérangé, sur le coup. Mais rapidement, j’ai compris : C’est l’imaginer faire le contraire dans quelques minutes. La théorie de la libération sexuelle, de la dissociation entre le corps et l’amour, c’est bien joli devant une pizza surgelée et un reportage de M6 mais quand on est à 3 minutes de voir son amoureux se faire aspirer la pompe à plaisir par une pétasse que l’on n’arrive même pas à trouver moche, c’est beaucoup plus difficile de franchir le pas. Deux millénaires de morale judéo-chrétienne et deux ans de catéchisme, ça ne s’efface pas aussi vite qu’une tâche suspecte sur une robe de soirée. Et puis le gus, là, derrière, que je ne regarde même plus mais qui a manifestement coincé ses doigts dans mon sillon anal, il ne m’aide pas à remettre mes idées en place.

J’ai envie de craquer, de crier… Mais pas de passer pour la jouvencelle bloquée.

Le calme un peu revenu, je me laisse expliquer qu’ici, ce n’est qu’un jeu de séduction, qu’il y a des salles, des alcôves, des règles d’intimité, qu’on a toujours le choix.

Mon choix a été de serrer très fort mon chéri dans mes bras, de lui dire qu’on allait visiter si ça lui faisait envie, qu’on pourrait même reboire un verre à côté de la piste en regardant les gens s’encanailler mais qu’ensuite, on rentrerait bras dessus, bras dessous chez nous. Et s’il le souhaite, nous pourrons revenir. Plus tard. Quand je serai mieux préparée. On ne brise pas un tabou sans réfléchir, c’est trop dangereux.

Lorsque la porte s’est rouverte pour nous laisser accéder à l’air frais, mon homme tira sur ma robe qui était restée roulée tout ce temps au dessus de mon séant sans que j’y prête attention. J’avais donc déjà fait un premier pas ! Mais j’avoue, je pensais déjà au poulet au curry qu’allais préparer maman pour le repas de famille de demain midi.

6 commentaires:

  1. très très bien écrit!!!
    ;mais j'avoue avoir été choquée sur le début ( scolarité en école catho non mixte pendant 12 ans; ça laisse des traces) ce qui fait que j'ai été soulagée par la fin
    Mais va elle y retourner encore pour "faire plaisir" a son z'hom? ou pour elle même? ca me laisse perplexe

    kirikou

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  2. (Anciennement Chucky)

    J'adore, c'est vraiment bien écrit, j'aime beaucoup le ton utilisé, bref cette nouvelle est surprenante, dans le bon sens du terme.

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  3. Une fidèle lectrice qui n'assume pas son commentaire18 mai 2011 à 17:54

    Nakito, j'ai beaucoup aimé ton histoire, j'ai bien ri ! C'est vrai que c'est tabou, une fois je me suis retrouvée dans un club échangiste lors d'une soirée totalement invraisemblable et j'ai pas osé le raconter à mes copines. Pourtant mes amies sont loin d'être prude ! Mais ça n'est pas une expérience banale, ou tolérée je crois. Je me souviens que plus tard j'ai recroisé un mec qui était dans le club avec moi à cette fameuse soirée, mais là il était dans un bar, il avait l'air de me reconnaitre (pas moi), et puis c'est revenu et spontanément j'ai dit "Ah mais oui, t'es le gars du club échangiste !" et il était HYPER gêné, il m'a dit de parler moins fort et surtout de parler d'autre chose ! Hum, tabou tabou =)
    (et là je ne sais pas sous quel pseudo publié ce connaitre, vu que j'adore ce blog et que j'en parle souvent à mes amis, hum ... désolée Vergi !)

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  4. Ah la la ces meufs qui n'assume pas leurs actes !! LOL

    Jigsaw : T'as d'abord été un être humain, puis une poupée, maintenant un objet... Ca s'aggrave !! lol

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  5. C'est également un personnage ^^. Ca dépend dans quel sens on le prend (non sans mauvais jeu de mot lol).

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