lundi 23 mai 2011

Histoire de tabou - 8

Avec un peu de retard la toute dernière histoire de tabou. La mienne. Celle de Vergibération donc (dois-je mettre un lien vers le site ? lol)


Sophie a 43 ans.
Elle est assise.
Assise dans sa cuisine.
Assise sur le vieux tabouret en bois, dans le petit coin là entre le réfrigérateur et le plan de travail.
Elle attend.
Elle sait ce qu'elle attend, mais en même temps elle ne veut pas y penser.
Elle attend les épaules tombantes, les mains serrées contre elle, la tête penchée.
Lasse. Si lasse.
Mais que faire ?

Les pommes de terre sautées grésillent dans la sauteuse.
De l'ail, du persil.
La viande, du boeuf, repose sur la planche à découper.
Le chien renifle mais il ne dit rien. 
Il attend.
Lui aussi.

Un souffle.
Un soubresaut.
La porte d'entrée s'ouvre brutalement.
L'enfer vient d'entrer.
Le chien se glisse au le salon.
Il ne jappe pas, il rampe. 
Se fait tout petit.

"KaïïÎ" fait il lorsque le coup de pied l'atteint.
"T'es encore là sale clébard ? Casse toi. Hey y a personne qui peut tenir ce connard de clebs ?"
La voix traverse la pièce et entre dans la cuisine.
Sophie se lève d'un bond et se cale dans le coin.
"Qu'est-ce tu fous assise ? T'es vraiment qu'une merde, t'as rien à foutre ou quoi ?".
Sophie tremble.
Elle bafouille "j'ai fait à manger..." d'une toute petite voix.

"Putain, encore des patates." Il donne un coup dans la sauteuse, elle tombe à terre.
Dans un fracas monstrueux, les pommes de terre roulent puis s'étalent sur le sol.
Il se plante devant elle. "Tu sais rien foutre d'autre ?" lui hurle la voix à ras du nez.
"T'es bonne à rien, bordel ! Y'en à marre de ce foutoir. Et magne toi de faire aut'chose, j'crève la dalle".

"Qu'est-ce t'as fait du reste du fric ?"
Sophie tend maladroitement son porte-monnaie.
"Arrête de trembler. T'es vraiment trop conne. Tu comprends rien ou quoi. J'ai besoin de FRIC, F.R.I.C., TU COMPRENDS ?" hurle-t-il.
Il attrape Sophie par le col de son t-shirt délavé.
"5 euros ? Tu te fous de ma gueule !". 
Il lance Sophie contre le coin du plan de travail. 
Le coin entre dans son dos, elle n'émet aucun son. Rien ne peut sortir.

"Bon j'vais voir l'aut' là-haut, je pari qu'il est encore dans sa chambre".
"Il est malade tu sais bien" anonne Sophie.
"Malade ? Une feignasse oui ! J'vais aller le secouer".
Il attrape le couteau de cuisine resté près des morceaux de viande.
"Il va se réveiller je te le garanti. Il doit bien avoir du fric... Il a intérêt à avoir du FRIC !".
Et en désignant le chien avec la pointe du couteau : "Et ton connard de clebs là, je veux plus le voir. Tu t'en débarrasses, tu le fais piquer. Si je le revois je le massacre, il va comprendre qui c'est le maître ici !".

La voix sort de la cuisine.
Il monte l'escalier le couteau à la main en criant "hey le connard là-haut, t'es encore au pieu ? Lève ton cul où je vais t'aider !"

Sophie met sa tête dans ses mains.
Elle prie. 
Elle prie d'avoir la force cette fois.

Elle bouge lentement, elle n'ose pas, des fois qu'il entendrait.
Des bruits sourds, des bruits de coups, une chute, des cris.
Elle décroche le téléphone.
Le 17.
"Allo, vous avez demandez la police ne quittez pas" dit la voix mélodieuse.
"Vite, vite" pense-t-elle.
"Bonjour Madame, commissariat, je peux vous aider ?"
"oui, venez vite s'il vous plait, notre fils de 14 ans est monté tuer son père".


13 commentaires:

  1. La chute! O_O
    Je ne m'y attendais vraiment pas!
    Ils en ont parlés dans l'actualité récemment, il me semble...

    Très bon texte en tout cas! =)

    RépondreSupprimer
  2. 1er commentaire sur le blog, que je lis pourtant depuis 2 ans :)

    Mais la, une chose m'échappe, que fait le pere?

    RépondreSupprimer
  3. John : comme quoi certains textes poussent au commentaire ! Le père est malade ici. Mais il pourrait être absent physiquement ou psychiquement. La violences des enfants et surtout des ados envers leurs parents est un sujet qui est difficilement abordé dans les médias ou les faits divers, pourtant il existe des publications sur le sujet. Ce n'est pas un problème rare bien au contraire, c'est surtout présent bien sur dans les familles monoparentales, mais il existe des familles complètes (les 2 parents, la fratrie, la grand-mère.. qui vivent sous le même toit sous la coupe d'un ado entre 12 et 16 ans, voire (j'en ai vu) entre 6 et 10 ans.

    RépondreSupprimer
  4. Moi je m'y attendais, tu en avais deja parle aurapavant et ca n'aurait pas pu etre une histoire "banale" de femme battue par son mari -ca n'est plus tellement un sujet tabou. Mais c'est clair que celui-ci en est un, je ne connais personne dans mon entourage qui maltraite ses parents, je trouve ca vraiment etrange, je me demande comment c'est possible d'en arriver la.

    RépondreSupprimer
  5. Je deviens prévisible 8-O l'horreur !!

    RépondreSupprimer
  6. Wouah ! Quelle chute, moi, je ne m'y attendais pas (ne lis vraisemblablement pas ce blog depuis suffisament longtemps!) et ça m'a donné froid dans le dos.

    En fait, c'est la partie cachée de l'iceberg. On entend souvent parler de la violence des parents sur les enfants mais extrêmement rarement de l'inverse.

    En tout cas, bravo, c'est trés trés bien amené.

    RépondreSupprimer
  7. Tiens j'avais penser vaguement faire mon sujet la dessus, j'avais la scéne en tête mais pas l'envie de la mettre en scéne (c'est toujours mieux ne penser que par écrit)
    Bref c'est pas le sujet ^^"

    Mais c'est vrai que je m'y douter, un sujet sur les violence conjugale, et comme le théme des hommes battus a été vu et revu sur le blog et que les femmes battus c'est moins tabous que les homme, il restait plus que les enfants :p

    RépondreSupprimer
  8. Eh oui c'est ça de n'avoir que 15 minutes pour écrire une histoire (en fait, j'avais un "peu" oublié)...

    Je pense que c'est un sujet dont on ne parle pas assez mais qui est un vrai phénomène de société.

    RépondreSupprimer
  9. -_- tsss...

    Alors les pauvres lecteurs se retrouves piégé avec une date et heure a respecter et l'admin oublie carrément son truc...
    Prochaine fois faudra accepter les retardataires alors ...

    RépondreSupprimer
  10. Le pire, c'est que j'en ai accepté...j'suis trop gentille.

    RépondreSupprimer
  11. La chute de l'histoire m'a beaucoup surprise, très bien amené, et sujet peu connu c'est vrai, dans le sens où on en parle peu et pourtant c'est une réalité.
    Vous avez déjà eu l'occasion de recevoir des parents désemparés par la violence de leur enfant ? Que faites-vous dans ces cas-là ?

    RépondreSupprimer
  12. Bonjour, le comportement du gamin me fait quand même penser fortement à un héroïnomane.

    RépondreSupprimer
  13. Possible, mais ce serait se voiler les yeux en pensant que seuls les accros divers glissent dans ce type de comportements.

    RépondreSupprimer

Stats