samedi 30 juillet 2011

La personnalité schizotypique

La personnalité schizotypique n'existe pas vraiment.
En fait elle existe dans le DSM 4 mais pas dans la CIM 10... Ce qui pose la question de savoir ce qu'on peut bien faire de ces personnes.

La CIM 10, qui est la classification européenne, considère que les schizotypiques sont des schizophrènes. Et les psychiatres les traitent comme des malades mentaux, à base de Risperdal bien assommant.
Le DSM 4, quant à lui, dit que c'est du grand n'importe quoi et que les schizotypiques ne sont pas (encore) des schizophrènes et qu'on peut les aider par les psychothérapies et que les médocs ça attendra un peu...

Et pour vous dire, je suis plutôt d'accord avec cette seconde version. Et ça n'engage que moi.



Alors la personnalité schizotypique, c'est comme le borderline, au début on ne sait pas trop quel diagnostic poser. Une personne traumatisée ? Un paranoïaque ? Un délirant ? Un déprimé ? Un grand méli mélo qui découvre une partie de soi à chaque consultation. 

Le patient ne cessant de demander "alors c'est moi qui suis fou ?".
Et qu'au début, on dit "non" parfois en étant tenté de dire "oui". 

Au bout de la 10ème, ça devient clair ! 
"Alors je suis fou ?" "Non, mais vous avez une personnalité "spéciale" dite schizotypique qui vous fait réinterpréter la réalité".
Et ça le patient comprend, même si en fait cela ne change rien à son comportement. Mais il arrête de se poser des questions : oui c'est bien lui qui a un problème.

Le schizophrène ne sait pas qu'il a un problème, ce sont les autres qui en ont au début, puis à un moment il ne se pose plus la question de s'il existe un problème. La réalité cesse d'exister.
Le schizotypique n'arrête pas de se remettre en question "alors ça vient de moi ?", "je suis folle ?", "vous croyez que c'est moi le problème ?". Le patient a conscience que quelque chose ne va pas et que ça vient certainement de lui. Et tant qu'il en est conscient, je ne peux concevoir qu'il soit dans la maladie mentale.

Alors c'est quoi la personnalité schizotypique ?

C'est d'abord une personne qui a moins de 35 ans, qui a peu travaillé et que les autres regardent bizarrement.

Comme dans la schizophrénie on a souvent affaire à une personne qui a vécu des traumas intenses infantiles et qui n'a trouvé aucun adulte pour l'aider à les résoudre. Il s'est fait seul avec ses félures et ses lacunes. Il peut exister dans la famille des personnes schizophrènes. Parfois, on retrouve ensuite en grandissant d'autres maltraitances (conjoint(e) violent(e) par exemple).

Le schizotypique est un enfant inadapté. Il n'a quasi aucune compétence sociale (et on ne lui a pas appris d'ailleurs).
Il aime travaillé avec des enfants ou des personnes âgées avec lesquels il se sent proches (mais dont il ne comprend pas les demandes !).
Il présente des aspects paranoïaques (tous les comportements des autres sont jugés évaluateurs ou agressifs dans le but de lui vouloir du mal).
Les circonstances de la réalité sont réinterprétés à la lumière des intérets du patient (par exemple, imaginez un schizotypique qui va acheter du pain. La façon dont la baguette va être posée sur le comptoir aura une signification.)
Il existe un thème au délire (extra-terrestres, religion, complot...).
L'habillement est bizarre, excentrique voire inadapté.
Il est facilement déprimé, voire suicidaire car se sent inadapté.

Les schizotypique n'est ni méchant ni dangereux. Il est même "attachant". Il est juste "bizarre".
Il peut travailler, il sait parfois mettre son délire au service de la création. Il est serviable, respectueux.
Mais il ne sait jamais quoi faire aux réactions des autres. Il reste tétanisé ou s'enfuit face à son incompétence sociale.
En consultation le transfert est ENORME ! Le patient prend son psy comme substitut parental dès le départ (ce qui vaut des appels pour des broutilles comme savoir quoi faire face à telle phrase ou savoir si c'est son imagination qui lui fait percevoir telle chose ou s'il doit aller voir son médecin...).
Le contre-transfert est important aussi, car c'est ce contre-transfert qui va permettre au patient d'apprendre des compétences sociales et d'endiguer son flux imaginatif.

J'ai eu un patient adorable, infantile, issu de traumas importants.
Pas de culture, une inadaptation sociale importante. Un délire religieux car c'est la seule base de connaissance acquises auprès de ses grands parents. Je lui ai donné des encyclopédies pour enfant à lire. Sa culture s'est accrue. Sa  "créativité" aussi puisque désormais il pouvait appuyer ses dires sur de nouvelles connaissances, mais en même temps il a pu remettre en question son délire religieux et sa déformation de perception. S'il réinterprétait son environnement, il arrivait désormais à se demander si c'était lui ou les autres et tentait de faire réintervenir la réalité dans ses relations. 

Pour vous donner un exemple, ce patient pensait être amoureux de sa voisine. Sa voisine achetait des yaourts au chocolat. Or lorsqu'il la croisait il discutait avec elle et elle tripatouillait ses yaourts. Il en déduisait  qu'elle l'aimait. Je lui demandais sur quoi se basait cette impression. D'après lui le fait qu'elle achète ces yaourts était un message comme quoi elle aimait les garçons et donc lui, car c'est bien connu "les filles à la vanille, les garçons au chocolat"... 
"Vous croyez que je me fais des idées ?" me demandait-il brutalement pris d'un doute...
"oui, elle se contente d'aimer les yaourts au chocolat".
"Manger du chocolat ce n'est pas pour que les garçons alors ?"
"ben non..."
Du coup, lorsqu'il la recroisait avec ses yaourts cela ne le tracassait plus. Il était passé à autre chose.
Et il faut tout expliquer comme cela au schizotypique car il n'arrive pas à comprendre ce que les autres veulent dire.

Ce qui oblige à être très clair dans le discours. Avec le schizotypique, il ne peut y avoir de sous-entendus ou de détours dans les explications. Il faut être "cash". C'est noir ou blanc, bien ou mal... mais il ne peut y avoir d'entre deux car cet entre deux est créateur de doute et donc d'interprétation.
Du coup le schizotypique est plutôt direct dans sa façon de communiquer... Car lorsqu'il a compris comment il fonctionnait, il sait qu'il a besoin d'une réponse claire et nette. Il met donc parfois les gens mal à l'aise (comme cette patiente qui n'a pas hésité à aller voir son patron pour savoir si oui ou non il lui avait jeté un sort). Mais une fois que la réponse est donnée, le patient passe à autre chose. L'imagination, le délire, ne peut plus avoir prise sur cette situation.

La psychothérapie est très importante pour ces patients et elle est à très long terme. Les consultations peuvent être espacées tant que le patient n'est pas confrontée à trop de situations sociales complexes, mais dès que ça se complique (au travail par exemple), les consultations doivent être rapprochées afin de "régler" les interprétations et d'expliquer les comportements des uns et des autres.

L'évolution ? La personnalité schizotypique ne sera jamais guérie. Elle peut rester schizotypique toute sa vie avec des améliorations dues à la psychothérapie (1 cas sur 4), mais la plupart du temps on va vers une schizophrénie. 
Et c'est avec un certain regret que le psychologue passe la main au psychiatre...


11 commentaires:

  1. Article très intéressant je trouve, comme souvent.

    Mais j'aurai une question. Je ne prétends pas posséder de grandes connaissances en ce qui concerne la schizophrénie et les divers traitements qui s'y rapportent (le Risperdal évoqué m'est complètement inconnu) et je ne suis absolument pas partisan de la "camisole chimique facile" mais dans le cas de la personnalité schizotypique, qui d'après vous évolue très souvent vers une schizophrénie réelle, le fait que l'individu soit pris en charge de manière médicamenteuse avant même le déclenchement de la maladie en tant que telle ne peut-il pas dans le fond lui être favorable ?

    L'adage " plus c'est pris tôt, plus c'est efficace " peut-il s'appliquer ici ?

    (même si je n'en parle pas, je ne conteste pas du tout l'apport d'un soutien psychologique !)

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  2. Une maladie mentale ce n'est pas une infection bactérienne ou des cellules malignes. Si cela doit se déclarer ça se déclare quoi qu'on fasse. La preuve en est -en tout cas dans la schizophrénie- c'est que ça devient apparent toujours aux mêmes âges. Alors traitement ou pas, ça n'empêche pas l'apparition. Ca diminue les troubles, certes puisque la molécule chimique agit justement pour les empêcher (mais si on enlève le traitement on en est toujours au même point car c'est n'est pas un soin).
    Tant que la thérapie suffit, ce qui veut dire que le patient reste capable d'adaptation, qu'il n'est pas dangereux pour lui et pour les autres, qu'il peut se débrouiller seul, je préfère lui laisser son libre arbitre. Certains ne basculerons jamais dans la schizo. Qui sait d'ailleurs si le traitement contre la schizo ne les précipite pas dedans ? ...
    Un psychiatre aurait certainement une réponse très différente de la mienne.

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  3. Je ne connais pas cette affection mais la description que vous faites de ces personnes leur donne effectivement un côté attachant, un peu naïf aussi et enfantin.

    Ca n’a certainement rien à voir mais ça me fait penser à quelqu'un que je connais, habitant au bord de la mer, qui est persuadée qu’un homme est amoureux d’elle et qu’il lui laisse toutes sortes de messages au bord de l’eau, là où elle va toujours se baigner et où lui va plonger. Un jour, elle pense qu’il lui a laissé un poisson mort sur ‘son’ rocher parce qu’il est en colère contre elle, un autre jour, elle pense qu’il l’aime et qu’il lui laisse des coquillages ou des pétales de fleurs pour le lui faire comprendre…
    Elle pense même qu’il peint des lignes sur les routes pour elle (vous savez, des fois, on voit des traces de peinture sur la chaussée) et elle s’efforce de les interpréter !
    Une autre fois, elle était à 300 km de chez elle, donc de chez lui également et elle l’a vu en moto. Selon elle, il l’avait suivi jusque-là. Je lui dit que ça pouvait être quelqu’un d’autre (après tout il n'est pas le seul motard en France) et lui ai demandé si elle avait pu voir son visage. Non, il avait un casque mais c’était lui, je reconnaitrais sa silhouette entre mille ! M’a-t-elle répondu. Mais, à part ça, ils ne se sont pratiquement jamais parlés, il est beaucoup trop timide, me dit-elle et elle également d’ailleurs. Donc elle fabule toute seule de son côté. Et qui sait, peut-être que lui aussi fait la même chose ! lol

    Enfin, à côté de ça, elle a également un délire paranoïaque qui l’a rend beaucoup moins marrante.

    Et puis, c'est une autre affection car elle n'a absolument pas conscience qu'elle est en plein delire.

    Lea

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  4. Ca ressemble à de l'érotomanie. Tu peux lire là : http://psychotherapeute.blogspot.com/2007/01/lrotomanie.html

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  5. salut, j'avais pris du retard dans mes lectures par ici beaucoup de choses intéressantes ces derniers articles.

    ce dernier sujet me fait penser à un vécu personnel qui m'a bien pourri la vie.. pendant de longues années de ma jeunesse j'ai pensé, dans des moments de mal être ou inversement de profonde joie, être le seul homme sur terre libre et que le reste de l'humanité me regardait vivre, me filmait, me suivait (un peu comme dans la série "le prisonnier") .. je le pensait vraiment, je me faisait un film à moi tout seul, ce qui me faisait prendre de haut les gens que je côtoyais, interpréter certaines choses de la vie comme des signes m'étant adressés. seulement dans ces moments, et heureusement je me faisait vite remettre "sur terre" quand quelqu'un me disait que j'étais à côté de la plaque, trop chiant.. je sortais de mon film aussitôt, un peu comme ce que tu décris c'est fini maintenant, mais j'y pense de temps en temps.

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  6. Traitement, pas traitement... Si la personne va bien avec la thérapie pourquoi lui en imposer un? Surtout lorsqu'on voit tout les effets secondaires...
    Aprés certaines personnes auront besoin d'un traitement pour accepter et sentir qu'on accepte son probléme.

    Aprés j'ai connu certains schizophréne qui n'avait plus de traitement ou quasi plus et qui s'en porté pas plus mal.

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  7. la schizophrénie c'est comme l'autisme, il y a plein de "niveaux". Alors certains peuvent certainement vivre sans traitement (mais est-ce vraiment des schizo ou seulement des personnalités schizotypiques puisque certains psychiatres -s'appuyant sur la CIM 10- ne feront pas la différence diagnostic), mais en général il faut un traitement de fond. Lorsqu'un schizo ne prend pas son traitement, en général l'entourage s'en aperçoit assez vite ! lol

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  8. La plupart c'était des vieux schizo (si on peu dire) ca fait 30 ans qu'ils vivent avec leur maladie, voir plus et ils ont fini par gérer autrement qu'avec les medoc, mais c'est sur que certains avait un traitement assez léger en fond.
    Aprés c'est sur que c'est assez rare et bien souvent les "jeunes" dans la maladie ne peuvent pas arreter le traitement...

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  9. Bonjour,
    Je viens de tomber sur votre blog et surtout ce message...
    Ça m'a tellement parlé!
    13 psys en 10 ans... (j'ai 27 ans) Après être passée par toute sorte de diagnostique (phobies, dépression, borderline,schizophrénie,...) et de traitements, le dernier m'a sorti "personnalité schyzotypique".
    Alterner entre psychologues, qui me renvoient vers les psychiatres... Et psychiatres qui me renvoient vers les psychologues (vu le refus des médocs, qui franchement n'aident vraiment pas quand on doit assuré professionnellement et socialement - J'ai un boulot à plein temps et un compagnon).
    Soit, trimballée de gauche à droite, je semble être une énigme face à eux... On m'assomme de "continuez de la sorte, c'est bien", ce qui ne m'aide pas vraiment, sinon je ne serais pas chez eux. J'ai fini par comprendre que pour eux, une vie meilleure n'est pas envisageable et que je dois m'estimer heureuse de ce que j'ai déjà. Vivre avec...
    Mais le problème se pose quand je vais mal... A qui parler? Trop bien pour le psychiatre, mais trop mal pour le psychologue...
    On fini par les éviter et s'en prendre à soi-même pour que ça s'arrête...
    On ne comprend jamais pourquoi "nous"...
    Pourquoi soudainement tout à chavirer là-haut...
    A chaque fois, je me dis, pourquoi ne pas en tenter un autre... Mais à chaque fois, je réalise que ça ne m'aide pas.
    J'ai aussi harceler un ancien médecin par mail pour qu'il continue à m'aider, je me confiais par mail de façon régulière (... et le fais toujours à vrai dire), ça doit faire 5 ans que ça dure... Donc, je confirme pour le transfert (il est la première personne a qui j'ai osé me confier).
    Je pense qu'aujourd'hui, c'est un cauchemar pour lui... comme pour moi, mais je ne peux m'arrêter...

    Enfin soit, je trouve vos articles pas mal fait...
    Voilà mon tit témoignage.

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  10. Faith : le problème c'est que vous ne définissez pas ce qu'est une vie meilleure. Vous avez en tête une "vie idéale". Or croyez vous que les personnes que vous pensez "normales" aient une vie "meilleure" ? Non, certainement pas.

    Ensuite, la personnalité schizotypique relève soit du psychologue soit du psychiatre, tout va dépendre de votre "état". Tant que cela reste un trouble de la personnalité qui vous laisse adaptable, capable de travailler, capable de ne pas nuire à vs même et aux autres, vs relevez du psychologue. Dès que vous devenez difficilement intégrable, vous dépendez du psychiatre. La question qui sa se poser c'est à partir de quel moment allez vs pensez que vous n'êtes plus "gérable" ? Vs risquez de ne pas vs en apercevoir... Par exemple, vs reconnaissez "harceler" votre médecin. Pensez vs que ce soit un cpt attendu ? Non bien sur. Soit vs arrivez à contrôler vos pensées (et c'est le psychologue qui vs y aidera), soit vs n'arrivez pas à contrôler vos pensées et il vous orienter vers un psychiatre.

    Il ne faut pas vs en prendre à vous, mais bien à la situation initiale qui a permis le développement de ce type de personnalité.

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  11. Bonjour,

    j'ai créé un groupe facebook sur les troubles de la personnalité schizotypique pour échanger dessus, pour ceux que cela intéresse:

    https://www.facebook.com/groups/634105016684123/

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