mardi 2 août 2011

Le déni

J'ai 10 minutes devant moi pour vous expliquer ce qu'est le déni. 

Rien que de se dire qu'en 10 minutes c'est possible, c'est un déni en soi.

Le déni c'est lorsqu'une personne n'arrive pas à intégrer une réalité.... tout en sachant que cette réalité existe.

Ainsi, une personne peut tout à fait rationnaliser en vous disant 'je sais que ça existe et que je dois faire/dire/penser cela" mais en même temps dès qu'elle a fini de le dire sa psychée fait comme si cet événement n'existait pas et continue à se comporter comme si rien de tout cela n'était réel.

L'exemple typique est bien sur l'intégration d'un décès.
En effet, la mort d'une personne qu'on aimait bien passe par une phase de déni. Vous savez que la personne est morte, vous avez même été à son enterrement, si on vous dit qu'elle est décédée vous êtes d'accord et vous en parlez au passé. Mais en même temps vous n'arrivez pas à croire qu'elle est morte. Vous avez même l'impression qu'elle est encore vivante et que juste vous n'avez pas de nouvelles. Cette partie là est du déni.

C'est juste une phase à passer. Car le déni est normalement un mécanisme de défense face à un événement difficile à intégrer psychiquement mais qui finira par faire son "chemin" et sera enfin intégrer.

S'il est sain de passer par cette phase dans un deuil (qu'il soit réel ou purement psychique), cela devient pathologique lorsque ça perdure.

Je pourrai vous parler des dénis de grossesse, qui sont extrêmement rares (contrairement à ce que cherche à nous faire penser les médias). Dans ce cas, bien que tous les signes soient là, que la femme sache qu'elle est enceinte, jusqu'à l'accouchement une partie d'elle nie cet état de fait. 

On peut dénier beaucoup de situations, de la détresse au travail par exemple ou plus simplement l'impact que certaines paroles ont sur nous.

"Déni" est un terme imprécis. En fait en français on n'avait pas de terme plus précis pour traduire le terme allemand utilisé par Freud. Mais on parle désormais plutôt de "dénégation". Car dans le déni il existe une notion de non connaissance des faits. Dans la dénégation, la personne sait mais elle réfute ce qu'elle sait ("ca n'est pas arrivé"). Il est évident que pour dire que quelque chose n'est pas vrai, il faut bien qu'avant une prise de conscience de l'événement existe.

Il n'y a même pas de conflit entre la réalité et le déni. Ils cohabitent.

Et c'est tout le problème. Car si le phase de "dénégation", comme mécanisme de défense, existe face à beaucoup de problématiques, normalement plus ou moins rapidement, la réalité prend sa place et est acceptée.

Or dans certains cas le refus de la réalité va s'installer. C'est la porte ouverte vers la psychose.



12 commentaires:

  1. Peut-on vivre dans le déni ?

    Je veux dire, si la personne est heureuse comme ça, même si ce n'est pas la réalité, au fond peu importe la vraie réalité dès l'instant où la réalité de la personne lui convient même si elle n'est pas universelle ?

    RépondreSupprimer
  2. Le déni et la réalité cohabite et n’occasionne aucun conflit, cela signifie que l’on n’a pas conscience d’être dans le déni ou au contraire on est conscient qu’il y a quelque chose qui ne va pas mais on accepte deux états de fait totalement contradictoires ?

    Et si on n’en a pas réellement conscience, comment fait-on pour savoir si on est dans le déni ou la dénégation ? Quels en sont les signes ?

    Lea

    RépondreSupprimer
  3. Mais alors quand on s'aperçoit que la phase de dénégation devient problématique, comment faire pour y remédier?

    RépondreSupprimer
  4. Jigsaw : les gens vivent très bien dans le déni. Mais il peut se présenter diverses situations qui vont compliquer tout cela. Par exemple, l'entourage est bien embêté car dès qu'il aborde la situation déniée, l'autre explose en larme ou en colère. Voire il ne comprend pas vraiment de quoi on parle. Et puis la situation de déni ne prépare à rien puisqu'il y a refus de la situation. Si je reprends l'exemple d'un décès. Tout l'entourage savait que telle personne allait décéder sauf la personne qui est dans le déni. Le jour où la mort fait son oeuvre, celui qui est dans le déni n'est pas préparé. 1. c'est une grande "claque", 2. il n'y a pas compréhension du pourquoi puisque tout paraissait "normal", 3. la dépression qui suit est énorme. C'est le même processus pour le déni de grossesse d'ailleurs.
    Alors soit la réalité trouve sa place et la personne réintègre le monde, soit cette réalité ne fait pas son chemin et il existe une déconnection qui "décale" la personne d'avec le reste de son entourage. Le problème c'est que lorsque la psychée a compris que ce mécanisme de défense fonctionne bien, elle va se mettre à l'appliquer partout et rapidement pour toutes les autres situations vécues comme "génantes". Au bout d'un moment la connection avec la réalité devient ténue, d'où l'entrée en psychose.

    Lea : c'est plus compliqué que cela. La personne n'a pas conscience d'être dans le déni et en même temps est capable de dire à ceux qui tentent de l'ancrer dans la réalité "je sais tout ce que vous me dites" et peut même argumenter sur cette réalité tant qu'elle est en contact avec l'entourage qui la ramène à la réalité. Mais dès qu'elle est seule (ne serait-ce que 2 minutes aux toilettes) paf ! la réalité disparait et elle revient avec un discours non conforme à la réalité et ne s'en rend pas compte. Donc on peut dire que la vérité est sue mais refusée et que le déni est su aussi mais accepté (les patients disent "je n'arrive pas à accepter la vérité"). La réalité est inacceptable car la personne pense qu'elle conduirait vers la "folie" or c'est le déni qui va l'y conduire !

    Pour la personne qui vie le déni, cette dissociation est perçue (comme je viens de l'écrire) mais c'est la seule solution acceptable. Donc il y a dissociation dont le patient n'a pas conscience (si l'esprit était simple ça se saurait). On est vraiment aux portes de la psychose. Le psychotique au début de sa vie va paraître "normal" puis vont apparaître quelques bizarreries qu'il va mettre sur le compte de l'étourderie, de la fatigue. Puis il va se rendre compte que quelque chose ne va pas mais il mettra ça sur le compte des "autres" qui lui en veulent, l'agressent, deviennent désagréable (ce qui est vrai puisque l'entourage cherche à le ramener à une réalité non plaisante). Et puis arrive le moment où il en peut plus se rendre compte.

    L'intérêt si je puis dire de la dénégation, c'est que c'est passager. Le patient n'est pas psychotique et la confrontation à la réalité doit devenir acceptable avec le temps même si c'est difficile (certaines femmes après un déni de grossesse deviennent d'excellentes mères).

    Inconnu : pour qui cela devient problématique ? Pour l'entourage je suppose ? Il faudrait définir ce que veut dire "problématique". Mais il paraît important de continuer à confronter la personne à la réalité. En gros il faut que ça "rentre", mais attention ! en douceur car sinon la personne prend cela pour de l'agressivité et se renfermer ! La dénégation n'est en fait qu'une résistance au changement. Il faut donc informer, discuter, expliquer ou montrer les répercussions réelles pour que la psychée accepte.

    RépondreSupprimer
  5. Donc, si j'ai bien compris, et en prenant un exemple assez courant, quelqu'un qui, en cas de rupture, semble dans ses propos accepter que son partenaire veuille le quitter et indique vouloir mettre un terme à cette situation mais, qui se comporte de façon totalement contraire et, continue à faire comme si de rien n'était dés la conversation terminée... est dans la dénégation ?


    La dénégation est un méchanisme de défense mais il ne faut effectivement pas que ça dure trop longtemps car la chute peut être d'autant plus douloureuse... c'est vraiment reculer pour me sauter, me semble-t'il.

    RépondreSupprimer
  6. Pour reprendre ton exemple, ce n'est pas si simple. En effet, le partenaire quitté peut très bien ne pas comprendre pourquoi l'autre veut partir. Celui qui veut partir est il assez clair dans ses motivations ? Et puis dans une séparation il y a toujours un temps de décalage entre celui qui est décidé de partir (et qui y pense depuis plusieurs mois) et celui auquel on annonce la volonté de partir et qui tombe des nues. Celui ci a plusieurs mois à rattraper par rapport à l'autre et des fois il ne comprend pas ce qui lui semble -de son point de vue- une décision brutale. Maintenant dans ce type d'exemple s'il y a déni, il faut de demander de quoi ? de la demande en séparation ou de ses propres comportements qui mènent à cette situation ?
    En effet, s'il y a dénégation, lors de la signature du divorce c'est douloureux... mais tant mieux car la douleur veut dire que la réalité prend le pas sur le "délire". Le risque étant justement que le déni ne cesse pas et c'est comme cela qu'on se retrouve avec des harceleurs ou des personnes qui disent ne plus pouvoir vivre sans l'autre et qui vont vers une TS.

    RépondreSupprimer
  7. La personne peu rester dans le déni sans forcement tomber dans la psychose ? Après ca dépend peut être de la situation que la personne déni?
    Et si la personne entre dans la psychose est ce que si elle sors du déni elle reviens dans la réalité ou fini par rester dans la psychose?

    RépondreSupprimer
  8. Lymphe : le déni va finir par s'étendre puisque le psychisme comprend que c'est un bon moyen de ne pas attaquer son intégrité. Comme je l'écrivais, cela va s'appliquer à n'importe quoi.
    Lorsqu'on est dans la psychose on n'en sort pas....

    RépondreSupprimer
  9. C'est comme Catherine dans Desperate Housewives?

    dommage que vous n'ayez eu que 10 mn, ça aurait été intéressant d'en savoir plus sur le passage de déni à psychose =)

    RépondreSupprimer
  10. Ouais c'est bien se que je me disais mais je trouvais ca bizarre d'entrée dans une psychose juste aprés un déni, mais c'est vrai qu'aprés ca peu se "propager"... Aprés c'est surement les personne avec un terrain propice. Ca doit etre assez rare quand meme d'entrée dans une psychose suite a un déni. La plupart des gens avec une thérapie, meme si c'est long vont finir par prendre conscience de la réaliter. Pas forcement l'accepter mais au moins ne plus etre dans le déni.

    RépondreSupprimer
  11. On ne rentre pas en psychose parce qu'on fait un déni, mais parce qu'il persiste. La plupart des personnes en déni ne font pas de thérapie car ils n'en voient pas la nécessité. Je suis d'accord, je pense aussi qu'il existe des terrains facilitateurs.

    RépondreSupprimer
  12. Feo : je ne regarde pas cette série, je ne sais donc pas de quoi tu parles.
    Il n'y a rien à dire de spécial sur le passage du déni à la psychose, cela parait évident. Je pense, comme je l'écrivais à Lymphe, qu'il existe des terrains et un âge propices à ce passage. La psychose c'est comme le cancer, on l'a tous en nous. Mais il faut un "déclencheur" pour que cela apparaisse. Pourquoi chez l'un et pas chez l'autre ? Je n'ai pas la réponse. Certains patients subissent peu et s'effondrent, d'autres subissent des trucs de ouf et (sur)vivent très bien bien que le milieu d'origine et d'évolution semblent quasi les mêmes. Qu'est ce qui fait la différence ? Nul ne le sait.

    RépondreSupprimer

Stats