samedi 27 août 2011

Les pervers narcissiques


La notion de "pervers narcissique" a été lancé par une psychologue il y a quelques années.
Il s'agissait à l'époque de décrire au mieux le comportement de certaines personnes au sein de l'entreprise.
Ainsi il existait des gentils "harcelés" et des méchants "pervers narcissiques".

Son discours visait à faire comprendre au grand public le vécu difficile de certains salariés en grande souffrance. 

Si la notion de "harcelé moral" n'existait pas, cette catégorie de population en souffrance bien connue des psys n'avait pas vraiment de nom, après tout y coller une étiquette pourquoi pas ?. Mais pour la catégorie "pervers narcissique" c'est une autre histoire.
La notion de pervers narcissique revoit bien sur à Narcisse. Celui qui s'admirait dans l'eau au point d'en mourir. 
Le pervers narcissique ne penserait donc qu'à lui, tout tournerait autour de lui, lui seul compterait.

A force d'écouter et de rencontrer des victimes de violences conjugales, je peux vous assure que j'entend parler à longueur de journée des "pervers narcissiques". Je demande donc d'où elles sortent cela ces chères victimes. Mais d'un livre voyons ! Vous savez le bouquin écrit par....... ! Euuuh, oui. Mais votre "pervers narcissique" il a été diagnostiqué par un psychiatre ? Ah non, c'est juste qu'il/qu'elle correspond exactement à la description du livre.... Ben voyons.

Alors Ok, tout ça c'est bien beau. Sauf que...

Sauf que "pervers narcissique" est un pléonasme.
C'est comme "monter en haut" ou "descendre en bas". 
Un pervers est OBLIGATOIREMENT narcissique.

Je crois que j'ai déjà fait un article sur le sujet. Le pervers n'est pas ce qu'on croit.
Ce n'est pas un obsédé sexuel, ni un pédophile, ni un être vivant dans des turpitudes diaboliques (vous vous pencherez sur les différences entre perversion et perversité).
Il peut bien sur être tout cela. En plus.
Le pervers en psychologie est un déviant.
Il n'est régit que par ses propres lois, qui elles seulent lui donnent du plaisir. Et le monde est prié de s'y plier. Tout sera bon pour réussir à ce que ces lois prennent force. Tout sera bon pour éliminer ceux qui ne les acceptent pas.
Ces lois peuvent être morales, sexuelles, psychologiques.... ou le tout à la fois.

Il y a encore quelques années, le "pervers" était surtout perçu comme un déviant sexuel par le "public" non profesionnel. Désormais, si vous taper "pervers" dans un moteur de recherche, vous n'obtenez que des articles sur les pervers narcissiques. Le créneau est porteur... et rémunérateur.

Chacun y reconnait désormais son voisin, son collègue, son conjoint. Mais surtout pas soi. LOL

Par expérience personnelle, je dirai pourtant que c'est souvent celui qui accuse l'autre qui l'est... mais ça n'engage que moi !

Alors, on nous parle aussi de pervers manipulateur ou de manipulateur pervers. On peut très bien être manipulateur sans être pervers (si vous faites "l'avion" à votre gosse pour qu'il avale sa cuillérée d'épinards, vous le manipulez de façon perverse, mais vous n'êtes pas pervers pour autant). Mais on ne peut pas être pervers sans être manipulateur, puisque, je l'ai écrit, tout est bon pour arriver à faire appliquer sa loi. Lui seul à raison, tout les autres n'ont rien compris...

Alors je suppose que les professionnels n'auront pas gain de cause face à certains lobbies qui voudraient absolument faire entrer le terme de "pervers narcissique" dans le prochain DSM (tout comme la notion "d'aliénation parentale"...Je dis ça je dis rien). 

Le pervers vient-il en consultation ? 

Oui ! Pour accuser l'autre de la manipuler et d'être un vil pervers manipulateur ! Et lorsqu'on le met face à ses comportements, il arrive à douter. Le problème est que les séances ont un temps limité et que la séance suivante il a balayé d'un revers les arguments admis quelques jours plus tôt... en les retournant contre sa victime... ou contre le psy !

Ah oui, j'oubliais, il y a autant de pervers chez les hommes que chez les femmes.


Le pervers vous manipule. Au début, il dicte sa loi puis prend du plaisir à vous voir vous détruire.

9 commentaires:

  1. C'est vrai qu'il est très difficile pour un non professionnel de faire la part des choses et de s'y retrouver entre toutes ces notions assez compliquées pour un novice et avec des différences parfois assez subtiles (enfin pour un non initié, peut-être pas du tout pour un professionnel).

    J'ai déjà eu l'impression dans ma vie d'être manipulée par une personne proche ayant vraisemblablement de gros problèmes psychiatriques. (c'est une impression trés désagréable d'ailleurs).
    J'ai commencé à lire divers livres de psychologie et suis tombée sur 'Le harcelement moral' de M.F. Hirigoyen. Le titre m'a interpelé, je l'ai acheté et lu. Et ben, je n'ai absolument pas reconnu la personne à qui je pensais en l'achetant mais, par contre, plus j'avançais dans ma lecture plus je me rendais compte que la description correspondait de façon vraiment étrange à une autre personne de mon entourage.
    Sur le moment, j'étais presque persuadée que cette personne était pervers narcissique. Avec le recul, je me suis demandée si c'était vraiment cela... mais il y avait dans tous les cas des similitudes plus que troublantes. Il avait sans aucun doute une personnalité trés narcissique et faisait preuve de trés peu d'empathie... maintenant était-il pervers et manipulateur ? Peut-être, mais je suis loin d'en être sûre à 100 % aujourd'hui.

    Je suis pour la 'vulgarisation' de la psychologie, absolument. Je suis favorable à l'éducation des gens dans ce domaine et dans beaucoup d'autres d'ailleurs. Mais en ce qui concerne le diagnostic, laissons ça aux professionnels car sinon c'est très vite tout et n'importe quoi.
    Quand on sait qu'un psy a besoin au moins d'un an pour pouvoir émettre un diagnostic et cerner réellement la problèmatique d'un patient...
    Et quand on sait également que pour un même patient, différents psy pourront très facilement faire différents diagnostics...
    Déjà qu'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord et s'en sortir eux-mêmes après des années d'études et d'expériences, ce n'est certainement pas en lisant un livre que Mr tout le monde va mettre à jour le trouble psychologique/psychiatrique de son voisin !
    Et comme tu dis sans parler des éventuelles projections qui sont faites inconsciemment et qui font que l'on voit dans l'autre ce que l'on ne veut/peut pas voir chez soi.

    RépondreSupprimer
  2. Le pervers est manipulateur souvent sans qu'on s'en aperçoive. En fait, ce sont nos propres comportements/réactions qui nous montre que nous nous faisons manipuler. Nous sommes mal à l'aise, on a l'impression d'être "coincé" dans notre réponse, dire non est très difficile ou nous ne savons plus ce qui est bien/mal ou adapté/inadapté. Le pervers est souvent très fort en communication paradoxale.

    RépondreSupprimer
  3. Il n'y aurait pas de "pervers manipulateurs" si les gens n'étaient pas aussi naïfs. Je ne dénigre absolument pas les victimes et ne sous-estime pas non plus l'intelligence du pervers, mais les gens qui sont en victime face à ce genre de situation, ce n'est pas un hasard, le pervers lui-même le sait, il ne pourra pas s'attaquer à tout le monde.
    La perversité est considérée comme une névrose ou une psychose ? Et du coup les thérapies sont-elles vraiment utiles ? Je veux dire, ce n'est pas comme la dépression qu'on peut "soulager" (même si pas guérir) à l'aide de médocs, là, il n'y a pas de chimie à utiliser, pas d'hallu, pas d'agitation, c'est de la manipulation, en soi, en quoi c'est grave ?

    RépondreSupprimer
  4. Jigsaw : je te trouve bien dure. Le principe du pervers c'est qu'il trompe son monde. Tout le monde. Nul n'est à l'abri de se faire avoir je peux t'assurer. La différence va être dans la réaction. Pour en avoir vu faire en entreprise, lorsqu'ils s'attaquent à des personnes fragiles, ils sont destructeurs. Je vais prendre un exemple simple : l'assistante d'un pervers narcissique est une jeune femme hyper disponibles, parfaite et qui rend bien service à son chef. Puis paf, bébé, congés de maternité. Lorsqu'elle revient les horaires de la crèches ne collent plus avec la notion de disponibilité. Elle ne rend plus assez service à son chef qui décide de la détruire. La communication paradoxale se met en place. Elle ne sait plus ce qui est bien ou mal dans son travail. Elle ne sait plus exactement ce qu'il faut faire. Si elle fait, on lui reproche, si elle ne fait pas, on lui reproche. Il n'y a pas de solution. Déprime, dépression, burn out (en 2 mois de temps). Moi je serai partie. Je suis allée la voir, je lui ai demandé pourquoi elle restait. Sa réponse ? Parce qu'elle avait acheter une maison, crédit blabla. Parce que son mari venait d'être viré de son boulot, 1 salaire en moins. Parce qu'elle venait d'avoir un gosse et qu'elle ne pouvait plus se permettre de vivre avec seulement 50 % de son salaire.... Son chef connaissait toutes ces conditions, il savait qu'il pouvait la manipuler, la torturer, la détruire, elle ne ferait rien. Au début, elle avait du répondait, posait des questions. Mais au bout, elle était épuisée, n'arrivait plus à penser, était paralysée par la peur. Le chef s'amusait beaucoup.
    Il a essayé avec moi. j'étais consultante, il avait besoin de mon savoir. Il m'a balancé un truc, je l'ai regardé, j'ai attrapé mon sac et je me suis tirée. Il m'a rattrapé à l'ascenseur en s'excusant ! Il a tenté de recommencer, c'était plus fort que lui, mais s'en apercevait et s'excusait. Dans ma situation, j'étais en force. Si j'avais été à la place de son assistante j'aurai certainement craquée aussi. Le pervers arrive à t'avoir parce qu'il utilise soit tes failles. Mais ce ne sont pas toujours de failles psychologiques, pas toujours de la fragilité. C'est l'opportunité de la situation qui fait que cela fonctionne.
    par contre, les sectes fonctionnent principalement sur les failles psychologiques.

    RépondreSupprimer
  5. bonjour , merci pour cet article.
    Pouvez-vous nous dire la différence entre un pervers et un psychopathe ?

    RépondreSupprimer
  6. Je suis d'accord avec vous, mais prenons votre exemple, la jeune assistante porte plainte, avant elle prend soin de rassembler les éléments prouvant sa bonne foi, témoignage des collègues, enregistrement, bref tout les éléments pouvant appuyer ses dires. Bien sûr ça passe aussi par un mental fort, savoir que l'on fait son travail de façon organisé et de façon conforme à ce qui est demandé, savoir que les reproches sont injustifiés afin de prendre du recul face à ce qui est dit et de créer une barrière entre soi et le patron. Bien sûr ce n'est pas simple, franchement pas, mais rester en position de victime, soumise à son bourreau parce que les circonstances font que l'on ne peut pas s'en dépêtrer ce n'est pas une solution à terme, ni pour soi, ni pour sa famille. Si un jour son gamin lui demande "maman pourquoi tu es restée à ton boulot alors que tu vivais l'enfer ?" et qu'elle répondrait ce qu'elle vous a répondu.. le gamin répondrait sûrement qu'il préférerait être dans la merde financièrement que d'avoir une maman détruire.
    Oui c'est idéaliste, et je me rend bien compte que dans le concret, une fois prise au piège on n'a pas forcément tout le recul nécessaire pour envisager les solutions. Mais de la façon dont vous présentez les choses ça me parait assez "sans remède", fataliste. Et il n'y a de fatalité que si on le décide.

    RépondreSupprimer
  7. Dans une telle situation, il n'y a plus de collègues, surtout pas prêt à témoigner ! Cela devient chacun pour soi. Les enregistrements ne démontrent rien, juste que le chef s'est trompé ou qu'il a donné un ordre bancal. Et alors ? Comme tu l'écris vu de l'extérieur ça parait banal. Cela prend un peu de temps pour s'installer aussi. Au début les gens sont forts, puis fatigués et dans l'incompréhension. Ils savent qu'ils bossent bien, mais ils finissent par douter. C'est l'autre qui semble avoir raison. Et il fini par avoir raison car comme il n'y a pas de solution devant l'impossibilité de trancher , on se trompe systématiquement. De ce fait, le boulot est toujours mal fait et donne lieu à reproches.

    Tu as raison avec le recul, le gamin dira à sa mère qu'elle aurait du partir. Mais sur le coup, la mère pense au bien être de son fils : ne pas manquer de nourriture, avoir un toit et du chuaffage. Je te dirai aussi que des parents en situation financière difficile sont aussi des parents destructurés et difficile à vivre. Les parents choisissent entre deux maux : souffrir et avoir les moyens et souffrir et ne pas avoir les moyens.
    Dans l'entreprise peu de remèdes : pas de soutien du médecin du travail, les syndicats n'en parlons pas, pas de collègues derrière soi et les RH qui te disent que tu te fais des idées...

    Il n'existe que 2 solutions. Se dire qu'on va se battre avec les armes de l'autre. Ca fonctionne, mais il faut être fort.
    La meilleure solution est de partir. Mais trouver du boulot ailleurs, aie aie, pas simple.
    Il n'y a pas de fatalité, il y a une situation avec peu de solutions acceptables.

    RépondreSupprimer
  8. Le monde de l'esprit est un domaine bien complexe, surtout pour les non-initiés. Je lis régulièrement vos articles que je trouve fascinants, enrichissants et toujours bien écrits.

    Aujourd'hui je me décide à participer car cet article me touche plus particulièrement.

    Pour aller vite et ne pas raconter toute ma vie : moi aussi, après de nombreuses lectures googlesques, je suis arrivée à la conclusion que mon père est un "pervers narcissique". J'ai bien conscience que ce "diagnostique" n'a pas vraiment de valeur, pourtant...et c'est là où je voudrais en venir précisément au sujet de cet article...pourtant cela m'a fait un bien fou.

    J'ai beaucoup souffert et je souffre encore de cette situation. J'ai cherché, réfléchi car je ne comprennais pas cet être qui me cause sciemment de la peine. Sensation d'être une marionnette impuissante, angoisse, peur, violence...Evidemment, je me rends bien compte qu'il y a des personnes qui connaissent des situations bien plus horribles, mais une douleur reste une douleur, surtout quand elle n'a pas de nom.

    Nommer, se frapper le front et dire "mais enfin, c'est cela", enfin constater que non, décidément non, ce comportement n'est pas normal ; c'est retrouver son souffle.

    Je veux bien croire que la dénomination de "pervers narcissique" soit profondément débile pour un professionnel mais pour des personnes qui estiment en être victimes, c'est certainement appaisant. Mettre des mots sur des maux m'a permis de me sentir moins vulnérable, d'ouvrir les yeux sur le spectacle de marionnettes dans lequel j'étais prise. Je ne suis pas encore totalement libre, mais j'y travaille chaque jour.

    Pensez-vous que ce genre de vulgarisation soit vraiment néfaste pour le lecteur lambda ? Quelles sont les risques selon vous ?

    Dédicace à Pinocchio...

    Merci encore pour vos textes.

    RépondreSupprimer
  9. Emi : vous vous méprenez. Ce n'et pas "débile", c'est juste, comment dire, une faute de... français. je comprends tout à fait ce besoin de coller une étiquette, de savoir enfin. Mais il suffirait de dire "pervers" pour dire exactement la même chose. Le problème vient du fait que justement le terme "pervers" ne veut pas dire la même chose pour les psy et pour le public. Comme je l'écrivais, pour le grand public le pervers est souvent encore celui qui a des déviances sexuelles. Prenons un exemple de l'actualité : prenons par exemple un homme politique de passage aux USA qui se fait arrêter pour agressions sexuelles. Vous voyez le genre. Bref, pour le public ses turpitudes font de lui un pervers. Pour les psys c'est un obsessionnel compulsif. Il est peut être pervers s'il manipule ses victimes pour arriver à ses fins, mais c'est la cerise sur le gâteau.
    Le risque : c'est qu'à force d'arriver en consultation avec un autodiagnostic 1. le patient pousse le psy dans une voie de diagnostic qui n'est pas la bonne, 2. que le psy cherche absolument à faire coller son suivi au diagnostic du patient, 3. que le patient passe de psy en psy car aucun de répondra à sa perception qu'il a de son vécu.

    RépondreSupprimer

Stats