mardi 23 août 2011

Vous êtes conditionnés - 3

Pour ceux qui n'auraient pas suivis, le premier article est par là et le second par ici.

Bon, vous l'aurez compris tout est conditionnement... ou presque.
On aimerait se dire qu'on a notre libre arbitre et que nous faisons nos choix en toute quiétude et en toute indépendance et crac voila qu'en fait vous ne faites que reproduire un schéma appris, parfois il y a très longtemps.

Je conduis. Un peu perdue je cherche mon chemin. Arrive une fourche. A droite ou à gauche ? Soit je m'arrête au milieu, incapable de prendre une décision (je suis très immature) soit je pars à droite soit à gauche. Ai-je choisi au hasard ? Peut être. Peut être ai-je été aussi attirée par la couleur du mur de l'immeuble qui m'a paru plus sympathique d'un côté. Peut être ai-je préféré "l'ambiance" de la rue. Peut être ai-je pensé que cela semblait plus court de tel côté. Peut être qu'en fait je suis attirée par la couleur de cet immeuble parce que j'ai vécu dans un immeuble de cette couleur (ou qu'au contraire je la fuis et j'ai pris de l'autre côté). Peut être que j'aime 'l'ambiance' de cette rue parce qu'on m'a appris à préférer les endroits calmes et verdoyants (mes parents étaient écolo), peut être que cela semblait plus court de ce côté parce que lorsque j'étais petite, confronté à cette situation, papa prenait toujours de ce côté.... Tout semble anodin et impulsif. Rien ne l'est.

Maintenant, tentons une expérience. Imaginez vous à votre tour dans cette voiture. A la fourche, quelque chose vous "tire" à prendre tel côté. Prenez l'autre. Que ressentez vous ? Déjà il a fallut vous forcer pour le faire, comme si vos bras étaient lourds ou le volant difficile à tourner. Ensuite, vous avez l'impression de faire une bêtise ou de ne pas être là où vous devriez ou tout autre situation de mal-être. 

Après tout que vous preniez à droite ou à gauche, à part vous perdre sans doute, n'a pas grand intérêt. lol Mais comme vous ne savez pas d'avance quel côté vous mène à la perdition, après tout peu importe non ?
Eh bien non, justement.

Vous avez appris à un moment donné qu'il fallait préférer telle couleur, telle parole, tel comportement...

Et toute la question est là. 

Ce n'est qu'un apprentissage. Or tout ce qui est appris, peut être plus ou moins désappris ou remplacer par un autre apprentissage.

Je sais c'est facile à écrire et bien plus difficile à mettre en oeuvre. D'autant que très souvent, cet apprentissage est apparu sur le tard et a été renforcé... uniquement par vous même.

Prenons un exemple, dur mais concret. Il est 3 heures du matin, une ado se fait violer par un type dans une rue sur le chemin de retour d'une soirée. Contre toute attente, elle n'a pas appris à avoir peur d'aller en soirée, elle n'a pas appris à avoir peur dans la rue, elle n'a pas appris à avoir peur dans marcher dans le noir. Elle va apprendre à avoir peur des hommes. J'écris bien "va" parce que le lendemain, elle n'a pas peur des hommes. Elle a peur de la réaction de ses parents s'ils apprennent qu'en fait elle était en soirée au lieu de dormir chez sa copine. Elle se sent sale et déprimée. Mais elle va retourner en soirée en douce, va encore rentrer seule à 3 h du mat. Et va avoir peur de croiser un mec. Dès qu'elle en voit un au loin, elle l'évite en changeant de trottoir, en changeant de rue... Il ne va rien lui arriver. Pendant des années. Sa vie va à peu près bien, sauf que croiser un homme lui est très difficile. Depuis cette fâcheuse rencontre, elle en a croisé des hommes. Elle leur a même parlé, elle est même sortie avec quelques uns sans aller plus loin. Aucun, depuis toutes ses années, n'a essayé de la forcer à quoi que ce soit, n'a même fait allusion à ce qu'il pourrait lui faire de force. Elle a appris. En une fois. Que toutes les hommes sont des violeurs. Si on rationnalise, c'est illogique. Si ce n'est arrivé qu'une fois en 35 ans de vie, alors que la situation de rencontre avec des hommes a eu lieu des milliers de fois, statistiquement le risque est quasi nul. 

C'est pareil pour plein d'autres situations. Traumas, accidents (d'ailleurs ne dit on pas lorsqu'on tombe de vélo qu'il faut s'y remettre de suite ?).

Il ne s'agit pas de nier la force du trauma. Mais il s'agit de s'en débarrasser, en tout cas d'en diminuer l'impact.
Et se rendre compte que si l'impact est si important c'est parce qu'on veut qu'il soit important. Si je reprends l'exemple de la jeune violée, l'impact ne s'est pas transmis à toute la situation (soirée, nuit, rue...) mais uniquement à l'acteur. C'est un choix personnel, qui répond d'ailleurs à une problématique personnelle. Lorsqu'elle retourne au lycée, ce sont toujours les mêmes mecs qu'elle regarde différemment. C'est sa vision qui déforme la réalité. Elle apprend seul à se méfier de tous les hommes. Et à chaque fois qu'elle va croiser un homme elle va avoir des doutes sur ce qu'il est au fond de lui. Elle autorenforce son conditionnement.

Tout cela relève de la psychothérapie cognitivo-comportementale. Il faut désapprendre ce qui a été appris. Modifier les pensées "magiques", modifier les comportements et cesser de croire que parce qu'on modifie ce comportement cela va entraîner quelque chose de négatif.

Le chienchien de Pavlov si on arrête de lui casser les oreilles avec les clochettes, il salivera tout autant rien qu'en voyant arriver sa gamelle. Et au bout d'un certain temps, le son de la clochette lui rappellera certes qu'avant c'était le signal de la nourriture, mais désormais il écoutera son estomac qui lui dira qu'il vient de manger et que ce n'est pas la peine de saliver comme un dingue.

 Est-ce que j'ai l'air d'avoir besoin d'une clochette pour savoir si j'ai faim ?




9 commentaires:

  1. Désapprendre est effectivement très long et nécessite de se projeter dans le passé d'un autre, que l'on ignore de surcroît, afin de s'imaginer comment il a appris. La démarche est absurde certes, mais quand on se bat à toute force pour se conformer à un monde qui vous est étranger, il n'y a malheureusement que très peu de choix logique.

    Je ne vais pas raconter mon histoire, qui n'a rien de tragique mais est, quelque peu, hors norme.

    J'avais le sentiment d'être irresponsable, donc afin de me responsabiliser de force, j'en ai conclus qu'il fallait que je devienne plus con (le terme est juste même si j'aurai préféré un synonyme moins violent). Le seul moyen qui me semblait logique était de faire comme tout un chacun, c-à-d regarder la TV (ce que je n'avais jamais fais de manière aussi intense que j'allais le faire). Ma vision des gens responsables, dit normaux, était des êtres qui dès le retour de leurs activités professionnelles, se positionnaient confortablement dans un sofa, appuyaient sur le bouton d'une télécommande et plongeaient leur regard dans un téléviseur. Le choix des programmes fut relativement complexe à subodorer, mes amis proches étant tout aussi en marge que je ne le suis, leur expérience n'apportant rien à mon expérimentation.

    Pour résumer, je me suis créé une nouvelle sphère amicale, qui me permit d'entrer en contact avec ces êtres normaux et responsables. Le choix des programmes est très vaste, des informations nationales aux tv-achats en passants par les Simpsons, les jeux télévisées, des films exceptionnellement, les heures de publicités, la technique du zapping (éreintant pour un néophyte), bref un monde très vaste sans bouger finalement.

    Je m'y suis donc mis, mais au bout de 18 mois intensivement, mis à part le mal de dos engendré par la surcharge pondérale ainsi que les mots de têtes découlant des symptômes précédent, je ne suis devenu ni normal et encore bien moins responsable.

    Pourtant, je fais tout comme eux. Je fais mes courses à Lidl, je me vêt chez Kiabi, je mange gras, je lis le journal, j'en discute avec les collègues, je me sens un parfait citoyen de cette grande nation. En outre, je ne m'engueule jamais avec ma copine, je ne la frappe pas non plus (j'ai essayé pourtant), je la trompe mais je la préviens avant, ça permet d'expliquer pourquoi et souvent elle préfère que je fasse avec d'autres ce qu'elle ne tolérerait pas. Je ne bois pas d'alcool, ne prend aucune drogue et jamais de médicament (surtout ceux que l'on me prescrit), je fume 1 paquet de cigarettes quotidiennement et je me sens tellement irresponsable que j'ai opté pour le choix de ne jamais avoir d'enfant (ce qui en soit est une forme de responsabilité).

    Donc, je vous le concède, désapprendre cela ne fonctionne pas, j'imagine que même après 2000 ans d'études approfondies sur le sujet, ne m'auraient permit une approche scientifique suffisante à envisager un quelconque changement de ma personnalité et ce, quel que soit le contexte envisagé de mes expérimentations.

    Signature: Le schizophrène qui s'ignore, victime d'une mère atteinte du syndrome de "Munchaüsen by proxy" et hexakosioihexekontahexaphile de surcroît.

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  2. Non ça ne fonctionne pas du tout comme cela... heureusement ! Vous mélangez plein de trucs.
    Même si nous tenons tous dans quelques cases de classification, nous sommes tous différents et nous n'avons pas raison de vouloir être comme les autres (sauf pathologie). Intégrés socialement oui (et encore), mais pareils non.
    En thérapie on ne traite que des patients avec des conditionnements appris au cours de trauma, ces conditionnements sont donc "génants" (soit inadaptés, soit ils ramènent trop au trauma, etc...).
    Comme je l'écrivais nous sommes tous conditionnés, mais les conditionnements ne sont pas tous là pour notre malheur et sont même parfois utiles (apprendre à faire du vélo, apprendre qu'à la sonnerie le cours est fini, apprendre que lorsqu'on entend le bruit de la clé de la serrure c'est chouette parce que maman arrive, apprendre à ne pas manger un produit périmé, apprendre à dire "non",...). D'autres ne le sont pas non plus mais ont été intégrés dans des situations traumatiques (apprendre à cacher qu'on a mal -ce qui ramène aux abus subis enfants et au cours desquels l'agresseur disait qu'il ne fallait pas qu'on voit qu'on avait mal sinon les parents seraient tués...).
    Le but est de désapprendre ou échanger les conditionnements inadaptés. Ce sont des apprentissages, donc ça se modifie (avec de la volonté et de l'implication). La personnalité ne se change pas, c'est un principe génétique.

    Pour finir, je dirai qu'un comportement inadapté pour une personne ne l'est pas spécialement pour une autre (fumer par exemple !!)

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  3. Synonyme a dit...

    Donc mon ressentiment est normal et je ne dois pas tenter de le modifier, puisque à moins de posséder une machine à remonter le temps et d'avoir de surcroît un pouvoir phénotypique, changer est impensable à cet instant.

    Votre travail est pour le moins complexe, enfin pour ce seul cas. J'appréhenderai les autres au fil de mes lectures sur ce blog.

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  4. Hexa : oui le ressentiment est normal.
    Je réponds à tous vos coms : vous n'avez rien à appréhender, vous êtes ici sur un blog et pas sur un site médical. Je n'ai rien à vous apprendre, ni à vous expliquer. Si vous êtes là juste pour juger, allons donc faire un tour ailleurs. Ici je m'exprime, cela ne vous plait pas ? Allez donc squatter un autre site (et je ne doute pas que vous l'ayez déjà fait vu votre profil). Vous êtes en colère ? Vous avez une mauvaise estime de vous même au point de vouloir absolument paraître exceptionnel ? Retournez votre colère sur la bonne personne, mais pas sur moi. je n'y peux rien. Et je m'en fous.

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  5. J'ai été conditionné: les enfants doivent obéir à leurs parents et les parents ont le droit pour ce faire de punir voir de frapper leurs enfants.
    Je suis restée avec cette conviction fortement ancrée en moi qu'on devait parfois frapper les enfants pour leur bien sans quoi on était des parents laxistes d'enfants rois. Et puis j'ai eu un enfant, j'ai commencé à lire des témoignages d'éducation différente. Mon enfant a commencé à faire des "bétises" j'ai réagi comme on me l'avait appris et il comme mon fiston n'était encore pas conditionné et pas vraiment "docile", il se rebellait, je ne me voyait pas le battre comme platre pour qu'il se soumette enfin. Alors j'ai lu encore d'avantage sur l'éducation non-violente. Et j'ai testé seulement ça n'a pas été facile et de nombreuses fois les premières années j'ai du lutté contre ce conditionnement qui me faisait enrager et lever la main quand les choses ne se déroulaient pas comme je le voulais. Mais c'est possible!

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  6. Oui c'est possible. Je ne parlerai pas de frapper mais tout simplement de punir : tout dépend aussi de plein de facteurs. Il y a des gosses tu finirais par tout négocier avec eux et ça prendrait des heures. Ce n'est pas possible (et en plus pas sûre que tu gagnes !). Il y a un cadre à donner. J'ai eu des ados en consultation dont les parents négocient. Les ados disent que ce ne sont pas des parents, mais des copains ou des lâches. Avec certains parents, et en présence et demande des ados, il a été établit des punitions ! (privation de sorties, de jeux video, réparation avec prise sur l'argent de poche...).
    Il n'y a pas de juste milieu, chaque famille fait avec ses enfants, son vécu et ses attentes. Ce ne sera jamais bien de toute façon... lol

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  7. Evidement tout n'est pas négociable. Si nous n'imposions pas quelques point nous ne serions pas des parents.
    Disons que l'on joue pas mal sur l'équilibre des besoins des uns et des autres.

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  8. N'arrive pas à laisser un commentaire...

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  9. En fait si désolé, lol

    je disais sur mon commentaire, que je pense avoir été conditionnée par mes expèriances personnelles et familliales. Très déçue par le passé, dans mon enfance ainsi que dans mon adolescence et ma vie adulte, par les gens.
    Aujourd'hui famille complètement disloquée (non pas par ma faute hein), et compte qu'une seule amie proche. J'ai 23 ans et à mon âge, les jeunes sortent ont 200 amis sur facebook.. Et moi je n'aime rien de tout ça, non pas parce que l'on me l'à inculqué, mais tout simplement parce que je n'aime pas. les gens me dégoutent. Ils jugent, ils font mal gratuitement, ils sont violents, cruels, mauvais et manipulateurs. Du coup je vie en couple avec l'homme que j'aime et qui ne m'a jmais déçu, et surtout je vie hors de la ville en campagne. Au travail mes collègues se moquent de moi car, elles savent comment je suis et se moquent du fait que j'aime les animaux, et que je ne sors pas.
    Et c'est là que le doute s'installe, je me demande toujours si je suis dans le "vrai" ou dans le "faux", puisque je vais à l'encontre des la société. Si, quand j'aurai des enfants, je ne les conditionerai pas à être comme moi inconsciement, tout en sachant que je souffre de cette situation, (à ne plus supporter les actualités, tellement le monde m'insupporte)et que je ne veux pas qu'ils souffre non plus, ni montré du doigt.

    vous pouvez peut-être m'éclairer...

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