jeudi 15 septembre 2011

Est-ce qu'on rigole chez le psy ?

Voila une question qui me taraude.

J'ai plutôt tendance à me marrer avec mes patient(e)s. 

Pas tout le temps non plus n'exagérons pas.
Et contre toute attente ce sont souvent les choses les plus "dures" qui mènent au rire, non pas par mise à distance de ma part mais parce qu'il me semble évident qu'il faut détendre les patient(e)s.
On ne vient pas pour sortir en faisant la tronche de chez moi.
Même si certain(e)s m'ont dit que parfois le chemin du retour était un peu difficile... 

Je ne conçoit pas un consultation hyper sérieuse, morne, triste et terne.
Les réactions des patient(e)s me fait parfois bien rire, les miennes font parfois rire les patient(e)s. Moins dans ce sens là allez savoir pourquoi.
Ce n'est pas un rire moqueur, c'est un rire de situation. Il me parait important de dédramatiser.

Je l'ai déjà dit, le passé c'est le passé. 
Rire c'est aussi prendre de la distance avec son vécu.
Les patient(e)s les plus traumatisés ont d'ailleurs souvent développé un grand sens de l'humour.
Humour derrière lequel ils se cachent, derrière lequel ils cachent leur souffrance, leur fragilité.
L'humour permet d'avoir l'air fort, détaché de tout.
Certains patient(e)s rigolent beaucoup au début. Avec le temps ils rigolent moins.
D'abord parce que parfois je ne dis pas que des choses drôles et parfois je demande du "travail" pas amusant du tout (même si au premier abord ça parait toujours simple ou amusant...).
Et puis parce qu'au bout d'un certain temps, ces patient(e)s tombent les masques et ont moins envie de faire le pitre.

Mais l'humour reste présent, car elle me permet aussi de les toucher, de les "travailler" avec leurs propres armes (qui a dit "torturer" ???).

Alors ce n'est pas possible avec tous les patients. 
Certains n'ont pas (plus ?) le sens de l'humour.
D'autres n'ont que le rire sarcastique, ironique, jaune voire noir.

Et puis il y a les dépressifs.
Rien ne les fait rire. 
Surtout pas mon humour.

Bon ceci dit, je ne vois pas pourquoi je devrai faire un job dans lequel je ne marre pas. La vie serait d'un triste..... !!!

Alors, je me demande si chez les autre psys on se marre aussi ? Vous avez vécu quoi vous ?

source : "les psys", tome 12 "je suis moche !" editions Dupuis



10 commentaires:

  1. J'ai pris le partie de rire de tout, déjà parce que je supporte moyennement de voir un air coincé en face de moi et que me tourner en ridicule ou me moquer de mes comportements me permet d'être beaucoup plus à l'aise pour les énoncer.
    Aussi bien je peux annoncer que j'ai envie de m'éclater la tête contre un mur en riant du pathétisme de la situation et du pauvre gars qui ferait la macabre découverte, que parler d'un sujet sérieux en dédramatisant et en riant.
    Je trouve que ça aide à la parole, ça aide à ne pas se sentir juger en face, à atténuer un peu les propos, à se dire que oui on pense ou il s'est passé ça, mais qu'on a le contrôle de la situation, c'est rassurant, c'est comme raconter une histoire, c'est pas vraiment à nous, c'est pas vraiment nous, l'impact est différent, et ça évite de ressortir en vrac après la consultation. ou de ne pas sortir du tout.
    En revanche parmi les psychiatres ou psychologues qui m'ont reçu ce n'était pas toujours évident d'en dérider certains. Entre ceux qui restent stoïques ou ceux qui vous fixe en espérant analyser votre expression faciale pour un déduire tout un tas de truc pour la moitié à côté de la plaque, ou ceux qui s'obstinent à rester les yeux rivés sur leur petit bout de papier en fronçant les sourcils, j'ai rarement entendu ou vu un rire franc de l'autre côté.
    J'aimerais bien avoir un psy qui se fend la poire de temps à autre.

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  2. Pour répondre à la question, non, effectivement, on ne se marre pas toujours avec les autres psys.

    Il y en a qui savent alterner sérieux et humour mais il y en a malheureusement aussi qui se sentent obligés de prendre un air sombre et contrit, qu'ils doivent penser de circonstance. Et, ceux-là, bonjour ! Que ce soit pour le patient et le thérapeute d'ailleurs. En dehors du fait que ça peut paraitre faux, ça n'aide pas toujours le patient à aller mieux. Des fois oui, bien sûr, le psy doit savoir faire preuve d'empathie et de compréhension, mais je pense qu'il est parfois plus judicieux de dédramatiser et d'aider le patient à relativiser... même si c'est vrai que l'humour peut être aussi une facade dans certains cas.
    Et, au thérapeute à savoir doser cet humour pour ne pas donner l'impression au patient de ne pas être pris au sérieux. C'est comme tout, en fait, il faut savoir l'utiliser à bon escient et surtout au bon moment. En fait, je pense qu'il est important pour un thérapeute de savoir alterner compréhension et humour, les deux me semblent nécessaires.

    Dans tous les cas, ça doit être intéressant de voir comment les patients utilisent l'humour et comment ils y réagissent, non ?
    Ça en dit beaucoup sur la personne en fait. Donc que le thérapeute s'essaye à faire de l'humour avec un patient ne peut être qu'une bonne chose, je pense.

    Ce que j'en sais, en tant que patiente, est que ça peut vraiment faire un bien fou de se marrer un peu pendant une séance avec son thérapeute, ça aide à se sentir plus légère... et c'est déjà beaucoup.

    Mais, bon, je me dis rarement (voire jamais) en me rendant chez un psy, allez aujourd'hui, je vais me marrer un peu ! Du tout, du tout même !!
    C'est dû vraisemblablement à mon étroitesse d'esprit...

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  3. Moi j'ai très rarement rit chez mon psy, je crois que je pourrai compter le nombre de fois où c'est arrivé sur les doigts de mes mains. En fait j'y ai plus pleuré, mais je pleure très facilement. Cela dit en générale je ris facilement aussi. Du coup peut-être que soit moi soit mon psy manquons d'humour...

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  4. Bergson disait que le comique est de la mécanique plaquée sur du vivant...J'ai mis longtemps à comprendre cette idée...Je l'ai mieux comprise en consultation je crois. Le comique qui peut amener au rire se construit sur une mécanique, c'est à dire des mécanismes strictement opposés au vivant. Exemple. On a tous vus à la télé ou sur internet des images de chutes...parfois terribles. Deux réactions possibles : il y a ceux qui vont rire à gorge déployée et ceux qui vont pousser de grands cris d'angoisse car ils se demandent si la personne en question...est toujours en vie. Quand on assiste à ces fameuses chutes, subitement, on se demande si nous sommes face à un être humain qui vit et donc qui peut souffrir ou face à une machine, un robot. (On s'en fout d'un robot qui se casse la gueule !!) Cette tension entre le vivant et la mort nous met face à des interrogations angoissantes. S'est-il fait mal ? Est-il en vie ? Nous avons plusieurs façon de dépasser cette angoisse : la tristesse, la peur ou le rire libérateur. Si nous ne pouvons pas répondre à la question "Est-ce que la personne va bien"...nous demeurerons angoissé, stressé...mais si nous pouvons constater que la personne va bien, alors nous libèrerons ce stress par le rire. Faut bien que ça sorte hein.
    En consultation, j'ai pu parler de situations stressantes, de situations "contraires au vivant" : des paroles, des attitudes inquiétantes qui s'apparentaient à des scènes de théâtre, à une illusion de vie. Ne se dit-on pas parfois "Non mais je rêve, c'est un sketch ? C'est pas possible, c'est pour surprise sur prise ?" Lorsque j'arrivais à comprendre que des situations vécues avaient tout du "non vivant", lorsque je comprenais que je n'étais pas face à un comportement humain (car souple et sensible)...ce constat nous faisait parfois brutalement rire. La libération. La victoire.
    Celui qui a compris au fond de lui, que telle ou telle situation n'est pas "normale" peut s'en détacher et en rire. Mais pour cela, il faut pouvoir savoir être convaincu de la limite entre le "normal" et le "pas normal". Peut-être est-ce plus facile pour nos soignants car ils ont des capacités d'analyse et ont la capacité à se poser en spectateur. Mais pour l'acteur, changer de place n'est pas forcément facile.
    En espérant ne pas avoir été trop chiante...

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  5. Pour moi le sens d’humour est le jumeau d’intelligence. Je rigole avec mon psy, lui se moque parfois de moi, je retourne ses flèches, on commence à rire ensemble; avant lui j’avais eu deux séances avec une madame psy (séances gratuites qu’on a droit par mon emploi), elle était trop sérieuse jusqu’à l’ennui. Je préfère mon psy actuel, avec son sens d’humour et ironie, son style nonconformiste, mais chaleureux et bonhomme. Si on tombe dans les sujets tristes, il va jamais laisser le sujet trainer jusqu’à fin de séance, il monte subtilement le sujet vers une futilité, une petite blague, pour que je ne quitte pas dans un tel état d’esprit.

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  6. Cessy Loup : les patients pleurent beaucoup chez les psys, c'est assez "classique" lol ! Ma boîte de mouchoirs est toujours à portée de la main pour mes patients (certains amènent leurs mouchoirs, ils sont prévoyants). Il y a aussi des séances plus tristes que d'autres. Mais l'humour permet aussi bien d'avancer que la tristesse. On peut démontrer à son patient que son discours est paradoxal de plusieurs façons. Le faire avec humour désamorce le processus.

    Emi : c'est très intéressant ce que tu écris. Personnellement, j'ai constaté que cette approche de la souffrance par le rire semble lié à l'éducation. Ainsi, j'ai constaté que dans parmi les proches d'une famille face à une chute d'un des leurs, tous vont rire ou tous ne vont pas rire. Je ne rejoins pas ce raisonnement de mise à distance. Bien sur, je ne nie pas que l'humour permette la mise à distance (je le vois bien avec mes grands traumas psychiques). Mais dans le cas où on voit l'autre se faire mal, la mise à distance n'explique pas tout. Alors en fait si, mais c'est dans ce cas parce qu'on s'imagine à la place de celui qui a l'accident et du coup on ne veut pas s'imaginer souffrir. C'est plutôt pathologique... et très égocentré. Car du coup ceux qui se marrent minimisent la souffrance de celui qui est tombé et du coup ne lui viennent pas en aide. Le "blessé" reste donc seul avec sa souffrance et en plus cette souffrance est niée et on lui "met la honte". Ce sont des gens pour lesquels il y a honte à avoir mal.
    Perso, lorsque je vois ce type de situation en vrai ou à la télé, ça ne me fait pas rire. Sauf si c'est un film parce que je sais qu'il y a mise en scène et que personne ne s'est fait mal. Sinon pour la (télé)réalité, je me dis que la personne a du se faire sacrément mal. Ma mise à distance existe : à la télé dès que la scène est passée, je l'oublie aussi vite. Dans la réalité, je vais aider la personne ou regarder si quelqu'un l'aide. Et j'oublie. Et ça ne me fait pas rire après.
    Dans les exemples que tu donnes, je pense que souvent le rire ne libère pas du stress, le rire est moqueur. On se moque de soi, d'avoir eu peur, d'être revenu un enfant incapable de contrôler ses émotions et incompétent dans l'action. Encore une fois c'est très égocentré. Il devient justification à l'inaction : c'est trop drôle, je n'ai plus la force d'agir. En fait il cache l'incompétence, le fait de ne pas savoir quoi faire, le faire de ne pas réussir à faire preuve d'empathie.
    En consultation, le rire est différent. Le patient peut se moquer de lui (et du psy !). Le psys cherche surtout à montrer que tout ça en fait n'a pas grande importance et qu'il faut passer à autre chose.

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  7. Nous on rit parfois mais pas trop. J'suis plus souvent sortie complètement anéantie de son bureau que de bonne humeur. Mais peut-être parce que justement je riais trop et je ne voulais jamais rester sérieuse, jamais pleurer. J'ai eu l'impression que son travail avait été de me faire prendre en compte que certains sujets sont sérieux et importants, qu'on ne peut pas rire de tout et mettre une distance sans arrêt entre soi et son vécu. A un moment j'en ai même détesté l'humour chez les autres, chez mes frères surtout qui riaient de notre situation familiale alors que c'était pas si drôle que ça, et qu'il faut quand même ouvrir les yeux. Mais je reste une fille qui a beaucoup d'humour au quotidien. Bref, je pense que c'est bien de rire mais il ne faut pas tomber dans les extrêmes. Alterner rire et tristesse je trouve ça très sain.

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  8. Je ne faisais que développer et creuser autour des idées de Berson pour qui le rire peut être une façon d'évacuer des tensions. Il pense que ces angoisses sont causées par une confrontation entre la souplesse de la vie et la raideur, la "mécanique" d'une situation qui apparaît comme non-vivante. En gros, certaines situations "comiques" nous mettent façe à des angoisses : angoisse de mort, de souffrance, de folie.
    Cette idée permet d'expliquer le rire...c'est vrai ça...pourquoi on rit ? Toujours pour la même situation, personnellement (et ça vaut ce que ça vaut hein), je ne crois pas que l'on rit par pure méchanceté ou "par moquerie". Je crois que le rire a toujours une fonction, comme les pleurs : on se libère de tensions et d'angoisses (on prend de la distance)ou on veut tenter de masquer ses émotions (le fameux "rire jaune").
    Je reste persuadée que lorsqu'on arrive à rire franchement de quelque chose, surtout quand cela nous touche de près, c'est une victoire personnelle : on a pris le dessus sur quelque chose qui nous terrorisait.

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  9. Je ne suis pas toujours d'accord avec Bergson et surtout pas sur sa théorie du rire (pour les contes de fées, je le trouve plus convaincant mais complexe).
    Le rire à la base a une fonction universelle : montrer les dents. Le rire est une agression, il faut montrer qu'on est supérieur, plus fort et on se moque de l'autre. Les mammifères supérieurs le pratiquent. Rire devant un autre animal est vécu par lui comme une agression et un signe de supériorité. Ceux qui ont des animaux chez eux le savent : lorsqu'une personne rie, ils sont très angoissés. Si plusieurs personnes rient en même temps, ils baissent les oreilles, ils ont l'air apeurés. Ils ont l'impression que les humains sont en train de s'agresser. Ils apprennent que ce n'est pas le cas et ils finissent par faire la différence entre la colère et le rire humain (et apprennent même parfois à sourire. Si si !). Je disgresse là.

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  10. Comme je me suis retrouvé "des deux côtés du divan", je partage ton avis sur l'humour. Ca a été et c'est encore un moyen de défense en ce qui me concerne, et c'est aussi un outil pour faire passer certains messages lourds, ou "vendre" des tâches. En fait, et ça n'engage que moi, je n'envisage pas le travail thérapeutique sans une solide dose d'humour.

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