jeudi 29 septembre 2011

"Et vous, vous en pensez quoi ?"




La patients viennent pour une raison.
Et souvent au cours de la thérapie cette vie leur réserve des surprises.
Bonnes ou mauvaises.
Cela les amène à devoir prendre des décisions, à nouer de nouvelles relations, à agir...
Et la question arrive :
"Et vous, vous en pensez quoi ?"

A qui s'adressent-ils ?
A la psy ou à la femme ?
Certains, des petits malins, le précise d'ailleurs : "vous, pas en tant que psy, mais en tant que femme vous auriez fait quoi ?"

Quelque part ils ont raison de poser la question, car de mon côté à moi, je suis psy mais je suis aussi moi.
Et moi n'est pas toujours d'accord avec le psy que je suis.
J'ai mes valeurs, ma vision du monde, ma vie.
Le psy a des valeurs de psy, une vision psy et une vie limitée à ses patients.

Mais en consultations, je suis psy.
Alors bien sur c'est aussi beaucoup de moi.
Et je m'en vais leur répondre que mon avis de femme n'a aucun intérêt ici, qu'ils sont venus voir un psy par une femme et que la seule chose qui nous intéresse c'est leur avis à eux.

Ce détour, ce questionnement est toujours intéressant.
Déjà cela dévoile que le patient (j'écris "le" mais ça peut être "la patiente" bien sur) a besoin de l'avis d'une tierce personne pour réfléchir et/ou prendre une décision.
Cela peut dévoiler qu'en fait il ne sait pas prendre de décision.
Cela peut dévoiler aussi qu'il pose le psy comme détenteur d'une autorité qui serait supérieure à celle du patient.
Cela peut dévoiler aussi que le patient délègue sa vie aux autres.
Cela peut dévoiler aussi que l'opinion d'une femme est très importante pour eux.
... et je pourrais en trouver d'autres.

C'est cela que je vais renvoyer au patient.
"Et vous, vous en pensez quoi ?"
"Rien, je n'ai rien à en penser. Si quelqu'un doit penser pour vous, c'est bien vous. Maintenant votre réaction montre que.... bla bla bla... ou nous renvoie à votre mode de fonctionnement... bla bla bla..."


Et vous, vous en pensez quoi ?

16 commentaires:

  1. ;-)
    La seule fois ou je suis allée consulter pour moi c'est parceque j'avais besoin d'un arbitrage.
    En fait j'avais fait un choix: ma nouvelle famille d'abord, mes parents ensuite. Et à l'entrée du monde adulte en n'ayant pas vraiment fait de crise d'adolescence j'avais du mal à ne pas culpabiliser de ce choix douloureux pour ma mère. J'avais besoin que quelqu'un non impliqué me confirme que c'était bien ainsi que ça devait fonctionner.

    Sinon devant un choix je trouve ça intéressant de recueillir un nombre raisonnable d'avis de personnes différentes. Cela aide à mieux envisager la situation, à penser à tous les détails, toutes les éventualités, à prendre d'avantage de recul. Pour ma part, je prends les avis au gré des forums ou groupe de discussion que je fréquente mais pour les personnes qui n'ont pas l'occasion de discuter de leur vis personnelle avec d'autres personnes que des proches j'imagine que leur psy est une source d'avis mais il y a le risque qu'ils prennent l'avis de leur psy comme parole d'évangile.

    RépondreSupprimer
  2. Ah nombre de fois cette question m'a traversé l'esprit en consultation, mais je me suis toujours abstenue de la poser, je la trouve inappropriée en fait. Je considère que si le psy a quelque chose à dire qu'il juge utile que je sache il m'en fera part, sinon je n'ai pas à lui demander son avis qu'il ne me donnera de toute façon pas. Je trouverais ça malsain d'aiBerkowitzlleurs un psy qui répondrait à cette question, c'est très "dictateur" au final comme conduite pour un choix qui n'appartient que nous. Bien que parfois ça serait plus "simple" d'avoir la ligne de conduite à obtenir sans passer par mille et une tergiversations.

    RépondreSupprimer
  3. JIgsaw ; tu nous colles ton pseudo dans le texte, c'est censé être subliminal ? Lol
    Justement ce qui est intéressant à travailler c'est pourquoi tant de tergiversations pour arriver à une décision qui en fait, est déjà prise...

    RépondreSupprimer
  4. cleanette : "J'avais besoin que quelqu'un non impliqué me confirme que c'était bien ainsi que ça devait fonctionner" encore fallait-il que tu arrives à l'intégrer... Il est vrai que le psy se doit de rappeler des vérités parfois. Mais on préfère lorque les patients les redécouvrent par eux mêmes, ça porte mieux ses fruits.
    Besoin d'avis de plein de personnes ? Pourquoi donc ? Ton avis serait il inférieur ? Et si tu ne trouves que des avis différents du tien, qui "gagne" ? Eux ou toi ? Si de toute façon c'est toi que tu écoutes, tu n'as pas besoin des avis des autres. Maintenant si ce sont les autres que tu suis, cela veut dire que tu n'écoutes pas tes envies, tes désirs.

    RépondreSupprimer
  5. Oh, beug, désolée.
    Hum.. ne me dites pas qu'avant de prendre une décision ou de faire un choix vous n'envisagez pas toutes les répercussions possibles afin de choisir celles qui en comportent le moins ? Et c'est toujours tentant de demander l'avis de quelqu'un d'autre, d'autant que le psy est neutre, objectif, on pourrait croire que sa parole est de ce fait garant d'un certain recul nécessaire pour ne pas se planter au moment des choix.

    RépondreSupprimer
  6. Il m’est arrivé très rarement de solliciter un thérapeute pour « m’aider » dans ma prise de décision mais ça m’est déjà arrivé en cas de profonde hésitation. Ce n’était en aucun cas pour suivre son opinion qui aurait plus de poids que la mienne mais, pour entendre l’opinion d’une personne digne de foi et de confiance (et oui, également détenteur, non d’une autorité, mais d’un savoir, d’une sagesse et d’une objectivité que je n’ai pas 'toujours'). Et ceci également pour ressentir ce que cet avis, cette possibilité, cette solution éventuelle provoque comme réaction en moi. Ma réaction spontanée et intuitive à l’énoncé d’une solution en dit bcp sur ce que je pense et veux réellement (mais dont je n’ai pas tjs conscience).

    Dans tous les cas, je suis d’accord sur le fait que ce n’est pas au thérapeute à diriger la vie du patient mais, par contre, je pense qu’il peut l’aider à entrevoir toutes les possibilités s’offrant à lui si celui-ci n’est pas à même de pouvoir le faire seul.



    Excellent la tentative 'subliminale' de Jigsaw !! (Ça m'a fait bcp rire).

    RépondreSupprimer
  7. Je crois qu'il faut vous rendre compte d'une chose. En fait lorsque vous demandez l'avis de l'autre, qu'il soit ami ou thérapeute, votre décision est déjà prise.
    Le seul problème c'est que vous ne l'assumez pas. Vous vous demandez si vous aez raison, s'il n'y aurait pas quelques facteurs extérieurs que vous n'auriez pas pris en compte... D'ailleurs beaucoup de personnes n'attendent des avis que s'ils vont dans le sens de leur propre idée... Le reste reste est rejeté, d'autant que cela mène à la confusion. Or chacun choisit en fonction de son vécu, de ses expériences et de ses valeurs. Les valeurs des uns n'étant pas les valeurs des autres, chacun prône son idée comme s'il était concerné. Or il n'en n'est rien. Se mettre à la place de l'autre ? Oui c'est possible, encore faut il bien connaître l'autre, ne pas le juger, ne pas le jalouser... Bref, demander l'avis de l'autre c'est s'assurer qu'on prend la bonne décision. Il n'y a pas de mauvaise décision à partir du moment où on assume les conséquences.

    RépondreSupprimer
  8. Alors, quand on pense 'peser le pour et le contre' afin de prendre la décision adéquate, c'est une illusion ?

    Et si on change d'avis par rapport à notre première intention, cela signifie forcément que l'on va à l'encontre de ce qu'on veut réellement ?

    RépondreSupprimer
  9. Ce n'est pas simplement la volonté de créer un lien ?

    RépondreSupprimer
  10. Fred : oui cela se peut aussi. C'est alors l'expression du transfert et le psy prend le rôle parental qu'on lui attribue. C'est toujours intéressant à analyser.

    Lea : peser le pour et le contre... oui c'est même un travail que je fais faire parfois (avec une idée bien précise en tête lol). Je n'utiliserai pas le terme d'illusion, mais plutôt d'immaturité ! En effet, la décision est connue en nous, mais il est parfois difficile d'en assumer les conséquence. Du coup, on opte pour une autre. C'est quelque part logique, on n'a pas toujours envie de mettre certaines personnes en souffrance du fait de nos décisions. Mais alors où est le libre arbitre ? Et puis ne se sacrifie-t-on pas pour les autres ? Ce qu'il faut voir, et c'est toute la question en psycho, si cette décision qui irait à l'encontre de ce que veut intérieurement n'est pas "génante" pour le futur, alors il n'y a pas de question à se poser. Elle est bonne par nature. Mais si cette décision oblige à avoir des remords, des regrets qu'on se trimballe toute une vie, est-ce que cela vaut le coup ?

    RépondreSupprimer
  11. Et quand vous vous adressez aux visiteurs de ce blog, vous le faites en tant que psy? aussi rigoureusement qu'en séance?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah non, ici on n'est pas en séance. Ici on est sur un blog, on blablate, on papote. des fois il y a des questions sérieuses et je réponds sérieusement. Mais si on veut une vraie réponse, on vient en séance. Hop !
      Et surtout sur ce blog on prend un pseudo, car les anonymes j'en veux pas. Donc les prochains commentaires anonymes ne seront pas publiés.

      Supprimer
  12. Voilà, j'ai un pseudo! (je n'avais même pas vu qu'on pouvait mettre un pseudo si on n'avait pas de compte Google ou blogspot. Mais bon, un pseudo ou un commentaire anonyme, quelle est la différence?)
    En tout cas merci beaucoup de tenir ce blog. Le moins que je puisse dire c'est qu'il m'a absorbée : j'y ai bien passé quatre heures hier soir. Votre métier me fascine. Je me doute que ce n'est pas une motivation recevable mais ce doit être si intéressant de pouvoir changer d'univers d'un patient à l'autre! C'est comme le travail de cette artiste américaine qui photographie des gens dans leur quotidien à travers leur fenêtre depuis la rue.
    D'ailleurs, puis-je vous demander ce qui vous a séduit dans ce métier?
    Mon psy m'a dit un jour que pour lui, analyser un patient ou un ver de terre, c'était la même chose. Qu'en pensez-vous? Est-ce que tous les psys ne sont pas un tout petit peu philanthropes?
    Bonne continuation.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aucun changement d univers d un patient à l autre.... Juste un changement de corps assis sur le canapé.
      Philanthropes ? Non je ne pense pas. Dans la vie peu de hasard. Lorque ns le pouvons ns choisissons tous des métiers qui collent à une problématique de lignée familiale.
      Je suis rassurée votre psy est aussi psychopathe que moi !

      Supprimer
    2. Ah bon juste un changement de corps? Donc tous les humains sont soumis à un même déterminisme qui fait que les névroses viennent toujours d'une cause similaire pour chacun?
      Pensez-vous qu'il existe des psys existentialistes?

      Supprimer
    3. Et donc il s'agit uniquement d'étudier le caractère humain décliné différemment? Aider l'autre n'entre pas en ligne de compte?
      J'ai lu quelque part que vouloir devenir psy, c'est la preuve que quelque chose a raté dans sa propre psychothérapie. Puis-je vous demander votre avis?

      Supprimer

Stats