jeudi 8 septembre 2011

Etre Soi

Etre Soi. Voilà à quoi aspire les patients des psy et les psys de leurs patients.

Mais être Soi, est-ce possible ?

Il faut bien voir que nous sommes tous le résultats de facteurs extérieurs (et je ne parle pas du préposé au poste qui aurait mis éventuellement votre mère enceinte).
Dès notre naissance, nous sommes ballotés, aimés (ou pas), chouchoutés (ou pas), on nous apprend à aller sur le pot, à dire non (puis à oublier), à suivre, à obéir, à aller à l'école, à faire du vélo, à nager... j'en passe et des meilleures (et des pires).
Bref, dès notre naissance on ne nous demande pas vraiment notre avis. Et c'est tant mieux. Ce ne sont pas aux enfants d'élever leurs parents, mais bien aux parents d'élever les enfants.
Mais il existe une contre partie : on intégre certains interdits réels ou psychiques, certains comportements, certaines craintes.

A l'âge adulte, normalement bien constitué structuré, nous vivons notre vie.
Nous faisons nos choix, prenons nos décisions et assumons nos responsabilité.
En toute liberté.
Pourtant beaucoup ne sont pas heureux.
Pourtant enfant, que n'avait-on pas envie d'être adulte pour faire enfin ce qu'on voulait !
Mais fait-on réellement ce qu'on veut ?
Est-on vraiment libre ?
On pourrait philosopher sur ces questions pendant des heures.
D'un point de vue purement psychologique, la réponse sera rapide : non, nous ne sommes pas libres et non on ne fait pas ce qu'on veut.
Je ne parle pas du cadre et des sanctions des codes juridiques, mais bien des contraintes que nous nous infligeons nous mêmes.
Lorsqu'on prend une décision, on croit donc la prendre en toute liberté et en connaissance de cause.
Quant est-il ?
Etes vous sûr(e) lorsque vous prenez une décision que c'est bien vous qui la prenez ?

Je m'explique :
Prenons l'exemple d'une femme qui croise dans le cadre de son travail une autre femme qu'elle n'a encore jamais vu. Va-t-elle s'avancer vers elle pour se présenter ? oui ? non ? non. Non parce que au moment où cette idée lui a traversé l'esprit elle s'est dit que cette femme allait peut être penser qu'elle essayait de la draguer. Déjà, elle pense à la place de l'autre. Ensuite d'où peut bien venir cette idée ? En cherchant, on va découvrir par exemple, que ado elle avait eu la "bonne" idée de dire à son frère qu'elle trouvait telle fille super jolie. Son frère n'avait cessé de lui dire alors "pour rigoler" qu'elle était une "lesbienne refoulée". Aujourd'hui avec son mari, ça ne se passe pas comme il faut au lit. Elle se demande alors si elle n'est pas lesbienne et si son frère en fait n'avait pas raison. Du coup, à chaque fois qu'elle approche d'une femme elle se à peur d'être attirée par elle et elle a peur que cela se voit dans ses comportements. Pourtant elle se sent hétéro et n'a jamais fantasmé sur des filles dit-elle. Mais avec cette collègue inconnue, elle va faire un écart, va lui lancer un regard agressif (pour bien lui montrer que non elle n'est pas attirée), ce qui ne manquera pas de lui donner à cette collègue une perception faussée de cette jeune femme, la trouvant bizarre. Pourtant notre jeune femme a très envie de se présenter. Ne serait-ce que par politesse. Elle se souvient qu'elle avait apprécié que les autres fassent les premiers pas lors de son entrée dans la boîte...
Elle s'en veut de laisser la nouvelle comme cela.
Elle s'en veut de se livrer de telle façon.
Elle s'en veut de ne pas être Soi.

Nous avons parlé de conditionnement il n'y a pas si longtemps et je vous avais rappelé combien peu de choses relevaient d'un choix personnel mais d'acquis.

Or avant de se déconditionné, il faut décider de qui on est vraiment.
Qui veut on être ? Qui est-on tout simplement ?
Qui se cache derrière les acquis, les traumas, les erreurs, les peurs ?
Surtout est-on toujours qui on a été ?

Beaucoup de personnes souffrent de ne pas être elles mêmes.
Elles ont des modèles : un parent, une star, la voisine. Pourquoi pas ?
Mais comme elles voudraient être comme leur modèle, elles cherchent à devenir comme ce modèle. Mais si cette personne est comme cela c'est parce qu'elle a son vécu, ses propres acquis, ses propres conditionnement et que -peut être- elle en est sortie !
Vouloir "coller" les comportements des autres sur Soi ne peut que rendre malheureux car ces comportements peuvent être en profonde inadéquation avec ce qu'on est, ce qu'on pense et nos valeurs personnelles.

Nous disparaissons. Nous cessons d'exister, nous devenons transparents.
Ce sont les autres qui pensent à notre place.
Ce sont leurs pensées qui viennent dans votre esprit lorsque vous pensez.
Et vous, vous là caché tout au fond, que pensez vous, VOUS ?

Bien sur, être Soi est parfois difficile.
Certain(e)s n'ont pas eu la possibilité d'être eux mêmes. Des parents étouffants, une éducation très stricte, des traumas divers.... tout a été mis en place pour que la personnalité réelle et profonde ne puisse s'exprimer.
Et pour d'autres parce qu'après tout s'approprier les pensées des autres, ça évite de penser par soi même, de prendre des décision et d'en assumer les conséquences. D'ailleurs ceux là, il y aura toujours quelqu'un pour leur dire qu'ils sont influençables ou influencés, qu'ils sont les fifilles à papa ou le p'tit gars à maman.


Etre Soi c'est exister pour soi et par soi.
Etre Soi tout simplement.



10 commentaires:

  1. Bien d'accord...

    Après tout, le regard des autres, on s'en fou, ce ne sont pas eux qui vivent notre vie... et s'ils ne sont pas agréables ou compréhensifs, à quoi bon leur accorder de l'importance si c'est pour qu'ils nous gâchent la vie ?
    (SOUS RÉSERVE QU'ON NE SOIT PAS UN(E) EMMERDEUR(EUSE) EN PUISSANCE BIEN SÛR...

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  2. "Tu dois devenir l'homme que tu es"; comme l'écrivait Nietzsche.

    La partie sur la personnalité de l'enfant me laisse un peu sceptique... Tous les éducateurs ou instituteurs que je connais m'ont toujours dit que même les jeunes enfants avaient leur personnalité propre. Mais qu'en est-il? Sachant que c'est notre expérience qui forge notre personne. Originellement, on devrait tous avoir une personnalité "vierge", non?

    Très bon article en tout cas!

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  3. Maxen : nous naissons avec une "personnalité" au sens psychologique du terme. Ensuite notre personnalité est modifiée (en mieux ou en moins bien) en fonction de facteurs éducatifs et environnementaux. A la base notre personnalité est "flexible", nous sommes capables de l'adapter en fonction des situations et des personnes, ce qui fait notre évolution et notre intelligence. Les conditionnements divers (donc les facteurs comme les traumas) font que la personnalité va rester flexible ou devenir "rigide" (les fameux "psycho-rigides"). Chacun de nous a donc une personnalité "de base" qu'on ne peut "utiliser" en totalité du fait des cadres juridiques et moraux, mais l'idéal est de s'en approcher le plus possible enfin d'être Soi et non plus une simple "façade".

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  4. Je pense comprendre.

    Il y a juste un point sur lequel je butte : Faut-il distinguer la "personnalité" de quelqu'un de son "caractère"?

    J'ai encore du mal à concevoir comment l'on peut avoir une "personnalité "de base"" (même un enfant) et des traits de caractère en même temps.

    Je me suis toujours dit que c'était l'expérience qui forgeait notre caractère. (et qu'un enfant avait le caractère qui correspondait à son vécu; qu'il n'en avait pas à l'origine et que celui-ci se développait avec l'expérience de la vie, même intra-utérine).

    À moins qu'il ne s'agisse de deux choses différentes et que le caractère d'une personne soit quelque chose de distinct de sa "personnalité".

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  5. Je ne pense pas qu'on puisse être Soi.
    Il y a trop d'influences, déjà rien que par l'éducation, mais également l'environnement qui jouent un rôle non négligeable.
    J'ai tendance à penser qu'il y a le "Moi social", celui qu'on montre aux yeux des gens lambda, et le "Moi" que l'on fait découvrir ou pas à un cercle d'amis restreint, la personne aimée et-ou la famille proche.

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  6. Jigasaw : on ne peut en effet jamais être soi à 100 %. D'abord parce que nous nous donnons des limites à nos comportements, limites qui elles mêmes sont issus d'universaux, de lois morales ou juridiques. Nous sommes plein de "façades" : comme tu l'écris il y a la façade pour la boulangère, celle pour le chef, celle pour ses enfants... Mais le but est que ces "façades" soient le moins éloignées possibles de Soi.

    Maxen : comment différencies tu ce que tu appeles le "caractère" de la "personnalité" ? Sans personnalité pas de caractère. Chaque enfant nait avec une personnalité propre (qui a déjà subit il est vrai des influences en intra utérin). C'est d'ailleurs en cela que devenir parnet est un truc de dingue car tu ne sais jamais sur qui tu vas tomber ! Dès la naissance certains enfants sont "mous" ou "fonceurs" ou "tyranniques"...

    C'est un concept génétique en fait. L'enfant ne nait pas "vide", de connaissances peut être mais pas de ce qu'il est. Or tout ce qu'il va vivre, va tendre à renforcer certains traits de personnalité, à en fait donc diminuer d'autres. La rigidité vient du fait qu'on tente de faire oublier certains traits de personnalité ou à en créer d'autres. Or du coup, l'adulte en devenir s'éloigne de ce qu'il est.

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  7. Merci pour toutes ces réponses!!
    En effet, je ne suis pas parent. Naïvement, je pensais que, justement, l'enfant naissait "vide".

    Comme vous le dites, ça ne peut être que génétique alors.

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  8. être soi est effectivement un très vaste programme.
    L'idéal c'est d'avoir l'occasion d'exprimer chacune des facettes de sa personnalité mais pas forcément devant les même personnes car effectivement son soi intime n'est pas forcément "acceptable" pour tous les publics.

    Quand à éduquer ses enfants sans modifier leur "moi"...
    Je suis maman, et j'ai très vite opté pour une éducation sensée les contraindre et les brimer le moins possible. Néanmoins j'ai vraiment l'impression que certains de leur trait de caractère d'aujourd'hui ne sont apparus que parce que nous les apprécions. Même sans contraindre les enfants à des attitudes, des comportements qui ne leurs sont pas naturels, on les "façonne" involontairement. Ensuite il y a des traits de caractères, des attitudes qui ne sont pas acceptable socialement parlant(excès de violence, de timidité) Et c'est un de nos premier devoir de parents que d'aider nos enfants à bien vivre en société en leur apprenant à gérer et corriger ce genre de petits défauts. Mais dès lors ils ne sont plus non plus tout à fait l'être de départ.

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  9. Hum...."Quant est-il ?", c'est parce que je suis belge que j'ai un doute ? ;)

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  10. Je me relis rarement, grosse erreur je sais.
    Et puis, tu reviens après tout ce temps et c'est pour critiquer ?!?! lol

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