lundi 19 septembre 2011

Le complexe d'Electre

Je vous ai déjà parlé 500 fois du complexe d'Oedipe.
Nous avons tous tendance à parler d'Oedipe que ce soit pour les garçons ou pour les filles.
C'est une simplification de langage, rien d'autre.
Oedipe c'est pour les garçons.
Electre c'est pour les filles.

Freud n'a jamais été très doué pour la compréhension des femmes, il faut bien l'avouer.
Mais c'est aussi l'époque qui voulait cela.
Les femmes devaient être mères, des épouses parfaites, toutes les autres étaient des hystériques, lol.
Et ce n'est pas le fait d'être encore coincées dans un corset qui rendait la respiration et l'alimentation difficiles qui allait arranger les choses.
Il s'est donc surtout préoccupé du psychisme des hommes et des jeunes garçons et c'est ainsi qu'est né le complexe d'Oedipe. Sans le savoir, Oedipe ayant tué son père puis épouser sa mère...

Jung, qui était un gros malin aussi et qui aimait embêter les théories de Freud, a proposé le complexe d'Electre. Electre tue sa mère pour venger son père.

Freud ne fut jamais d'accord avec cette théorie pour la bonne raison que la Loi vient du père. Ce en quoi il n'a pas tort.

Vous l'aurez sans doute remarqué, surtout si vous êtes un homme, les femmes sont plus compliquées que les hommes. lol
Le complexe d'Oedipe se résoud en une fois chez les garçons. Hop, on constate qu'on a un pénis et hop on peut ainsi s'opposer au père et tenter de lui piquer sa meuf. 

Chez les fifilles, le complexe d'Oedipe (enfin d'Electre) se résoud en deux temps.
1. la petite constate qu'elle n'a pas de pénis, elle se croit donc "incomplète" et jalouse le père (et s'identifie à la mère).
Un temps de latence pendant lequel mademoiselle va plutôt penser aux copines.
Et paf ! 2. la rivalité avec la mère dans le but de tenter de récupérer le pénis du père (que la mère lui pique).
Non mais.


Fille ou garçon, il y a une histoire de castration dans tout ça. Le garçon pourvu mais ayant peur d'être castré et la fille dépourvue, pensant avoir déjà été castrée, qui va tout faire pour récupérer ce qu'on lui aurait pris.

En fait c'est très simple.... lorsque les parents communiquent sainement et qu'ils expliquent à leurs enfants.
Il est normal que les filles n'aient pas de pénis, mais cela ne veut pas dire qu'elles n'ont pas de sexe. Bien au contraire, elles en ont un aussi sauf qu'il est caché (c'est pour cela que les filles aiment les petites boîtes, les petits sacs et les portes monnaie). Le garçon ne risque pas de perdre son pénis. Personne ne va le lui prendre et surtout personne ne va le lui couper. A la maternelle, les garçons et les filles ont souvent des toilettes communes et chacun constate les différences de l'autre. Les filles finissent par comprendre que, comme c'est bizarre, le garçon il a un truc qui dépasse et elles, elles ont un tube à l'intérieur. Le garçon va comprendre la même chose.  Le truc c'est qu'ils comprennent quelque part qu'il y a un lien, mais l'idée "d'emboîtement" ne leur traverse pas l'esprit. Ca viendra tout seul plus tard (et parfois aidé par les ami(e)s).

Et comme vous le savez déjà vous qui me lisez, on rappelle aux enfants des deux sexes qu'ils n'épouseront jamais leur parent de sexe opposé (et celui de même sexe non plus d'ailleurs !).

Chez le garçon l'Oedipe s'achève lorsque le père devient un rivale et que c'est dans cette rivalité que le garçon commence à avoir peur de perdre son pénis. Il va donc tenter de "séduire" sa mère. L'oedipe est normalement réglé. C'est donc la castration qui fait sortir le garçon de l'Oedipe.

Or la fille nait "castrée". Je l'ai écrit, elle se tourne donc vers le père pour lui prendre son pénis, elle va comprendre que ce n'est pas nécessaire parce qu'elle n'en n'a pas besoin et parce que ce n'est pas possible. Ca n'empêchera pas la jeune ado de rechercher le regard approbateur du père et de se chamailler avec sa mère. Parce que l'Oedipe ou l'Electre c'est pas qu'une question de convoitise d'organe sexuel c'est aussi une construction psychologique qui fait que les enfants acquièrent l'hétérosexualité et que les parents les pousse à aller satisfaire leur envie sexuelle à l'extérieur de la famille.

Le complexe d'Electre est complexe. Car chez la fille rien n'est jamais totalement réglé. En effet, elle est attiré par le père juste parce qu'elle espère lui récupérer son pénis. Elle va être en rivalité avec la mère mais c'est pourtant son premier modèle. Freud pensait que le complexe d'Electre ne se résolvait jamais tout à fait.

En tout cas il a été très critiqué car il exprimait cela de telle façon que la notion de castration chez la fille semblait montrer qu'elles naissaient inférieures ou incomplètes. Il fallait bien trouver une façon d'exprimer sa théorie. Ce qui est important ce n'est pas ces notions d'opposition homme/femme, mais bien l'idée qu'il existe une rivalité interne au petit cercle familial qui doit amener les enfants en dehors de ce cercle et de la façon la plus naturelle qui soit.

Oreste, son petit frère a dû avoir du mal à trouver sa place à côté d'Electre !!

12 commentaires:

  1. lecture facile, j'aime quand c'est rigolo....et puis on apprend des choses...Le vol de kiki est semble t il répandue.....se pourrait il qu'il y ait un lien avec l'homosexualité, c'est ça ? ou j'ai rien compris?

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  2. c'est partie sans ma fin lol dsl.....si ya une incomprehension dans le procesus "Oedipe Electre" il y aurrais un terrain favorable à l'homosexualité? c'était ma question en fait....merci

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  3. Oui, d'un point de vue psychanalytique il est considéré que l'homosexualité est liée à la mauvaise ou non résolution du complexe d'Oedipe/Electre.

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  4. Argh, non, pas Freud. J'ai du mal avec ses concepts, je ne doute absolument pas de l'avancée qu'il a pu apporter -c'est indéniable- mais je supporte mal la généralisation abusive de ses théories. Et bon sang, ce n'est pas parce qu'il avait de toute évidence un soucis avec le sexe que tout doit se rapporter à ça.
    Sinon, c'est drôle, on entend parler à tour de bras du complexe d'Oedipe mais quasi-jamais du complexe d'Electre.

    (Sur ce je m'en vais récupérer le pénis de mon père, hum, oui j'ai du mal à prendre totalement au sérieux ces théories sans regard critique)

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  5. Jigsaw : qui n'a pas de problème avec le sexe ? Les anorexiques sont terrorisés par le sexe. Les dépressifs aimeraient mais ne peuvent plus. Les phobiques ont peur de s'y perdre... Les psys ne généralisent pas les théories de Freud, ils les appliquent. Ce sont les médias qui les généralisent. Donc il ne faut pas faire d'amalgame.

    On parle peu du complexe d'Electre parce que ce n'est pas une conception freudienne mais jungienne. Freud a juste donné son avis. L'époque voulait que les femmes ne vaillent pas vraiment la peine de se préoccuper d'elles (à part pour les déclarer hystérique !) et puis comme c'est plus complexe Freux n'avait pas tout entrevu.

    Ceci dit, ces histoires de sexe sont à prendre d'un point de vue symbolique et pas concrètes. Et par expérience professionnelle, je dirai, et cela reste mon point de vue, que le travail sur l'Oedipe est central en thérapie.

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  6. ...Et comment se manifeste un Electre non résolu alors ? (à part l'homosexualité hein)...liens fusionnels avec la mère ? Ou au contraire avec le père ? Manque de confiance en soi ? ... Nan mais parce qu'autant pour le complexe d'Oedipe, en tant que fille, on voit vite de quoi il est question...autant pour celui d'Electre, ben on manque de recul !!!

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  7. Emi : ne recule pas trop loin tu risques de tomber ! Les conséquences sont les mêmes : soit c'est réglé et la fille va vers une hétérosexualité et une liberté de penser et d'agir. Soit c'est moyennement réglé et la fille va toute sa vie penser et agir en fonction de ce qui ferait plaisir à son père dans le but d'obtenir un regard, un geste, une parole valorisante (qui serait preuve d'amour et d'attrait, bref pour prendre la place de la mère). Soit ce n'est pas réglé du tout sauf s'il y a rejet ou refus du "pénis". On va donc vers une homo/bisexualité ou une absence de sexualité. Il faut ajouter par dessus tout cela le rôle des traumatismes. Ainsi une petite fille violée (non incestueusement) va se mettre à avoir peur du pénis (donc de son père). Mais peur ne veut pas dire rejet. Elle peut donc devenir homo tout en gardant des fantasme et des envies hétéro. Ce qui est le cas le plus souvent... lol

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  8. Article super intéressant et qui démontre une fois de plus (si besoin était) la grande subtilité de CG Jung.
    Pour ce qui est de la naissance de la Loi, je connaissais la théorie "paternelle" et j'en ai entendue une autre, que je trouvais également intéressante. Cette théorie part du sevrage mammaire comme étant la première limite mise à l’enfant, et donne donc plutôt une image maternelle à l’origine de la loi et des interdits. D’ailleurs, Thémis est une femme. La loi à caractère « masculin » est une caractéristique des civilisations basées sur des religions monothéiste, où (pour faire court) la Loi est imposée aux hommes par Dieu, qui est toujours une représentation masculine ou solaire.

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  9. Alexis : je suis plutôt d'accord et c'est une des raisons pour laquelle la psychanalyse "européenne" ne peut s'appliquer partout. D'ailleurs je le constate, avec des patients italiens ou espagnols, la notion d'Oedipe fonctionne bien. Avec des patients d'origine du Maghreb ça fonctionne moins bien. Cela ne veut pas dire que le complexe d'Oedipe n'existe pas dans des cultures différentes, mais qu'elle est insaisissable pour un esprit qui ne se base pas sur les mêmes conceptions symboliques.

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  10. J'suis étudiant en psycho et je suis tombé sur ce blog hier, je l'ai dévoré entièrement en un jour !

    Merci pour tous ces articles :D

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  11. Ah le bon temps de la vie d'étudiant qui laisse du temps pour lire tout le jour et... toute la nuite !! lol
    Merci pour ces encouragements

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