jeudi 13 octobre 2011

Candace Newmaker

Je voulais faire un article sur la jeune Candace en premier et cela me semblait difficile sans vous avoir expliqué ce qu'était la technique du "rebirth". D'où l'article de lundi dernier.

Je vais donc vous raconter brièvement la vie de Candace Newmaker. Il ne s'agit pas ici de dire qu'il ne faut pas pratiquer du rebirthing, dans la mesure où la pratique a beaucoup évolué... par obligation et cela "grâce" à Candace.



Candace Tia Elmore est née -une première fois- comme fille aînée d'un jeune couple à la dérive. La mère encore adolescente à sa naissance et la présence d'un père violent, ont amené les services sociaux américains a placé les 3 enfants de ce couple. Les parents déchus de leurs droits alors que Cancade était âgée de 5 ans, les enfants furent proposés à l'adoption.

Deux ans plus tard, Candace dut adopté par une femme célibataire de 40 ans, infirmière pédiatrique de profession. Elle vécu alors sa seconde vie sous le nom de Candace Newmaker. Sa nouvelle maman était très dévouée, au point de faire l'admiration de tous les gens qui la connaissait. Candace avait tout, Candace avait tous les droits.

Ses enseignants de maternelle l'ont décrite comme une petite fille brillante, affectueuse. Mais dans la cours de l'école, Candace tapait ses petits camarades, ils n'avaient pas le droit de la regarder, de lui parler. Son entrée à la grande école (primaire) fut difficile. Elle ne voulu pas entrer dans la classe le premier jour. Elle n'était pas une très bonne élève, mais elle était une élève appliquée et ses profs l'aimaient bien. Elle aimait les animaux. Se sentant plus en sécurité, elle se fit des amies avec lesquelles elle allait patiner. Elle faisait de la gymnastique, de la danse et de la natation, allait au catéchisme. Dans le voisinnage tout le monde l'appréciait, elle était gentille et mâture. On se moquait d'elle aussi parce qu'elle était adoptée. Son petit frère et sa petite soeur lui manquaient. Mais tout semblait s'arranger pour Candace... en surface.

Néanmoins, à la maison tout ne semblait pas rose. Un médecin expliqua à la mère adoptive que Candace restait très tracassée par son passé. On ne serait à moins. C'est ainsi que la mère adoptive -décrite par le médecin comme ayant adopté un enfant comme soutien psychologique- trouva que Candace présentait de plus en plus de troubles comportementaux. Elle fut diagnostiqué comme présentant un trouble de l'attention et une hypermaturité. Les médecins furent unanimes : Candace savait sourire et avoir l'air heureuse, mais elle ne l'était pas. Elle fonctionnait comme une ado de 18 ans.

Très rapidement la maman adoptive emmena sa fille dans diverses consultations psychiatriques, psychologiques, médicales car sa fille adoptive aurait présenté de nombreux troubles du comportements liés à son stress post-traumatique. Elle fut mise sous traitement : antidépresseurs, antipsychotiques, amphétamines. Rien n'y fit et les troubles s'aggravèrent.

En 2000, Candace à 10 ans. Sa mère adoptive était convaincue que sa fille souffrait d'un trouble de l'attachement, elle consultat un "spécialiste" qui sans avoir vue Candace décréta à la description qu'elle présentait un trouble très sévère. La mère pris sa fille sous le bras et traversa les Etats-Unis pour qu'elle suive une thérapie intensive de ré-attachement (reactive-enactement) auprès de deux thérapeutes qui s'étaient autodécrétés spécialistes de l'attachement. Considérant ces enfants comme dangereux pour leurs parents, Candace, comme d'autres, fut durant la thérapie attachés fermement par les poignets et les chevilles. Le but étant de montrer à l'enfant qu'il peut être contrôlé et se contrôler sans que cela le mette en insécurité. Les traitements de Candace avaient été arrêtés 15 jours avant la thérapie, sauf son calmant, du Risperdal, dont la dose avait été doublé pour être sûre qu'elle ne serait pas agressives pendant sa prise en charge.

On sait cependant que cela ne s'arrêta pas là. Durant la première semaine, Candace fut attachée, insultée et terrorisée car elle ne répondait pas bien à la thérapie. Face à l'inefficacité de la thérapie, et comme il faut ce qu'il faut, en deuxième semaine les deux thérapeutes décidèrent de faire suire une thérapie de rebirthing à Candace.

Candace fut enroulée dans une couverture à même le sol, mais avec la tête à l'extérieur. Une personne se place de chaque côté de Candace et sa mère adoptive se coucha sur elle. Le but était de faire pression sur son corps pour contrôler la respiration de Candace tout en gardant le contact visuel avec elle. Au bout de 3 heures, elle fut délivrée et priée d'aller en rampant s'assoier sur les genoux de sa mère afin qu'elle la nourrisse. Ce qu'elle fit. Candace restait rivé sur les yeux de sa mère, sa mère était heureuse, les thérapeutes furent heureux de la "connection". 

La séance était filmée. A la visualisation, après coup, tout le monde constata que Candace était terrorisée.

A la séance suivante, Candace a du mal à respirer et a fait un cauchemar dans lequel sa mère biologique essaie de la tuer. Elle se souvient avoir été une fois enroulée dans un rideau. Mais sa "nouvelle" mère est là désormais pour la protéger. On lui demanda si elle voulait renaître auprès de sa nouvelle mère. Elle confirma.

On lui expliqua que naître n'est pas facile et que sortir de l'utérus de sa mère était un travail difficile.

On met une couverture au sol. Candace se met en position foetale dessus. On referme fermement la couverture au-dessus de sa tête. On lui pose dessus 4 gros coussins. Les 2 thérapeutes et leurs 2 assistants se couchent au sol chacun contre une partie du corps de Candace. Sa mère adoptive reste près de la tête afin d'accueillir Candace lors de sa re-naissance. En tout plus de 300 kilos contre une enfant de 35 kilos. Candace est étonnée et s'étonne qu'il y ait quelqu'un à la tête car "cela ne va pas aider" dira-t-elle.

Au bout de 10 minutes, Candace n'en peut plus. Elle crie qu'elle n'y arrivera pas et qu'elle ne peut pas respirer. Elle dit qu'elle va mourir, supplie qu'on la laisse respirer. Mais les adultes continuent de pousser avec leur corps. "Je meurre. Je suis désolée...".
"Tu veux mourir, d'accord, alors meurt" lui répond t on.

Sa mère adoptive se sent rejetée, sa fille n'essaie pas de renaître pour elle. Mais le thérapeute lui explique que c'est normal, tous ces enfants disent qu'ils ne peuvent pas respirer juste pour aller aux toilettes. En fait, sans attachement ces enfants sont incontrôlables, il faut donc continuer à les contrôler... et pousser plus fort.

Au bout de 20 minutes, Candace supplie d'avoir de l'air. Elle vomit et ses intestins se vident dans la couverture. "Reste dans ton vomis et ton caca" lui répond le thérapeute.

Au bout d'une demi heure, Candace est calme. On lui ordonne de crier pour sortir. Candace refuse. Alors on la secoue, on la déplace, on la tourne, on la pousse avec les corps, avec les mains. Elle a besoin d'être poussée plus fort, elle doit se battre plus si elle veut de l'air. On lui place un coussin sur la tête. Elle murmure.

"Serrez, serrez plus fort. Laissez lui de moins en moins d'air".
10 minutes passent. "Bébé, veux tu renaître ?"
"Non." répond faiblement Candace.
Qu'elle reste encore un peu dans son vomi et son caca. 
10 minutes plus tard on entrouve la couverture. un des thérapeutes place sa main devant le visage de Candace : elle respire encore bien. On referme. 
7 minutes plus tard, il recommence. Le visage est mouillé. C'est bon signe. Il fait humide dans la couverture.
Elle respire lui demande t on ? 'je ne suis pas sûr. Il fait très humide là dedans". Elle ne répond pas.

Une minute plus tard on demande à la mère adoptive de quitter la pièce, Candace serait en effet à même de voir sa déception ce ne serait pas bon pour elle. La mère adoptive se rend dans une autre pièce où elle pourra suivre sur un moniteur la suite de la thérapie.

Quelques minutes plus tard les deux thérapeutes demandent aux leurs assistants de sortir de la pièce. Ils ont l'air inquiets. Attendent encore quelques minutes et se décident à découvrir Candace. 

"Elle dort dans son vomi" dit l'un. Candace ne bouge pas. Elle est calme et tranquille.

"Candace ?" "Candace ?" "Candace !!"

La mère adoptive déboule dans la pièce. 
Candace est morte. Son visage est bleu.

On tente un massage cardiaque.

Les secours arrivent. Le visage bleu, le nez qui saigne, le corps "mou", les pupilles sont fixes et dilatées, les secours pensent qu'elle a été privée d'air pendant quelques temps. Asphyxie. Hernie et oedème cérébraux.

Dans l'entourage personne n'a compris. Personne n'avait jamais vraiment constaté les gros troubles de comportement décrit par sa mère chez Candace, pas même les médecins. 

Et personne ne raconta comment elle était morte. Jusqu'à ce que les thérapeutes et leurs assistants soient arrêtés.

Les deux thérapeutes furent condamnés à 16 ans de prison pour mise en danger d'enfant ayant donné la mort.

Les deux assistants furent condamnés à l'équivalent de 10 ans de "probation" et à 1000 heures de travaux d'intérêt public pour non assistance à enfant en danger.

La mère adoptive fut condamnée à 4 ans de sursis pour négligence sur enfant.

Durant le procès, la "Loi Candace" ("Candace Law") fut signée. Il s'agissait de bannir les techniques de ré-attachement via la technique de rebirth (renaissance) avec recours à tout procédé qui pourrait amener à blesser ou tuer.



7 commentaires:

  1. C'est triste et effrayant; semblable a ce qu'il se passe en France aujourd'hui au niveau d'autisme dans les hôpitaux, les pseudos thérapeutes qui guérissent les enfants autistiques suivant les absurdités de théorie de la "mère-réfrigérateur.

    Ana

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  2. Torturée physiquement et psychologiquement à mort, horrible histoire. le concept me paraît débile, nos enfants ne nous appartiennent pas.

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  3. Je n'étais pas préparer à lire ici quelque chose d'aussi choquant.

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  4. J'avais déjà entendu cette horrible histoire; ils en ont fait un épisode de New york unité spéciale dans lequel ils dénoncent ce genre de pratique

    J'ai entendu parler pour les enfants és par césarienne de" nouvel accouchement" pour que ces enfants puissent avoir les limites corporelles(pour des enfants qui se cognent beaucoup, qui sont désorientés dans l'espace) qu'ils n'ont pas eu du fait de l'opération; est-ce que c'est la même chose? ou est ce que ça peut se faire par hypnose?

    Kirikou

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  5. Ana : ici Candace n'était pas autiste donc il ne faut pas faire d'amalgame. Je ne connais pas les "mères réfrigérateurs", mais de toute façon promettre de "guérir" l'autisme ne peut être que charlatanisme. On peut améliorer c'est tout.

    Kirikou : Les enfants qui se cognent beaucoup ont des problèmes de schéma corporel. Ils peuvent soit avoir eu des troubles de la vision ou de la posture parfois dès la naissance ce qui a eu une répercussion sur l'équilibre, la perception du corps et sa relation à l'environnement, soit l'enfant présente des troubles psy (troubles de l'attention par ex. ou le seymbolisme d'un enfant "balloté"). Dans tous les cas, l'idéal est de passer par un psychomotricien qui fera un évaluation (le blem c'est que ça coûte 300 €).
    Pour ce qui de l'accouchement, l'enfant a eu quand même beaucoup de limites corporelles. A terme l'enfant peut à peine bouger dans l'utérus et lorsqu'il s'est mis tête en bas il ne peut plus se retourner. La différence c'est que lors de l'accouchement l'enfant est confronté à la mort. En effet, l'enfant peut resté "coincé" selon sa position, s'il traîne trop il souffre et à la sortie dès qu'on coupe le cordon il est privé d'air. Freud parlait du trauma de la naissance à juste titre et c'est certainement pour cela qu'on oublie.
    En ce qui concerne la re/naissance sous hypnose, je ne sais pas. Dans tous les cas, l'hypnose comme les "régression" ne font pas revivre les choses en vraies... sauf si on les a déjà vécu ! On ne peut pas recréer une situation non vécue puisqu'on ne sait pas quoi ressentir.

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  6. C'est horrible ! Holala, on dirait la médecine du 17ème siècle, au 21ème c'est effrayant !

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  7. Bienvenue dans les frasques de la psychologie (et de la psychiatrie mais autant ne pas les mettre dans le même panier). Ça ne me surprend pas, les psychologues ou psychothérapeutes ou que sais-je encore, sont des hommes avant tout, les dérapages existent, et ils font parfois plus de dégâts puisqu'ils touchent des personnes ayant déjà une vulnérabilité. Les dérives sectaires ont pas mal été pointé du doigt, alors ça ou une autre histoire c'est malheureux certes, mais c'est surtout, la réalité.

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