jeudi 17 novembre 2011

La psychologie : travail d'enquête (ou comment la psy s'ennuie)

J'ai délaissé le blog pendant quelques jours. Le semaine dernière a été une semaine de dingue. Cette semaine c'est trop calme, mes patients ont pris le large. Je pourrais faire plein de trucs, mais en fait j'en fais déjà plein, mais ça devient mécanique.

j'en profite pour faire le point.

C'est drôle. Au moment où je reçois ma reconnaissance préfectorale du titre de "psychothérapeute" je m'aperçois que la psycho m'ennuie. A croire que l'autorisation officielle de torturer les gens m'enlève toute envie de le faire. J'en ai fait le tour de la psycho, même s'il y a toujours des choses à apprendre c'est clair. Encore que lorsque je vois que mes contacts psy publient des bouquins dans lesquels ils ressortent des théories des années 60 soit disant mal interprétées, je me dis que je ne dois pas être la seule dans cette situation.  Mais bon pas de surprise avec les patients... En fait, la psycho c'est comme une enquête, il y a une victime (le patient) et un 'méchant' (ce qui est la cause de la gène ou du trauma). Ca devient trop simple.
"Je vais pas bien, j'ai ça..." "Ok, alors autour de vous vous avez eu.... un décès, un abus, un père absent/intrusif, une mère absente/intrusive, autres à préciser (au choix, choix multiple possible). Mais en fait les causes sont limitées et quasi toujours les mêmes.

Résultat = cause. Or une même cause donne toujours les mêmes résultats. Donc lorsqu'on voit les conséquences, on connait les causes. 

La seule différence c'est le patient lui même. Pourquoi certains se font un fromage d'un tout petit truc et d'autres passent au travers des traumas avec une nochalance étonnante.... C'est bien la seule chose qui m'étonne encore et qui m'intéresse.

Alors bien sur si pour moi c'est clair, ça ne l'est pas pour le patient.. qui lui va mettre parfois un grand nombre de séances pour prendre conscience de ce que le psy voit en 1 heure. C'est pas génant. Surtout lorsque le patient fait preuve de bonne volonté et d'implication qui font qu'il a envie d'avancer et de comprendre (d'en sortir c'est une autre histoire). 

Par contre, je supporte de plus en plus difficilement les patients impatients, ceux qui ont tout lu, tout vu et qui arrive chez le psy comme ils vont chez le généraliste." Allez hop, vous m'en mettrez 3 séances avec telle technique comportementale histoire que je sois présentable" (à Noël, en avion, au bureau, chez les parents, au tribunal ....au choix). 

Et les patients trop patients. Ceux qui en fait ne veulent pas avancer et qui viennent chez le psy pour se donner bonne conscience ("vous avez vu monsieur le juge, je me fais suivre par un psy") ou qui ne voit en la psy que la seule personne avec laquelle on arrive à échanger de la pluie et du beau temps, une bonne copine quoi (mais sans jamais chercher à comprendre pourquoi ils n'arrivent pas à se lier aux autres).

Certains me diront que j'ai besoin de me faire soigner. lol
Que c'est un coup de déprime ou une remise en cause existentielle.
C'est surtout que ça m'amuse de moins en moins. Or vous je sais pas, mais moi, j'aime m'amuser dans mon job. Me lever le matin en me disant "pfff, encore..." c'est pas une vie.

Le blem c'est que tout ce que je fais tourne autour de la psychologie. Alors du coup tout me gonfle : les patients (non pas tous), l'association, les enquêtes, le blog.... J'ai l'impression de redire 10000 fois les mêmes choses et d'entendre tout autant de fois les mêmes choses.

En fait je m'aperçois que seuls les cas les plus "graves" sont intéressants. J'aurai du faire psychiatrie. Non en fait, parce qu'il n'y a personne à guérir, juste à soigner, c'est encore plus limité (schizophrénie = antipsychotique + neuroleptique, épilepsie = depakine....).

Moi au moins je peux "inventer" la technique que je vais mettre en place avec chacun de mes patients. S'il y a des techniques qui ont montrées leur efficacité, il est difficile de les plaquer sur quelqu'un. Il faut sans cesse adapter et parfois créer en fonction de ce que dit le patient, du temps dont il dispose, de son entourage, de ses capacités.

Tout compte fait, ce qui fait le plaisir du psy c'est la relation au patient et pas les troubles du patient. 
Les troubles je les vois, les causes je les connais. Maintenant qu'est-ce a permis la mise en place de ces causes et pourquoi le patient continue t il à s'y accrocher ?




La psychologie est un vrai travail d'enquête. Après tout dans une enquête les résultats on les voit (vol, destruction, mort), maintenant il faut trouver pourquoi cela a été possible et  comment le "méchant" s'y est pris pour essayer de savoir qui il est. En psychothérapie, c'est exactement le même processus. Ok la victime femme d'un pédophile peut être grosse, peu féminine. Mais pourquoi depuis 20 ans s'en prend elle à elle même plutôt qu'à lui ? Qu' a t il fait/dit pour qu'elle continue à croire qu'à presque 30 ans elle pouvait continuer à avoir peur (à 30 ans, il y a longtemps qu'elle n'intéresse plus les pédophiles) ? Pourquoi cette pensée se maintient-elle ? 

La seule différence c'est que dans une enquête on n'a pas toutes les données et qu'on ne sait pas toujours ce qu'il faut chercher. Alors que là le patient à toutes les données en main, faut il qu'il se décide à y avoir accès.

Ah si il y a une autre différence. En fait 2.
Dans une enquête on ne sait pas toujours qui est l'agresseur ou le voleur ("who are you, houhou, houhou"). En psychologie, comme dans les épisodes de Colombo, dès le départ on sait qui c'est. La difficulté réside uniquement dans le fait de savoir comment on va "mettre en taule" la méchante pensée.

Dans une enquête lorsqu'on a toutes les données en main, non seulement on trouve mais ça résoud l'enquête et la victime ou sa famille en sortent gagnantes.
En psycho, on peut avoir tous les indices, si le patient décide qu'il n'en fera rien... et bien il reste à son point de départ.



Bon allez je vais faire du tri dans mes décorations de Noël...

7 commentaires:

  1. Je pense que des vacances s'imposent....

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  2. Lol La dernière fois que j'ai pris 3 jours (ce n'est pas si loin), j'ai faillit ne pas revenir...
    Bon j'ai passé les 2 jours en RDV avec des psys et des sophro pour parler de violence et je dois bien avouer qu'on a tous la même vision du monde. Les théories c'est bien beau, mais dans le concret, on se pose beaucoup de questions sur ce qu'on entend et constate.

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  3. Tsss...
    Ca ressemble pas a des vacances...
    Logique d'être blasé si on vie 24h/24 en pensant psycho.
    Il y avait une IDE comme ca a mon stage pré pro. Elle avait venait aussi de passé psychanalyste (tiens tiens yaurait il un lien??) et se sentais blasé a son boulot d'infirmière parce que du coup elle se sentait plus du tout a sa place et le boulot lui correspondait plus. Mais d'un coté elle le disait elle meme elle se reposer jamais meme avec ces amis elle analysé toujours les choses, observer, réfléchissait, bref son cerveau se reposer jamais et meme en vacance c'était pareil.
    Passer un temps ya de quoi devenir dingue je pense.

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  4. Wouah, c'est terrible. Il faut vraiment faire quelque chose, la vie est beaucoup trop courte pour s'ennuyer dans son travail... et surtout le temps de travail represente une bien trop grande partie de la journee.

    J'ai toujours pense qu'un psy devait vraiment s'emmerder face a un patient qui etait le seul a ne pas voir, pas comprendre (ou vouloir comprendre) son probleme... c'en est juste la confirmation.

    J'espere que ca va aller mieux, sinon il ne restera plus qu'a changer de vie. Une psy en reconversion... dommage pour ses patients quand meme, car certains psy sont bcp plus competents que d'autres... et ceux qui s'ennuient ne le sont certainement pas les moins.

    Lea

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  5. Non le temps de travail ne représente pas la majeure partie de ma journée et c'est volontaire. J'ai fais des choix dans ma vie, celui de gagner moins et de prendre le temps de continuer à m'extasier sur la vie.
    Non le psys ne s'ennuie pas face à son patient, il n'en n'a pas le temps puisqu'il faut écouter, entendre, réinterpréter. Ce qui est ennuyeux c'est la répétition des situations. Je l'ai déjà dit chacun de nous veut se croire unique, inédit. Ce que nous sommes en fait, mais psychologiquement nous tenons dans peu de cases. Une cause, un effet. Un effet, une cause. Donc les dépressions sont toutes dues aux mêmes causes, les phobies aussi, etc.... Maintenant il y a des patients avec lesquels c'est plus compliqué à régler pour diverses raisons et c'est souvent ceux là les plus intéressants car il faut suivre les méandres de leur psychée et pour certains c'est vraiment tordu ! lol Que la patient n'arrivent pas à voir n'est pas problématique, après tout si le patient a "tenu" tant d'années c'est bien parce qu'il s'est construit des barrières épaisses et qu'elles sont difficiles à abattre.
    En fait, ce n'est pas tant que je m'ennuie que tout ça manque d'excitant, de défi. Je devrai boire un peu plus de café je crois et déménager.

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  6. hmmm...Se sera la même chose ailleurs...

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  7. Je suis d'accord ! Mais l'environnement aura changé, c'est déjà ça.

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