lundi 26 décembre 2011

La psy somatise...

Pfff, y a des patients qui sont -comment dire ?- difficiles. Mais pas dans le sens compliqués ou gonflants, mais dans le sens lourds émotionnellement.

Bon en même temps je ne vais pas me plaindre, j'ai en ce moment des cas un peu lourds et franchement c'est passionnant. Mais prise de tête, oh la la !! 

La prise de tête vient aussi du fait que, moi avec ma vision extérieure, j'ai parfois du mal à comprendre pourquoi les patients stagnent alors que la résolution psychique est si simple. Alors la simplicité n'est pas accessible à tous et puis, je le sais, parfois mettre en oeuvre ce qu'il faut faire ou dire pour sortir d'une ornière est TRES compliqué socialement parlant. Mais bon faut ce qu'il faut. Ou le patient décide de ne pas faire de vague (c'est son droit le plus stricte) et il reste où il en est, soit il tape du poing sur la table, ça secoue tout le monde et on repart sur des bases zéro (et perd quelques liens dans la bataille). La 3ème solution étant de faire son deuil de cette situation de résolution, c'est possible, mais long et, pour le coup, compliqué. Mais encore une fois, le patient décide, c'est son chemin.

M'enfin, comme vous le savez si vous me suivez depuis longtemps, y a aussi les notions de transferts et de contre-transfert qui viennent s'entremêler dans tout ça. Mais le transfert et le contre-transfert sont malins comme des singes ! Des fois, on les voit pas, on n'y pense même pas. 

Bref, ça faisait 15 jours que je somatisais comme une dingue. Boule dans la gorge, comme un truc coincé en travers. Bon "qu'est-ce que je peux bien avoir envie de dire qui ne sort pas ?" est mon premier réflexe. Je réfléchis. Je trouve quelques trucs, mais ça ne me parait pas suffisant.  Et puis c'est apparu quand ce foutu truc ?
Y a plusieurs faits qui se sont enchaînés, pas facile de faire le tri. Et puis faut bien avouer, que j'avais déjà des sujets, causes de sensibilités personnelles, à force d'entendre celles des autres qui viennent se surajouter, le sensibilités ne se sont pas arrangées. Y a des trucs qui me faisaient hurler avant d'être psy, c'est clair que c'est pire aujourd'hui. 

J'analyse : alors un problème familial ? Un truc à dire à quelqu'un ? Une gamine de mes connaissances dont je suis persuadée qu'on la terrorise chez elle ? Un patient ? Un peu de tout. Mais "THE" truc est le patient. Et que je demande bien pourquoi... Bon d'accord ce patient stagne depuis 15 jours. Il a reçu une info familiale qui lui a fait perdre le bénéfice de 2 ans de thérapie... dissociation. Paf, j'ai affaire à un de ses "avatars"... 1 fois...2 fois... Ca me gonfle sérieux. Ok le patient a baissé les bras ? Ok, je les baisse aussi.
Et je décide aussi sec de mettre fin à sa psychothérapie, je rédige une lettre de recommandation pour un psychiatre, les psychoses ne sont pas de mon ressort... Tout ça me fait un bien fou.

Et puis je réfléchis. La nuit porte conseil.

Bon je sais qu'il y a transfert. Le patient se comporte avec moi comme avec sa mère. Et dans le contre-transfert, je réagis comme s'il était mon fils. Mais je n'ai pas analysé tout ça depuis ces 15 derniers jours.
Alors dans la réalité, le patient a cessé d'exister aux yeux de sa mère, sa mère le rejette et il considère qu'il n'existe plus.
En thérapie, il n'est plus présent et il n'existe plus à mes yeux, je mets fin à la thérapie.
Bref, on joue la même scène, mais pas dans le même théatre. Euréka !

Le patient arrive. 
Je lui dis que je mets fin à la thérapie. Stupeur !!
Je lui dis aussi que c'est la faute au transfert et contre-transfert. Là il me regarde comme une dingue.
J'explique. Je pense qu'il me croie franchement dingue.
Je recommence. Oui là c'est évident.
Je serais donc claire : où il existe et est présent (et pas une de ses dissociations) et je continue ou il décide de ne plus exister, il devient schizophrène et je n'ai plus rien à faire là.
Il a décidé d'exister.
Nous avons décidé de continuer la psychothérapie.
Et on réfléchi comment il pourrait exister dans les yeux de sa mère...

Et lorsqu'il a passé la porte, le truc que j'avais en travers de la gorge a brutalement disparu...

Magique !

5 commentaires:

  1. C'est.. assez dingue, le cerveau humain, faut avouer.

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  2. faut savoir prendre le recul nécessaire ;)

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  3. Suis légèrement effrayé du genre de trucs comme ça que je vais me taper quand je serai psy... Est-ce qu'on apprend à ne plus devenir une éponge à force ?

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  4. Vador et Fred : il n'y a aucun recul ni distance à prendre. C'est du contre transfert. On n'y peut rien et ça fait même partie de la psychothérapie du patient. Tous les psys y passent avec tous leurs patients. D'ailleurs dans le cas contraire, cela voudrait dire que la thérapie n'avance pas. Ca montre surtout une chose, ce qu'on 'envoie' aux gens n'est que le reflet de ce qu'ils aimeraient qu'on leur renvoie...

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