jeudi 22 décembre 2011

Les enfants "dys" - 2 - Dyslexie et dysorthographie

Comme le faisait si bien remarque Zygielle, le problème dans les troubles "dys", c'est qu'on a rarement un cas "pur" en face de soi. En général, il existe un trouble majeur avec des satellites autours ou un méli mélo des troubles. 

Il est évident qu'un enfant qui a des difficultés avec l'espace va avoir du coup du mal à savoir correctement placer son crayon pour bien écrire. De même que lorsqu'on n'arrive pas à lire, l'écriture est plus difficile... 


2. les troubles de l'écrit : la dyslexie et la dysorthographie

Une fois encore avant de poser le diagnostic de troubles "dys", il est important d'avoir fait un bilan. En effet, ces troubles peuvent être le signe de retards de développement chez l'enfant dus à des causes diverses (déficiences, troubles neuro, privations diverses...)

Pour faire simple, la dyslexie c'est lorsqu'on a des difficultés pour lire et la dysorthographie lorsqu'on a des difficultés pour écrire. Les deux sont liés parce qu'on apprend à lire en même temps qu'on apprend à écrire et vice versa.

Et cela n'a rien à voir avec le fait de n'avoir pas appris à lire ou à écrire, car on peut apprendre à l'âge adulte, plus difficilement certes, mais sans troubles particuliers.

Pour comprendre où ça peut "coincer", il faut savoir que l'apprentissage passe par 3 phases :

1. la pré-lecture : l'enfant "photographie" quelques mots qu'il va identifier (donc reconnaître et pouvoir lire). 

2. apprentissage lettres / syllabes / groupes / sons : il va pouvoir associer ou séparer. Il y a un "code" qui une fois connu permet de déchiffrer et dire tous les mots de la langue (même lorsque le sens n'est pas connu). C'est la phase dite "alphabétique".

3. C'est les stockage et la retranscription : l'enfant peut réécrire ce qu'il lit ou écrire ce qu'il entend.
Dans cette 3ème phase, on passe par un temps d'identification entre les lettres et les sons, c'est l'assemblage. 
Puis il y a "adressage", c'est à dire qu'un mot  n'a plus besoin d'être découpé pour être lu et reconnu, il l'est dans sa globalité (par exemple pour lire "globalité", vous ne faites pas gl + o = glo,etc...  ni glo + ba + li + té, le simple faite de voir "glo" vous fourni déjà les indices pour la suite du mot qui n'est plus que survolé pour être confirmé).

Or lorsque la phase alphabétique et l'assemblage ne sont pas maîtrisé, l'automatisation ne se met pas en place car le fonctionnement du "code" n'est pas assimilé. L'enfant va continuer à assembler les lettres et les sons (il va lire gl + o se prononce gle + o = glo, etc...), non seulement cela prend beaucoup de temps mais les risques d'erreurs sont très importants. Il va mettre en place des stratégie, "deviner" à partir d'indices qu'il pense avoir trouvé, la lecture est donc aléatoire.

A l'écrit, soit il tente de se souvenir des "images" des mots soit il transcrit phonétiquement. C'est donc peu lisible, sauf si on lit à haute voix !
Ce sont ce type de troubles qu'on constate le plus souvent.

Il existe bien sur des variantes. Si certains enfants  maîtrisent très bien la phase alphabétique et le système de l'assemblage, ils y restent "coincés" sans qu'on sache pourquoi. S'ils arriveront à lire -avec difficultés- les mots, le fait d'être obligés de continuer à assembler (gl + o) + (b + a) + (l +  i) + (t + é) fait que le sens des mots leur échappe la plupart du temps.

D'autres situations, plus rares, montrent des enfants qui vont maîtriser l'alphabétisation mais n'accéderont jamais à la phase de l'assemblage. Il leur est quasi impossible de lire ("alexie") et d'écrire. 

Ces enfants ont besoin de stratégies adaptées pour évoluer, mais des stratégies qui vont se baser sur ce qu'ils savent/peuvent faire afin que la lecture devienne plus facile. Aides que l'enfant ne pourra trouver qu'en dehors de l'école, encore une fois non formée pour apporter un tel soutien.


(la prochaine fois, la dysgraphie et la dyscalculie)

13 commentaires:

  1. Merci pour cet article et aussi pour les cartes heuristiques !
    ++

    RépondreSupprimer
  2. Merci c'est très clair et accessible pour une non-pro comme moi.

    RépondreSupprimer
  3. Moi je travail par "photographie" des mots... (ce qui m'a beaucoup aidé pour étudier très vite)...et le fait d'avoir fait mes primaires en anglais n'a certainement pas aidé pour l'orthographe...et je suis en fait "imperméable" aux règles grammaticales qui me paraîssent absurde, un peu comme du Béjart par rapport à l'art :-)et si je ne comprends pas la logique qui est derrière quelque chose et bien je ne peux pas le retenir à long terme...

    RépondreSupprimer
  4. Je ne sais pas s'il y a vraiment une logique en grammaire. J'étais excellente en dictée et très nulle en analyse logique (lorsqu'il s'agit de dire ce qui est sujet, verbe, complément et pourquoi tout ça s'accorde...). Je crois qu'en fait c'est la façon dont s'est enseigné qui bloque. Aujourd'hui lorsqu'on me demande d'expliquer une règle de français, ça me parait évident : les épithètes, les groupes, les accords... mais parce que la règle est intrinsèque au système or on nous présente ça comme si c'était extrinsèque. (je ne suis pas sûre d'être claire).

    Par contre pour tout le monde, c'est plus facile de retenir quelque chose qu'on a compris que juste apprendre bêtement. C'est ce qui fera la différence entre les "intelligents" et les "cultivés". Les intelligents étant souvent cultivés même sans étude, alors que les cultivés ne sont spécialement intelligents. Ce que les recruteurs n'ont toujours pas compris...

    RépondreSupprimer
  5. C'est la ou on se pose la question sur l'utilité de certaines matières enseignées. Est-ce vraiment l'univers idéal à l'épanouissement des plus intelligents ou finalement c'est les bosseurs donc les cultivés qui s'en sortent le mieux finalement :s

    RépondreSupprimer
  6. C'est tout frais :

    La dyslexie liée à une anomalie dans le cortex auditif

    Une seule anomalie cérébrale serait à l'origine des trois manifestations principales de la dyslexie, selon une étude française publiée dans la revue Neuron.

    Anne Lise Giraud et ses collègues de l'Inserm et du CNRS ont montré que cette anomalie dans le cortex auditif est liée aux difficultés à manipuler mentalement des sons de la parole, à mémoriser plusieurs éléments à court terme (à répéter une liste de mots par exemple), et à nommer rapidement des séries d'images.

    L'activité cérébrale de 44 participants adultes, dont 23 dyslexiques, a été enregistrée grâce à la magnétoencéphalographie (MEG) en réponse à un bruit modulé en amplitude.

    Une sensibilité réduite du cortex auditif gauche aux sons modulés autour de 30 Hz et une sensibilité accrue aux sons supérieurs à 40 Hz étaient constatées chez les dyslexiques. La réponse aux fréquences situées autour de 30 Hz serait nécessaire au découpage de la parole en unités linguistiques pouvant être associées aux graphèmes, indiquent les chercheurs. La sensibilité réduite corrèle avec les difficultés de traitement phonologique et de dénomination rapide d'images. Et, la sensibilité accrue aux sons situées au-delà de 40 Hz est associée à un déficit de mémoire phonologique.

    Source : http://www.psychomedia.qc.ca/dyslexie/2011-12-23/anomalie-cerebrale

    RépondreSupprimer
  7. Artek : merci pour ces infos.Mais gardons nous de croire que la médecine explique tout. Si nous prenons l'exemple du cancer, nous sommes potentiellement atteints, mais un cancer ne s'exprime que face à certaines conditions environnementales, psychologiques ou autre. Aussi ici si la modification cérébrales est bien visible cela n'explique par pourquoi cela apparait. Il y a des enfants qui deviennent sourds jusque parce qu'ils ne veulent plus entendre leurs parents se disputer.

    RépondreSupprimer
  8. Il y a des enfants qui deviennent sourds jusque parce qu'ils ne veulent plus entendre leurs parents se disputer? C'est vrai, je veux dire c'est prouvé ou c'est une blague?

    RépondreSupprimer
  9. Cessy Loup : on ne prouve rien en psychiatrie et en psychologie. On fait de l'observation et on calcule des correspondances. Si une otite peut rendre sourd (ça c'est prouvé) on n'a jamais démontré ce qui pouvait déclencher une otite. Ca peut être un coup de froid, un choc, l'intrusion d'un objet, un son trop fort, un bouchon de cerumen et une somatisation. Le psychisme est malin.Il va découvrir par exemple par hasard après un coup de froid sur une oreille que lorsque cette oreille est "bouchée" il n'entend plus le monde extérieur. Cela va être intégré et cela sera réutilisé comme mécanisme de défense contre quelque chose qui ne plait pas à "l'oreille". L'enfant va par exemple faire otite sur otite ou devenir malentendant juste pour ne plus entendre ce qui le gène. J'ai eu un jeune patient comme cela. Vers 3 ans, après une otite soignée et guérie, personne n'a pensé qu'il n'entendait plus. Il a fallut qu'il se fasse engueuler pendant 2 ans par ses enseignants (qui pensaient qu'il le faisait exprès) et par ses parents (qui étaient au bord du divorce et s'engueulaient tout les soirs) pour découvrir qu'il n'entendait quasi pas. Ca avait débuté, quelques jours après que son père soit tombé au chômage, que ce père restant à la maison se mette à picoler et à engueuler son fils à longueur de temps et que les parents ne se supportent plus. PErsonne n'y comprenait rien. Pas de lésion, pas d'otite, pourtant pas d'audition. Le hasard faisant parfois bien les choses, son père a retrouvé du travail, les parents se sont rabibochés et le père a entamé une thérapie pour cesser de boire et être moins agressif. 3 semaines plus tard, le gamin s'est remis à entendre normalement. J'ai dis à l'enfant mine de rien "alors comme cela il y avait des choses que tu ne voulais pas entendre ?". Il m'a sourit et m'a fait "oui, mais comment vous savez ça ?".

    RépondreSupprimer
  10. Oki, merci pour ces explications!
    C'est juste qu'il y a quelques semaines j'ai un prof qui nous a dit un peu le contraire en cours. Je ne sais plus comment c'était formulé mais en gros qu'il fallait d'abord prouver médicalement les choses avant d'avancer que des raisons psychologique (genre stress) pouvais avoir un impacte sur le développement de tumeurs cancéreuses ou autre maladies et que c'était une idée reçu de le croire. Je ne sais pas si j'explique ça clairement, enfin ça m'avait interpelé et voilà maintenant je intéresse à la question.

    RépondreSupprimer
  11. Les médecins défendent leur paroisse, les psys la leur. Mais les médecins ont plus de poids.
    Dans les cancers, je crois l'avoir écrit, nous sommes tous programmés pour avoir des cancers, mais pourquoi un cancer se déclenche t il ? C'est l'âge (raison interne) ? C'est un trauma (raison psychique) ? C'est un choc (raison externe))? Les 3 sont possibles et parfois ensemble. Ainsi un trauma peut 'programmer" l'inconscient pour se planter et se faire mal et déclencher un cancer. Les cancer sont donc tous génétiques, mais le déclencheur de ce cancer peut être psychologique.

    RépondreSupprimer

Stats