lundi 9 janvier 2012

Instrumentaliser le psy

C'est pas bien.Non.
C'est pas bien du tout de tenter d'instrumentaliser le psy.
Le problème c'est que parfois le psy ne s'en aperçoit pas.
Enfin je parle tout particulièrement du psy débutant.
Parce qu'à un moment on le voit venir comme le nez au milieu de la figure.

"Instrumentaliser" le psy.
Ca veut dire quoi d'abord ?
Dans "instrumentaliser" y a "instrument". C'est à dire que le psy sert à quelque chose.
Oh, je vois venir les détracteurs qui oseraient demander si les psys servent à quelque chose. Et franchement c'est petit petit.
Le but c'est d'utiliser l'autre -le psy ici- comme instrument, en le modelant s'il le faut, pour arriver à un but.
Y a des gens qui font ça avec tout le monde, y'en a d'autres qui ne le font que parce qu'ils ont besoin de quelque chose.
D'une attestation par exemple.
D'être rassurés est un autre exemple.
Ca peut s'apparenter à de la manipulation. 
Parfois certaines personnes ne savent même pas que c'en est et vous disent franchement "j'ai juste besoin d'une attestation d'un psy". Ca a le mérite d'être clair. 
Et ces personnes n'obtiennent pas leur attestation.

Prenons un exemple (les lecteurs aiment les exemples) :

Un type me téléphone un soir pour une consultation pour son gamin de 8 ans.
Déjà ça commence bien "c'est pour vous la consultation ?" ai-je demandé au départ.
Ton glacial "non merci, j'ai déjà ce qu'il faut, je suis en analyse depuis 15 ans !".
Un type beau parleur, égocentrique, ironique. Que je prend un grand plaisir à "casser" (on a les plaisirs qu'on peut). Son analyse va durer encore un certain temps je pense.
Il me "tient la jambe" et me raconte toute l'histoire du gamin.
Bref, lui et sa compagne sont séparés, tout le monde a refait sa vie et le gamin vit 3 jours chez l'un, 4 jours chez l'autre.
Lui considère que son fils va super bien, à l'école tout est parfait, son gosse est intelligent et calme.
Elle considère que son fils va très mal, qu'à l'école c'est une cata et le gosse est hyper agressif.
Monsieur a décidé de prendre les choses en main. Il emmène son gosse voir un psy, puis un autre, puis le psy du relai parents-enfants, puis un autre psy. 
Ca m’interpelle, je vois venir la chose. 
"Et que pourquoi votre gamin il a vu tout ce monde, hein je te le vous demande ????"
Allez je vous le donne en mille : "On va bientôt se croire au Etats-Unis ici, toux ceux qu'il a vu constatent qu'il va bien, mais personne ne veut l'écrire. Ils disent tous qu'on peut les appeler, la mère, le Procureur, le juge, mais y'en n'a pas un pour le mettre par écrit..." dit le gentil papa.
"Et que pourquoi mon p'tit gars, tu voudrais que je te le mette par écrit ?"
"Pour pouvoir présenter cet écrit au JAF qui pourrait en tirer toutes les conclusions. Mon fils va bien, c'est Madame et son nouveau compagnon qui ne vont pas bien".

Voila, ça c'est un exemple d'instrumentalisation du psy  (et du gamin par la même occasion).



8 commentaires:

  1. Que ça m'énerverait... ça a le mérite d'être clair. Est-ce que tu peux donner un exemple un peu moins criant ? Merci

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  2. C'est criant parce que tu le sais, lorsque tu ne le sais pas tu es susceptible de te faire avoir. Un autre exemple dans le même genre, je fais court :
    dans une entreprise, un salarié se suicide. Sur pression des syndicats, on fait venir le psychologue pour évaluer la situation de travail. Que va conclure ce psy ? Bien sur ce n'est pas la situation de travail qui pousse au suicide. C'est certes un facteurs concommittant. Le psy est instrumentalisé par l'entreprise qui va utiliser le rapport du psy pour se décharger d'une éventuelle responsabilité et surtout pour reporter la faute sur le salarié qui, par interprétation, présentait sans doute des facteurs de fragilité.
    Ce psy est doublement instrumentalité : par le syndicat (qui cherche via le psy à pathologiser la situation de travail) et par l'entreprise (qui cherche à atténuer sa responsabilité).

    Autre cas toujours en entreprise. Tout le monde est sous pression, la direction générale décide donc de créer une ligne téléphonique vers un psy que les employés peuvent appeler lorsque ça ne va pas. Ca pose d'abord la question de l'indépendance du psy par rapport à son "employeur". Ca pose aussi la question de l'instrumentalisation du psy, en ce que le psy devient "caution" sociale de l'entreprise (ce qui va permettre tous les débordements).

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  3. je comprends, c'est très intéressant et ça fait réfléchir. J'imagine des sujets de bac philo...

    Lorsque dans le texte tu parles "d'être rassurés" est-ce que tu penses au patient qui consciemment ou pas cherche à être conforté dans son attitude ?

    J'aime bien les exemples, lol !!!

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  4. Oui "conforté" est le mot, mais "conforté" sous tend un peu le fait de le faire pour soi. Or, si cela arrive, c'est rarement le cas, le but c'est de conforté son image, son état, ses comportements dans les yeux d'un autre (un parent, un juge...).

    Un patient a tenté de jouer à ce jeu là. Un type très narcissique en parole avec une estime de lui même extérieure très forte. Ce dont il n'est pas conscient. Du coup il ne comprend pas pourquoi tout le monde le trouve désagréable, imbu de lui même et qu'on lui en veut. Il l'est d'autant plus que tout ça est basé sur du vent. Il fait des fautes de français à l'oral énormes, il ne se base que sur des on-dits pour affirmer quelque chose, se pose en "savant plus que les experts"... Il est évident que son but en consultation est que je finisse par reconnaître que c'est lui qui a raison et que les autres lui en veulent. C'est de l'instrumentalisation. Il veut être conforté dans ce qu'il vaut pour le vendre aux autres. (ce en quoi il est mal tombé)

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  5. merci. J'ai tendance à poser beaucoup de questions, j'aime bien apprendre... si j'abuse il ne faut pas hésiter à me couper !

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  6. J'adore l'illustration. En revanche, j'ai plus d'indulgeance pour ce père qui est confronté à un problème qu'il ne peut résoudre. Je pense qu'il est sincère dans sa démarche, il veut résoudre un problème. Je ne dis pas qu'il s'y prend bien, pas du tout même...Si le cas se produisait dans ma sphère, ce serait un beau cas d'école pour une thérapie systémique.

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  7. Ce qui est interpellant c'est que c'est lui qui veut absolument trouver une solution et pas la mère. Tu as raison il veut résoudre un problème, mais je ne suis pas sûre du tout que ce soit celui de son fils, mais bien le sien propre. Il part du principe que tout va bien chez lui (ce qui n'est peut être pas le cas) et que si tout va bien chez lui tout ne peut pas aller mal chez la mère. Il y a un manque d'empathie évident.

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  8. TRES intéressant et j'adore l'illustration en conclusion!

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