mercredi 22 février 2012

Autisme et psychanalyse

Vous le savez sans doute, car cela fait pas mal de bruit virtuel, la HAS (Haute Autorité de Santé)  voudrait interdire le recours à la psychanalyse pour la prise en charge de l'autisme.

Cela pose deux questions :
-1. la psychanalyse est-elle "compatible" avec le traitement de l'autisme ?
-2. Qu'est ce que la HAS vient foutre dans le recours à la psychanalyse ?

Pour la première question, c'est plutôt complexe.
Pendant très longtemps, les psychanalystes ont stigmatisé les mères et expliquant que si leurs enfants étaient autistes c'était de leur faute : une mauvaise relation à l'enfant et surtout une dépression de la mère au moment de la naissance et une séparation trop brutale d'avec la mère.
Il a été écrit de nombreux bouquins sur le sujet. Il faut savoir qu'une prise en charge d'un patient autistique ne se fait pas sur du très long terme (3 ans environ) mais donne lieu à consultations très rapprochées, du style 3 à 5 séances par semaine. Plus la prise en charge se fait de bonne heure plus les résultats sont visibles.

Maintenant, et cela depuis plusieurs années, on a découvert que l'autisme était une maladie génétique.
Comme la schizophrénie, la dépression.... et le cancer.
Basé sur ce constat médical, il est évident que la prise en charge se devait de passer surtout par du médical.
Les thérapies transgéniques n'étant pas encore au point sur ce sujet, un traitement à base de médicaments est devenue la thérapie numéro 1.

Ce qui pose toujours la même question : Ok c'est génétique, mais qu'est-ce qui fait que cela s'exprime ?
Car ce n'est pas parce que nous avons le gène du cancer, de la dépression ou de l'autisme que nous développons un cancer, une dépression ou un autisme (cela est constaté par les études sur les jumeaux monozygotes). Alors qu'est-ce qui fait qu'un enfant va devenir autiste ?

Alors bien sur, tout ramène au médical. Après tout, quelque soit l'état de notre psychisme, notre cerveau ne crée nos problèmes psychiques que par des stimulations électriques et des neuromédiateurs. Toute notre pensée n'est que cela, toute notre vie n'est que cela : électricité et neuromédiateurs.
Mais pour ce qui est de trouver quelle stimulation électrique va à un moment donné permettre la mise en route d'un gène, c'est pas pour ce soir. Un constat évident, c'est que vu de l'extérieur, il existe des raisons à l'expression d'un gène. Comme je le disais, un éventuel dérèglement physiologique interne peut en être la cause, mais aussi un choc physique ou un choc émotionnel. Le psychisme peut déclencher (voire arrêter) certains symptômes et maladies. Bien sur, il est évident qu'il faut souvent traiter d'abord les symptômes "physiques" qui peuvent être mortels avant de se poser la question d'une prise en charge psychologique.
Or dans l'autisme, si la génétique est certainement la cause, on ne sait pas quel est le déclencheur. Or si la médecine, n'en sait rien et déclare que de toute façon c'est un truc uniquement médical, la psychanalyse dans l'autre extrême dit que si ça s'est déclenché c'est que l'enfant a vécu un trauma face auquel il ne peut se défendre qu'en se repliant sur lui-même.

Les psychanalystes ne font pas de différence entre autisme et dépression psychotique. En séance, les enfants autistes parlent peu, l'analyste interprète son contre-transfert pour comprendre ce qu'exprime l'enfant. Néanmoins, l'analyse a évolué sur le sujet, puisqu'au départ on était dans l'interprétation dure, aujourd'hui les analystes entrent en relation avec l'enfant par la parole et le geste. Pour mieux comprendre ICI.

Mais pour les parents d'enfants autistes, ces visions des troubles de la relation mère-enfant et la catégorisation de l'autisme en psychose, sont inacceptables.

Voici le documentaire "le mur" qui a allumé la mèche. 3 des psys interviewés ont fait interdire ce film car leurs propos auraient été tronqués et donneraient une fausse idée de la fiabilité de la psychanalyse dans l'autisme.

Je n'ai pas la réponse quant à l'autisme, mais je n'entends rien dans ce film qui me choque d'un point de vue psychologique. Par contre les questions de la journaliste sont totalement orientées. Quelles différences avec les favelas ? Comment le savoir dans la mesure, soyons réalistes, où l'étude des maladies dans les favelas ça n’intéresse personne puisque ça ne peut rien rapporter. L'inceste perpétré quasi uniquement par les pères ? On sait aujourd'hui que 30 % des incestes connus le sont par la mère.... Le père n'existe pas ? Dans de nombreux couples, à la naissance de l'enfant, le rôle du père est nié et nait alors un rejet avec violences psychologiques envers le père.


Ce qui me gène aussi c'est qu'on parle toujours de l'autisme. Or il existe des autismes, en fait ce sont des "troubles envahissants du développement".


2. le rôle de l'HAS

Bien sur on s'étonnera quand même de l'absence de réponses des analystes quant aux éventuels résultats de leur pratique pour les enfants autistes... quand on sait que ça donne lieu parfois à près de 400 consultations ... on pourrait se dire que quelque part certains n'ont pas intérêt à ce que leur gagne pain leur soit confisqué, c'est évident.

En fait, pour l'instant, la HAS ne tourne le dos à aucune pratique dans le domaine de l'autisme. Comme il se doit dans ce type de science, obtenir des résultats mesurables est difficile. Sous la pression des associations de parents, la HAS essaie de ne garder que des techniques à résultats rapides qui correspondent aussi aux calendriers politiques ! Ce qui n'est pas le cas de la psychanalyse.

Aujourd'hui les données sur l'autisme sont peu nombreuses, évoluent vite et modifient sans cesse le regard que l'on porte sur ce trouble. On ne sait pas si ce qui est valable aujourd'hui le sera encore dans 2 ans, sans compter qu'en fonction des continents les approches sont parfois très différentes. Donc vouloir à tout prix faire la liste des "bonnes pratiques" n'est pas simple.

Je comprends que la psychanalyse puisse paraître inadaptée aussi puisque, je l'ai déjà dit, plus une thérapie est analytique plus elle nécessite une "intelligence" du patient. Or ici le transfert ne peut être interprété, seul le contre-transfert peut l'être.

L'HAS souhaitait un temps faire sortir la psychanalyse du champ des thérapies pour ne garder que les psychothérapies cognitivo-comportementales. C'est tout d'abord nier le libre choix des patients ou des familles de patients. Ensuite, sortir la psychanalyse de l'autisme c'est ouvrir la porte à la "prescription" des techniques psychothérapeutiques. Un grand rêve des médecins ! Enfin, il faudrait une prescription pour démarrer une psychothérapie et enfin le médecin définirait et le type de thérapie et le nombre de séances nécessaire pour la problématique exposée par le patient. Ce va totalement à l'encontre des pratiques actuelles en psychanalyse et en psychologie, qui restent des activités para-médicales basée sur un accord thérapeute/patient.

Si la psychanalyse ne parait pas adaptée aux parents de jeunes autistes, rien ne les oblige à aller consulter un analyste, rien ne les empêche non plus d'essayer d'autres techniques. Pourquoi vouloir interdire une pratique qui entre dans le champ de la recherche et qui pourrait ouvrir des portes ?

La psychanalyse telle que la pratiquait Freud ou Lacan, tend à disparaître du monde. Il n'y a guère qu'en Europe qu'elle reste si prégnante. Il est évident que si, comme on le voit dans le film et l'avouent les analystes interviewés, la psychanalyse n'a aucun résultat même sur du long terme, on en voit mal l'intérêt du recours à une telle pratique surtout vu ce que cela sous-entend pour la famille.

L'interdiction de la psychanalyse dans le traitement de l'autisme par la HAS reviendrait à dire que la psychanalyse en l'état, pure et dure, cessera rapidement d'exister. Cela ne peut que faire boule de neige. En remettant en cause la psychanalyse, on remet en cause les théories psychanalytiques.





Signalons que la HAS vise aussi à interdire la thérapie par le "packing". Je vous en parlerai bientôt. Nous en saurons plus le 6 mars, date de parution officielle du rapport de la HAS.

16 commentaires:

  1. Suite à la discussion sur les miroirs je suppose que lorsque tu parles d'analyser le contre-transfert, il s'agit donc d'interpréter ce que te renvoie ton propre miroir. Je sais que tu es très réactive :-) mais il n'y a pas des fois où c'est le calme plat en particulier si la personne ne s'exprime pas ?

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  2. En tant que neuropsychologue rencontrant parfois des enfants autistes, ce débat m'intéresse. Personnellement, je m'intéresse à toutes les disciplines car le psychisme humain est un prisme qu'il convient d'observer sous plusieurs angles. La neuropsychologie n'explique pas tout, tout comme la psychanalyse. Parfois l'un et l'autre peuvent être aberrants selon le cas.
    Et puis il faut rappeler que c'est grâce à la psychanalyse que l'enfant a enfin été reconnu comme un "sujet" qui n'avait pas "les mots pour le dire" (F. Dolto entre-autre).

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  3. Aztek : oui je pense que c'est comme cela qu'il faut le voir. Il existe une complémentarité et je suis certaine que, comme dans toute thérapie, certains enfants y sont plus ou moins accessibles. Commencer à fermer une porte c'est s'exposer à ce que d'autres portes soient fermées dans le futur. Or la recherche, si elle doit être cadrée, ne doit pas être limitée dans ses axes (tant que ça ne fait pas souffrir le patient bien sur).

    Milady : tu vois que tu as trouvé toute seule la réponse comme une grande.

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  4. Pourquoi être manichéen et ne voir que par une orientation en rejetant systématiquement l'autre? J'ai fait mon premier stage dans une institution accueillant des personnes avec autismes sévères qui utilisait les méthodes PECS et ABA, auprès d'une psychologue d'orientation psychanalytique et où le packing et l'art thérapie étaient également utilisé. Bien sûr tous les intervenant n'étaient pas toujours d'accord sur tout, mais ils savaient prendre en compte les arguments des autres et élaborer des projets individuel dans l’intérêt de chaque patient.

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  5. L'Etat est notre maman à tous et a forcément toujours raison...non mais fanchement de quoi se mêlent-ils?

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  6. En suisse, cela fait plusieurs années que les psychologues doivent travailler sous le même toit et sous la supervision d'un psychiatre pour être remboursés par les assurances-maladies.

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  7. En France, les consultations en psychologie sont remboursées uniquement dans le cadre hospitalier.

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  8. Il y a un article intéressant sur libé sur ce sujet. Le témoignage d'une mère qui pense s'exiler en suède car là prise en charge des enfants autistes y est très différente.

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  9. C'est aussi des pratiques telles que le packing qui ont été dénoncées par des associations de parents autistes..

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  10. Annie

    Il faut dire qu'au Canada, au Québec, le packing n'existe pas, aux ÉU non-plus; c'est une pratique barbare et violente, et la France est resté en arrière 100 ans au niveau d'interventions pour les enfants avec autisme.
    Je ne reviens pas quand je lis encore des articles sur la mère refrigerateur, que les psychanalists françaises analysent la mère au lieu de travailler avec l'enfant, que ABA, PECS, TECH, et tant des térapies comportementales qui ont donné des bons resultats n'ont pas remplacé les psykk qu veulent pas lacher.
    Même Freud a evité d'analyser les enfants, seul enfant n'était même pas présent.
    Mon fils est autist, et il me font pitié les parents d'enfants autists au France, au qu'elle practique barbare et inumane sont exposé leur enfants.

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  11. Je ferai un article sur le packing, qui n'est pas loin de ce qu'on utilise pour faire "régresser" les personnes ("rebirth"). j'avais déjà fait un article sur ce sujet dans un autre cadre. Ce n'est pas exactement la même pratique, il est donc important de comprendre ce que c'est. J'avoue que personnellement j'ai un peu de mal avec le packing.

    La psychanalyse n'est pas axée sur la mère, elle est bien axée sur l'enfant. Elle est même dans certains cas axée sur l'analyste, car lorsque l'enfant a beaucoup de mal à communiquer, comme je l'écrivais, le thérapeute n'a que le contre-transfert pour comprendre ce qui se passe. Encore une fois, c'est tout le problème de parler de l'autisme, alors qu'il faut parler "des" autismes. Il est évident que lorsque l'enfant est capable d'accepter une communication, des techniques que la PECS est très efficace. D'ailleurs, et ce n'est pas un dénigrement juste un constat, c'est très amusant de voir qu'on propose des techniques de communication appliquées aux chimpanzés aux enfants autistes. Se pose alors la question : dressage ou éducation ?

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  12. Ce `dressage` (avec mon fils était ABA. Il a commencé a parler seulement après ce travail, à 4 ans; on a commencé en faisant le point sur les images d'objets, après sur les photos qui éxprimaient des émotions (joie, tristesse, etc) et on est arrivé à faire des petites histoires liés à cettes images. Aujourd'hui à 12 ans il vient de reussir son examen d'admission au secondaire en privé, une bonne école. ABA n'est pas pour la vie, elle construit une fondation d'ou l'énfant peut de develloper, surtout en utilisant les mots. sans être capable d'exprimer ses besoins, la colère reste le seul moyen de d'éxprimer. Ici la psychanalyse n'a rien à faire, n'utilise pas les techniques d'aider pas du tout un enfant. Je ne crois pas que le transfert fonctionne avec les enfants, surtout avec les non-verbal. Il faut dire que je garde toujours le lien avec le psychologue de mon fils, mais lui me donne à moi des conseils de réagir en fonction de l'etape ou l'enfant se trouve, de la situation concrète (il utilise les TCC), mais içi on psychanalise jamais l'enfant. Lacan et Freud n'ont rien à faire avec une maladie, un handycap. L'autismes est un handicap et non une psychose ou un trouble de comportement. Et oui, on applique differement les thérapies comportementels pour les enfants Aspies que pour les TED ou haut niveau. On adapte le travail, la façon de faire en fonction de degré dont il est touché par l'autisme,de l'enfant et de sa personalité. Et ça marche, on a des enfants integrés dans la société, dans les écoles regulières, qui ont fait un beau chemin dans leur vie. On a les organismes d'autisme qui offrent des maison de repit au samedi-dimanche pour qui veule (j'ai jamais utilisé), on a des groupes de socialisation par niveau des enfants, pour qu'ils apprend les comportements, etc. Rien à faire avec l'hopital du jour français et la psychanalyse et le packing.

    J'ai lu ton article sur rebirth (j'aime ton blogue). C'était une pratique très isolé et dezavouée par les americains.

    Annie

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  13. Merci pour ce témoignage Annie.
    Freud a à voir avec les maladies dans le cadre des somatisations et des conversions hystériques. Il est parfois difficile de faire la part des choses entre ce qui est vraiment physiologique et psychologique, les deux étant intimement liés.

    Aurais tu plus de choses à nous dire sur cette vision de l'autisme comme étant handicap ? Car cela voudrait dire que c'est une déficience physiologique. Or si on peut palier/compenser à un handicap par de l'instrumentation, on ne soigne pas le handicap. Or ici l'autisme s'améliore. Cela ressemble plus à un manque, un déficit ou à un blocage. Aurais tu quelques référence sur cette conception ?

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  14. Bonjour,

    Je m'éxcuse d'abord pour mon français, je suis d'origine européene.
    La position officielle au Canada concernant l'autisme et le Rett syndrome est celle publiée par l'Association Americaine de Psichiatrie et adapte dans le manuel de diagnostique de troublex mentaux (DSM). J'ai trouvé un link, on voit si fonctionne on ne me laisse pas de faire copy/paste dans ton blogue):
    http/www.parl.gc.ca/content/LOP/ResearchPublications/prb0593-f.htm
    Ils incluents dans les troubles de developpement considérés comme handicap: les troubles du spectre autistique, Rett, le syndrome degeneratif; ils sont consideres comme handicap puisque le fonctionnement de la personne est limité, ses capacités (verbaux, interactions sociales, etc sont limités). La position appliqué est qu'on ne guerise pas le handicap, mais on met au pratique des mesures, techniques (les thérapies) d'ameliorer la vie de ces personnes, en reduisant les comportements sociaux non-appropriés; Elle sont nommés: ICIP (intervention comportamentale intensive précoce) et toute la théorie est construite en ayant com pointe de départ le travail de Dr.O.I,Lovaas.
    Dans la pratique cotidiene, le diagnostique est posé à l'hôpital par une équipe multidisciplinaire (nous avons eu en 2004: un medicin pediatre specialisé en troubles de dévéloppement, un psycholog, un ortophoniste (je suppose qu'on Europe sont nommés logopeds), une pedoéducatrice (elles travaillent avec ces thérapies). L'enfant est suivi par ces personnes quelques jours, on demande les parents de remplir un questionnaire complexe (de la grossese au présent, touchant le developpement d'enfant) et ainsi par le personnel de la garderie ou l'école si l'enfant avait déjà suivi une.). Suivant le diagnostique, l'enfant est inclus dans le système, ce qui veut dire des services fournies par l'état (nous avons complété avec ABA privé), ainsi que par logoped (d'habitude il travail le language avec des méthodes "friendly": des jouets: fèrme d'animaux, associer le mot aux images, faire les sons, etc)
    Le support materiel (l'allocation de personne handicapé credits d'impôts, deduire des frais pour l'employeur qui embauche des autists, les logements sociaux, assistants, etc) sont offert pour toute la jour, puisque'ils sont considérés comme handicapés.
    J'éspère avoir repondu à ton question


    Annie

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  15. Merci beaucoup Annie pour ces précisions. Le français n'est pas un langage facile et les traducteurs ne sont pas toujours très efficaces. Mais ce qui est important c'est d'échanger des informations et d'en savoir plus à la fin. Je vais me pencher sur tes références. C'est très intéressant comme approche. Ce qui est étonnant ce que cette notion de handicap peut être appliqué à la majorité des maladies mentales.

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