jeudi 16 février 2012

Exercice d'écriture - Résultat 4

Les écrits d'Harley Quinn


Marée humaine

Talons qui s’échauffent sur le macadam, bienvenue dans le cirque humain, le spectacle de personne, de tout le monde. Les gardiens de la révolution grondent à Paris, les lampadaires vacillant au-dessus des têtes seront les flambeaux de la liberté, embrasez la ville de vos souffles d’espoir ou empoignez les armes pour détrôner les spectres qui gouvernent vos libertés. Cachez vos traitres visages de pierre, vous qui restez stoïques en ces temps de guerre, préférant vous masquez derrière une pluie glaciale plutôt que d'affranchir vos utopies. Cavalcades de corps déambulant dans les ruelles des villes venant se mêler à la versatilité de l’orage qui gronde, martelant les empreintes défaitistes d'idéaux abandonnés avant même d'être défendus. Ce sont des masques que vous brandissez lâchement comme étendard boueux au-dessus de vos têtes, ce sont de piètres représentations de vous-même que vous crachez à la face du monde. C’est votre dignité qui s’infiltre sous les pavés aussi insidieuse et pénétrante que les torrents d'eau qui défilent jusqu'au caniveau. Il n'est pas trop tard, ôtez vos masques, commandez à vos jambes de cesser de s'agiter dans le vide, regardez-vous, osez regarder vos compagnons d'exode jusqu'au fond de leurs âmes, vous y verrez la même rage qui grouille au fond des tripes, la même peur dévorante qui déborde au creux des lèvres.Il est l’heure de combattre, il est temps de s’enfuir, faites votre choix, choisissez votre camp, bientôt il sera trop tard.



Nous étions désormais assis l’un en face de l’autre. Le premier fixant le second, dans un étrange jeu de regards. Le second serrait un couteau derrière son dos. L’éclair de la folie submergeait ses pupilles rougeoyantes à travers le masque déposé sur son visage figeant ses traits d’une expression stéréotypée. Le premier, le second. Je le regarde, sans un mot tandis qu’une lueur transperce le noir de sa lame brûlante. Planté de couteau, nous étions désormais allongés, l’un en face de l’autre. Les yeux clos.

Je le sais maintenant. C’est trop tard, je le sais. Le pardon n’entre plus en ligne de mire, pas plus que la haine ou la déflagration, nous avons beau fuir sur le macadam humide,  les talons s’engourdissent sans appel, les crimes d’hier se rappellent à notre souvenir. Nous courrons à nos lendemains de peur que la veille nous rattrape tandis que les fantômes errent dans les rues, chimères de nos désirs fantasmagoriques. Ne jamais se regarder, têtes baissées, si c’est trop tard que fais-tu là encore aujourd’hui ?

L’image de cette créature est toujours présente en moi. Elle n’a pas de visage, pas de forme, pas de voix, pas de consistance, elle n’est pas matérielle, ni spirituelle, ce n’est ni une voix ni une présence, c’est beaucoup plus insidieux. Elle est absente. Je ne saurais dater son existence ni lui donner un nom, c’est une partie, indéfinie. La tête en berne, posée sur les épaules, ballantes, une tête déposée sur un amas cellulaire, inconsistant. Elle est moi.

On ne survit pas toujours au jeu de la vérité. Il fallait se faire une raison, cesser les camouflages, ôter les masques, oser se regarder dans le blanc de l’œil, en face d’un miroir transparent. Il fallait oser, arracher les pupilles pour voir ce qui se trame derrière le crâne. Oser se noyer dans un labyrinthe de doute. Il fallait avoir le courage de se regarder sans ciller, de se poser plus de quelques secondes en face de soi-même sans avoir envie d’arracher la chair qui nous recouvre.

Tout commença par un adieu. Il s’est retourné, sans un mot, sans une explication. C’était hier, ou avant-hier, c’était la fin, le début. Le milieu qui se confond avec le reste. Son nom s’efface à mesure que ses traits se sont affaissés par les assauts transparents du temps, c’était un peu comme un pantin sautant d’une falaise. Imprévu, mais joli. Il avait la mesure des inconstants, la raison des irresponsables, je m’étais promis d’accrocher sa couardise sur mes lèvres le jour où il partirait. Je savais qu’il le ferait, le début commençait par la fin, nous savions tout deux que viendrait le moment des au-revoir, il fallait accepter l’éphémère de notre relation pour transcender les émotions terrestres qui caractérisaient l’âme humaine. J’étais un monstre d’indifférence qui s’acharnait à éteindre chaque jour le feu ardent qui brûlait mes entrailles. Il est partit, il a couru, ailleurs, tandis que désespérément je m’élançais à sa poursuite, un fusil à la main au cas où il se retournerait. J’ai couru des jours durant dans les rues grouillantes d’amertume, les trombes d’eau rinçant l’étincelle de folie qui m’animait. J’ai couru, jusqu’à me perdre, arrachant les mains qui s’offraient à moi et dédaignant le monde qui hurlait ta disparition. Tout commence comme tout se termine, par un adieu.



Nous étions comme des bouteilles jetées à la dérive dans une mer déchainée. Pourtant rien n’aurait laissé présager une telle destinée, lui, un verre de cognac à la main, à l’ombre d’un feu de cheminée. Moi, vêtue de gris, serrant une poupée déchirée au creux des bras. Nous vivions de nos chimères déchues dans un palais d’amertume. La confusion régnait en maitre,  nous étions les criminels de notre époque et les vagues ne cessaient de noyer nos cris tandis que l’espoir embrasait nos yeux.


9 commentaires:

  1. Le regard des autres est important. Mais c'est la peur d'être démasquée, d'être vue telle qu'on se croit se voir dans le miroir. Il y a une forte notion de dissociation, comme si la partie sombre était indépendante de la lumière.

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  2. pas de commentaires ? Il ne faut jamais avoir peur de plonger dans le noir, la lumière est toujours au bout.

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  3. bon je me lance à tâtons dans l'obscurité. J'ai l'impression qu'à travers cette fiction tu as surtout cherché à cacher tes sentiments peut-être au sujet d'une rupture, je ne sais pas. Ce que j'ai bien aimé dans les deux premiers textes c'est l'impression de découvrir des facettes des personnes qui ont écrit. Ce texte est plus mystérieux, le miroir est plus opaque. Une prochaine fois sans doute.

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  4. Vergi: Pour la notion de dissociation c'est marrant, mon psy m'avait balancé ça avant que j'envoie le suivi en l'air.

    Regard des autres important => check, good point. En fait je suis assez terrorisée par le regard des autres, ou les autres en général. J'avance "masquée" la plupart du temps parce-que c'est plus facile, interchangeable, rassurant, adaptable.

    milady: Drôle j'ai l'impression d'avoir tout dit pourtant, ou presque, ou pas loin, ou l'essentiel.
    Je n'ai pas la sensation d'avoir cherché à cacher mes sentiments (au contraire!), en revanche c'est quelque chose qu'on me reproche assez souvent lorsque l'on me côtoie, d'être peu expressive au niveau affectif, donc assez vrai au final.

    Après, plus généralement quand j'écris c'est jamais à tête reposée, il faut qu'une émotion intervienne et quelle soit suffisamment forte pour que je prenne la plume, sinon rien ne sort. Sans doute pour cette raison que ça part un peu dans tout les sens. Je relis jamais ce que j'écris, mais là ça me donne la sensation que ça n'était pas moi, ou alors j'étais sacrément en colère les jours où j'ai écris.

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  5. alors promis je vais relire calmement ton texte ce week-end.

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  6. Oh punaise je vais avoir plein de lecture ce week-end!
    Ce texte est drôlement puissant. Moi, je ne suis pas psy alors à chacun son job, je ne prendrai pas le risque de donner un avis sur ce point. En revanche, en tant que lectrice, c'est un texte très attirant, extrêmement profond, qui sort des tripes et qui ne fait pas semblant. Il s'en passe des choses dans cette tête lá. Ca doit pas être simple á vivre, ni pour l'auteur du texte, ni pour son entourage. A plus tard sur mon ordi! Ce sera plus facile...blifting

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  7. oui c'est un exercice très puissant je confirme. Et je sais que ça fait beaucoup de textes profonds en peu de temps. J'imagine que pour certains lecteurs cela doit remuer des souvenirs, ses sensations... qui rendent l'expression difficile. En tout cas, c'est le quotidien du psy et j'adooore plonger dans le noir avec mes patients !

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  8. excuses-moi Harley, il m'arrive de jeter un rideau noir sur le miroir pour ne pas voir certaines choses.

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  9. Je surenchéris sur Vergie : C'est de la dissociation extrême, syntaxiquement parlant. Pas de lieu, pas de nom, peu de compléments. Les verbes d'action caractérisent des objets ou des notions (les talons s'engourdissent, le crime se rappellent) pour accentuer la dépersonnalisation du récit.

    ça donne une vrai richesse au texte. ceci dit, lecteur très primaire, j'aime quand un texte raconte une histoire ou explicite une pensée. Là, j'ai du mal à comprendre ou l'auteur veut nous emmener et je suis donc moins rentrer dans le texte.

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