vendredi 24 février 2012

J'suis moche !

Je regardais une émission où 5 personnes se plaignaient de leur physique.
J'étais scotchée de voir comment ces personnes avaient envisagées de sortir de là.

Lui, ancien obèse, avait décidé de perdre 10 kilos qu'il avait repris.
Elle, 18 ans, trouvait sa mâchoire inférieure trop avancée et ne supportait pas son visage.
Elle, 46 ans, voulait absolument être la plus belle.
Elles, de la graisse en trop, voulaient subir des liposuccions.

Lui :
Il prend un coach sportif et pendant 40 jours s'astreint à un régime drastique assorti d'une activité physique importante.
Il bouffe uniquement des pommes pendant 4 jours tout en faisant de la musculation. Au bout des 4 jours son coach le pèse. Wouah, il a perdu 4 kilos. 
Tu m'étonnes en ne bouffant que des pommes (10 par jour soit 600 calories en moyenne par jour), y a pas besoin de prendre un coach pour ça. 
Ensuite, régime, salade, tomate.... et 2 heures de muscu par jour.
Il se défonce comme un malade. Au bout de 40 jours, il a perdu 12 kilos. Ce qui vu la masse musculaire qu'il a du gagner, doit ramener à une perte de 15 kilos facile.
On est loin des conseils nutritionniste de perte de 1 kilo par semaine...
J'ai adoré lorsqu'on son coach lui a propose pour son dernier jour de suivi de se laisser aller sur la bouffe... j'aurai aimé voir la balance le lendemain.
Bref, ce monsieur a maigri, mais il est désormais condamné au régime tout sa vie. Son corps ayant bien appris la privation et la souffrance, gageons qu'au moindre écart il va reprendre à toute vitesse.
Son but évident était de se faire admirer par tout son entourage qui le trouvait désormais prêt à séduire toutes les filles, surtout la sienne... 

Elle, 18 ans.
La mâchoire inférieure prognathe, c'est à dire projetée en avant. C'est vrai. Ce qui est étrange c'est que la mère a la mâchoire inférieure en arrière et son petit frère aussi.
Vu de côté la mâchoire est très décalée vers l'avant et cela allonge le visage.
Ceci dit elle n'est pas moche, juste "différente". Mais on imagine que la très jeune femme, sans ses boutons et son appareil dentaire, est plutôt pas mal.
Elle ne supporte pas son visage et toute la famille décide de lui payer une opération chirurgicale.
Sa mère a la trouille et dit avec beaucoup de tact "qu'elle va perdre sa fille et qu'elle en aura une nouvelle et qu'elle espère qu'elle reconnaîtra cette nouvelle fille". La fille est touchée, en souffrance "mais maman, ce sera toujours moi, tu ne vas pas me perdre...". La mère a peur que sa fille prenne de la confiance en elle et qu'elle se mette à draguer à tout va. Où vont se nicher les notions de l'identité au travers de l'amour intrusif maternel...
Opération. La famille rappelle le prix. La jeune femme est plutôt zen.
Cassure de mâchoire, plaques en titane... Réveil, elle est gonflée et c'est vrai que c'est plutôt réussi.
"Tu es belle" dit la mère (pourquoi elle ne l'était pas avant ?)
Quelques temps plus tard, on la revoit après la cicatrisation. 
Contre toute attente, on a l'impression que toute est toujours pareil. De profil, la mâchoire inférieure est toujours aussi en avant mais de face franchement visuellement tout est redevenu comme avant.
Elle s'aime désormais. Tant mieux pour elle.
Sa mère lui aurait dit qu'elle était belle plus tôt et aurait eu un peu moins peur de la voir grandir sans doute cette jeune femme aurait-elle pu fait l'économie d'une telle opération physique.

Elle, 46 ans.
Une fille 15 ans qui a collé les photos de sa mère de sa chambre lorsqu'elle était jeune. Un modèle de beauté, de look, de finesse. Elle veut être comme sa mère l'était et comme le sont les mannequins dans les magazines.
La mère ne parle que de régime. C'est à laquelle des deux restera la plus mince et donc la plus... jeune.
La p'tite dame dépense des fortunes en truc divers pour maigrir, rien ne marche. Son médecin fini par lui glisser qu'il faudrait peut être qu'elle consulte un psy, qu'après tout elle a 46 ans et que son physique et son poids correspondent tout à fait à sa tranche d'âge.
Grosse claque.
Elle va voir un psychiatre (c'est remboursé par la sécu). 
On apprend qu'elle a subit une hystérectomie et qu'elle est en concurrence avec sa fille.
Prise de conscience. Elle part faire du shopping, arrive à se glisser sans s'y attendre dans un jean taille 38, s'achète un haut moulant et décolleté.
Elle accepte son âge, sa taille qui en fait est plutôt valorisante et fini par parler à sa fille.
Hop, plus de régime pour aucune des deux. Sa fille n'a pourtant pas regrossi et son image va beaucoup mieux. Elle dit "si ma mère va bien, je vais bien". Tout est dit.
Merci qui ? Merci le psy !

Elles, 36 et 25 ans.
Celle de 36 est plutôt mince mais obsédée par de la graisse sur ses cuisses (pourtant pas énormes), a déjà subit une liposuccion.
Celle de 25 est... un gros tas de graisse. 
Au club de sport, le prof les pèse et calcule leur masse grasse.
Celle de 36 ans a un peu plus de 2 kilos de gras en trop.
Celle de 25, plus de 11 kilos de gras en trop.... 
Elles partent toutes les 2 en Tunisie pour se faire aspirer tout ça.
Hop, à peine arrivées, déjà sur le billard.
Rehop, ça fait mal ! 
Rerehop, moins de gras sur le ventre pour la plus rondouillarde.
Quelques semaines plus tard, après la cicatrisation, elles retournent au club de sport où le prof les repèsent.
Celle de 36 ans a perdu 1 kilo dont 800 g de gras.
Celle de 25 ans a perdu 3 kilos dont 2 kilos de gras.
Pour la plus âgées des deux, on ne voit pas vraiment la différence à part un ventre plat. Elle invite tous ses amis pour leur faire admirer et les faire s'extasier sur sa "platitude" ventrale. C'est pathétique.
L'autre, n'a en fait rien perdu, si ce n'est sur le ventre. Elle a gardé son triple menton... Il existe désormais un énorme décalage entre les parties de son corps. Elle se décide à enfiler des robettes hyper moulantes qui lui donne un air de boudin saucissonné. Mais elle saura reste sobre et se décider pour quelque chose de sympa qui lui va plutôt bien et qu'elle aurait tout a fait pu porter avant si elle en avait fait l'effort de les essayer.
Comme le dit une des deux à un moment, la liposuccion c'est plus rapide et plus simple qu'un régime.
C'est sur que la volonté faut en avoir.
Bref, celle de 36 ans s'est laissée entraîné dans un truc dont elle n'avait pas besoin.
Celle de 25 aurait pu -si elle l'avait souhaité- s'astreindre à un peu de volonté et perdre avec un peu de temps il est vrai les kilos qu'elle a laissé sur la table.
Comme le dit le coach, il va falloir désormais vous mettre au régime et faire du sport, car après une liposuccion, la perte de gras est trop brutale pour le corps et il ne comprend pas, il y a donc un énorme risque de toute reprendre très très rapidement. Quitte à se retrouver au régime et au sport intensif, elles auraient pu le faire avant d'avoir subi tout ça...


Je ne comprends pas que dans toute opération esthétique, et tout particulièrement lorsque cela touche le visage, que des consultations chez le psy ne soient pas obligatoires. 

A aucun moment ces personnes ne se demandent quel est le poids dans leur vie du regard des autres et de l'influence de leur entourage. La femme de 46 ans qui a osé se poser ces question est totalement sortie de sa problématique et sa fille aussi !
Il faudrait que les gens comprennent que ce n'est pas parce qu'il n'aime pas leur corps tel qu'il est qu'ils sont obligés de le torturer et de le traumatiser pour le changer. Ca peut se faire en douceur. Mais ce n'est que la continuité de notre Société qui veut qu'on contrôle tout tout de suite, sans se poser la question des conséquences.

Et puis de façon sous-jacent il y a la question du désir de souffrance. Psychanalytiquement on pourrait faire le lien entre la souffrance de l'accouchement pour l'enfant et la (re)naissance.  

Allez, envoyez moi tous ces gens au régime chez le psy !

8 commentaires:

  1. Je me demande si ce n'est pas obligatoire dans une série d'Etats aux US de passer par au moins une consultation psy avant de subire de la chirurgie plastique...Il me semble que dans "Nip / Tuck", il y a une psy...Excellent Nip/Tuck et politiquement un tantinet incorrect :-)

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  2. dernier com avant les vacances : que du bon sens ! on pourrait discuter longuement du bourrage de crâne médiatique et de l'esprit peu critique des gens... par contre le désir de souffrance, tu crois vraiment ? beurk! Ceci dit je suis comme tout le monde je râle qd j'ai pris un kilo...

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  3. Alexis : j'ai adoré les 3 premières saisons de Nip/Tuck, surtout lors des scènes de sexe où les filles gardent toujours leur soutif et leur slip et où seuls les mecs montrent leurs fesses ! lol Après c'est devenu redondant et un peu n'importe quoi.

    Mylady : c'est devenu normal de râler lorsqu'on prend un kilo parce qu'on se compare à un modèle. Mais tout compte fait, pourquoi raler ? Si tu manges équilibré tu ne grossis pas. Et les kilos que tu perds en vacances en faisant des excès tu les reperds facilement (moins avec l'âge...hum...), mais bon quand tu n'as pas maltraité ton corps, il fluctue autour d'une moyenne qui augmente d'un kilo tous les 5 ans, ce qui est la norme.

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  4. va pour la norme... j'avais oublié : tu cherches des patients, faut qu'on te fasse de la pub ?! Bye

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  5. Non, non ce sont les futurs patients qui cherchent des psys... (enfin non ils ne les cherchent pas parce qu'ils ne savent pas qu'ils en ont besoin ou croient encore que c'est "pour les fous"). Maintenant si tu veux me faire de la pub... Le blog n'a jamais été très propice à ma pub, je me demande pourquoi... (songeuse)

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  6. Ce serait pas rentable pour les chir' d'envoyer les patients chez le psy, ca risquerait de marché et du coup le patient ne voudrait plus de sa chir'

    J'en ai déjà vu certain qui ont consulter, mais quand ils consultent c'est surtout pour avoir un jolie ptit papier pour etre rembourser.

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  7. Lymphe : les patients ont aussi besoin du papier pour se rassurer, car une fois qu'ils l'ont ils peuvent se dire qu'ils ne sont pas dingues, qu'ils vont bien et qu'ils ont raison de passer à la chir... surtout lorsque c'est le chir esthétique qui donne l'adresse du copain psy...

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  8. Désir de souffrance peut-être mais les gens préfèrent une souffrance aiguë mais de courte durée (chirurgie) à une souffrance sur le long terme (régime et pratique régulière d'un sport). Reprendre le contrôle mais sans effort et sans mise à l'épreuve de la volonté, le paradoxe est là !
    La situation des femmes qui touchent à leur visage me parait plus préoccupante. En tant que psy moi aussi, je dirai que tout le monde n'est cependant pas à mettre dans le même panier et notamment celui du psy...

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