vendredi 16 mars 2012

Lorsqu'un psy consulte un psy....

J'ai horreur de ça.

Il m'arrive de recevoir des patient(e)s qui finissent par me dire qu'ils sont psychologues.
Je m'en fous sur le principe, ça ne change pas ma technique.
Vous me direz l'intérêt c'est qu'il n'y a pas à expliquer longtemps ni à faire de paraphrase.
Si je dis "Oedipe", l'autre hoche la tête dans un acquiescement qui montre que non seulement il est d'accord mais qu'il a parfaitement compris de quoi je parle. Et même qu'il m'explique comment ça se passe.

En fait les psys consultent rarement pour eux mêmes.
Ils ont souvent déjà fait un travail sur eux mêmes pendant la période de leurs études. Et ils ont compris qu'il y avait quelques notions à mettre en pratique. Qu'ils s'appliquent à eux mêmes. Idem pour les stratégies et l'éducation des enfants.

Souvent le psy vient pour parler d'un autre. Souvent de son compagnon /sa compagne. Des enfants.
Ce qu'il y a de bien c'est qu'avant de venir avec l'autre, le psy se propose de venir seul pour en parler.
Alors ça c'est cool.
Car le psy a bien compris la notion d'impact que nous avons les uns sur les autres.
Alors, il vient parler de ce qu'il perçoit, ressent. De ce que les autres lui retourne comme expérience ou vécu.
De ses angoisses ou questionnement.
Mais ne croyez pas que le psy qui consulte en tant que patient ne tombe pas dans les travers des patients non psys. Ce psy attend lui aussi des conseils.
Oh c'est pas bien, non.

C'est assez amusant d'analyser le discours d'un psy. 
Parce qu'il laisse passer peu de chose, les mots sont choisis, il y a peu de communication paradoxale.
Et puis le psys est "cash". Il sait qu'il ne faut rien cacher, ne rien taire.
Mais quand il y a un truc qui passe, paf, faut pas le rater.
Ah oui, fait le psy en se marrant (les psys ensemble se marrent beaucoup. En fait je me marre toujours beaucoup en consultation. Mes patients aussi. Enfin pas toujours).
Mais une fois le "truc" relevé, le psy se livre à une introspection profonde et soumet au psy ses ressentis sans aucune retenue.
On avance vite.

Ce qui est horrible c'est que souvent le psy qui arrive, il me laisse l'écouter. Puis au moment où je commence à me livrer à une quelconque interprétation cette personne me sort sur un ton condescendant "ah, je ne vous ai pas dit, je suis psychologue."
L'air de dire "à moi tu m'en racontes pas".
Grrrrr.
Bon, pendant une fraction de seconde il me vient l'idée de me demander si je dois changer mon mode de communication. 
Y a pas de raison me dit ma rationalité (qui a bien raison). 
Passé l'impact de cette phrase qui a tendance à me dire que l'autre cherche sans doute à m'éblouir et donc à prendre le contrôle et donc à me ramener à un statut infantile qui flippe devant l'adulte qui détient le savoir (ça m'a pris une nanofraction de seconde de penser tout ça), je lui balance : "ah bien, vous allez savoir de quoi je parle alors". Et paf, au psy patient de s'aligner sur moi. 
C'est puéril je sais.
C'est petit même.
Mais ça fait du bien.

Bien sur lorsqu'on arrive en fin de consultation, le psy patient a trouvé quelques pistes à explorer avant d'envoyer ou de venir avec l'Autre. Car le but est aussi de savoir si l'Autre a encore vraiment besoin de venir ou si cela était du à une mauvaise perception de la situation.

La séance passe vite. Enfin surtout avec les psys femmes. Car les femmes parlent beaucoup. Et étant une femme... et l'autre aussi. Y a pas de temps morts moi je vous le dis.

Bref, comme me disait une psy dont l'enfant faisait face à quelques angoisses "je suis psy, mais avec mon enfant je suis avant tout maman...".

C'était bien la peine de me dire qu'elle était psy. LOL



5 commentaires:

  1. C'est faire preuve de maturité que de percevoir ses limites et la maman ne pourra en effet pas (ne devrait pas ?) être psy face à ses enfants.

    Même chose d'ailleurs pour la majorité des enseignements: il faut faire appel à une autorité extérieure pour que la progéniture apprenne ou écoute correctement sur le long terme.

    Est-ce parce que les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés et que les enfants captent vite les incohérences ?

    Frat'airnellement,

    Le Mendiant

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  2. Ben, tu devrais analyser ton contre-transfert lorsque tu rencontres un psy dans ton cabinet. Cette façon de répondre du tac au tac me dit qu'il y a surement qq chose à creuser de ton coté...
    Laurence (une psy)

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  3. Laurence : bien sur, le psy qui se positionne avec un statut d'autorité me renvoie à une position infantile et je le renvoie à "j'en sais autant voire plus que toi". Et c'est bien ce que viens chercher ce psy, que je prenne le rôle de la personne qui sait. C'est un rôle maternel ou paternel. Mais en refusant de conseiller, je la renvoie à sa position d'adulte. Les psys en prennent rapidement conscience je trouve et très vite cet aspect semble disparaître. Elle doit me descendre de mon piédestal et je dois la monter sur le mien. Et c'est comme cela avec tous les patients non ?

    Mendiant : non le recours à une tierce personne n'est pas obligatoire car de toute façon rien ne peut convenir à l'enfant. Car l'enfant est une personnalité autre. On ne fait qu'appliquer ou s'écarter de ce qu'on a appris soi même. Mais les conseils des autres ne sont pas meilleurs, ils ne savent pas ce que pense et ce qu'attend cet enfant. Il faut faire avec ce qu'on a. Les meilleurs parents au monde sont ceux qui on fini par admettre qu'ils ne sont pas parfait et qu'ils se sont parfois trompés. L'enfant devenu adulte devra admettre que ses parents n'étaient pas des dieux et qu'ils ont fait de leur mieux avec ce qu'ils savaient (ce savoir venant de diverses sources). Mais personne n'est dans la tête de l'autre. Le parent psy analyse beaucoup, fait moins d'erreurs mais en fait aussi. C'est un être humain avant tout.

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  4. d'un côté tu dis que tu as horreur de ça, d'un autre côté tu donnes l'impression d'aimer ça :"introspection profonde","on avance vite"... Est-ce que tu te rends compte assez vite que la personne en face de toi est psy? C'est de te faire "berner" qui te déplait ?
    Le commentaire de Laurence est intéressant. Si je comprends bien je dois me demander pourquoi j'ai envie de discutailler chacun de tes textes (mdr)!
    "Elle doit me descendre de mon piédestal et je dois la monter sur le mien." Je dirai que ce devrait être l'objectif de toutes relations : couple, parent-enfant devenu adulte, amis... Finalement c'est assez rare, il y a souvent des inversions suivant les situations.

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  5. Cocci : Oui ça avance vite, c'est plaisant. Ce que je n'aime pas c'est la façon dont on me balance cette info. Il ou elle est psy ? OK, mais ça ne doit pas leur donner l'impression que ça les place en situation de supériorité. Ils savent. Ils savent plus certes, mais ils ne savent pas puisqu'ils sont là. A leur place, je serai aussi dans la situation du demandeur qui ne sait pas et qui vient chercher de l'aide. Ce qui m'agace aussi, c'est que je ne veux pas que ça interfère dans ma relation thérapeutique. Est-ce que les autres patients arrivent en me disant "je suis directeur" ou "je suis chirurgien" ? non. Il m'arrive de passer des mois sans savoir ce que fait exactement mon patient.

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