jeudi 8 mars 2012

Une boulimique-anorexique en moins !


Une jeune femme est venue me voir. 
25 kilos en moins en 1 an. 

Elle a un superbe visage. S'habille avec beaucoup de goût.
Elle est très jolie d'une façon générale d'ailleurs.

Mais elle ne supporte pas son poids encore aujourd'hui.
Comme dirait l'autre, il n'y a rien à jeter pourtant !
Elle est tombée il y a quelques mois dans la boulimie/anorexie.
Elle se bourre de nourriture.
Elle a honte.
Se fait vomir.
Mais comme elle a peur des conséquences, elle alterne aussi avec des phases sans nourriture.
Elle se pèse tous les jours.
Elle passe ses journées à réviser ses cours mais ne retient rien.
Elle a peur de les rater et que son père n'aime pas cette image d'elle.
Ses amies ne parle que de leur poids.

Nous discutons.
Issue d'une famille où on ne parle que de nutrition et d'équilibre alimentaire mais où tout le monde est obèse, sauf le père, elle a vécu l'enfer des régimes puis de l'anorexie.
Son père la trouve belle ainsi. 
Le seul sujet lorsque toute la famille se croise "combien t'as perdu ?", "oh la vache t'as maigri plus que moi !"...
Oedipe pas résolu.
Problématique maso comme il se doit.
Personne n'est à sa place.

Nous avons travaillé tout ça
Bien que timide, elle est motivée.
Je la revoie 1 semaine plus tard puis 15 jours plus tard... avec interdiction de se peser sauf le jour des consultations.
Elle a eu du mal la première semaine mais a résisté.
Elle a fait le travail que je lui ai demandé.
Elle a mangé quasi normalement et contre toute attente a perdu 1 kg !
Elle va mieux. Elle a repris des couleurs.
Son esprit ne hurle pas toute la journée "j'ai faim".
Son corps ne souffre plus.
Elle peut se concentrer sur ses études.

Nouvelle consult 15 jours plus tard.
Avec consigne de rendre sa place à chacun.
Ce qu'elle a fait.
Surprise, plus personne ne parle de régime à la maison.
Les parents, dont elle était persuadé qu'ils voulaient la garder pour eux, ont commencé à lui parler de son futur départ.
Elle mange. A même manger une pizza entière et une grosse part de gâteau !
Elle n'a pas grossi.
Elle est très soutenue par ses ami(e)s qui n'en reviennent pas (et qui sont priés de lui parler d'autre chose que de poids).

Je la revoie 1 mois plus tard.
Tout va bien. Elle ne s'est pesée que le jour de la consultation.
Elle mange, ne grossit pas mais surtout ne maigrit pas... 
Elle va bien. Elle passe 2 heures par jour sur ses études et ça rentre bien.
Elle a confiance en elle, commence à s'intéresser aux garçons.
Ses parents ne parlent plus de régime. 

Je la revoie de loin en loin car il ne faut pas lui lâcher la main face au stress des examens afin qu'elle ne rechute pas.

Mais, une de moins qui semble sortie de la spirale infernale !
C'est trop cool d'être psy des fois.



9 commentaires:

  1. Ahahah. Oui je suis acerbe. Et anorexique-boulimique depuis cinq ans. J'ai du mal à croire aux remèdes miracles et aux guérisons éclairs. Bref, c'est chouette de voir que certains s'en sortent, j'imagine, mai la façon de le présenter fait penser à un sale remake de Delarue où l'équipe de pros arrive, déterre des conflits sous jacents, youplaboom tout le monde se tire sur la guerre puis youplaboom à plus problèmes

    RépondreSupprimer
  2. Tss tss les miracles ce n'est pas à mon étage.
    Il ne suffit pas déterrer, comme toujours il faut que le patient veuille s'en sortir et le fait de venir en thérapie et d'avoir parfois déjà mis quelques stratégies inconscientes en place font qu'il est sur la voie de la guérison.

    C'est bien pour cela qu'il ne faut pas lâcher la main du patient rapidement, car la rechute est facile dans ce type de troubles du comportements.

    Maintenant on ne déterre pas simplement des conflits, il faut régler l'Oedipe, le processus incestueux sous jacent et le masochisme de la patiente (ici). Ca n'a rien de magique, ni de facile, mais ça fonctionne et il n'y a que cela qui importe. Maintenant faut il encore avoir envie d'en sortir, ce qui était le cas de cette patiente.

    RépondreSupprimer
  3. Je ne remet absolument pas en question vos méthodes ni le bien-fondé de votre analyse concernant cette patiente. De toute évidence vous avez visé juste, elle s'en ai tiré (quoique c'est à vérifier dans les années à venir, facile de rechuter comme vous l'avez dit), c'est génial pour elle, mais c'est facile. Facile dans le sens où combien de patiente anorexique-boulimique s'en sortent aussi rapidement ? Là on passe de "la tête dans les toilettes" à "youpitralala tout va bien, je ne me pèse plus, je mange normalement".
    Qu'on ne me dise pas que c'est ce qui arrive le plus fréquemment.

    RépondreSupprimer
  4. Peut être qu'elles ne sont pas tombées sur le bon praticien ? Peut être aussi que les bonnes problématiques n'ont pas osées être abordées. Ou peut être, dans certains cas comme je l'écrivais, elles n'ont pas intérêt à en sortir. Et puis il y a aussi les cas qui cumulent tant de problématiques qu'il faudra beaucoup de temps pour que ça s'améliore.

    RépondreSupprimer
  5. effectivement ce doit être très plaisant d'arriver à aider quelqu'un, pour moi c'est un peu le nerf de la guerre. Lorsque tu dis que ton enthousiasme dépend de l'implication du patient je trouve ça tout à fait normal, j'imagine assez bien. C'est beaucoup plus important pour moi que mes étudiants soient motivés que très forts (enfin qd ils sont très forts, motivés, sympas et tout et tout c'est vraiment génial !!!).
    Je ne suis pas forcément surprise que les patients qui ont le vécu le plus lourd soient les plus actifs. S'ils ont beaucoup souffert, creuser pour aller mieux même si c'est douloureux, ça vaut le coup. J'ai l'impression que pour faire sauter ses barrières il faut entrer dans sa souffrance initiale et que donc le processus est forcément douloureux, est-ce que je me tropme?
    On a tous été blessé ou marqué dans l'enfance, parfois par des choses totalement anodine (je viens encore de le constater avec mes 2 garçons pour un truc aussi stupide que le ski, le ressenti n'étant pas le même pour chacun d'eux). Qu'est-ce qui fait qu'on résiste à le regarder en face et à l'accepter ? (je comprends bien que revivre de gros traumatismes soit difficile, mais les petits trucs de la vie...).

    RépondreSupprimer
  6. Je trouve les premiers commentaires assez injustes. Ce qui semble avoir motivé ce post, c'est justement le caractère étonnemment rapide de la résolution du problème, et, je l'espère, de la guérison. Pour preuve, la phrase finale. Cela ne veut pas dire qu'on peut généraliser ce cas.
    Ce qui me saute aux yeux, c'est comment cette jeune femme et sa famille ont adhéré aux propositions. Vergibération donnera peut-être des détails, mais de mon point de vue de lectrice, j'ai l'impression qu'à un moment, une fois les choses mises à plat, tout le monde s'en est remis à elle, sans discussion : action ("ce qu'elle a fait""elle a fait le travail que je lui ai demandé"). Et ça, c'est rare, mais ça fonctionne.

    RépondreSupprimer
  7. Désolée, c'est vrai que je me suis emportée un peu trop vite.
    En tout cas je suis sincèrement contente que vous l'ayez aidé à s'en sortir et que ça aille mieux pour elle.

    RépondreSupprimer
  8. Joker arrête de te flageller. Je comprends tout à fait que cela puisse paraître rapide. Je ne suis pas dupe. Il y a d'autres choses à envisager là dessous, mais le plus important est qu'elle remange équilibrée et surtout qu'elle mange !
    Je devais la revoir, sous un prétexte un peu bidon, elle n'est pas revenue. Dans ces conditions, elle ne pourra que rechuter... dommage.

    RépondreSupprimer
  9. Pas une question de flagellation, c'est simplement reconnaitre que je me suis emportée un peu vite.
    Rechuter ou tomber dans une autre addiction, après il est indéniable que sans la volonté de la patiente toutes thérapies devient vaines.

    RépondreSupprimer

Stats