lundi 30 avril 2012

Le test de Rorschach

Impressions by Rorschach on Grooveshark

Le test de Rorschach a été créé en 1921 par le Suisse Hermann Rorschach.

Ce test a été pendant très longtemps le test préféré des psychiatres afin de cerner les pathologies de personnalité ou mentales sous-jacentes chez tout patient.

Ce test est toujours réservé à un usage professionnel. C'est à dire que pour se procurer les planches originales il faut présenter son diplôme de psychologue ou de psychiatre. Ce qui fait que jusqu'à il y a encore 2 ans, il était quasi impossible pour les non initiés de savoir vraiment à quoi ressemblait ce test. Jusqu'au jour où un petit malin chez Wikipedia a décidé de le mettre en ligne ce qui n'a pas été sans créé un ras de marée dans les cabinets des psys.

Il faut dire que ce test ne doit pas être interprété n'importe comment. La passation en est longue et fastidieuse, autant pour le patient que pour le praticien. Il faut une formation de 1 à 2 an pour maîtriser les notations ("cotations") de ce test, qui, vues d'un non professionnel, relèvent d'une espèce de calligraphie composée de lettre et de "+" et "-". Personnellement, je me suis bien amusée lors de la formation, mais j'ai osé poser quelques questions gênantes. La principale étant "comment peut on être sur que telle réponse qui semble anodine correspond à telle pathologie ?".

Le test est composé de 10 planches. Certaines en noir et blanc, certaines en couleur. Chaque planche cerne une problématique (le père, la mère...).


 
Le patient doit s'adonner à des associations libres. Il dit ce qu'il pourrait voir, ce à quoi ça le fait penser. La forme globale, puis certains détails.

Le psy note tout en codant les réponses. Quand je dis tout, c'est tout. Même les mouvement de rotation de la planche. Vers la droite, vers la gauche. Le retournement.... etc. Tout est côté et tout a son importance pour ensuite additionner les cotations et obtenir un résultat qui cerne telle ou telle pathologie.

En ligne on arrive à trouver les réponses "bateau" qu'il faudrait donner. Ne vous y trompez pas, le Rorschach est rusé. Ne rien voir dans les formes ou donner des réponses trop "alignées" permet aussi d'en déduire des choses. En fait, dans le test de Rorschach, ce qui est important c'est l'émotion que génère le dessin. C'est donc un test projectif qui n'a de valeur qu'à l'instant "t" mais qui oblige le patient projeter son contenu interne dans l'interprétation qu'il fait des dessins.

Maintenant, je n'ai jamais eu la réponse à ma question. En effet, on peut aussi se demander comment ont été construites ces taches. Des taches d'encre je peux en faire à la pelle et vous aussi. Pour le psy qui côte, les réponses sont classées par type. Il y a des réponses "normales" et d'autres non. Il semblerait, d'après ce qu'on nous apprend, que certaines types de personnalité ou de troubles mentaux donnent plus particulièrement telle réponse à telle planche. Ce test a été passé sur un nombre représentatif de personnes et on en a déduit que telle réponse se retrouvait plutôt chez les dépressifs et telle autre chez les psychotiques.
"D'accord" ai-je dit à mon prof "mais ne pensez-vous pas que c'est une question de vision personnelle ? Ainsi par exemple je vois sur cette planche un lapin au pelage doux et agréable..." "C'est un signe de dépression !" m'a aussitôt dit mon prof. Etonnée, je continue ma phrase "mais en quoi est-ce dépressif de voir quelque chose de doux ? Je considère qu'un lapin c'est agréable, gentil. Penser à son pelage me fait plaisir et j'y vois de la beauté..." "C'est comme ça, la majorité des dépressifs parle de fourrure." Belle réponse. Majorité OK, mais ça ne veut pas dire tous.

Maintenant  je n'ai jamais eu la réponse non plus sur le choix de ces taches là et pas d'autres. D'après ce que je vous ai dit ci-dessus, vous aurez compris que ce n'est pas tant la tache qui est importante que ce qu'on en dit. En fait, les taches ont été choisies parmi d'autres et on a compacté les réponses de milliers de patients pour pouvoir dire que ces réponses là orientent. Ce qui sous-entend que n'importe qui peut créer un test équivalent, il suffit juste d'avoir suffisamment de sujets diagnostiqués pour le faire passer et collecter les réponses. Car le test de Rorschach fait partie des tests non structurés. Il n'y a rien sur la page, que ce que voit le patient, c'est donc le patient qui structure l'image.

Malgré toutes ses évocations négatives, le test de Rorschach est très efficace. Mais il est abandonné parce que la passation est longue (au moins 3 heures) et qu'il faut se former sérieusement pour savoir coter (même si les psys finissent par créer leurs propres abréviations et signes...). Du coup dans les cas d'urgence, c'est un peu raté comme aide au diagnostic. 

En expertise, il est utilisé de façon non conventionnelle. Ainsi, selon ce que "sent" le psy, il va donner une ou deux planches seulement, choisies en fonction du trouble perçu, et va demander ce que le patient "voit" afin de confirmer ce ressenti de diagnostic. 

Il est aussi abandonné parce que comme on peut le trouver un peu partout en ligne, il perd de son intérêt. Ceci dit, un "vrai" patient qui veut vraiment faire une psychothérapie ne s'amuse pas essayer les tests sur le net, il sait que cela ne l'aidera pas de truquer ses réponses.

Le test de Rorschach est souvent couplé au test TAT, qui est aussi un test projectif. Le Rorschach permettra surtout de cerner les problèmes liés au narcissisme alors que le TAT permettra de cerner les problématiques Oedipiennes.

8 commentaires:

  1. Très utile dans le diagnostic des pathologies limites... Je trouve que les tests projectifs sont les plus intéressants. On a vraiment l'impression de s'intéresser à la personne dans ce qu'elle a de plus "profond", je sais pas si mes mots sont très juste... On questionne les fondements de sa personnalité. Et finalement, ce sont de simples tâches d'encre...

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  2. Très intéressant! Je ne savais pas que ce test prenait aussi longtemps. Je pensais qu'il était analysé de façon bien plus légère que les images servaient surtout de support afin de constater simplement ce qui venait le plus souvent à l'esprit d'une personne(choses gaies ou tristes ou certains sujets plus que d'autres( vieillesse, enfants, sexe etc...).
    Après effectivement j'avais bien conscience que ces taches ne sont qu'un support comme un autre. On pourrait aussi bien prendre des photos de certains nuages dans le ciel.

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  3. Moi j'avais découvert les dessous de verre Rorschach ! : http://jeremypernet.fr/?section=products&berta_0_6_3b=59f709fbf42283e939364ad646683335 mais ils n'en vendent plus :'( snif.

    De mon côté j'utilise le test du Bender comme outil diagnostic. Tu connais ?

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  4. Je le connais mais je l'utilise peu. J'utilise par contre la Figure de Rey, qui n'a pas exactement la même fonctionnalité, mais qui recoupe sur la maturation cognitivo-spatiale. En fait, j'utilise rarement des tests, à part chez les enfants.
    (et pour les sous verres ils en vendent encore ! Trop top)

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  5. Effectivement de mon côté, j'utilise très fréquemment la figure de Rey mais uniquement pour l'évaluation du visuospatial et du visuoconstructif, les stratégies mises en place et la relation entre les divers éléments.
    Quand je pense que cette figure servait seule, dans les années 60, pour mesurer le quotient intellectuel...

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  6. Le TAT aussi repose sur les aptitudes interprétatives du psy, les critères de cotations ne permettent pas d'éliminer la subjectivité du clinicien, c'est tout l'intérêt de ces tests aussi qui nous obligent à interroger notre subjectivité dans un souci d'objectivité...

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  7. Normalement la majorité des réponses est prévue, donc la subjectivité est limitée. Ce n'est donc pas l'éventuelle subjectivité du psy que je remets en question mais bien les normes de cotation utilisées. Une norme est ce qu'elle est, représentative d'une majorité, or il est possible de penser différement ou de penser 'pareil' mais pour des raisons différentes. Et ça le psy ne peut le contrôler.

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    1. Ooops, je viens de me rendre compte que tu parlais du TAT, j'en étais encore au Rorschach. Il est très facile dans le TAT de manipuler le psy ou de fausser les réponses, voire de n'en pas donner du tout...

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