mercredi 25 avril 2012

Visite aux labos de l'ICMMO - 2/3


Ma rencontre avec Marie-Geneviève Barthès.

Après le café, Fabienne me fait changer de côté de  couloir. On dépasse les toilettes, on longe un long couloir avec l'impression parfois d'être en plein chantier et nous arrivons au bureau de Marie-Geneviève.

D'abord Marie-Geneviève elle a la frange de l'autre côté, mais c'était pas prévu dans les possibilités de dessin. 
Ensuite Marie-Geneviève fait très sérieux, mais elle n'est pas dénuée d'humour loin de là croyez moi. 
Doctorat en chimie, des présidences prestigieuses de diverses unions de scientifiques, elle est actuellement directrice de Recherche à l'ICMMO.

Passée la première seconde pendant laquelle elle a du se demander comment on expliquait la physique à une psy, Marie-Geneviève me convie dans la salle secrète (pas tant que ça en fait). Nous passons la porte sur laquelle un avertissement demande aux blondes de se trouver un cerveau et je fais face à une étonnante machine qui ressemble de loin à un lem lunaire.... le tout recouvert de papier aluminium, de celui dans lequel tu enfournes ton gâteau dans ton four...

Mais ici pas d'expédition dans la Lune, au contraire on reste très terre à terre. Nous sommes bien dans un laboratoire qui se penche sur l'organisation des atomes. Mais cette fois visuellement. (ben non, j'en n'ai pas vu, c'était pas le jour des expérimentations...).
Les atomes, grâce à cette curieuse machine, ont peut les voir, mais surtout on peut leur faire subir les pires tortures niark niark niark : leur sauter à pieds joints dessus, les soumettre à de très hautes températures, à une haute pression, les mettre dans le vide.... et regarder ce qu'ils adviennent et ce qu'ils font.

Enfin le vide... le vide, c'est vite dit.
Le vide pour vous, pour moi, c'est vide quoi.
Lorsque je dis que mon verre est vide, c'est qu'il n'y a rien à boire dedans (et je le regrette croyez moi).
Pour le physicien y a plein de trucs beurk à avaler. De l'air notamment et dans l'air il y a des gaz (oxygène, azote,...) plus plein de poussières. Le problème, si tu as bien lu le premier article, Ô lectrice, Ô lecteur, c'est qu'ici on travaille sur des métaux. Or les métaux soumis en condition d'air libre... ils font quoi les métaux à l'air libre à ton avis ? Mais ils s'oxydent voyons. Or l'oxydation c'est une couche de protection très fine, quelques microns, qui se met au-dessus des atomes qu'on veut étudier. Il faut donc pour voir les atomes d'un métal, le nettoyer (abrasion) puis le mettre en situation d'ultravide pour que d'oxydation il n'y ait point.

Tu as bien lu  : "ultravide". En fait il existe plusieurs "vides".
Ton vide à toi qui n'en n'est pas on l'a vu.
Le vide industriel : 10 –4 à -6 
Le vide poussé : 10 –8 à -9
L'ultravide : 10 -12 (ce que l'on trouve dans l'espace)
L'extra ultra haut vide : au delà...
(et là y a encore des cochonneries dedans).

Après cette abrasion qui a permis d'éjecter l'oxydation naturelle, on fait chauffer le matériau. Il faut qu'il soit le plus "propre" possible.

Et une fois qu'il est propre, je te le donne en mille, on va "salir" le matériau en lui ajoutant un autre métal, sous forme gazeuse, ce qui forme un alliage.

Cela permet d'étudier les activités de surface des métaux sur deux couches atomiques. On essaie alors d'en déduire les façon de stabiliser la couche supérieure (pour étudier la résistance à la chaleur, à l'oxydation...). Car si vous avez bien lu le premier article, vous savez désormais que lorsque vous mettez des atomes de deux métaux ensemble, ils s'acoquinent plus ou moins selon les conditions et le type de molécules (les plus grosses tentant toujours de se mettre sur le dessus).

En fait notre "lem lunaire", est une machine composée de "sas" de vide et de pression. Il y a un sas d'entrée dans lequel on place un cm carré de matériau, puis les "bras" peuvent être tournés et déplacés afin de "pousser" le matériau dans d'autres sas dans lequel l'échantillon va subir le nettoyage, le vide, la chaleur.... Quant à l'aluminium qui tapisse l'extérieur de la machine, il sert à répartir le plus uniformément possible la chaleur. Oui, parce qu'il y a des déperditions... l'université à les moyens qu'elle peut.

Vous me direz, parce que vous êtes intelligents et que vous avez tout compris, qu'en fait l'équipe de Marie-Geneviève ne fait que tester les hypothèses de l'équipe de Fabienne.
Et bien non.
Ce serait trop facile, tss tss, c'est méconnaître la douce ambiance festive qu'impose l'administration en matière budgétaire. En fait les étudiants de l'équipe de Fabienne émettent beaucoup de modèles mathématiques et s'il fallait tout tester la machine n'y survivrait pas et surtout cela prendrait un temps fou car mine de rien la préparation du matériau et les diverses manipulations prennent beaucoup de temps.
Et si j'étais psy, lol, je dirai qu'il y a des équipes de fantasmeurs (qui y pensent et en parlent toute la journée) et les équipes de voyeurs (qui regardent et pratiquent toute la journée). Mais ce serait très réducteur j'en conviens.

A l'ICMMO, il faut être conscient qu'on est dans la pure recherche empirique. Les étudiants et les chercheurs testent une hypothèse de départ. Mais il est encore rare de faire de la recherche suite à une commande industrielle, même si c'est en développement puisque les bourses de thèses sont de plus en plus financées par des entreprises.



Merci à Marie-Geneviève pour ses explications et sa patience.


La fin de ma visite vendredi (ou plutôt samedi) (enfin vous verrez bien).

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